‹ Description topographique et économique de la mairie de Neuchâtel, avec des notes historiquesChapitre 21 sur 93 · CHATEAU MODERNE · texte numérisé non relu

CHATEAU MODERNE

Entre le bâtiment des pasteurs et le Chûteau , sont des constructions qui lui servent d'aisances , greniers et écuries. Le Chûteau, de forme carrée, a été bûtî à diverses époques. Le corps de logis oriental parait en avoir été l'origine, ou la première demeure des seigneurs lorsqu'ils abandonnèrent Tancien château ; époque qu'il est difficile de fixer, et sur laquelle on n a que des conjectures ou des traditions sans preuves claires. Ce corps de logis , demeuré sans changement à Textérieur , est un témoignage de la simplicité des mœurs anciennes , et

(m) Il parait très-singulier que des ministres protestans, après une rupture aussi éclatante avec la religion catholique, dont ils attaquaient les dogmes et leurs pratiques dans tous leurs sermons, aient donné à leur lieu d*assemblcc le m<)mc nom que celui où se réunissaient les chefs de leurs antagonistes déclarés.

indique celle des constructions d'alors. H est étroit et d'un difficile abord ; on y entre par deux tours , Tune au centre faisant saillie sur la cour, l'autre au nord, plus élevée, toutes deux renfermant un escalier en limaçon , à marches courtes et élevées. Celle au nord avait sur Tune de ses fenêtres Técu de Neuchâtel sans accessoires , un pal de trois chevrons (n). Sur la clé de la porte d'entrée était dans un écu le monogramme ordinaire J. H. S. Ces caractères, bien formés et non gothiques , rapprochent encore plus la construction de nos temps qu'on ne l'avait présumé d'après les annales de Jonas Boyve, les caractères gothiques étant encore en usage alors. Il est difficile aussi de déterminer jusqu'où s'étendait le château primitif au nord et au midi , les nouvelles constructions ayant probablement exigé des démolitions; mais on peut présumer que celle du nord communiquait aux aisances extérieures. La face occidentale ne semble pas aussi ancienne, et parait avoir été bâtie en même temps que la porte du château, par Rodolphe de Hochberg. Cependant on ne peut guère croire qu'il ne fût pas fermé ; en ce cas le margrave n'aurait fait qu'en rendre l'entrée plus commode et d'une meilleure apparence (oj. Au dessus de la porte, dans une petite niche, était l'écu de Hochberg écartelé de Neuchâtel, et ayant pour cimier un casque surmonté de deux cornes de chevreuil. Les deux petits écus en saillie placés au dessous et qui subsistent encore, sont les armoiries de Philippe de Hochberg, son fils, qui probablement y fit placer celles de son père et de Marie

(n) C'est à ce pal sans accessoires que ron pourrait reconnaître le vrai fondateur du Château, car h l*époque assignée par Jonas Boyve pour la première construction, Fëcu au pal chevronné de trois était accompagné de deux tours ou tels accessoires ; il paraîtrait même que l'on devrait s'arrêter à Louis de Neuchâtel, au milieu du XIV* siècle; car, autant qu'on peut le voir , il se servit le premier de l'écu simple.

fo) Ce qu'on entend par porte comprend probablement, non-seulement la tour avec meurtrières , mais les deux massifs aux deux c6tés.

de Savoie, sa femme. En 1806, Técu de Rodolphe fat remplacé par Taigle impérial français. L'écu de Nenchâtel dont il a été parlé fut aussi effacé, de même que le monogramme J. H. S. Le corps de logis au midi, dès la tour qui le termine à Test , a reçu divers changemens depuis son origine : une petile portion seulement parait appartenir à la construction primitive. Cette partie du Château, la plus agréable de toutes, est devenue celle occupée par les derniers princes de Neuchâtel dans leurs séjours momentanés , et par les gouverneurs. Une tour saillante sur la cour, de forme hexagone, en forme rentrée, et conduit aux logemens par un escalier en limaçon. Cette aile était encore étroite en 1520; alors Nicolas Halter, d'Unterwald, baillif à Neuchâtel pour les cantons, fit construire la galerie au midi, qui jouit d'une vue belle et étendue et domine la ville. C'est peut-être lui aussi qui fit établir le petit logement de l'extrémité occidentale qui en fait l'entrée, et qui a nécessité la clôture de deux jours de fenêtre dans la grande salle. L'on reviendra plus bas à ce corps de logis.

