‹ Description topographique et économique de la mairie de Neuchâtel, avec des notes historiquesChapitre 20 sur 93 · ÉGLISE COLLÉGIALE · texte numérisé non relu

ÉGLISE COLLÉGIALE

Au niveau du Donjon, sur le même plateau, est l'Eglise collégiale, à la construction de lacpielle Berthe, femme d'Ulrich

dans un temps (ce siècle et les suivans) où les ecclésiastiques avaient persuadé aux séculiers que les portes du ciel s'ouvraient par les fondations pieuses. Il ne fut dès-lors établi aucun couvent h Neuchàtel.

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seigneur de Ncuchàtel , employa quelques années à la fin du XVII« siècle (ii). Ce vase, de construction gothique, avait au dessus de la porte du chœur, dans Tintérieur, Tinscription suivante qui a disparu peut-être en d 530 .*

Respice Virgo pia me Berth : Sca Maria

Et simul Ulrich, il fugiens inimic.

Da Dom Honoris id facientibus et Paradis -=^^

Cette inscription , ainsi que beaucoup d'autres qui renferment des points douteux, obscurs ou équivoques, a fourni nn vaste champ aux amateurs d'origines illustres et antiques, et qui ne regardent pas la vérité autour d'eux. Les uns ont pris la Berthe de Tinscription pour celle qui fonda, en 933, Tabbaye des Bénédictins de Payeme , où sa selle se voyait encore à la fin du XVII I« siècle. Mais cette fille d'un duc de Souabe, et femme de Rodolphe II , roi de Bourgogne, avait assigné des revenus à cette abbaye, ainsi qu a Téglise de Soleure et à son chapitre qu'elle fonda dans le même temps ; et à Neucbàtel, nulle trace de libéralité de ce genre de sa part. Les faits allégués ne lèvent du reste point Tincertitude où l'on est sur le seigneur qui occupait alors cette terre. D'ailleurs l'église n'aurait pas échappé à la destruction de cette ville par Conrard , en 1034 , et Berthe ne pouvait être déterminée à cette construction par la beauté et la richesse du sol, comme à Payeme et à Soleure. Il fallait ensuite expliquer qui était lUlrich mentionné dans l'inscription, et l'on a fait venir l'évéque d'Augsbourg , de ce nom , oncle vrai ou prétendu de • Berthe, qui se serait réfugié à Neuchâtel pour échapper aux insultes du peuple auquel il prêchait la foi chrétienne. D'autres, peu satisfaits de ce roman héroïque, en ont fait un plus galant. Fondés sur une lecture vicieuse de l'abréviation Sca Maria, Qs ont fait aller Ulrich en croisade <bns la Terre- Sainte, où il aurait trouvé une Berthe à Samarie (Scamaria),

Bcrthe qu'il épousa et qu'il amena sur le rocher de Neuchàtel. L'on voit à la note (11) quels furent les vrais fondateurs de cet édifice , et qu'il faut les chercher dans le voisinage. Au dessus de cette inscription était un bas-relief représentant Berthe, qui offrait le temple à la vierge, Ulrich el un évéque, qui ne peut être que Tévéque de Lausanne dans le diocèse duquel était cette Eglise. L'on ignore ce qu'est devenu le basrelief avec rinscription.

Il est plus difficile d'expliquer le il fugiens inimicos ou inimicuM; une seule conjecture se présente : c'est qu'Ulrich ayant formé des oppositions aux dons faits par son père Rodolphe et par son oncle Guillaume de Glane, en il4S, à Tabbaye de Hauterive , se soit attiré sur les bras le couvent et les protecteurs de Tabbaye , et ait dû se réfugier à Neuchâtel, en fuyant d'Ârconciel ; cependant il fallut fléchir, et confirmer ces dons en 1149. On peut donc envisager cette époque comme celle du rétablissoment de l'ancien château , pour le rendre habitable , de la construction des deux couvens et du commencement de celle de l'Eglise.

