‹ Description raisonnée d'une collection choisie d'anciens manuscrits, de documents historiques et de chartes réunis par les soins de M. J. Techener, et avec les prix de chacun d'euxChapitre 3 sur 20 · CousTUMES DE Bretaigne. ManuscHt du xv* siè · texte numérisé non relu

CousTUMES DE Bretaigne. ManuscHt du xv* siè

cle, sur vélin; pet. in-4, de64 feuillets, rubriques, inir., cari. 35o fr.

Ce manuscrit, sur vélin fort, et d’une jolie écriture ronde, a été exécuté vers le commencement du quinzième siècle. Les titres des chapitres, les chiffres et les initiales gothiques sont en lettres rouges. D’après une note autographe, qu’on lit à la fin de la table, ce livre de coustumes fut vendu par Guillaume Dani oU Davi à Pierre de la Fontaine, pour la somme de vingt sols payable dans un mois; fait le aa® jour de mai l’an 1468, en présence de Jehan Villedat^ qui a signé.

Ces coutumes furent imprimées eu 1484, mais revues et corrigées par trois avocats qui, sans doute, en ont rajeuni le style. Notre manuscrit fournit l’un des plus anciens textes coustumes de Bretaigne^ avant toutes corrections. Les premiers feuillets contiennent un prologue et la table des matières Le style de cet ouvrage ne manque ni de clarté ni d’élégance ; c'est un curieux spécimen de la langue française au quinzième siècle. Voici les premières lignes du prologue :

« Aucunefoiz est advenu eu poures terres, landes, marfolaiz, qui portoient poay de profit, ne les fruiz ne valoient que poey. n ^ 2

MANUSCŒUTS.

Et plusieurs en avoient esté s^neurs qui sages et puissans et bons menagiers avoient esté tenuz, et onc ceix ne se estoient avisez à y édifier. Et dempuix advenoint celles terres à aucunes personnes qui commanczoint à y édifier : les uns par plant, boays et vignes; et les aultres, les marfolaiz à essever et manouvrer; et les aultres, chascun comme il veoit que bien estoit. Et aucune foiz est advenu que quant aucun commanczoit celles oupures, plusieurs sen gaboient despitousement par haine ou par envie y disoient teilles paroles ou samblables : Yeezceluy qui commance à batre lesve ; quar il commance à fere teilles besongnes que plus saege et plus riche que luy ne fist onc. Et aucuns en y avoit, qui pour teilles paroles en lessoient à fere leurs eupures; et aultres qui les commanczoint et ne les pouaint achever, aucune foiz par défault de mise. Et les aultres acomplissoient ce qui estoit commandé qui n*estoit acompli; et quant il estoit achevé et acompli^ ce qui ne valoit, ne ne avoit onc valu, pour ce que poay de profit portoit, plus de profit de value valoit plus en un an, qu’il n’avoit valu en vingt. »

Toutes les lois de procédure civile et criminelle, telles qu’elles étaient pratiquées dans la Bretagne, sont comprises en 33a articles, dont la plupart offrent beaucoup d’intérêt. Nous citerons seulement quelques passages relatifs à la justice criminelle.

Art. 99. — Nul ne doibt estre pandu se il n’emble plus de cinq solz ou la value... Et pour qu’il aura emblé plus de cinq solz ou value, il doibt estre pandu, ou tiré comme dit est, s’il n’y a remède de justice. Quar il semble qu’il n’est pas bon, et les mauvais sont bons à ouster do les bons, et pour donner exemple es aultres de se guarder de mesprendre. »

« Art. ioo. — Nul juge ne doibt homme oufamme condampner à mqrt, si justice ne trouve chouse claire et aperte; ainczois doibt estre toute justice plus esmeue de absouldre que de condempner, quar homme ou femme sont trop fors à norrir et ils sont tantoust destruiz. »

« Art. Il 3 . — Murtriers doibvent estre trainez dès les lieux où ils sont jugez jucqiies es lieux où ils doibvent estre panduz; et auxi des aguestours de chemins par roberie, des ardours de mesons par menace, ravisseurs de fammes et d’aultres biens. Les larons ne doibvent estre que pandus. Les faux monnayés doibvent estre bouilliz et puix pendus, etc. »

216. Croniqües de la. ville de Metz, depuis la fondation d’icelle, de quels gens et en quel lieu elle a esté construite. Manuscrit du xvu* siècle, sur pap., in-4, v. m. 200 fr.

