‹ Description raisonnée des monnaies mérovingiennes de Chalon-sur-SaôneChapitre 28 sur 30 · LE PATRICE MUMMOLE · texte numérisé non relu

LE PATRICE MUMMOLE

Ennius Mummolus était fils de Pœonius, comte d'Auxerre. A l'avénement de Contran, en 561, il fut envoyé avec des présents pour solli-

' On trouve à la même époque nn autre Bortramn, archidiacre do Paris, qui fut évêque du Mans en 58G (tireg., 1. VIII, cli. xxxix). Il n'y a aucun rapport direct ou indirect entre lui et Clifklon-sur-Saône, et nous ne nous en occuperons pas.

citer le reriOiivellement du titre de son père; mais il brigua le comté pour lui-même, supplanta son père et s'éleva par degrés à la plus haute dignité.

En 568, le patrice Amatus, successeur de Gelsus, ayant été défait et tué par les Lombards, Mummole fut nommé patrice par Contran. Il remporta des succès sur les Lombards, qui s'étaient avancés jusqu'aux portes d'Embrun. Des Saxons venus en Italie avec les Lombards firent une nouvelle irruption et campèrent dans le territoire de Riez ; Mummole les surprit, en tua un grand nombre et traita avec les autres. Ils promirent de revenir en Gaule pour se mettre sous l'obéissance des rois francs et leur servir d'auxiliaires. En elïet, ils revinrent bientôt avec leurs femmes et leurs enfants, franchirent les Alpes par Nice et par Embrun, en deux colonnes qui se réunirent près d'Avignon,et s'apprêtèrent à passer le Rhône. Ce fleuve séparait la Bourgogne de l'Auvergne, qui dépendait de TAustrasie. Le projet des Saxons était de se soumettre à Sigebert et de se faire réintégrer par ce roi dans le pays de Saxe, qui était leur berceau, Mais Mummole s'opposa d'abord à leur passage, et les rançonna avant de leur permettre de donner suite à leur projet ^ . Ce fut alors que les Saxons répandirent en Auvergne celte fausse monnaie dont nous nous sommes occupé (p. 55).

En 569 les Lombards firent une nouvelle irruption en Gaule avec trois corps d'armée; l'un, commandé i)ar Amon, prit la route d'Embrun et s'avança jusqu'à Machovilla, domaine situé dans le territoire d'Avignon^ et que le roi avait donné à Mummole; Zabon, avec un autre corps, vint jusqu'à Valence, et Rhodan campa à Grenoble avec le troisième corps. Mummole marcha contre ce dernier, passa l'Isère et mit en déroute Rhodan, qui, avec cinq cents hommes échappés à sa défaite, rejoignit Zabon par des chemins détournés. Mummole vint les attaquer, les tailla en pièces, et s'acquit alors une très-grande réputation militaire ^ La victoire raccompagnait partout.

Après la mort de Caribert, en 567, Chilpéric envahit la Touraine et le Poitou, que le partage de la succession avait attribués à Sigebert. Ce dernier roi, d'accord avec Contran, choisit Mummole, en 569, pour reconquérir ses provinces ^ Clovis, fils de Chilpéric, avait occupé Tours et Angers et marchait sur Saintes; Mummole courut vers Limoges avec des forces considérables, mit en pleine déroute Didier, le duc de Chilpéric,

' Greg., L. IV, cli. xlii et XLin. — L. V., cl», xv. 2 Gr., L. IV, ch. XLV.

' Id. Ch. xLvi.

perdit cinq mille hommes, mais lui en tua vingt-quatre mille <, chassa Clovis de Tours, força cette ville à prêter serment à Sigebert, alla ensuite en Poitou, triompha de la résistance de Basile et de Sighaire, chefs des Poitevins, soumit Poitiers - et rentra en Bourgogne par l'Auvergne \

Grégoire de Tours raconte dans un autre passage, et sans bien préciser Tépoque * que du temps de S. Sauve, évêque d'Albi, Mummole emmenant captifs un grand nombre de citoyens de celte ville, S. Sauve les racheta tous; du reste iMummole lui rendit l'équivalent du prix, partie en argent et partie en cadeaux.