Cet édifice est jugé, par quelques personnes, avoir été construit à deux époques pas très - rapprochées l'une de l'autre. Elles se fondent sur la différence du travail qu'elles observent entre la nef, le chœur et les deux bas-côtés, et sur la nature des outils qui y ont été employés, présumant ceux dont on a fait usage aux bas -côtés d'une invention plus récente. Mais il y a aussi pour une construction simultanée, des raisons que Ton examinera dans le détail du temple.

La porte d'entrée de la nef était à l'ouest; large et élevée, elle est dénuée de tout ornement, simplicité hors d'usage dans les constructions gothiques , telles que celle de cette Eglise. Il est probable que Jean, comte de Fribourg, fit abattre les ornemens , lorsqu'au milieu du Xy« siècle il attacha à cette entrée la nouvelle chapelle qu'il fonda et dédia à Saint-Guil-

hume. Vis-à-vis de cette entrée était le chœur où le chapitre avait ses stalles. La sacristie , élevée de quelques marches , formait la croisette au nord ; la tour tenait à celle du midi ; le plan de Tédifice était une croix latine , dont les bas-côtés cachaient le dessin qui ne se voit que dans Tintérieur, en n'envisageant que la nef et les croisettes. Le chœur était et est encore élevé de quelques marches au dessus du sol de la nef et des bas-côtés. Le dôme a quatre angles sans ornemens de sculpture ; mais il était décoré de quelques peintures sur le mur, qui furent effacées seulement vers la fin du XVII* siècle ; il n'est pas au point de jonction des deux bras de la croix , mais au dessus de rentrée de la nef dès le chœur.

Le clocher est une tour carrée et élevée -, sa flèche est trèshaute , et se remarque de fort loin. Au dessous de la frise sculptée à jour qui couronne cette construction , règne , en forme de cordon , une inscription en caractères gothiques , dont on n'a point la transcription, sans doute par la difficulté de parvenir avec quelque commodité à cette hauteur. L'incendie de 1450 atteignit le clocher, brûla sa charpente ainsi que celle de l'Eglise, et en fondit les cloches (g). Il y en a trois pour appeler au service divin. La porte du chœur à la croisée attenante, et qui était celle du chapitre, est élevée de quelques marches et a son seuil au niveau du chœur ; à une certaine hauteur elle est décorée de quelques ornemens gothiques en bas -relief, sculptés dans l'épaisseur du mur; à droite et à gauche sont, en faible relief, deux figures, peut-

(g) En 1583, on refondit la principale cloche et Ton inscrivit autour le passage suivant d'Esaïe : VeniU et ascnidamus in montem Jehovœ, in dormtm Dei Jacob, et inêlituet nos in ùis suis. Dans une cartellc se lit: Senalus po^ pulu$que Neocomcnsis hoc opus fieri fecit. Si Ton compare celle dernière inscription avec colle du mausolée des comtes, en 1573, on voit que malgré la réformation qui devait rendre rinstruclion plus générale, la belle .lalinito n'avait pas encore fait de grands progrès, car run« et Fautre sont jetées dans le même moule de bréviaire.

être Ulrich et Berlhe, tenant chacune une table avec une inscription entaillée. Faites avec la pierre jaune du lieu, tendre et opposant peu de résistance , elles sont devenues méconnaissables et les caractères illisibles parles insultes qu'ils ont reçues. Il est assez probable, au reste, que ces inscriptions^ ainsi que celle du cordon sous la frise de la tour, ne sont que des élans de dévotion ou des invocations, ainsi que les dictait Tesprit religieux du temps. C'est dans Tintérieur, au dessus de cette porte, qu^étaient le bas -relief et Tinscription mentionnés plus haut.