Chronique rimëe, indispensable pour Thistoire de Metz ; elle fut composée au quinzième siècle par Jean Chastelain de la porte Saint-Thiébaut, que plusieurs auteurs ont confondu avec Jean Chastelain, moine Augustin, brûlé à Vie, le la janvier iSaS. Cette erreur a eu pour cause rinsertion dans ce manuscrit, à la date de i5a49 d*une longue pièce de vers, dont voici le titre : Quand tAugustin qui fust bruslé à ViCy prescha un caresme à Metz. Or on ne connaît le nom de ce malheureux Augustin que par la relation de Volcyr de Serouville, Traicté de la désécration et exécution de Jehan Casteîlan^ hérétique y faicte à Fie, etc. Il est évident que si notre poète avait péri par le feu, celui qui a inscrit cette aventure dans la chronique de Metz n*aurait pas oublié de le nommer, et de déplorer le sort de Tauteur d*un ouvrage qull continuait.

L’édition de cette chronique, imprimée en 1698, s’arrête à l’année i 47 i« Nous croyons que J. Chastelain cessa d’écrire en 1471) et que la suite a été rédigée par divers continuateurs. Le texte donné par D. Calmet, dans le tome J 11 de son Histoire de Lorraine, s’étend jusqu’à l’année i 55 o. Plus tard, le savant Bénédictin fit l’acquisition d’un manuscrit continué jusqu’en 1574. Enfin^ le P. Le Long cite un autre manuscrit où la chronique est poussée jusqu’en i6ao.

Notre manuscrit est plus ample que tous ceux que nous venons d’indiquer. En effet, il contient les vers relatifs à l’année 1619, et, de plus, seize vers pour l’année i 63 o, au-dessous desquels on lit : Finis eoronatopus, 1% mensis Martii 1676. Puis, sur les feuillets suivants, on trouve des notes, en prose assez vulgaire, pour les années 1678-1692, et 172$. C’est ainsi que nous apprenons qu’en 1684^ le 12 mai, un incendie détruisit de fond en cdmble quarante-deux maisons de la ville de Metz, sans compter les autres maisons qui furent fortement endommagées, ou démolies pour faire la part du feu. — Le 22 août 1726, les bmirgeois sortirent de la ville pour aller au-devant de la reine, Marie Leezinska, mariée par procuration, à Strasbourg, le i 5 août.— Le volume finit par ce curieux article : « Le 27 août 1686, la mission des dragons entre à Metz, dans les logis de messieurs de la religion pré-

tendue réformée, à discrétion; mais il ne les ont pas souffert beaucoup; car d’abord qu’ils estoîent arrivés en leurs logis, ils couroient visteà l’église pour abjurer l’hérésie, excepté MM. Goffin, Mareschal, de Failly, encore trois ou quatre autt*es; après qu’ils ont esté ruinés d’une partie de leurs biens^ se sont rendus catholiques. »

Cette Histoire de Metz obtint un grand succès, quoiqu’elle soit mal versifiée^ et qu’elle reproduise toutes les vieilles fables qui ont discrédité tant de chroniques; mais elle contient aussi une foule de renseignements utiles qu’on chercherait vainement ailleurs. Voici un spécimen de cette poésie messine :

Le bon Noël (Noê) tant Dieu pria Que son peuple multiplia.

Qu’avant sa mort, il vist la somme De vingt quatre cent mil hommes.

Ses enfans, pour Dieu deffier,

Commencent à édifier

Une tour magnifique et belle

Qui fust nommé la tour de Babelle.

Sur tout les terme poétique, 4

Metz est sy vieille et sy antique,

Que Fan du monde vingt six cens '

Cinquante neuf fust son commancement, etc.

217. Dauphin (Maison du). Estât et menu général de la dépense ordinaire, bouche, de monseigneur le Dauphin, durant l’année Manuscrit in-fol.

de aa feuillets, hr. aaS fr.

