‹ Description topographique et économique de la mairie de Neuchâtel, avec des notes historiquesChapitre 30 sur 93 · HÔPITAL · texte numérisé non relu

HÔPITAL

En reprenant la route à la Croix - du - Marché , on passe sur le pont des Boutiques, ainsi nommé des boutiques construites sur ses deux côtés ; les parois de ces boutiques s'enlèvent à volonté pour faire le service du torrent lors de ses crues, c'est-à-dire, remettre dans le fil de l'eau les bois charriés. Il fut dans Torigine un pont-levis, servant à empêcher sur ce point l'abord au pied de la tour de Diesse ; puis il devint un pont en bois permanent. Mais ses réparations fréquentes , qui se disaient par les bourgeois externes, et qui étaient dues par eux, au moins pour ce qui concerne les charrois des bois de construction, excitèrent de grandes plaintes de leur part, et firent peut-être prendre le parti de le construire en pierre? Il semble que c'est celui-là qui doit-étre le pont du Milieu, qu'on abaissa en 1509. Il existait à l'entrée de ce pont , dès la Croix du-Marché , une tour servant probablement à défendre le passage du torrent , depuis que les alluvions eurent transporté le lit du Seyon plus à loricnt, en

réioiçnant par conséquent de la tour de Diesse. Cette tour faisait partie de la maison des Estassons et appartenait ainsi à la ville ; elle subsista jusqu'au milieu du XY 1II« siècle ; mais sa voûte trop basse et sa baie trop étroite rendant le passage incommode, elle fut abattue. Un acte du 12 avril 1394 parle d'une maison près des Mazels et de la porte Machion, Il est probable que celte tour couvrait la porte indiquée, et qui donnait passage de Tautre côté du Seyon ; le voisinage des boucheries le prouve.

En descendant le pont, on trouve à main gauche la rue appelée encore à la fin du •XVII* siècle rue des Escoffiers (cordonniers), qui sans doute Thabitaient en plus grand nombre qu'ailleurs. Aujourd'hui elle porte le nom de Grand'rue, qui semble une dérision , car elle ne mérite pas ce nom, surtout a son extrémité au bas de la rue des Cha vannes. A son point de jonction avec la rue de THôpital , est une fontaine assez grande, à six pans et à deux goulcaux. La statue de la Justice qui couronne sa colonne est du style du XY I* siècle, bien iaite d'ailleurs , mais vêtue à la mode du temps. Elle parait W

avoir été Touvrage d'un artiste allemand. h]\

Là commence la rue de f Hôpital, ou anciennement des Hôpitaux. A son entrée dès le pont est une ligne de portiques, séparés Tun de l'autre par des piles en pierre, d'une f^| forme massive ; vis -à -vis en est une autre du même genre. |||| Cette sorte de construction était probablement d'usage et dV - ^^ bligation dans l'origine , et chargée d'un cens envers le sei- ! gneur. Il parait même que ces colonnes étaient en bois , et !)£ s'étendaient, vers la fin du XIV* siècle, jusqu'à la porte de fti

l'Hôpital ; elles furent affranchies de cens en 1406 (p). Les

(p) Art. 5 de la prononciiUon du conseil de Berne, de 1406 : Lei baurgeoiê ne seront tenus de payer aucuns cens au seigneur pour Us arcades qu'ils bâtiront devant leurs maisons , au contenu de leur franchise. Il parait de I^ que Conrard de Fribourg tenta d*assuje(tir ces extructions & un cens, mais qu'une