Le genre de Tédifice est gothicpie, mais simple et massif ; Ton n'y remarque point les colonnes grêles qui appartiennent à cet ordre ; il n'y en a que des fragmens sans autres bases que des figures bizarres sortant à diverses hauteurs des piliers épais auquels elles sont appliquées et qui soutiennent la nef. Il y a peu de sculptures; deux seuls pilastres, entre la nef et le chœur, ont leur chapiteau orné de fleurons variés ; le travail en est fini autant que la nature de la pierre l'a permis. Le chœur est sans ornemens.* La porte d'entrée, au couchant de celle du chœur , parait être plus moderne ; elle est aussi sans décorations. La chapelle de Saint-Guillaume, rattachée à l'Eglise, mais moins large, masque , ainsi qu'on l'a dit, la porte de la nef. Au dessus de celle-ci est un grand jour de fenêtre rond, que Ton ne peut aflîrmer dater de la construction primitive. En 1520 ou 1521, Nicolas Halter, d'Unterwald, baillif à Neuchâtel pour les douze cantons, fit remplir ce Jour par des vitraux coloriés représentant les armoiries des cantons; mais comme cette fenêtre nuisait à l'orgue placé dans l'intérieur, elle a été remplacée par un mur , et les vitraux enlevés ou brisés, au grand regret des amateurs. Deux portes étroites donnent entrée par le bas-côté du nord ; couvertes extérieurement par des constructions qui s'appuient à l'Eglise , elles pourraient faire croire à l'ancienne existence

*."i ; Kl.',

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des couvens indiqués : rentrée occidentale aurait été à Tusage des Ursulines , et Torientale à celui des moines blancs , qui arrivaient aiqsi sans être vus. La dédicace de ce temple ne se fit cependant que le 8 Novembre 1276. (Note canonicale.)

Plusieurs chapelles décoraient Tintérieur; elles furent fondées par les seigneurs ou par des particuliers qui y attachèrent des cens ou des rentes en denrées et en argent. Une note canonicale dit qu'il y avait dix -neuf autels et vingt -neuf chapelles (h) : par où il faut entendre, sans doute, des places de chapelains, dont plus d'un était attaché à quelques-uns de ces autels. Le premier orgue y fut établi en 1497 par les chanoines. Il est apparent qu'un des chapelains le touchait.

En entrant dans le chœur dès la nef, il se présente, au premier pilier à gauche , un monument qui est le mausolée d'anciens comtes et comtesses de Neuchâtel. Louis, le dernier de cette maison, le fit élever et y fit placer cette inscription:

Ludovicus Cornes egregius hanc tumbam,

totamque machinam fabricare fecit,

oh se et suorum memoriam,

(h) Ulrich, en construisant cette Eglise, y fonda la cliapcllc de Sainte- Marie; celle de Saint- Jaques fut fondée en 1370; une autre à la yiergc Marie, en 1463; une à Saint -Antoine, en 1482; une aux trois Rois, en *'i84; une à Saint-Grégoire, en 1505; une h Saint-Léonard, en 1517; il y avait encore celles de Sainte-Marguerite, de Sainte-Catlierine et de Saint- Ceorges. La plus grande était celle de Saint- Guillaume, dont on a parlé, que fondèrent Jean, comte de Fribourg, et Marie de Châlons sa femme. Au dehors était la chapelle de Notre-Dame, sur la porte de la ville nommée de ce nom, appelée ensuite porte de Saint-Mury ou Saint-Maurice ; celle de Siint-Nicolas, sur la hauteur à Toccidcnt de la ville; celle de Saint-Jean, au Tertre; celle de Vieux-Châtel , celle de la Maladière et celle de Fenin, desservies par le clergé de Neuchâtel. C'est pourquoi une partie des biens du chapitre ayant été adjugée, en 1539, à la ville, elle doit là-dessus fournir une partie de la pension du ministre de Fenin.

On y ajouta la date de sa mort :

Obiit quinta die mensis Junii^ MCCCLXXIIL

Masqué par une espèce d'armoire, il n'est en vue que lorsqu'on en ouvre les volets. Les armoiries de Philippe de Hochberg, qui sont en vue dans la partie supérieure, lui font attribuer ce revêtement, dont d'ailleurs le goût est antique. Il est probable que ce fut lui qui fit ajouter aux statues des maisons de Neucfaâtel et de Fribourg, celle de Rodolphe son père.