Minute origitiule du budget.de la maison du Dauphin, pour la nourriture, le chauffage^ l’éclairage, les livrées et les distributions extraordinaires, pendant l’année i 685 . Cet état, daté du 1®*“ janvier i 685 , est arrêté par le prince de Condé, grandmaître de France, qui a couvert les marges d’apostilles autographes, et signé Henry-Jule de Bourbon,

Nous avons déjà longuement décrit un Etat et Menu de la maiton de Louis XIF y pour l’année i7o5, et un autre Etat des dépenses de la maison du Dauphin (fils de Louis XV), pour l’année 1745. (Voyez Description raisonnée d'anciens manuscrits^ réunis / par les soins de M. J. Tephener : 1*“® partie^ 186a; pages 56 et 1^7.) Nous renvoyons donc aux articles que nous venons de citer.

et nous indiquerons seulement les passages les plus curieux du document que nous avons sous les yeux.

Le Dauphin faisait cinq repas : dejun (déjeuner), dîner, collation, souper et collation de nuit. On lui servait, pour satisfaire son appétit, dix-neuf pains de 2 sols i den., dont quatre façon d*ütrecht. Un vingtième pain était destiné à Tessai du premier médecin.

En ] 685 , le Dauphin, hls de Louis XIV, était marié depuis cinq ans. Il n’avait plus ni gouverneur ni précepteurs; mais il prenait encore des leçons d’écriture, de dessin, de mathématiques et d escrime. On trouve inscrits sur ce budget : le duc de Montausier, ci-devant gouverneur, pour une pension de 48,000 liv.; Gilbert, maître à écrire, et Silvestre, maître de dessin, aux appointements de 1200 liv.; Blondel, maître de mathématiques, à i 5 oo livr.; de La Touche, maître en fait d’armes, à 1800 liv. Nous ajouterons Helian, chirurgien ordinaire du Dauphin, à 6 liv. par jour, soit 2190 liv. par an; et Belb t, barbier, h 3 liv. par jours, soit 1090 livres par au. On peut remarquer que le Dauphin payait plus généreusement le maître d’escrime que les maîtres d’écriture et de dessin, et meme que le maître de mathématiques. Cependant le maître de dessin était le célèbre graveur Israël Silvestre, dont le fils, Louis Silvestre, est cité, eu 174 5 , comme maître de dessin du Dauphin, fils de Louis XV ; et le maître de mathématiques était François Blondel, membre de l’Académie des sciences, maréchal de camp et conseiller d’Ëtat.

Le Dauphin faisait distribuer aux officiers de sa maison, des gâteaux la veille des Rois, et de l’hypocras la veille des Rois et le jour de carême-prenant. On offrait un gâteau au duc de Montausier, à Millet, sous-gouverneur, à de Meaux (J.-B. Bossuet, évêque de Meaux), précepteur, à Huet (P.-Dan. Huet, évêque d’Avranches), sous-précepteur. Le duc de Montausier recevait six bouteilles d’hypocras. Millet et l’évêque de Meaux, quatre bouteilles, Huet, trois bouteilles.

Nous terminerons cette notice par un tableau comparatif des prix de divers objets en i 685 , 1706 et 174^, extrait des trois . budgets de la maison du Roi et des Dauphins, que nous avons analysés. On verra l’augmentation successive qu’éprouvèrent les denrées dans l’espace de soixante ans.

Bœuf, veau et mouton, la livre : 5 sols (i 685 ); 6 sols 6 défi. (i7o 5); 8 sols 3 den. (1745).

Lard, la livre : 10 sols (i 685 ); 12 sols (i 7 o 5 ); 18 sols (1745).

Chapon vieux, ou dindon ; 87 sols 6 den. (i 685 ); 4 ^ sols (i7o5); 3 liv. 6 sols (i 745 ).

Poulet : 8 sols 4 den. (i 685 ); 10 sols (i7o5); 14 sols 8 den.

Pigeon : 6 sols 3 den. (x 685 ); 11 sols (1705).