Le côté de Test a subi récemment quelques changemens au rez-de-chaussée ; on y a placé la fabrication de la monnaie. Dans la partie du nord , reconstruite dans le XVIII*^ siècle , dès Tétage au comble , on a placé Tarsenal, les archives, et au dessus le logement du secrétaire d'état et les archives des expéditions journalières. Au rez-de-chaussée est une grande citerne dans une cave assez spacieuse, ancienne en apparence. Elle n'est pas la seule : une autre plus vaste est au dessous du corps de logis au midi et a son entrée hors du château. Le retour, dès l'aile septentrionale à la porte d'entrée, a été récemment reconstruit; là est le logement du concierge, qui, par un escalier en limaçon dans la tour de l'angle, a une entrée commune avec la secrétairerie d'état.

A l'aile du midi, la tour hexagone qui y donne entrée avait dans une niche sur la porte un écusson en bois avec les ar-

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moines du {youvernear Jacob Yallier, et la date de 1600. On ne connait.pas le motif qui a engagé Jacob Yallier à placer là son écusson ; la tour était probablement plus ancienne que lui : il se peut qu'il y ait fait quelques réparations , dont il aura voulu conserver le souvenir par son écusson. Ce dernier a été enlevé en 1806.

La première pièce à l'entrée est un vestibule où attendent les parties qui doivent paraître devant le corps administratif de Tétat. A gauche est le logement du gouverneur. Ce logement est composé d'une grande cuisine que Ton croit avoir été établie sous la maison de Longueville, d'une salle à manger, d'une salle voisine communiquant avec celle des États, d'un cabinet attenant , et de la galerie de 1520, qui aboutit à plusieurs chambres peu spacieuses du côté de l'est.

A l'étage au dessus il y a également un vestibule , mais plus grand que l'inférieur ; c'est là seulement oii , depuis la réformation , les seigneurs de Neuchûtel ou leurs reprcsentans pouvaient faire célébrer la messe, mais uniquement pour eux et leurs gens. En 1768, les contingens de Lucerne, Fribourg et Soleure en firent cet usage, qui fut repris en 1806 après le départ du corps du général Oudinot , durant le séjour duquel les tables de la communion avaient servi d'autel (p). Il y a plusieurs chambres dans cet étage ; mais le logement ne put contenir le train qu'avait Henri II en 1617 et en 1637, car il envoya une partie des gens de sa maison loger en ville.

Le vestibule inférieur sert d'entrée à la pièce la plus importante du Château, celle dans laquelle se passent les actes de souveraineté. Elle porte le nom de grcmde salle; effecti-

(p) Le général Oudinot ne fut informé que la veille de son départ que le vestibule du château avait eu cette destination ; il eut alors du regret d'avoir fait usage de réglise pour célébrer la messe , comprenant qu'il avait pu blesser des amcs religieuses.

vcment, elle est dans d'assez grandes proportions pour être appelée ainsi. L'incendie de 1450 avait consumé la partie méridionale du chûteau, mais on ne sait si tout fut brûlé. On pourrait le présumer de deux choses -. d'abord , que Jean , comte defribourg, fit reconstruire une tour, qui pourrait bien être la tour hexagone qui sert d entrée à cette partie ; ensuite , que cette partie parait être d'une construction plus récente que celle du levant, même dans ce qu'elle a d'ancien. Cependant il se présente une objection contre les ravages de cet incendie ; elle se tire du plafond, que Jean, comte de Fribourg , fit établir en 1440 (17) , et qui semble , par son genre , être fort ancien ; or, il n'aurait pas échappé au feu , dix ans après , si Tincendie eût atteint cette aile. La salle forme un carré long, mais éclairé seulement à son extrémité occidentale. Deux autres grands jours de fenêtre en arceaux ont été condamnés par la construction des pièces attenantes à la galerie de 1520. 11 ne reste donc qu'une des anciennes ; la plus occidentale, qui est carrée, date du temps de Rodolphe de Hochberg , s'ouvrant , ainsi qu'une autre au couchant , dans le corps de bâtiment qu'il fit construire et qui fait partie de la porte. Une estrade élevée de deux marches occupe le tiers du parquet dans la partie éclairée. Les parois en mur sont ornées des écussons, peints à l'huile , des comtes de la maison de Neuchâtel , de celle de Fribourg et de celles de Hochberg et de LongueviUe. Au fond de la salle sont ceux des plus anciens gouverneurs. Au dessous des armœries des seigneurs , on a peint sur les autres côtés celles des gouverneurs plus modernes jusques à la fin de la domination de la maison royale de Prusse. Cet ouvrage de décoration paraît avoir été commencé à la fin du XVII<^ siècle. Le plafond , sans peinture, a conservé son ancienne simplicité , ainsi que le parquet en planches de sapin, sans croisées ; sur Testrade étaient les portraits des souverains de la maison royale de

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Brandebourg , dès 1707 à 1806 , date à laquelle ils furent transférés ailleurs. Le conseil d'état tient ses séances sur cette estrade ; et dans quelques solennités, c'est là aussi que siège ic président du tribunal souverain.

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