Il y a treize statues des seigneurs de Neuchâtel et de leurs femmes, savoir, neuf d'hommes et quatre de femmes. Quatre des statues d'hommes ne sont qu'en demi-relief; elles étaient probablement adossées dans des niches ou couchées sur les pierres qui couvraient les tontbes ; les autres sont ai plein relief. Louis de Neuchâtel voulant faire ce mausolée, fit redresser les statues couchées et apporter au monument celles qui étaient nichées ou posées auprès de leurs tombes ; peutêtre même , et cela est assez apparent , n'y a-t-il de véritablement plus anciennes que lui , que les quatre qui étaient , suivant l'usage du temps, couchées sur leurs tombes ; et les autres, tant honmies que femmes, auront été sculptées par le même artiste qui sculpta celle de Louis. Toutes ont la même attitude de dévotion, et font une oraison les mams unies l'une contre l'autre. Rien ne peut désigner positivement quels sont les seigneurs ou dames représentés. Leur attitude est droite, raide , sans mouvement ni expression autre que l'expression religieuse. Rodolphe de Hochberg, qui porte sur une sorte de veste courte Técusson de Neuchâtel, et une espèce de jupe qui lui couvre les jambes jusqu'aux talons , a la même attitude et n'a pas trouvé un sculpteur plus habile. Il n'en est pas de même de Gonrard et de son fils Jean de Fribourg ; ces deux statues, avec la même expression de dévotion, ont

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UD mouYement animé, et le sculpteur qui les a travaillées les deux, à ce qu'il parait, en conservant un air de famille et une ressemblance dans les physionomies et dans leur habillement militaire, a mis dans les attiludes des nuances qui pourraient avec quelque attention donner une certaine idée de leur caractère personnel. Quant au travail, il est de beaucoup supérieur, plus libre et plus hardi. L'on i{jnore où est le caveau qui renferme les corps des seigneurs ; il devrait être à portée du mausolée et du chœur, la place la plus honorable et la plus recherchée \ mais nulle indication ne peut diriger dans les recherches. Au reste, à supposer que Ton parvint à découvrir ce dépôt. Ton ne doit pas se flatter de trouver quelque chose de bien intéressant dans un pays dont la pauvreté écartait le luxe et les beaux arts.

Un seul trophée militaire s'y remarque. Il fut consacré par Rollin ou Rodolphe, comte de Neuchûtel, et est au dessus du mausolée des comtes. Jean et Dietrich, seigneurs de Yalangin , avaient transporté à Tévéque de Bâle Thommage qu'ils devaient au seigneur de Neuchâtel ; il les somma de se ranger à leur devoir , et sur leur refus il les attaqua , réunis à Tévéque de Bâle., en 1295 , dans les plaines de Coffrane , les battit et les força par là et par le traité de paix à renoncer à leur nouveau suzerain et à redevenir ses vassaux ; il exigea de plus d'eux, comme amende, 2000 liv., et en expiation de félonie, deux têtes d'argent. Il se fit encore céder la mairie de Boudeviiliers en indemnité des frais de la guerre. Les deux drapeaux qu'il enleva dans la bataille furent plantés dans le mur de l'église, et les têtes d'argent posées sur les volets du monument , lorsque Philippe de Hochberg le fit élever. En 1530, le zèle destructeur des images fournit à un bourgeois de Neuchâtel, à ce que Ton prétend, l'idée lucrative de s'en emparer, sous le prétexte qu'elles étaient des têtes de saints. Il ne reste des drapeaux qu'un lambeau étroit à chaque bâton.

Le pavé de l'Eglise était formé , en grande partie , des

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tombes d'ecclésiastiques ou de personnes distinguées parleurs postes civils ; toutes portaient des noms ou des armoiries. Le frottement des pieds les a effacées.

La réformation de 1530 substitua à un culte brillant un culte simple, et le dépouillement d'ornemens dans les églises, aux décorations des autels, aux tableaux et aux statues. Le zèle iconoclaste se déploya à Neuchàtel , et le gouverneur George de Rive ne put qu'à grand'peine mettre à Tabri quelques tableaux et décorations , pour les envoyer à Jeanne de Hocbberg. Les orgues cependant subsistèrent encore durant quelques années ; mais Taustérité de la nouvelle religion ne permettant qu'un chant simple, et excluant tout rapport avec celle qui Tavait précédée, George de Rive prévint leur destruction, les fit enlever et déposer dans le château en d53S.