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piliers des portiques qui subsistent encore aujourd'hui furent construits de 4410 à 1413 , avec le concours de particuliers de Berne, Fribourg , Soleure, Morat, Payeme et la Neuveville , qui s'y employèrent gratuitement. Ils résistèrent à la violence du fçu de 1450. A la tête du portique du nord, est une maison , grande pour le temps , qui portait le nom de Moringen, famille noble à laquelle elle avait appartenu (22). L'bAtel-de- ville avait été consumé dans Tincendie de 1450 ; on croit qu'il existait déjà dans la rue des Hôpitaux. L'administratibn municipale , pour le remplacer, acquit en 1458 cette maison des Moringen , la décora et y tint ses assemblées. Peut-être ce bâtiment solide résista-t-il, en tout ou en partie, à la violence du feu ; car il ne parait pas qu'il ait été reconstruit en entier. Pour Tembellir , on employa aux fenêtres principales des carreaux de verre , encore peu communs ; aux autres , les carreaux étaient de papier huilé , encore en usage en 1477. Dans la salle d'assemblée on plaça à la fenêtre une vitre de verre colorié, peint à Berne, représentant le banneret en pied tenant la bannière de la ville ; c'était en 1473. En 1477, on y mit un poêle peint en vermillon; et cette pièce devait être remarquable pour le temps, puisque Tavoyer de Berne voulut la voir. Un aubergiste y fut établi dès l'origine pour les repas , assez fréquens alors et en usage dans la plupart des administrations ; et lorsque dans le Xyi<^ siècle, le Magistrat eut transporté auprès de la Halle son lieu d'assemblée, ce bâtiment continua d'être une

franchise antérieure qu'on ne connaît pas les en exemptait ; ce n'ëtait pas celle de iil4 , qui ne parle pas des arcades. Les arcades en ]>ois ne furent pins d'obligation , bien loin de là, et pour procurer quoique alignement au moment où la ville venait d'ôtrc brûlée presque en entier, la charte de 1454 dit à Kart. 39 : Octroyons aussi que qui aura maison en nostre bonne riUe^ s'il la met à front des autres sera quitte des colonnes et bonjons. Peut-être le terme de bonjons veut - il exprimer les galeries saillantes portées sur des poutres implantées dans les murs de façades.

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Il fut fondé par Louis de Neucbâtel , dernier comte de sa maison et de son nom , qui lui assigna des revenus par son testament de 1373 ; et sa fille la comtesse Isabelle y ;youta encore en 1395 (r). Plusieurs particuliers contribuèrent à la prospérité de cette fondation , par la création de cens en denrées ou en argent sur leurs propriétés , par des portions même (tiers on moitié) du produit ; ces redevances subsistent encore aujourd'hui. Sans en connaître précisément la date , on sait que THôpital du Saint-Esprit lui fot réuni ; celui-ci fut affilié en 1&80 (23) à THôpital du même nom à Besançon. On ignore aussi quand cessa d^exister ce secours pour d^ enians nés dans le malheur; on voit seulement qu'il subsistait encore en 1587 (24). Peut-être en trouvera-t-on la cause dans la sévérité des ordonnances ecclésiastiques , qui parvinrent à réformer les mœurs. Le changement de religion accrut beaucoup le revenu de THôpital. Jeanne de Hochberg, qui avait fait de grandes aliénations en faveur de la ville, voulut les retirer ; Tadministration municipale ne voulut pas les rendre. On en vint à nommer des arbitres, sujets de Tétat, qui durent pour ce moment renoncer à leur serment de sujets et de bourgeois (s); ensuite ils prononcèrent , le 21 février

(r) Extrait du testament de Louis, comte de NeuchAtel, 1373: « Ordonne » que ting hospitaul soit doté et fondé en la ville do Neufcbastel à rhonneur » de la vierge Marie , auc^uel hospitaul les œuvres de miséricorde soyeut

> accomplies, pour laquelle fondation soyent baillés pour toujours mais, les » fruicts de réglisc de Mousticrs en Vuillex ; c'est asçavoir ce que des dicta

> frnicts demeurera après le salaire dou chapelain servissant en la dicte » église. Et vuil et ordine que les borgeis de Neufcbastel bayent la charge

> dou dict hospitaul et la gouvcrnation de celluy , tant comme le fruict de

> la dicte église estendra ung chascung an. » La comtes&c Isabelle, sa fille ainée, donna à cet hôpital, par son testament de 1395, la rente de 10 livrées en terre, assignée sur les revenus de Neucbâtel, e( six muids do froment sur ses moulins. (Manuscripl Choupurd),

($) Ces arbitres furent Jean Men eilleux , Pierre Chambrier , Claude Baillod et Jean Barillicr.

