CIMETIÈRE
Vis-à-vis des deux greniers supérieurs, et de l'autre côté de la rue des Terreaux ou des Fossés, est un enclos formé vers la fin du XY1« siècle, pour remplacer l'ancien cimetière supprimé auprès de lëglise collégiale. Il avait été placé dans le mur aux deux côtés de la porte, plus rapprochée alors dès murs de la ville, des épitaphes de gouverneurs protestans et de quelques personnes de n)arque. La nouvelle route du Valde-Ruz par la Rochette ayant exigé, pour lui donner une largeur convenable, un retranchement à cet enclos , le mur sur la rue fut démoli ; les épitaphes ainsi enlevées ne forent pas replacées, et l'entrée fot transportée plus loin (d).
la suite , et avoir été construite comme poste avancé. Un acte du 20 août 4431, parlant d'une maispn au Neubourg, dit qu'elle joutait la tour de Beregarl: ce doit être la même que la tour aux Chiens,
(c) Ces trois greniers peuvent contenir ensemble de 65 à 70,000 mesoros de froment, de 20 à 22 livres pesant Tune.
(dj Lorsqu'on 4569 cet enclos fut terminé, il se manifesta une grande répugnance pour en commencer Tusage , l'ancien préjugé catholique subsistant encore , d'être enseveli en terre sainte auprès de l'église , et de se mettre ainsi en état de salut ; cl le préjugé plus général d'être mis en terre avec ses proches afin de ressusciter avec eux, (disait que nul ne voulait être
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Dans le temps où ce cimetière fat établi, il n'y avait aucune habitation hors de la ville à sa portée ; il ne résultait donc nul inconvénient de sa position. Mais ce quartier s'étant peuplé dans le XYIIi® siècle, de manière que le cimetière se trouvait entouré d'habitations, les miasmes qui s'en élevaient se faisaient sentir durant les chaleurs de Tété , et donnaient des craintes pour des maladies contagieuses. La difficulté de trouver à peu de distance un emplacement convenable, peutêtre le préjugé de l'habitude , ont fait différer long- temps le transport de ce dépôt de cadavres ; mgtis enfin il a eu lieu, et un nouveau cimetière a été construit en 1S09 dans le quartier de Tancienne Maladière , sur un sol de vingt ouvriers de vigne.
Un examen attentif donne lieu de croire que Tart a été pour peu de chose dans rétablissement du chemin des Terreaux et de ceux au dessus qui descendent du Yal-de-Iluz. Si Ton suit Tintersection des collines dès Pierrabot jusqu'à la ville , on voit que la nature en a fait presque tous les frais. Les ravines descendant des hauteurs y ont tracé leurs lits , les ont creusés et élargis là où le terrain pouvait être rongé, ont laissé le roc à nu là où il n'y avait point de terre, et entraîné en les déposant dans les parties basses , les matières détachées des parties supérieures. Aussi l'ancien chemin de communication avec le Yal-de-Ruz était rude, étroit, mais surtout rapide depuis le Plan à la ville. Le pavé que l'on y avait fait ne pouvait adoucir la pente , mais il empêchait le creusement des eaux et la destruction totale de la route, ainsi que des murs qui soutiennent les terres des vignes de ce coteau. La pente commence à s'adoucir au quartier de Saint-
inhumé hors de l'ancien cimetière. Pour surmonter celte superstition, il fallut recourir au moyen d'exhumer d'auprès de r<^glisc le corps d'une personne de marque ensevelie depuis peu de jours. Il fut enterré dans le nouveau cimetière , et la foule suivit sans résistance ni scrupule ultérieur.
Jean , et n'est plus aussi rapide à la rue des Terreaux ; direction qu'à suivie le ravin à côté duquel Tentrée dans la rue des Chavannes se précipite en quelque sorte au dessus de la porte de ce nom. On conçoit facilement que les matières amenées des hauteurs , arrêtées par la vague à leur arrivée au lac, ont formé là un rivage plane qui, diminuant la force des eaux descendantes , occasionnait le dépôt successif des matières qu'elles entraînaient ; ce qui a rendu graduellement la pente moins rapide.