Il ne fut d'ailleurs rien changé quant au matériel de TÉglise; on se borna à établir une galerie sur la grande porte de la nef et dans le retour d une partie des bas-côtés ; la chaire fut adossée à un pilier au centre de l'église , et la légende suivante fut placée autour de son impériale :

oCtobrIs qVVM soL IVIt ter qVIntVs In oCto, LVx VIT.E CastrI LVXIt In Vrbe noVI.

Dans le même temps d'exaltation, il fut également couché dans une cartelle à fond bleu, l'inscription suivante en lettres d'or , sur le premier pilier de la nef au devant du chœur :

Le 23™c Octobre 1530, f Idolâtrie fust ostée et abattue

de céans par les Bourgeois.

Il est à observer qu'à cette date le culte protestant n'était pas encore admis constitutionnellement, c'est-à-dire par délibération , et ne le fut qu'au mois de Novembre suivant. Il ne s'agit donc dans cette inscription que de la destruction violente et matérielle des objets palpables du culte catholique. L'habitude de voir ce monument d'intolérance a empêché ,

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durant long - temps , d'en sentir Tâpreté et la dureté , et de leffacer ; mais les mœurs s'étant adoucies, la différence des sectes entr'elles n'empêchant plus , comme dans Torigine , les relations avec les individus, M. le lieutenant -général de Bé ville , gouverneur de la Principauté pour S. M. le roi de Prusse , obtint à la fin du XYIII^ siècle , par une simple insinuation au Magistrat , que cette inscription fiki anéantie : opération faite avec un assentiment universel. Par là a été prévenue la contradiction qu'il y aurait eu en 1806 entre elle et la célébration de la messe sur les tables de la communion, durant le séjour du corps du général Oudinot à Neucbàtel.

En i 530 , on dressa à l'entrée du chœur deux tables en marbre pour le service de la communion.

Ce ne fut que long-temps après, dans le milieu environ du XVIII® siècle, que Ton ne regarda plus comme profane l'accompagnement du chant des psaumes avec des instrumens ; on rétablit alors un orgue contre Tare de la porte de la nef, vis-à-vis le chœur, et l'on y attacha un organiste salarié.

Le parquet de l'Eglise est couvert de bancs fixes et divisés par compartimens pour que l'auditoire soit assis. Lès uns ont une clôture, les autres non. Parmi les premiers est celui du gouverneur , à la droite de la chaire ; à la gauche , celui de la gouvernante ; pas loin de là , celui du conseil d'état ; derrière lui, le banc des officiers, ou militaires ou de judicature. Vis-à-vis la chaire est celui des pasteurs de la ville. Le centre de la nef, avant que de monter au chœur, est occupé par les 8talles en noyer du conseil municipal ; leur forme carrée détruit Topinion qu'elles furent autrefois aux chanoines , puisqu'elles devaient suivre la forme sphérique du chœur. D'autres bancs fermés appartiennent à des familles de bourgeois; les places qu'ils occupent font supposer que là étaient auparavant des chapelles , que les fondateurs remplacèrent à la réformation par des bancs et qui sont leurs propriétés, ainsi

que tous les bancs particuliers de Taire qui se ti'ansmettent par héritage, donation ou vente ; d'où l'on peut inférer qu'en 1530, les familles qui les possédèrent les firent établir à leurs frais, et non la caisse publique.

Un seul monument funéraire y a été placé depuis la réformation , c'est Tépitapbe, en lettres d'or sur marbre noir, de M. de Bezuc, gouverneur de la Principauté, mort en 1742, et dont le corps repose au dessous.

A la fondation de cette Eglise , Ulrich créa, pour la desservir, un chapitre de six chanoines, en 1180. Ulrich, son fils, y en ajouta six autres en 1206 (12). Son chef, le prévôt, était compris dans ce nombre , et Tabbé de Fontaine-André était le premier chanoine. Outre cela , il y avait le curé de Neuchàtel , son vicaire et plusieurs chapelains , pour le service des chapelles intérieures et extérieures, tous dotés richement , par les seigneurs et les particuliers , en cens, dîmes, denrées et argent. Berthold, seigneur de Neuchàtel, avait fondé une treizième place de chanoine en faveur du bienheureux Guillaume , qui ayant été précepteur de ses fils à Paris , les accompagna à Neuchàtel où il se fixa. Cette prébende seule était de main-morte.