Perdrix ou lapin: 25 sols (i 685 ]; 3 o sols (t 7 o 5 ); 44 sols (174^)* Coq d*lnde : 5 o sols (i 685 ).

Agneau : 3 liv. i 5 sols (i 685 ).

Sole ou perche : 3 liv. (i 685 ); 7 liv. (i745).

Carpe d*un pied et demi, 4 doigts : 22 liv. (i 685 ); 24 liv. (1705).

Carpe d*un pied, 2 doigts : 2 liv. (i 685 et 1705).

Carpe d’un pied : 20 sols (i 685 et 1705).

Brochet d’un pied et demi, 4 doigts : 11 liv. {t 685 ); i 5 liv. (1706).

Ecrevisses, le cent : 5 o sols (i 685 et i7o5); 5 liv. (i 745 ). Septier de vin (7 litres 45 cent.) : 4 liv. 10 sols ii den. (i 685 ); 6 liv. 14 sols 8 den. (1705); 9 liv. i 3 sols 8 den, (i 745 )« Hypocras, la bouteille : 5 o sols (i 685 ).

Huile vierge, la livre : 20 sols (i 685 et 1705); 25 sols (i745). Œufs, le cent: 4 liv. (i 685 et 1705); 5 liv. (1745).

Beurre de Yanvres, la livre : 3 o sols (1695 et 1705); 35 sols

Beurre ordinaire, la livre : 10 sols (i 685 ); 12 sols (i7o5); 18 sols {1745).

Cire blanche, la livre : 4 o sols (i 685 et 1745).

Cire jaune, la livre : 3 o sols (i 685 et 1745).

Chandelle, la livre : 10 sols (i 685 ); i 3 sols (i 745 ).

Bûche : 4 sols (i 685 ).

Fagot : 2 sols (1 685 ).

Charbon, le boisseau : 12 sols (i 685 ); 1 5 sols (174^)*

On ne trouve point dans le menu de 168 5 , les faisans à 6 liv. pièce, les huîtres à 5 liv. le cent, à et les tortue$| 5 o sols, qu’on sçrvait sur la table de Louis XIY en 1705.

218. DESCRIPTION D’UN MANUSCRIT contenant le poème de la a Lu me as lais » ou Lumière des laïcs, écrit vers le milieu du xiv® siècle, par un clerc nommé Pierre. — Le miroir de l’église de St- Edmond de Cantaber. — Le poème de l’amour

de Dieu. — Deux petits poèmes anglais. — Diverses recettes. In-fol. a ,860 fr.

Cest un manuscrit formé de iio feuillets sur deux colonnes de trente>six ligues, d’une belle et grosse écriture dont Tencre accuse déjà une origine anglaise. Une initiale historiée dans le cours du volume permet de penser que le premier feuillet était richement orné. Mais ce premier feuillet a été enlevé, ainsi que quelques autres dans le cours du volume.

Les différents morceaux renfermés dans notre manuscrit sont assurément d’origine anglaise; on le reconnaît à la forme barbare des mots, aux fréquentes absences de mesure et surtout au mépris des règles orthographiques auxquels les copistes se soumettaient en France, pour mieux distinguer les nombres et les cas obliques ou directs, dans les noms. Rien ne prouve mieux que ces règles s’appliquaient exclusivement à la parole écrite, et que dans la conversation elles ne modifiaient l’accent que d’une manière insensible. Les étrangers qui ne connaissaient notre langue que pour l’avoir parlée ne pouvaient appliquer des formes orthographiques particulières aux écrivains.

Les premiers vers conservés de notre poëme se rapportent à la désobéissance d’Adam ; les voici :

Car si del frut mangé eussez Del tut semblable à li fussez.

Si Baveriez sur tote rien Ceo que serreit e mal e bien.

La femme al diable crut Et vit la beauté del brut E cel odour e la savour,

Si en manga à graunt dolour.

Del frut à sun barun porta,

De manger ens moût li pria;

Adam en fu dolent et mat Quant il la vit en tel estât...

Nepur quant un confort li prist'

Que pas morte ne la vit.

Et soncba pur ceo qe ce ne fu pas De manger ens si grant trespas...