Les couches du terrain dans lequel ont été creusées les fondations de l'hôtel de- ville , semblent appuyer cette hypothèse. La couche la plus profonde était horizontale et formée de galets du lac , la supérieure Tétait de graviers de la montagne sur un plan incliné , puis encore une couche de galets sur laquelle s en étaient déposées d'autres de diverses épaisseurs , toutes descendues de la montagne, mais dont la pente n'était plus aussi forte, parce que le terrain déjà haussé dans les parties supérieures, ôtait aux eaux la force d'entratner plus loin les alluvions dont elles étaient chargées.
La rue de THôpital perd son nom après avoir passé Thôtelde- ville , et devient la rue du Faubourg, qui e^t la grande route pour la Suisse allemande. En 1704 , le conseil de ville avait arrêté que la largeur de ce chemin jusqu'au Crêt serait de trente-cinq pieds, et en conséquence on fit resserrer une des premières propriétés en entrant dans le faubourg à gauche. Mais cet arrêté n*a pas eu partout ses effets, car là où le pavé cesse , la route devient étroite jusqu'aux récens élargissemens pratiqués auprès du Crét. Mais on ne voit nulle indication de plan pour l'alignement des propriétés, ou pour une direction droite ; car le chemin est sinueux en plusieurs endroits.
Les habitations à demeure ne semblent avoir commencé dans ce quartier qu'avec le XVin« siècle. Elles succédèrent
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aux cabinets d été , aux petits jardins ; et ce sol uni au bord du lac , si susceptible d'embellissement , devint en quelque sorte Tapanage de Topulence, produit d'un commerce intelligent et heureux. On y éleva plusieurs bàtimens, on y créa des propriétés par la réunion des petits terrains. Mais la plus remarquable est celle qu'établit environ en 1768 M. Dupeyrou , riche colon de Surinam, qui avait suivi à Neuchâtel sa mère, femme d'un particulier de cette ville, auparavant commandant de la colonie. Il acquit un vignoble assez étendu , y bâtit une maison somptueuse , embellit cette propriété ; et après y avoir versé des sommes considérables , il mourut au bout de vingt ans de jouissance , dont la majeure partie dans les douleurs de la goutte. N'ayant point laissé d'enians, cet olget d une si grande valeur d établissement a été vendu à un prix comparatif très bas ; la route divisait cette propriété en deux parties , la maison était dans la supérieure , les serre» et le potager dans l'inférieure . Le propriétaire a lait élever dans le mur de celle ci, sur le chemin, une fontaine à Tusage du public , dont Teau est fournie par le réservoir commun de TEcluse. C'est la seule du Faubourg, à la réserve de celle en iace de l'hôiel-de ville.
L'espace entre la route et le lac , qui était encore en vignoble dans le XY^ siècle , dès le Crét à la porte de l'Hôpital et de Saint Maurice, fut mis peu à peu en petits jardins, dont le lac baignait les murs, excepté dans les endroits où les petits ports dont on a parlé avaient retenu le galet amené par la vague. Pour faciliter Vabord à ces jardins du côté du lac, l'on ouvrit quatre ruelles y communiquant dès le chemin. On les élargit aujourd'hui pour en faciliter la traversée aux chars et voitures.
En 4647, on éleva au dessus du chemin depuis la ville an Crét , pour en rendre Tabord plus facile , un tj^ttoir en roc de trois pieds de largeur. Il n'en fut pas de même sur la rive
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du lac, on ne pouvait y arriver par là, Veau interrompant les communications.. M. Dupeyrou fit établir au bout de sa propriété une jetée dans le lac, garantie par un quai en quartiers de roc, et rendit cette petite promenade agréable au'public par les arbres qu'il y fit planter. Le Magistrat saisit cette idée et fit successivement enclore avec des pilotis des espaces dans le lac et sur la rive, en obligeant les particuliers à y jeter leurs décombres. L'ouvrage avança rapidement; les quais en roc, substitués aux pilotis, ont mis.ces terrains à Tabri des ravages de la vague ; on y a planté des arbres , et Ton peut espérer que dans un petit nombre d'années , cette promenade atteindra le Crét , son but agréable. Elle est ellemême une des' plus riantes que Ton puisse rencontrer à une assez grande distance. Au bord d'une belle masse d'eau qui baigne son mur de revêtement, la vue s'étend de ce côté jusqu'aux, pieds élevés des Alpes , dont la chaîne couronne les collines couvertes de bois, de prairies, de champs, et parsemées de villages et d'habitations du Jorat. Au nord, au delà de la route , qui deviendra. un jour la principale pour T Allemagne , est une ligne de maisons de genres d'architecture différens , séparées les unes des autres par des jardins qui donnent beaucoup de gaité à ce tableau , sur lequel on voit s'élever les cAteaux voisins dominés par la première ligne du Jura. Dès que la saison le permet, cette promenade est trèsfréquentée , et le nombre de ceux qui s'y rendent pour voir et pour être vus , rend l'ensemble fort animé.