Philippe de Hochberg fonda dans TEglise collégiale une institution de six enfims de chœur, sous un maître de chant ; ils commencèrent le 31 Octobre 1497 à faire le service dans le chœur. L'on ne voit pas comment Ion s'en était passé jusqu'alors.

Depuis la réformation, la chapelle de Saint -Guillaume, qui a une chaire et des bancs , est destinée aux aspirans au ministère , qui y font leurs exercices et leurs discours d'essai , auquels assistent les pasteurs de la Principauté. Depuis lors aussi , la sacristie a été employée à former une bibliothèque pour les étudians en théologie. Chaque dimanche ma- Un, il se fait dans cette Eglise un prêche, et l'après-midi un

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cathéchisme ponr rinstruction de la jeunesse. Dans le courant de la semaine, il y a quelques services en prières et chant.

Deux Guillaumes illustrèrent TEglise de Neuchâtel à des temps fort éloignés Tun de Tautre : le premier, dont on a déjà parié ci-dessus , précepteur des fils de Berthold (i)^ anglais d'origine, arrivé à Neuchâiel, y eut une prébende de chanoine et édifia le peuple de cette ville par sa douceur et ses vertus. Il y mourut en 1233, en odeur de sainteté ; peut-être fut -il canonisé dans la suite (k).

Le second fut Guillaume Farel , premier apdtre du protestantisme à Neuchâtel. Il commença sa mission en 1528 ; mais les obstacles qu'il rencontra chez le clergé catholique et chez les zélés pour cette religion , firent échouer cette première entreprise. Il se retira et ne la reprit qu'en i 530; mais il parut alors avec le précepte : contrains-les d'entrer, conforme à son caractère. L'état de Berne, qui voulait voir établie chez ses alliés la nouvelle religion qu'il venait d'adopter, l'aida puissamment , et le succès fut complet ; ses moyens , quoique violens, réussirent, et la réforme fut établie (13). Farel exerça le ministère à Neuchâtel, où il mourut en 1565. Nul monument remarquable ne distingua sa sépulture ; on montrait encore vers la fin du XYIII® siècle, sur l'ancien cimetière , au devant de l'Eglise collégiale , une pierre brute, d*une surface âpre et raboteuse, qui désignait dans l'opinion publique le lieu où reposaient ses os. Elle était en obstacle aux passans et on la fit enlever.

(i) On ignore le temps de son arrivée à Neuchâtel, mais il y a apparence que c'est lui qui intervient comme ti^moin en ii96 dans un acte de donation d'Ulrich, oncle de Berthold, en faveur de l'abhaye de Hauterive. Berthold mourut en 4260.

fk) On dit peut^lre, car le fait est d'autant plus douteux, que dans des notes canonicales il n'est titré que de bienheureux. Il est vrai qu'à la fin du XV' il est titré de Saint dans les comptes de la ville; mais cela peut provenir d'un respect d'origine plutôt que d'une preuve acquise de canonisation.

Ainsi fut 6tée cette Eglise au culte catholique et consacrée à un autre plus simple, sans omemens, décorations, ni cérémonies brillantes; cependant ce n'est pas sa seule destination, elle sert encore à des assemblées publiques et politiques. '

Jusques vers la fin du Xyil« siècle, la réunion déllbérative des bourgeois de Neuchâtel, sous le nom de générale bourgeoisie , se formait sub dio sur la terrasse au devant de TÉglise ; mais en temps pluvieux , la longueur des séances fit prendre la résolution de se mettre à couvert et assis dans le temple voisin ; ces réunions reçurent alors une forme différente qui fut encore changée en 1784, comme on le verra plus bas.