Après un long récit de la chute de nos premiers parents^ l’auteur juge à propos de nous apprendre ce qu’il entend mettre dans son poëme. 11 y a cinq choses qu’on lui doit demander:

Cynk choses sont hemjà enquere,

Au^commencement en livre fere,.

Qui fu auctour — et rentillement»

— Et la malire — et la forme ensement,

— Et la fin ceo est pur qu’en resoun — Fut fete la coropositioun.

Quant à l’auteur :

Dunt pri por l’amor Jhesu Crit Pour Pixass prier qe ceo livre fist...

Et quant au sujet et au titre, il est moins clairement énoncé :

Le sujet de ceo livre ou la matire Ce est Jhesu nostre Seigqour Qui est créature et créateur ;

Quant à la déité, et quant à la nature Humene si est créature,

Car ceo livre est de Dieu verreyment Et de sa créature ensement... (D^ a.)

Les deux feuillets suivants enlevés ne permettent pas de rappeler ce que le poëte disait de la forme qu’il avait choisie, et de la fin qu’il s'était proposée. 11 est facile de suppléer pour ce dernier point à son silence : il voulait notre instruction et notre édification.

11 a divisé son poëme en quatre livres, dont les deux premiers ne nous paraisent ici que fort mutilés. La forme qu’il affecte est celle d’un questionnaire; à toutes les demandes il fait une réponse précise.

Voici quelques-unes de ses questions : — diable peut-il être lié? — Pourquoi les diables sont-ils dans l’air plutôt que sur la terre ? — De la prédestination. — Si les diables savent la pensée des gens? — Si chaque homme possède un ange gardien? — Pourquoi Dieu créa-t-il l’âme des païens et des juifs? — Pourquoi Dieu, faisant d’abord tous les animaux mâle et femelle, ne fitil d’abord que l'homme mâle? — Adam, quand il procréait enfant dans le Paradis, y prit-il le même plaisir qu’après sa chute? Question délicate, à laquelle notre poëte répond dans son mauvais langage :

Cotaient, avuant que péchassent,

Adam et Eve engendrassent;

N'avereyent-il mie délit?

Quant se semblereyent en lit ?

— Délit avereient verreyment.

Mes ceo serreit tut autrement ;

De leur fet serreyent paé.

Apres ne serreient esmaé;

Sans ordure et corruptioun,

Serreit leur generatioun ;

Le membre siwereit la volunté Del homme, trestut en vérité,

Issi qu’en freit séez certeyn,

Corne fet ore de sa mêyn,

De manger ou fere autre chose,

Quant veut, et quant ne veut repose.

Aujourd’hui, ajoute-t-ii, par suite de la déchéance de nos premiers parents, c’est le membre qui convmeiice, sans prendre coii< seil de la volonté; il n’entend à rien, soit pour avancer, soit pour quitter la partie. Les curieux peuvent rapprocher ce passage du fameux chapitre de Montaigne intitulé : De quelques vers de Virgile,

Le troisième livre, f. i6, traite de la nature du péché et de ses différentes espèces. Le quatrième, f® a6,de l’incarnation de Jésus- Christ. 11 y a an f^ 4o, un chapitre curieux sur la façon dont on doit accorder sa harpe. Nous le recommandons à ceux qui veulent se rendre compte de la théorie musicale du moyen âge. En voici le texte, où j’ai cru cependant nécessaire de redresser une partie des fautes de quantité causée par des syllabes parasites, dont on ne doit accuser que l’ignorance dju copiste ;

Qui que la harpe deit temprer Pur la fere en acord soner Les cordes covient adrescer ;

Que chesciine acorde à son per,

Solons dretie proporcioun,

Que l’oreille juge en le soun.

4 Deus accordent en diapason,

Et deus en dialettason.

Et deux aiisi en diapente,

Ove semitups et tuus à plente ;

Solom l’ordre des cordes dreit Covient que proportion seh.

Et solom le nombre e l’espace Covient que l’entemprure face.

La quarte corde deit soner  la quarte de sus cum aper, ,

En acord de diatessaron ;

L’utisme sonne diapason,

La quint corde en regard son per En diapente deit soner ;

BIANUSCRITS.

