‹ Description topographique et économique de la mairie de Neuchâtel, avec des notes historiquesChapitre 19 sur 93 · ANCIEN CHATEAU · texte numérisé non relu

ANCIEN CHATEAU

Sa partie occidentale, qui formait le Casiruni Novum, fixe d'abord la vue, c'est la partie la plus élevée ; c'est là que sont les plus anciennes constructions. Le premier objet est le vieux château, aujourd'hui Tour des prisons. Dans cet édifice , dont les avantages étaient sa vue étendue à Test, à Touest et au sud, sa solidité et sa situation sur un roc escarpé dominant le lac, et séparé par un fossé, ou naturd ou creusé, de la route de laquelle on arrivait par un pont-levis, demeurèrent les premiers seigneurs de la maison de Neuchâtel, avant la construction du nouveau château. Cette habitation étroite et incommode , d'un accès difiicile , ne fut probablement choisie d'abord , que parce que les fondations de murailles et les pans demeurés depuis la destruction de 1034 ^ ofiraient une disposition de terrain, puis des murs assez épais pour en faire un château dans lequel le seigneur pût habiter en sûreté ; toutes les demeures des seigneurs étant alors des châteaux forts sur des hauteurs et des escarpemens, quelquefois pour détrousser les voyageurs, et toujours pour pouvoir résister aux entreprises que Ion formerait contre eux.

Quoique Ton dise que Conrard le Salique ruina entièrement la ville en 4034, il parait cependant qu'il resta encore quelques parties des premiers murs du Castrum ; au moins peuton envisager comme tels des portions des quatre faces de la haute tour dite des prisons, construite avec des fragmens de granit, avec des blocs d'un roc jaune, vif, dur et pesant, qui pouvait être pris du rocher sur lequel elle est assise. La grosseur des matériaux travaillés en bossages bruts et irréguliers à l'extérieur , mais taillés exactement dans leurs joints , l'épaisseur des murs, la fermeté du mortier, tout indique une construction fort ancienne. Les murs qu'Ulrich fit Cbnstruire au dessus , moins forts et avec des matériaux moins épais ,

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taillés plus exactement à Textérieur, sont faits avec la pierre tirée, à ce qu'il parait, de la carrière voisine de Saint-Nicolas. Très-peu de meurtrières fort étroites donnent une faible lumière sur Tescalier en bois qui circule aujourd'hui dans Imtérieur ; des pierres saillantes à Textérieur , dans la façade méridionale , indiquent , par leur bec recourbé , une galerie ou belvédère qui sans doute correspondait à une salle dans rintérieur de la tour. Son couronnement crénelé et son élévation facilitaient la découverte , à une grande distance , de tout ce qui pouvait approcher du fort. L'espèce de décorations sculptées des créneaux des angles , qui a du rapport avec le genre des omemens de Téglise, semble identifier l'époque de ces deux constructions.

L'ancienne demeure des comtes est attenante à cette tour dans la partie de Test ; elle fot bâtie sur Tescarpement du rocher dont elle suit la sinuosité. La cour par laquelle on y entre est petite et sur une pente rapide. Les jours de cette portion d'édifice étaient petits, en petit nombre et sans régularité. On a dû en agrandir quelques-uns pour les usages auxquels on l'a destiné dès -lors. Le lac baigne le pied du rocher auquel se terminait un mur dont l'extrémité au bord du lac avait une tour encore existante, nommée rOriette (e); sa destination, ainsi que celle du-mur auquel elle appartenait, semble avoir été d'empêcher l'entrée par le rivage à l'ouest. EUle appartient à la ville , à lacpielle elle a été abandonnée , ainsi que les autres portes, sans que l'on en connaisse la date.

(e) On peut conclure de ce mur et de cette tour, que dans le temps où Fun %t l'autre furent construits, le lac baignait encore le rocher ducôti; de It ville ; car s'il j eût déjà existé une plage alors, comme aujourd'hui, cette défense deTcnait inutile f puisque les embarcations pouvaient aborder sur tout le rÎTage , et l'attaque du château devenait aisée dans la partie où le rocher s'abaissait vers le Scyon, au lieu que dès la tour de l'Oriette jusqu'au torrent, tout était lac, cl le rocher inabordable; ce qui porte la date de sa construction à une époque fort reculée. V. (93) GloricUc,

L'enceinte de ce château est si resserrée , que Ton ne peut croire que les seigneurs n'eussent pas encore qudque bâtiment à Test pour les gens du service journalier et immédiat et pour les écuries. Et conmie cette partie est dès longtemps propriété particulière , il est apparent que lorsque les comtes eurent bâti le château neuf et y eurent transféré leur demeure , ils aliénèrent cette portion qui n'était désormais plus à leur usage. Quant à Tancicn château, il est destiné à enfermer les criminels ou détenus pour délits supérieurs ; là aussi loge Thuissier de la juridiction , qui est en même temps geôlier.