Dans ces assemblées, ou périodiques ou extraordinaires, les bourgeois répandus dans Tétat sont convoqués dans chaque juridiction, pour les cas extraordinaires ; les termes fixés pour les autres cas citent d'eux-mêmes. Le conseil de la ville, dans ces cérémonies , occupe ses stalles ; les pasteurs, leurs places fermées et autres bancs à portée ; le conseil d'état, le banc du gouverneur et places voisines. Tout le reste de rassemblée occupe les autres bancs les plus rapprochés. Lorsque les conseillers de la ville ont pris place sur leurs sièges , ils envoient une députation aux membres bourgeois du conseil d'état réunis au château , pour les informer que l'assemblée est formée , et ils s'y rendent dans les places qui leur sont destinées. Alors le maitre-bourgeois en chef ouvre la séance par un discours dans lequel il annonce le but de l'assemblée; puis on délibère et Ton passe aux opinions. Dans les assemblées périodiques, le discours du maître -bourgeois en chef étant fini, le banneret rend compte de ce qui s'est passé dès les assemblées précédentes. Lorsqu'il y a matière à délibération, les suff^rages sont demandés par le maitre-bourgeois en chef; le premier opinant est un pasteur (/), puis l'on alterne

(l) Il est assez probable que cette prëopiuion des ecclésiastiques date de la considération et du respect que s'attira cet ordre après la réformation , et de l'influence que lui acquirent les statuts moraux qu'il flt adopter. En

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en passant d'un ecclésiastique à un laïque , de quelque rang qu'il soit ; ensuite Ton va aux portes faire inscrire son opinion. Deux seules portes sont ouvertes au midi , les autres sont scellées. Le maître bourgeois en chef fait le compliment de clôture, et après lui le pasteur de semaine fait celui de remerciement au nom de rassemblée.

A la façade méridionale du bas-côté, sont encore les restes de la peinture qui entourait une horloge dont le cadran était de 24 heures ; les rouages furent remis en état vers la fin du XVIII* siècle; Thorioge fut transportée à la tour du clocher et le cadran remis à 12 heures. La peinture de Tancien portait la date de 1555.

Au devant de TEglise, au midi, est une terrasse élevée et soutenue par des murs ; elle domine sur la ville. L'inclinaison, qui parait rapide, du rocher sur lequel sont fondées TEglise et la muraille d'enceinte, donne lieu de croire que la terrasse est de même date que Tédifice, qui sans cela eût été inabordable. Le vide fut rempli de terre qui fait une masse considérable, et le sol de TEglise a dû en être recouvert en assez grande épaisseur pour pouvoir y inhumer les morts les plus distingués. L'opinion religieuse qui faisait regarder comme un gage du bonheur futur la proximité des églises pour les corps morts , opinion généralement consacrée , fit assigner cette terrasse pour un dépôt de cette nature. La réformation ne détruisit poiilt celte idée , et Ton continua à inhumer les morts dans ce lieu. Lorsque quelque maladie épidémique ou contagieuse, appelée peste dans ces temps là, en augmentait le nombre , l'excédant était mis en terre dans la terrasse au dessous du chemin du château. Cependant, le voisinage dans lequel était cette place de la demeure du seigneur, les dangers qui pouvaient en résulter pour lui et sa maison , engagèrent

1727, il ajouta à ccl usage le privilège d'avoir la droite des corps civils dans les cérc^monies. Le religieux Frédéric - Guillaume ne put refuser cette concession demandée.

Léonor d'Orléans à foire des instances aux Quatre-Ministraux pour le déplacenicni de ce dépôt funéraire, qui fut transporte ailleurs vers la fin du XV1« siècle. (14)

C'est probablement à l'époque de l'élévation de cette terrasse/qu'il y fut planté des tilleuls. Le grand âge auquel parvient cet arbre, fait présumer que ceux qui tombèrent de vétusté à la fin du XV1« siècle, étaient de la date de la construction. Le plus ancien de ceux qui subsistent , et le plus rapproché du château, est celui sous l'ombre duquel le banneret de la ville de Neuchâtel prête le serment au Prince ou à son représentant.

C'était aussi sur cette terrasse , que , conformément à la charte de 1454, les comtes et seigneurs de Neuchâtel, après avoir prêté aux bourgeois de cette ville le serment de les conserver dans leurs franchises , libertés , bonnes et anciennes coutumes écrites et non écrites, recevaient le leur de fidélité, zèle et amour.

