JEAN-LOUIS-GH ARLES
dit
l'abbé d'orléans.
La duchesse de Longueville resta en possession de la curatelle de ses fils, jusqu'en 1668. A cette époque Tainé, Jean- Louis-Charles d'Orléans, livré aux pratiques superstitieuses, iaible de corps et d'esprit , se sentant incapable de régir la principauté qui lui appartenait de droit , voulut en faire cession à Charles-Paris, son frère cadet, ce qui ne pouvait s'effectuer qu'à Neuchâtel.
Les deux princes partirent donc de Paris le 2 mars 1668, et n'envoyèrent que dès Salins le courrier chargé de l'avis de leur arrivée ; ils couchèrent le 7 à Pontarlier. Malgré le peu de temps que l'on avait eu pour préparer leur réception, cependant, lors de leur entrée aux Verrières le dimanche 8,
ils furent salués par les troupes mises sur pied. La députation, composée du gouverneur, du conseil d'état, de six membres du conseil de ville, et de quelques personnes encore, ne put arriver à temps pour complimenter à la frontière LL. AA., qui dînèrent à Couvet et ne rencontrèrent cette députation qu*à la Glusette. Les princes étaient seuls dans une litière , qu'accompagnaient le sieur de Fontenay , gouverneur du comte de Saint -Pol, et le sieur David, contrôleur, servant de maître- d'hôtel. Leur suite ne consistait qu'en huit personnes , deux valets de pied , un cuisinier , deux estaffiers , etc. L'ainé des princes , appelé communément F abbé d'Orléans , éuiit vêtu en ecclésiastique et portait une soutane de minime. Le comte de Saint-Pol était habillé très-richement en cavalier : habit bleu, presque entièrement couvert de galons et de broderies d'or et d'argent. Il quitta sa litière à Rochefort pour monter à cheval ; sa place fut prise par le pasteur Osterwald (père de celui qui après lui occupa avec tant d'éclat la chaire de Neuchâtel), qui entra ainsi dans la ville avec le duc de Longueville par la porte du Château , tandis que le comte de Saint-Pol suivit la route des Parcs. Aux champs de Peseux était le bataillon des bourgeois (hors ceux duValde-Travers qui y avaient paradé) ; le conseil de ville était au centre, portant la cuirasse ; le banneret Merveilleux présenta la bannière au prince, qui , après avoir entendu son compliment , la lui rendit. Des salves d'artillerie et de mousqueterie se correspondant de tous les environs, ainsi que les cris répétés de : vivent LL. AA, ! accompagnèrent cette cérémonie. On objecta en vain au duc de Longueville que rien n'était préparé pour le recevoir à la porte du Château; cette raison môme sembla encore plus le faire persévérer dans l'idée de choisir cette entrée , par une sorte d'humilité religieuse. Il fut suivi par le gouverneur et une partie du conseil d'état. Cependant le maître -bourgeois cfn chef le devança ,
DE NBUGHATEL. S07
et se trouva à la porte du Château, où il lui présenta les clefs de la ville. On porte à deux bataillons de 4,000 hommes les troupes qui se trouvèrent dans la plaine entre Peseux et la ville, et les princes furent très-surpris que Ton eût pu rassembler autant d^hommes sous les armes en aussi peu de temps, car leur courrier n'était arrivé à Neucliâtel que dans la nuit de ce jour dimanche. Le comte de Saint-Pol trouva la route des Parcs garnie de soldats, dont les salves de mousqueterje étaient répondues par Tartillerie de la ville, depuis le Tertre et le chemin sur Tautre rive du Seyon. Le maître-bourgeois en chef, qui l'attendait à la porte de THôpital , Ty complimenta , et , ainsi qu'il Tavait fait au duc de LongueviUe à la porte du Château, lui présenta les clefs de la ville. Le prince répondit à son compliment avec courtoisie , puis monta im« médiatement au château , entre une haie de bourgeois sous les armes, et entra dans sa chambre qui avait deux jours de fenêtre, Tun au midi, l'autre à Touest. Une partie de la milice , après avoir faut des salves dans la cour du château , se retira , ainsi que les autres troupes , la nuit étant arrivée.
Le lendemain 9 , le comte vit la gendarmerie des montagnes , qui n'avait pas encore pu paraître ; il entra dans ses rangs, la fit défiler devant lui , et admira les armes de quelques-uns, qu on lui dit avoir été fabriquées dans le pays.
Après le dîner , accompagné du gouverneur , il alla sur le lac pour jouir de là de l'aspect de la ville. Durant cette promenade , le duc de LongueviUe entra dans Téglise pour y- voir ce qui méritait d'être remarqué. Le comte de Saint- Pol , qui avait témoigné le désir de voir la jeunesse sous les armes , la trouva à la descente du bateau rassemblée et manœuvrant sur la rive du lac; pour la mieux voir, il monta sur la plate -forme de la maison du châtelain de Thielle , Tribolet, oii il agréa une collation, témoignant prendre plaisir aux exercices de cette jeunesse.
Le mardi 10, ce prince alla chasser sur le lac , mais sans succès , et remonta au château , où il trouva le duc de Longueyille en conversation avec le ministre Girard. Le comte de Saint-Pol y prit part et traita avec lui, dès les trois heures à la nuit, divers points de controverse avec beaucoup de modération. Henri II avait également témoigné beaucoup d'égards , une sorte de vénération même , au clergé protestant de Neuchâtel.
Le conseil d'état s'étant assemblé le 11 après midi, le duc de LongueviUe y fit la remise générale de la principauté de Neuchâtel au comte de Saint-Pol, son frère, lui en transmettant la possession , sauf la reversion à lui-même, dans le cas où son dit frère mourrait sans postérité légitime. Dans raprès-midi, le duc alla faire une visite au pasteur Osterwald.
Le 12 , le corps ecclésiastique , au nombre de vingt -huit personnes, se rendit dans la chambre du comte de Saint-Pol pour le complimenter ; c'était le jeudi , jour du marché , qui attira une grande affluence de monde dans la ville ; la cour du château , la salle des états , durant le dîner de LL. AA., en furent remplies. L'après-midi, lex^omte alla à Colombier, dont il n'ignorait pas que le séjour avait été fort agréable à son père ; il voulut tout y voir en détail. Le bateau dans lequel S.Â. fit cette promenade était escorté de plusieurs autres embarcations chargées de mousquetaires et d'autres personnes de la noblesse , tant du pays qu'étrangère.