. 11 avait existé antérieurement un mur qui liait la tour avec le rocher sur lequel fut construite Tenceinte depuis appelée le Donjon, Dans ce mur fut pratiquée la porte de la ville ; puis il parait qu'il fut abandonné pour des constructions particulières. Quoique le rocher sur lequel est le Donjon soit escarpé et fût encore garanti par un fossé , dans lequel sont aujourd'hui des jardins , cependant son sommet est encore bordé d'un mur. Il est vrai que ses matériaux et sa construction , malgré son épaisseur, ne le font pas juger avoir été élevé avant 4094, mais plutôt être de la date de Tarrivéc d'UWch dans sa nouvelle demeure. Dans le prolongement de ce mur an nord est une tour carrée dont les premières assises et la saillie de mur qui la lie à celui d'enceinte et fait une plate-forme, formées en gros et épais matériaux, indiquent une construction plus ancienne, qui, par son analogie avec les assises de la Tour des prisons , l'a fait présumer être de la même date et avoir comme elle survécu à la destruction de 1094. Sa position la rendait importante pour le Castrum , parce que , outre sa force et celle qu'elle ajoutait au mur , la garnison avait la vue sur un quartier que l'on ne pouvait découvrir de la Tour des prisons malgré son élévation, et que l'on pouvait apercevoir de là tout ce qui arrivait par la Vi-de-l'Elra

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JQsqaes au dessous du Suchiez et à Torient de la ville. L on ne connaît au reste pas sa hauteur primitive ; sa sustruction moderne , fort épaisse , mais moins que les auciens restes , est crénelée. Au pied extérieur de la tour était pratiquée une poterne, à laquelle aboutissait un pont-levis qui se jetait sur le fossé. Lors des démêlés de Conrard de Fribourg avec la ville de Neuchâtel, celle-ci, craignant que le comte n*en fît usage pour introduire des soldats étrangers, en demanda au Conseil de Berne la suppression et la clôture , ce qui lui fut accordé en 1408 par une prononciation, en même temps que la garde de la porte de la ville au pied de la Tour des prisons. Le mur d'enceinte du Donjon, dans sa iace occidentale, paraît être de la même date que la recharge de la tour carrée ; le méridional et Toriental paraissent être plus modernes , les matériaux en sont moins forts, ils sont tous crénelés. Le mur septentrional , plutôt fait, en apparence, pour empêcher les chutes de rintérieur à Tescarpement du rocher, que pour la défense du Donjon préservé et rendu inattaquable par le roc du côté de TEcluse , est encore plus récent.

Dans cet enclos, Ulrich et Berthe, à leur arrivée, se conformant aux idées religieuses du temps , fondèrent , dit-on , (car on ne connaît nul acte qui en fournisse la preuve) un couvent d'Ursulines et un autre de moines blancs, sur le sol du château moderne. La situation du couvent des Ursulines semblait devoir les mettre à couvert de toute entreprise, même de séduction ; cependant le voisinage des moines blancs favorisa les relations de leur abbé ^vec Tabbesse des Ursulines, fille d'Ulrich oncle de Berthold ; elles eurent des suites , et Ulrich fit démolir les deux couvons en 1206 (f),

(0 L'on cite encore, en preuve de l'existence de ces couvens, Tart. 28 de la charte de 1214, qui permet aux. bourgeois de donner leurs biens à qui il leur plairait, excepté à moines blancg. Il est certain que cette cxccpliou indique un iprand mccontentcnicnt, surtout si Ton considère qu'elle eut lieu

DONJOIV.

Le couvent des Ursulines détruit , la destination de Tenclos fut appliquée à des usa{jes d'agrément du seigneur. Il est déjà indiqué sous le nom de Donjon dans la franchise de 12d4. Peut-être, au reste, ce mot n'est-il entendu que dans le sens de lieu élevé , dont la vue s'étend au loin. Il est dL visé en deux parties ; celle du nord peut très - bien avoir été le sol de l'ancien couvent. A sou entrée derrière l'Eglise, est une tour ronde, ancienne et formée de moellons ; c'était probablement la vraie entrée et la loge de la tourrière. Dans cette portion et à la porte , est le logement du jardinier actuel du Donjon, qui tient ce terrain en culture. Il est séparé de la partie méridionale par une galerie couverte terminée d'un c6té par une volière , de l'autre par un tourillon carré faisant salon. Cette partie méridionale est divisée en compartimens et allées, et aboutit, par un pont peu ancien, à la terrasse du château ou de l'Eglise : ce pont sert de chemin aux seigneurs ou aux gouverneurs , pour se rendre au Donjon. La vue de ce lieu de plaisance, assez resserré, est fort étendue et très -agréable du c6té de l'ouest. Au dessous de cette enceinte est une rampe par laquelle on se rend à l'Église. Elle fut tracée originairement dans le roc écailleox qui lui sert de base ; mais devenue incommode ou dangereuse, on l'a remplacée par des marches en roc. Une autre rampe en pavé continuant dès l'escalier, sépare le Donjon de l'Eglise.

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