Avant que d'arriver à cette promenade dès la ville , on trouve un établissement de bains, tant simples qu'artificiels, avec un enclos où l'on prend ceux du lac , une enceinte en pilotis dérobant la vue des baigneurs. A côté est une. lessiverie publique.
L'observateur attentif qui examine les environs de la ville et son local , la croirait bien abondamment pourvue d*eaux
vives , et ne verrait pas sans étonnement que de douze fontaines publiques, trois seulement donnent de Teau de source, non - comprise celle de la cour du château (e). La grande fontaine au haut de la rue du Château, dont Teau a été cherchée , trouvée et amenée à grands frais des champs entre le Suchiez et le village de Peseux , est à sec dans les grandes chaleurs de lëté. Celle de Saint-Guillaume au milieu de cette rue, alimentée par un filet d'eau sortant du rocher fissuré sur lequel est le château , est souvent tarie et rarement potable. Celle des Chavannes , dont la source est prise très - peu au dessus, à la réunion des ravins venant des hauteurs à Saint- Jean (f) et du petit vallon du Tertre (g) au dessus de la mine de marne, a une excellente eau qui tarit rarement. Les neuf autres sont prises dans un réservoir au pied du cAteau de vignoble de TElcluse , qui n'est qu'une filtration de Teau du Seyon, car il éproMve toutes les variations de ce torrent, diminuant avec lui et ayant son eau trouble quand il charrie. Il a donc certainement une communication assez prochaine avec le Seyon, et son eau ne peut avoir ni l-élasticité ni la fraîcheur d'une eau de source venant de loin et se filtrant au travers du
fe) La source de cette fontaine existe au dessous du Suchiez ; Taqueduc qui ramène au château traverse le fossé extérieur du Donjon. Le bassin dans la cour avait été fait sous la maison de Longueville dont il portait les armoiries; sa caducité Ta fait remplacer par un autre en iSiO. L*on ne sait quand Teau y fut amenée pour en faire une fontaine. L^aquedut sur piliers en pierre dans le fossé du Donjon , fut élevé en i5S6.
ff) II y avait une chapelle dans ce petit quartier, sous le régime catho* lique. Il parait qu'elle avait été fondée pour les hahitans voisins des rues des Chavannes et du Neubourg , lorsqu'ils ne pouvaient pas toujours se.rendro à réglise coUégiale, n'y ayant de communication que par le pont-Ievis sur le Seyon.
(g) Le Tertre (élévaUon isolée) est appelé dans les anciens actes Terloz, C'est un fort petit vallon frais , qui a pris son nom de la colline qui le domine au midi.
gravier. Pour y suppléer, on a établi des puits à côté de quelques-unes de ces fontaines.
