‹ Description topographique et économique de la mairie de Neuchâtel, avec des notes historiquesChapitre 67 sur 93 · CORPORATIONS · texte numérisé non relu

CORPORATIONS

A radministration sont liés d'autres corps , non comme y participant , mais comme composés de bourgeois soumis au chef de la bourgeoisie , se gérant eux - mêmes et suivant les règles que cette administration adopte. Ces corps , appelés Corporations ou Confréries y pour exprimer la communion d'intérêts , fournissaient dans quelques cantons de la Suisse constitutionnellement des membres aux corps administratifs. A Berne , il n'en était pas de même avant 1798 ; ces corporations n'étaient qu'une classification de bourgeois , suivant leur étal, leur métier et leur profession, et les concentraient, à l'exclusion des étrangers , mais sans fournir, d'obligation, des membres aux conseils administratifs, parce que la constitution était aristocratique. A Neuchâtel on imita cette institution bernoise , dont on ne remarque pas de vestiges avant

La confrérie des Marchands fut confirmée en 1479 i celle des Pécheurs en 1482. Celle des Favres, ou de tous les ouvriers usant du marteau, existait déjà avant 1520, époque à laquelle ses statuts furent confirmés, il y eut de plus celle des Tailleurs -d'habits. Ces confréries, dont le nom indique des intérêts de famille , n'existaient dans l'origine que pour les membres de la communauté, qui seuls pouvaient exercer leurs professions. Tous ceux qui s'y vouent doivent s'y faire admettre , après avoir produit un essai de leur art, et paient un droit d'entrée qui est mis en rente, dont chaque membre retire sa portion à un jour fixe de l'année. Mais lorsque le nombre des artisans bourgeois pratiquant des métiers communs , membres de ces confréries, ne fut plus suffisant pour les besoins de la ville , on dut permettre aux étrangers d'y exercer leurs métiers , toutefois en se faisant admettre dans les confréries de leur classe. L'on

doit en excepter la confrérie des Marchands , qui s'est constamment accrue, et dont les étrangers, les bourgeois externes eux-mêmes, tant qu'ils n'ont pas acquis la bourgeoisie interne , sont exclus.

Ces compagnies ont chacune un chef, celui des Marchands porte le titre de Roi, les autres celui d'Jlvoyer, ou anciennement Advoué, protecteur reconnu.

Les corporations nommées Rues ont une origine plus récente ; on croit qu'elles furent instituées en mémoire des victoires obtenues sur Charles -le -Hardi. Tous les chefs de famille s'y font incorporer, en payant une entrée proportionnée au capital existant et au revenu annuel qui est distribué entr'eux à l'assemblée de chaque rue, le dimanche de Quasimodo. Dans l'origine ses membres devaient faire une parade militaire le jour des Bordes, et les revenus, avec un présent en vin du Magistrat, s'employaient à la dépense de la journée. Aujourd'hui cette fête a cessé ; ainsi il n'y a nulle obligation pour leurs membres. Ces rues sont celles du Château, des Halles et Moulins, de \ Hôpital et Grand'rue, et des Chavannes.

Sous l'inspection de Tadministration municipale sont encore le service religieux dans les églises de la ville , dont elle est coUatrice, les fondations pieuses, les établissemens publics.

RELIGION. — « 1:GGLÉSIASTIQUES.

Le territoire de Neuchâtel faisait partie du diocèse de Lausanne, et les ecclésiastiques relevaient de son chapitre. C'est en cette qualité que dans la charte de 1214 Tévéque de Lausanne fut reconnu juge des différends auxquels elle pourrait donner lieu entre le seigneur et les bourgeois de Neuchâtel. L'acte de combourgeoisie de 1406 , en substituant l'état de Berne a Tévéque , lui ôta ce droit temporel , mais le spirituel lui demeura tant que le régime catholique fut en vigueur.

Le chapitre de Neuchâtel , composé d'un prévôt et de onze chanoines , s'était enrichi des dons des seigneurs , tant dans l'état qu'au dehors (q) , et des fondations des particuliers. Dans ce clergé étaient encore des chapelains pour le service des chapelles de la ville et du dehors , le curé de celle-ci et son vicaire. Les chanoines joignaient encore d'autres prébendes à leur office , ensorte qu'ils étaient pourvus avantageusement (r). Les chapelains avaient un fonds en propre et distinct de celui des chanoines (s). L'on doit donc croire que le service se faisait avec quelque pompe, surtout lorsau'un orgue eut été dressé dans l'église. Les chanoines et les chapelains étaient traités indistinctement de 9nessire9 et de mais très (t), ^

L'esprit de dévotion si universel dans les XIII« XFV^et XV^ siècles , fit donner une grande considération aux ecclésiastiques. Deux causes y contribuaient : le respect pour les ministres des autels, puis l'idée que Ton avait de la supériorité de leurs lumières dans un temps où elles étaient si rares. Ces deux causes déterminèrent sans doute les comtes de Neuchâtel à les appeler aux fonctions civiles ; et la charte de 1454 donna aux chanoines le premier rang parmi les juges.