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1539) la restitution par les Quatre -Ministraux de plusieurs concessions faites par la comtesse, qui en retour abandonnerait à r Hôpital les biens que ses prédécesseurs avaient donnés au cliapitre de Neucbâtel, et qu'elle avait retirés après la réformation. Ils adjugèrent encore à la ville Téglise collégiale avec son horloge , son clocher et ses dépendances au nord , ainsi que la terrasse de Téglise et les maisons canonicales ; mais avec le revenu de ces biens, elle dut payer les pensions de deux, ministres et du régent (t). Elle fut encore mise en possession de THôpital à la charge de Tentretenir. Il est donc clair qu'il appartenait auparavant au seigneur. Quoique la fondation de 1373 confiât aux bourgeois Tadministration de THôpital, il y eut sans doute une clause dérogatoire apportée dans la suite , sans que Ton en connaisse lorigine , par laquelle la ville dut rendre compte chaque année à l'administration supérieure ; ce qui a eu lieu jusqu'à l'extinction de la

(l) Indépendamment de cens en vin, grain et argent, THôpital a encore la dîme en grains de Fontaines, Fenin, et les trois-quarts de celle de Bondevilliers au Val - de - Ruz ; plus, celle en vin de Saint -Biaise; de même une petite portion de forêt pour ckauffer les pauvres ; mais avec la réscnre que rhApital paierait annuellement pour la pension des deux pasteurs de Ncuchâtel, 48 muids de froment, iS muids de vin, h muids d'avoine et 400 livres faibles en argent ; au régent d'école , un muid de froment , un muid de vin et iO livres. La pension des ministres de Neuchàtel aurait toujours été au pair du numéraire ; mais elle éprouva une diminution par l'arrangement que fit avec la ville la classe des pasteurs au commencement du XVIir siècle, par lequel il fut stipulé que désormais et à perpétuité le pot de vin leur serait payé au prix de 6 creutz. Il en est résulté dès-lors une perte sensible pour les pasteurs , par la hausse successive de la valeur de cette denrée dont ils n'ont retiré aucun avantage ; mais il n'y avait nul remède, malgré la bonne volonté de l'administration, le conseU de ville ayant décrété le même jour auquel cet arrangement eut lieu , que celui de ses membres qui proposerait un changement h cet égard serait par là même exclu du corps. Cependant lorsque des circonstances favorables à la fortune de la ville ont permis au conseil de suivre les principes que lui dictait l'équité , les prébendes des pasteurs ont été augmentées de manière à leur donner plus d'aisance.

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maison de Longneville (u)^ époque depuis laquelle la ville a géré cette fondation d'une manière indépendante. Elle n'a point dans ses assistances , et aux termes du testament de 4373, rétendue que présente son noror ce n'est proprement qu'un hospice pour secourir les voyageurs pauvres et nsalades. S'ils continuent leur route dans la journée, on leur délivre un secours en argent ; s*ils arrivent le soir, ils sont logés et nourris; s'ils sont malades, on les soigne jusqu'à ce qu'ib puissent se remettre en route. L'établissement est régi durant six mois , avec appointemens pris sur ses fonds , par chacun des maître - bourgeois en place, qui en a la sur -intendance et l'inspection sur l'hôpitalier, auquel il adresse les assignations qu'il doit payer. L'hôpitalier, toujours élu dans le grand conseil, loge dans le bâtiment, reçoit les revenus et &it les délivrances. Il exerce durant trois années sa charge lucrative. Sous ses ordres et dans le même édifice est logé un soushôpitalier, chargé de l'exécution des détails. Le compte de l'administration se rend chaque année au Magistrat.

Il y avait sur la porte de Sainte Maurice une chapelle dédiée à la vierge , d'où cette porte prit son nom de porte de Notre-Dame (v). Devenue trop petite pour la population qui s'était accrue dans ce cpiartier , le Magistrat consacra à ce service une salle de l'Hôpital , et en fit une chapelle sous le vocable des saints Antoine et Sébastien. Léon X trouvant

(n) Jacqueline de Rohtn et son fiU Léonor d^Orléans, par concession du 7 décembre i558, di'clarent que dans le cas de la sortie du comté de la maison régnante, rbôpitalier élu par le conseil de ville ne sera plus tenu à rendre compte au conseil du souverain , mais à celui de la ville.