On hasarde à cet égard une hypothèse qui pourrait rendre raison de ce manque d'eaux vives. La montagne de Chaumont, qui semble arrondie ou plane à son sommet, n'en est pas moins fissurée sous une couche peu épaisse de terre. Ces fentes reçoivent et absorbent les eaux pluviales, plus abondantes et plus fréquentes sur les montagnes que dans les plaines, et Ton ne peut douter qu'elles n'arrivent de là dans des cavités ou réservoirs intérieurs très-fréquens dans ces élévations de rocs. L'on doit donc supposer ces cavités fort profondes, ou que ces réservoirs n'ont d'issue pour leur eau qu'au dessous du sol de la ville , qui est en partie de marne , en partie de graviers de la montagne ou de galets du lac , dans lesquels on ne trouve pas de sources jusqu'à son niveau. Deux circonstances indiquent la décharge de ces eaux vives dans le lac même. La première est le séjour plus fréquent de la truite auprès de la rive du nord, dès la Reuse à Saint-Biaise, quoiqu'il n'y ait de courant extérieur dans cet espace que celui de la Serrière. Or il est connu que ce poisson recherche les eaux vives et fraîches. Il y en a donc en abondance dans cette étendue et qui sourdent du fond du lac. La seconde est la différence de température que remarquent les baigneurs dans cette eau , dont les couches sont alternativement chaudes et froides ; effet qu'on ne peut attribuer qu'aux sources sortant du fond. Ce serait donc par là que se déchargeraient les grands réservoirs de Chaumont , non en masse mais par un grand nombre d'issues ; peut - être la Serrière en provientelle ; on n'a que des conjectures à cet égard , mais cette rivière ne suffirait pas à déduire toute Veau qui tombe sur la montagne de Chaumont, dès le Suchiez à Saint -Biaise , où il n'y a qu'un faible ruisseau permanent. Il ne parait pas que l'on puisse indiquer d'autres causes de la non - présence de
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sources un peu considérables dès Serrières à Saint -Biaise, que celles prbent de la structure de la montagne; on suppose donc ces réservoirs plus ou moins grands et profonds , existant dans le centre de cette masse de roc vif, dont le flanc méiidional, situé sur un plan presque vertical sous les matières qui le couvrent et non-interrompu jusqu'à ses racines sous Teau, ne laisse que là une issue aux cavités intérieures. Les collines qui existent dès la montagne au lac, ne peuvent être envisagées comme faisant partie de sa masse , et par conséquent ne doivent pas écarter cette supposition. La plus rapprochée, quoique d un roc de même nature, parait être formée de parties éboulées ou détachées de la montagne. Celles au dessous sont d'une composition et d'une couleur différentes ; les petits vallons qui les séparent reposent sur une mine de marne. Ce sont donc des agrégations au flanc méridional , et qui n'ont aucune communication avec les dépôts d'eau de Tintérieur ; car le peu de sources qui y paraissent , et leur faiblesse , n'indiquent que les eaux pluviales tombées dès le pied de cette ligne du Jura au lac, et retenues par les couches de marne des vallons qui les portent et les réunissent dans leur pente aux points d'intersection où se sont établies quelques petites fontaines, dont l'aliment venant à cesser dans les sécheresses soutenues , le mouvement cesse aussi. Dans les endroits où l'on n'a pu pratiquer des fontaines , on a creusé des puits dont l'eau est plus salubre qu'abondante.
Nulle notice ne peut donner la date de l'établissement de la fontaine de la cour du château. Il parait qu*elle existait déjà en 1422, car le 18 janvier il fut payé à deux hommes , pour avoir porté toute la journée de l'eau au château, un sol trois deniers ; et comme cet article ne se trouve que ce jour là, on doit en conclure que la fontaine avait besoin de quelque réparation. On pourrait croire qu'à cette époque il n'existait pas encore de fontaine dans le bas de la ville, car il est parlé
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d'un puits en août 1423 , où Conrard de Friboiirg faisait chercher de l'eau ; il est vrai que sa maladie pouvait exiger lusage d'une eau plus fraîche que Teau de fontaine.