Les cordes qu’entre suut ordenés En tuen, en semituen Mot sonez,

Seluen ceo que sunt plus ou meyns Entre les primereyns et dreyns.

Diatessaron deux tueos contient Ove un semiton qu’il sustient.

Et en trois tuens diapenté;

Et un semitun ad à plenté Gink tuens et deux semitueçs.

Diapason cleyme les suens.

Dunt en sei contient diapason Diapente et diatessaron.

Car entre la prière et la dreyne De diapason trover, la meyne Que se acordra dreit en soun A la plus haute et basse en soun,

D’une part vers yal diapente.

En quintes deit estre sonante ;

D'autre part vers amountaunt

Diatessaron est accordant. '

Issi qu’en diapason acorde La première et la dreyne corde,

Et diatessaron par de ça,

Et diapente par de là.

Diatessaron en amountaunt Et diapente en avalaunt....

Je ne dirai pas que ces vers nfe présentent un sens toujours bien précis; mais je pense qu’ils n’embarrasseraient pas des connaisseurs tels que MM. Vincent, Gousmaker, Clément ou d’Ortigue. C’est en vue de leurs pareils que la citation est faite.

Le poëme finit avec le f’ 85 par cette rubrique : Issi finist le romann qu’est appelés Lume as lays. 11 est suivi de la traduction d’un ouvrage de saint Edmond, archevêque de Cantorbery. « Le « livre que saint Edmune de Pountenei fit ; E si est appelé Spéculum « amiciciœ, » Le copiste aurait dù écrire Spéculum ecclesiœ^ traité composé par le saint archevêque, durant son exil dans l’abbaye de Pondgny. Je ne crois pas qu’il existe un autre exemplaire de cette traduction anglo-française. En voici les premiers mots: Videre vacacionem nostram^ etc. Cest mot del apostle pertiennent à vous gens de religion». Yeez fit-il à quoi vous êtes apelé. E ceo dist por nous apeler à perfectiounné...

Le troisième ouvrage, 99, est un petit poëme sans titre dont le sujet est l’amour de Dieu et les moyens de gagner le Paradis. Voici les premiers vers :

Seinl Poul li apostole dit Si corne nous trovum en escrit,

11 dist si il est checun béni.

Si il ne ust amer ne serreit mi...

Je crois qu’ici ne ust ou neust répond au nolit ou non vult latin.

Viennent ensuite, au 104 v®, deux petites pièces ascétiques en an glai La première est censée par quatrains, vers :

Swete Jhesu king of blesse Min berd love mine berte lise , Yu art swete midiwisse

Wo is hun yat of ye schal misse.

Swete Jhesu...

a* pièce: #

Cristene man yu lerm of love For ye icb wolse on erye corne To yolie pine and sconde And dowe on ye rose deie To fliete ye ye liste weie.., etc.

Puis enfin suivent cinq feuillets et demi remplis de recettes médicales sous la rubrique Médecines.

« Pur play e festor (fracture?) saner, preneys les herbes après només : erbe wanter, erbe jou, erbe Robert, erbe ywe, berugle, pigle, menigle, maifelun, pelestre, areyse, meleyne^ morel, etc, » Puis pur dolur de oyls. — Pur dolur de dens od enflure : « Triblez la primerol dès ke vous éez le jus, si metez le jus eu la narile ou le mal n’est pas; mes en l’autre partie. Pur lusse perillouse. — Pur blanche face à aver. — Pur aver bon colur et fresche. — Pur fere tin amour et concorde entre home et famme. Prenez deux colombeaux en lur ni, e trahés fors les quers par lur bouches, si ardez sur une twele eschaufez od bûche de freine,, et si en fetes pudre et melez sur lur viande ke il ne sachent, et toujours viveront en colombine amur. »Ce mot colomhine est assez curieux d ans un texte aussi ancien. Je passe tout de suite à la dernière recette : « Pur musches enchâsser. Triblez od ewe bèneite verveine et colez le jus, puis prenés un vispilon (goupillon),esparpilez par la maisonn e s’en irrunt ailurs. »

Paulin Paris, de VInstitut.

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