Deux fois cette auguste cérémonie a eu lieu sous la domination de la maison royale de Brandebourg : 1© en 1707, par le comte de Metlernich, au nom de S. M. Frédéric I*»^, roi de Prusse, que les Etats du pays venaient d'investir de la souveraineté ; 2<> eu 1786 , lorsque la ligne de descendance directe venant à s'éteindre après la mort de Frédéric-le-Grand, son neveu Frédéric -Guillaume prit possession de la monarchie , et en même temps de la principauté de Neuchâtel.

Dans ce lieu là se passait encore une cérémonie importante pour la bourgeoisie de Neuchâtel : le renouvellement de la combourgeoisie contractée avec l'état de Berne en 1406. Il devait avoir lieu chaque sixième année, et il se pratiqua ainsi dans les commencemens ; mais les relations devenues plus étroites par des prestatioas mutuelles , rendant cette cérémonie moins essentielle pour en rappeler les obligations, les époques s'en éloignèrent insensiblement , et il y avait déjà

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long -temps qu'elle n'était plus pratiquée^ lorsque des circonstances importantes aux deux états, et présumées devoir arriver bientôt, en amenèrent le renouvellement en 1693 : U était désiré des deux côtés. L'on n'a de détails circonstanciés sur cette cérémonie , que ceux consignés dans un manuscrit des députés de la ville, déposé dans ses archives. Dans l'origine, la prestation réciproque des sermens se faisait au même jour dans les deux villes ; l'on voit même que l'ancien avoyer de Berne se rendait à Neuchàlel pour cette cérémonie ; mais en i693 , le temps et surtout la position respective avaient changé. Les députés de Berne reçurent à l'ordinaire subdio, à Neucbâtel , le serment de la bourgeoisie , le 29 mai ; cependant le banneret de cette ville , avec ses collègues députés, ne le prêtèrent à Berne, dans la salle du conseil, que le 18 septembre suivant , après quelques difiicultés de cérémoniel qui avaient également eu lieu à Neucbâtel. Les circonstances, il est vrai, avaient changé dès 1406 : la puissance de Berne , considérablement augmentée , donnait à cet état une supériorité d'autant plus grande sur la bourgeoisie de Neucbâtel , que la scission de 4 599 avait fort affaibli celle - ci. Dès "lors il ne pouvait y avoir de réciprocité que quant aux termes. (15)

Au nord de TEglise était le cloilre de Saint Guillaume, sur le mur duquel on voyait encore vers la fin du XVlll® siècle les restes des mauvaises peintures en détrempe , images de saints et de saintes, qui lavaient décoré. A l'est, et y attenante, était la maison de ce saint. L'arbitrage de 1539 abandonna à la ville, à charge d'entretien, ces bâtimens, l'Église , la terrasse au devant , les maisons des chanoines au dessous ; en retour elle donna le sol de la maison de Saint- Guillaume à la classe des pasteurs. Celle-ci y construisit un édifice pour ses assemblées, ses archives et sa bibliothèque, plus précieuse par le choix des ouvrages et les manuscrits ,

que par le nombre des volumes. Une fondation fiûte vers la fin du XVI 11« siècle par cette congrégation, et qui mérite les éloges du public et le concours des particuliers, est celle d*une caisse de secours annuels pour les veuves des pasteurs. Dans les familles de cet ordre, plus souvent nombreuses que fortunées , les ressources pourraient être insuffisantes pour donner aux enfons une éducation convenable, si des secours étrangers n'y suppléaient pas, attendu surtout la modicité de la plupart des prébendes, qui ne permettent pas les épargnes. La salle d'assemblée des pasteurs, appelée le conclave (m), a encore une autre destination qui semble peu conforme à son but. C'est là que se rend le petit conseil de la ville on des jurés, juge en première instance des criminels détenus dans les prisons de Neuchàtel. Il y formule sa sentence, après avoir entendu l'avis des scabins ou quatre conseillers d'état délégués par leur corps , et qui se retirent après avoir émis leur opinion consultative, pour laisser délibérer les jurés. (16)

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