On croit pouvoir rapporter à Tan 4466 rétablissement de la fontaine au milieu de la rue du Château , car ce fut la date de son inauguration et de sa dédicace à Saint-Guillaume par le chapitre , les chapelains et plusieurs membres du conseil de la ville, cérémonie qui eut lieu au son des cloches. À cette date il est parlé pour la première fois du fantanier, auquel il fut donné la livrée de la ville; il était donc à ses gages. Alors la fontaine de la cour du château existait, car elle fournissait de Teau à la nouvelle fontaine. Mais vers la fin du XVIIl^ siècle, cette eau fut retenue, et pour ne pas laisser inutile cette fontaine, le Magistrat y fit conduire celle dont on a parlé cidessus, qui n'est pas bonne à boire et ne sert qu'à laver; encore est-elle souvent tarie. La fontaine la plus ancienne de la ville est probablement celle au dessous de la tour de Diesse, sur la place alors des Boucheries, aujourd'hui la Groix-du- Marché. L'eau en était amenée du rocher sur lequel est bâti le château , source découverte lorsque l'on commença à établir des terrasses entre la rue des Moulins et le château. Ge ne fut qu'ensuite que Ion découvrit celle de l'Écluse , qui donna lieu à l'établissement des deux fontaines de la Grand'rue et du Temple neuf. On croyait cette source originaire du coteau, et ce ne fut que long-temps après que voyant qu'elle ne s'épuisait point malgré les saignées que Ton y faisait, on reconnut qu'elle était alimentée par Teau voisine du Seyon. La preuve s'en trouvait dans le limon qui troublait la source lors des hausses du torrent. Après les deux fontaines sus-indiquées , établies probablement vers le milieu du XVI« siècle, celle de la Groix-du-Marché, ensuite du déblaiement de cette place, fut agrandie à la fin du même siècle, et la laible source qui lalimentait étant trop peu considérable, on lui
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donna une autre destination vers la petite boucherie, et elle fut remplacée par celle de VEcluse. Les autres fontaines du bas de la ville datent du XYIII<^ siècle. On Ta déjà dit, la fon> taine des Chavannes fut établie au commencement du Xyil«, mais il est apparent que sa source était déjà connue, sans cependant être encore appliquée à T utilité publique.
Avant la construction de Testacade en 1756, les tuyaux venant de la source de T Écluse et qui traversaient le lit du torrent, étaient souvent enlevés dans ses crues; alors les fontaines manquaient d'eau. Pour parer à cet inconvénient, auquel on ne s'attendait pas que la nouvelle opération mit un terme , on s'occupa de la recherche d'une autre source , et il ne s'en trouva nulle autre que celle de la Serrière , dont Tabondance, la permanence, la fraîcheur et la limpidité remplissaient toutes les conditions désirées. L'ingénieur De Kovéréa , alors à Neuchûtel , s'occupa donc à calculer les probabilités du succès ; les niveaux pris, il trouva que la source de la Serrière était élevée de 99 pieds au dessus du lac, tandis que la hauteur du sol auprès de la tour des prisons n'était que de 94 pieds 6 pouces. Mais ne jugeant pas que 4 pieds 6 pouces fussent suffîsans pour conduire l'eau dans un espace de plus de 8000 pieds, distance entre les deux points donnés, et surtout par un chemin qui a quelques inégalités dans ses pentes , on abandonna le projet , et l'on s'entint à la source de l'Écluse.
Si l'on examine attentivement le vaste bassin qui s'étend , dès Entreroche dans le canton de Vaud, à Arberg, Nidau et Buren, et au delà de la montagne de Vuilly jusqu'au dessous d'Âvenches, si Ton considère la nature du terrain resté à sec dans cet espace , l'on ne peut douter qu'à une époque plus ou moins reculée, mais antérieure aux documens existans, il n'ait été couvert d'eau. Diverses causes peuvent avoir occasionné la division de cette masse en trois lacs : le changement
de cours d'une rivière qui y versait ses eaux ; un dégorgement nouveau ou plus abondant ; enfin Texhaussement lent et graduel du sol par les matières qu'entraînaient les pluies des hauteurs voisines. Quoi qu'il en soit de ces trois causes réunies ou qui agissaient séparément, Teau s'est resserrée dans les trois lacs de Neucbàtel , de Morat et de Bienne , connus de trèsancienne date. Ils communiquent de l'un à l autre ; celui de Morat avec celui de Neucbàtel à son extrémité orientale par la Broyé, et ce dernier, aussi à l'orient , par la Tbielle avec celui de Bienne, dans lequel il se décbarge. Ces deux communications sont navigables et facilitent les relations commerciales entre les villes respectives qui sont sur leurs rives.