(v) Un bourgeois de Neucb&tel fut, à ce qnUl parait, le fondateur de celle chapelle. 11 attacha par acte du 5 avril 1349 un cens annuel de huit émines de froment aux desservans de la chapelle de Notre-Dame à l'ancien hôpital, si Ton y en construisait une, et le V mai de la même année, les trois gouverneurs de la ville achetèrent pour cet usage un cens, du produit de celle fondation.

fondés les molifis de cette érection, savoir la trop grtittde distance de Véglise coUé(][iale pour les infirmes et dans les mauvais temps, y donna son agrément et y attacha des indulgences en 1518 (25). Lors de la réformation, cette chapelle, par les mômes motifs, fut appliquée au service calviniste jusqu'à la fin du XVII« siècle, époque de la construction du Teïîiple neuf dans la ville basse.

Le Magistrat joignit à THôpital, en 1579, une maison attenante qu'il acquit avec la réserve d'y conserver deux passages pour le public, tendant au cul -de -sac derrière ; Tun était au rez-de-chaussée , l'autre à Tétage. Dans cette enceinte de b&timens étaient logés l'bôpitalier, le sous-hôpitalier, le minisire allemand ; il y avait pressoirs , greniers , et l'arsenal de l'artillerie (w). Une tradition dont on ne connaît pas le fondement, prétend que l'Hôpital fondé par Louis de Neuchàtel fut consumé par le feu qu'y mirent les deux fik de Yauthier , baron de Rochefort , pour se venger du supplice infligé à leur père en 1412 ; mais l'on sait avec certitude que Yauthier n'a eu qu'un fils ; et si cet Hôpital Ait brûlé (probablement dans l'incendie de 1450 qui ravagea ce quartier), l'on en reconstruisit un autre sur le même sol , car l'un et l'autre étaient voisins du Famel ou four banal à l'usage des habitans de la ville basse.

A cette maison aux deux passages était appuyé un autre édifice de construction moderne , dans lequel le Magistrat eut l'honneur de loger, en 1784 , S. A. R. le prince Henri

(w) L'arsenal de la ville, très -peu considérable avant la bataille de Grandson , s'accrut des dépouilles des Bourguignons dont la ville eut une parUe dans le partage qui en fut fait à Nidau. Il lui fut donné doux gros canons, couleuvrines et autres engins, un pavillon décoré d*or et de pourpre, deux bannières, des piques, pertuisanes, armures, panaches, find, hfh.). Ces derniers articles, déposés dans Parsenal du Trésor, subsistent probablement encore , au moins en partie , dans le dépét actuel vis-à-vis rhôtcl-de-villc.

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de Prusse, frère du souverain, à son passage pour se rendre à Paris. Ce bâtiment et ceux de THôpital ont été démolis , leur soi a élé occupé par une partie de Tbôtel-de-ville et par ia large rue de communication substituée aux deux passages étroits, dès la rue de THôpital à celle du Temple neuf.

Le mur de la ville , dès la porte de THôpital à celle de Saint -Maurice, avait devant soi à Textérieur un fossé, sur lequel, à la porte de THôpital , était un pont-levis , qui subsistait encore à la fin du X\^ siècle. On lui substitua ensuite un pont sur voûte ; les fossés au dessus et au dessous, accenses à des particuliers, furent cultivés en jardins. Ce fossé, appelé Terreau, donna le nom à la rue qui descend de la montagne et qui fut nommée rue des Terreaux, Sous la porte de THôpital était la géole, ou Javiole, prison de police correctîouielle concédée à la ville en 1531 par François, fils de Jeanne de Hochberg , pour y renfermer , durant un temps limité, les mutins, les rebelles aux ordres du Magistrat, les tapageurs nocturnes et autres gens convaincus de délits mineurs, mais seulement dans Tordre des bourgeois. Après la démolition de cette porte, la prison a été transportée à celle des Chavannes.

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