HALLE
Dès la Croix-du-Marché à la Halle, un édifice public farme la ligne droite. Il est b&ti solidement et avec simplicité. Conformément à l'ancien style, l'escalier est en limaçon dans une tour au centre de la façade. Cet édifice fut formé de plusieurs maisons , que le Magistrat acheta et réduisit sur une seule ligne. Il est peu profond ; son premier nom fut le Trésor, parce que sa première destination était de contenir l'argent et les titres les plus précieux de l'administration municipale, ainsi que les armes portatives. Au rez-de-chaussée furent construites des boutiques , dont le produit entre dans le revenu de la ville. Depuis la construction d'un nouvel hôtelde-ville , les divers objets qui étaient renfermés dans le bâtiment du Trésor , ayant été transportés ailleurs , on leur a substitué une bibliothèque publique et des écoles. Derrière cet édifice, c'est-à-dire à Touest, sont plusieurs maisons
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particulières ancîeiiiies. Elles donnent sur la rue inégale et sinueuse qui aboutit à celle dite Fleury ; c'est là que vient aboutir aussi la courte ruelle au sud du Trésor, venant dès Tancien hôtel -de -ville. Elle s appelait encore au commencement du XVI^ siècle : Allée des murs de la ville. Ce mur commençait au Seyon , probablement à une tour renversée par rinondation de lô79, passait au nord de la Halle et se terminait au pied du rocher sur lequel est fondée la rue du Pommier. Il n'était peut-être pas bâti sur une ligne entièrement droite. Ce mur fut construit probablement long temps après la charte de 1214, et seulement lorsque les dépôts du lac eurent agrandi le sol mentionné dans cet acte , et que Ton eut pu y bâtir des maisons et y établir des jardins. 11 est vraisemblable qu'il continuait au delà du Seyon jusqu'à la porte Notre-Dame, ou Saint -Maurice, quoiqu'on n'en voie nulle indication ; mais il était nécessaire pour protéger la ville dans cette partie du rivage.
Quoique la Halle fikt hors des murs de la ville, comme elle se trouve cependant dans le quartier que l'on décrit, on s'en occupera avant que de passer aux autres édifices qui sont renfermés dans l'enceinte des murs.
La rue , aujourd'hui des Halles , s'appelait anciennement rue de la Rive (du lac); on arrivait aux terrains extérieurs, jardins ou graviers, par une porte ouverte dans le mur d'enceinte à côté de la Halle ; elle s'appelait porte de la Rive , mais n'avait pas de portier ; elle s'ouvrait durant le jour, et probablement sa clef se déposait durant la nuit chez le chef de la magistrature, ainsi que celles d'autres petites portes du quartier.
En 1214, le grain se vendait au marché, soit sur les gi*aviers du lac, soit dans l'intérieur de la ville (l). La place
(l) Charte de 1214 : IS'ous aurons aussi en la rUle et au marclu' l'éminage, etc. Od voit par cette distinction que le marché nVtait pas dans la ville. L*on
sur les graviers du rivage était principalement appelée le Marché pour le grain , parce que les bateaux Ty amenaient des contrées voisines ; mais les inconvénient qui en résultaient , soit pour la perception des droits du seigneur, soit parce que les vendeurs devaient chaque fois emmener le grain non vendu, déterminèrent la construction d'une Halle pour recevoir le grain , Ty garder en dépôt , et en favoriser la vente dans les mauvais temps. Le droit s'en percevait à son entrée. L edifice existait déjà en J454, probablement sur le même emplacement que celui occupé par la Halle actuelle , mais on ignore Tépoque de sa construction. Comme il était dû au seigneur un droit sur les draps de France , mis en vente dans les marchés , les marchands durent les étaler dans cet édifice (m). Le gouverneur de Bonstetten le fit reconstruire en 1570, en Tisolant sans doute de Tancienne construction. Aujourd'hui il n'a que deux façades, l'une sur la rue des Halles, l'autre sur la place; à leur angle est un tourillon dont la base se noie dans la rencontre des murs. Les armoiries de la maison de Longueville et de ses alliances sont sculptées sur la porte d'entrée de la façade de la rue. La rampe pour arriver à l'étage est droite. Un autre escalier en limaçon est dans une tourelle sur la place. Au rez-de-chaussée est la halle aux grains, entourée de portiques qui soutiennent l'étage ; il y a de plus deux boutiques fermées sur la rue. A l'étage est une longue salle, destinée anciennement à l'exposition et au débit des draps de France , avec un petit logement pour le
peut donc en inférer qu'il était sur le rivage , au lieu où probablement fut ensuite bâtie la Halle. L'éminage est le copet, (un tiers de pot ou la vingtquatrième partie d'une ëmine).