Pendant dix ans, l'histoire ne parle pas de Mummole; puis tout d'un coup elle nous apprend qu'en 581, quand Childebert, rompant avec Contran, s'allia h Chilpéric % le palrice s'enfuit du royaume de Bourgogne et alla s'enfermer dans les murs d'Avignon. Le chroniqueur iMarius nous dit qu'il transporta sur la frontière de Childebert sa fenune, ses fils, la multitude des gens de sa maison et d'immenses richesses ^

(îette retraite, qu'on peut considérer comme le signal d'une trahison, se rattache sans doute à la conspiration qui devait éclater trois ans plus tard. Dès 582, Didier, duc de Neustrie, avait fait un traité avec le patrice.

Quand Chilpéric mourut, en 584, ce duc Didier entra dans Toulouse, s'empara du trésor de la malheureuse Rigonthe, fille de Chilpéric, et s'enfuit à Avignon près de Mummole. Le patrice était là avec Gondovald % prêt à tenter son aventure. Le rendez-vous était bien concerté. Gondovald, accompagné de Didier, marche sur Limoges, et, en passant par Brive-la-Gaillarde, où déjà il a une armée, il se fait élever sur uu bouclier et se donne le titre de roi.

Mummole se trouve à Toulouse avec Gondovald; l'évêque de cette ville, Magnulfe, hésitant à reconnaître l'usurpateur, Mummole le soufflette ^ et triomphe de sa résistance par l'intimidation.

A Bordeaux on trouve dans l'évoque Bertramn un complice assuré

' L. V. ch. XIII. — 2 L. IV, ch. xlvi.

3 L. V., ch. XIII.

* L. VII, ch. I.

*L. VI, ch. 1.

^ Mummolus Patricius cum uxore et filiis, et mullitudine famili;c ac divitiis miiltis, in marca Childeberti régis, id est Avinione, confiigil. (Ap. D. Bouquet, t. II, ch. XIX, A.)

' Greg. VIT, x.

" L.VII, ch, xxxviii. —

d'avance à Tinsurrection. Avec son aide, Munimole dépouille le Syrien Euphrone d'une précieuse relique pour l'offrir à Gondovald comme un talisman *. Mais il faut faire acte de roi pour imposer au peuple, et la plus grande prérogative d'un roi est de nommer un évêque. C'est là que la complicité de Bertramn servira Mummole; il fait nommer par Gondovald et sacrer par l'évêque de Saintes un nouvel évêque de Dax, nommé Fauslien.

De Bordeaux, Gondovald, accompagné de Mummole, des ducs Bladasfe et Waddon, de Tévêque Sagittaire, marche vers Comminges; mais il touche à la fin de son aventure ^. L'armée de Gontran, commandée par Leudegisèle, vient l'assiéger dans cette ville, et quand Mummole voit la tentative du prétendant sur le point d'échouer, il négocie une nouvelle trahison, livre Gondovald pour avoir la vie sauve, et ne profite pas de cette suprême lâcheté, car peu de temps après il est mis à mort par ordre du roi à Senuvia ^

Gontran fit saisir la femme de Mummole et obtint d'elle l'aveu qu'il y avait encore à Avignon de grandes sommes d'or et d'argent dont le vainqueurs de Gondovald ne s'étaient pas emparés. En effet, on y trouva 250 talents d'argent et plus de 30 talents d'or, que Mummole avait enlevés^ disait-on, d'un ancien trésor *.

En 585, Gontran vint de Châlon à Nevers, puis à Orléans, où les ovations d'une foule immense retentissaient «en langue syriaque, en langue latine et même en langue juive. » Il invita les évêques à s'asseoir à sa table et il leur dit^ au milieu du repas : « Toute cette argenterie que vous voyez appartenait au parjure Mummole j grâce à l'assistance du Seigneur, elle est maintenant en ma possession. J'en ai fait briser quinze pièces comme ce grand plat et n'ai gardé que celui-là et un autre de cent soixante-dix livres. Pourquoi en aurais-je gardé plus qu'il ne m'en faut pour mon usage de tous les jours? Je n'ai pas d'autre fils que Childebert, qui a bien assez des trésors que lui a laissés son père et de ceux que j'ai pris soin de lui envoyer des effets de ce misérable trouvés à Avignon. Le reste doit être apphqué aux besoins des pauvres et des églises ^

J'ai rapporté, à la suite de la description des monnaies de Mummolus^

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