(m) Charte de 1454, art. 43 : J jourt de foire, totu draps de France, de couleur, se porteront et tiendront en nostre Halle de noslre dicte ville, el à noue payeront pour chaque pièce entière, 4 »ol8 lausannois, et pour une dernière pile, ^ »ol$ lausannois.
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concierge. Deux fois ce bâtiment qui menaçait ruine, fut accensé aux Quatre- Ministraux avec la condition de le reconstruire et entretenir t en 1515 par les ambassadeurs des douze cantons, et en i 542 par Jeanne de Hocbberg ; mais ni Tune ni Tautre concession n'eurent d'effet. Ce ne fut qu'en 1749 que Frédéric II en fit la remise aux Quatre-Ministraux à perpétuité , avec le four banal et les droits appartenant à Tun et à Tautre , sous Toblifjation de rentretien des édifices , de payer annuellement à la caisse du souverain lOOS livres tournois du pays, et d'acquitter les droits et cens dus au seigneur par le four banal. Dès ce moment la ville a perçu le droit sur le grain introduit ; mais pour encourager le commerce des draps, Tadministration a aboli le droit mis sur eux, et Tobligation de les étaler dans la Halle. Alors les boutiques ont été louées au public par la ville; le logement de Tétage a été aussi loué ; aujourd'hui il est fréquenté par une société d'hommes qui porte le nom du lieu où elle se réunit , ou aussi celui de Société du jardin; ce jardin est une propriété fort agréable qu'elle possède au Faubourg et qui sert à ses réunions journalières d'été. Ce ne fut qu'en 1514, que la ville ayant acquis et revendu plus tard à des particuliers un terrain nu entre la Halle et le mur de la ville (n)^ on adossa des bàtimens à cet édifice ; par là on a augmenté les dangers de la Halle , en l'exposant à plus de chances d'incendie. La place au midi , ouverte sur le lac, est fort agréable, et les bàtimens qui l'entourent sont d'une architecture simple et élégante. Ce ne fut
(h) Antoine Haller, baiUif, acccnse h la ville en 4514, deux places sans édifices, auprès de la porte de la Halle, Tune de toute la longueur de la Halle du souverain en uberro , (ce terrain est occupé par doux maisons), les murs de la ville en joran, le chemin public allant au lac en bise, et par derrière Tailée même de la dite ville, (c'est la vioil\e ruelle Fleury). L'autre place en bise du chemin de la Halle, joutait une maison en uberre, la tour de la ville sur le Seyon en bise , les murs de la ville en joran et le chemin en vent.
que successivement que Ton y éleva des habitations. L'espace qui s'étend dès le torrent à la tour de TOriette ne fut d'abord qu'un terrain inculte ; il fut plus tard établi en jardins , dès que Ton eut pu y amener de la terre et couvrir le galet ; tout cet espace était hors des murs de la ville. La première ligne de bàtimens construits sur la place, fut, à ce qu'il paraît, la ligne orientale ; mais comme les maisons de s'élevaient pas simultanément, on ne peut supposer qu'elles furent soumises à un plan d'alignement. Le seigneur de Valangin possédait un chezal ou terrain sans bâtiment auprès du Seyon et visà-vis la Halle ; il le vendit en 1469 (o). La ville elle-même y possédait déjà une maison au midi ; elle vendit ce chezal à deux particuliers qui y bâtirent, et c'est depuis lors que, progressivement, les constructions sëtendirent du côté du lac. Mais on peut regarder comme certain que ce n'est que longtemps après , et à mesure que Ton a réédifié , que la police a prescrit une ligne pour les façades , chaque maison ayant auparavant son fumier devant sa porte.