(q) Indépendamment de ce qu'il possédait dans (e comté, le clergé joaissait de la dime de Constantine, de cens et rentes à Lubislorff et dans la ville et seigneurie de Morat,

(r) Jaques de Fère, chanoine de Neuchâtel, curé de Morteau en ikSS\ Pierre de Pierre, prévôt de Neuchâtel, curé du Landcron et de Diesse, ih9S.

(s) Acte de remise par les chapelains de Ti^g^ise de Neuchâtel aux Qottre-Minislraux, de leurs droits et titres, pour en jouir après leur mort; 90 novembre 4539.

(l) Mcssire Loys de la Pierre, chanoine, 1469; messire Jaques de Berne, chapelain de Neuchâtel, 4485; maistre Jaques de Férè, chanoine, 1485, peut- être parce qu'il était notaire ; au reste les notaires dos XV% XVI' et XVII" siècles n'avaient ni règles ni contrôles pour les qualifications, qu'ib semblent avoir employées d'une manière arbitraire et dlfîérente pour la même personne.

' Par les mêmes motifs, radministration manicipale tira parti des connaissaoces de quelques-uns d'entr'eux. Elle employa dans ses afiaires de 1408 et 1409 le chanoine Leschet et le chapelain de la ville, qui même étaient maîtres-bourgeois (u). Elle se servit en 1425 du chanoine Bourckard, et ayant une difficulté à Suint -Biaise en 1469, elle mit des chanoines an nombre de ses députés.

Indépendamment de Thabitude de parler en public , ces ecclésiastiques étaient versés dans Tart de récriture ; ils l'avaient plus belle et plus nette , leur style était plus épuré que celui des laïques. C'est ce qui fit que plusieurs d'en tr eux réunirent à leurs fonctions l'état de notaire ; et comme peu d'autres personnes possédaient la langue latine dans laquelle ils instrumentaient leur actes , cette branche de revenu leur était difficilement enlevée. D'ailleurs ils étaient également propres à les passer en français ou romand. On trouve encore beaucoup d'actes instrumentés par eux, tant privés que publics (v).

Ils s'ouvrirent aussi d'autres ressources qui n'avaient pas autant d'analogie avec leurs fonctions ecclésiastiques. Messire Jean de Delémont, dès 144$, gouverna l'horloge de la ville durant plusieurs années (w), Messire Jaques Bourckard peignit les écussons de la ville sur les caissons du contingent de troupes envoyé en 1498 à l'armée de Berne, et réunissant ses fonctions religieuses à son talent pour la peinture,

(u) Arrélc du conseil du 13 juin 1409, présens messire Jaques Leschet, messire Pierre Guillemin , Lo} s de Yalmarcus et Mathey de Cotlens , les quatre maistrcs-borgeix , etc.

(v) Acte d'expédition de procédure criminelle , en justice de Yalangin, dressé et reçu par vénérable et discrète personne maistre Jaques de Fère, chanoine de Neuchàtel et curé de Morteau, et par messire Jaques de Borne, chapelain de Féglise de Ncuchàtel, 1485.

(vd) Aux gages annuels de 30 sols faibles, équivalant à 60 livres mouton, à 72 livres veau , à 24 émines avoine.

3ft8 ADMINISTRATION

il célébra la messe pour le départ de ce corps et pour les boanes nouvelles qu'on en reçut (x). Il parait aussi qu^ils ne croyaient point déroger en tenant une sorte d'auberge, car Tadministration municipale paya en d409 des comptes de dépense pour repas pris chez les chanoines Leschet et Guillemin. La prestation du serment se faisait par les ecclésiastiques en une forme particulière : ils juraient la vérité en mettant la main sur leur pis (sein) gauche.

La ville de Neucbâtel , comme toutes les autres villes catholiques , devait se mettre sous la protection d'un saint. Saint- Guillaume étant à sa portée et le mieux connu de tous, puisqu'il y avait vécu , il fut choisi en 1466 ; on lui dédia la petite fontaine au milieu de la rue du Château. Cependant il parait que la dévotion pour ce saint éprouva quelque ralentissement , et que pour la ranimer on eut besoin de quelque événement éclatant ; on lui attribua donc des miracles en 1471 et d47S (y). Il fut ainsi remis en crédit, et on Tinvoqua de nouveau avec zèle. En 1496, les Quatre-Ministraux s'adressèrent solennellement à lui et à Notre Dame-de-Pitié pour obtenir par leur intervention l'assistance de Dieu dans leur bon droit. Ce fut à son autel que le chanoine Bourckard célébra en 149 S les deux messes dont il a été parlé.

Cette tournure de dévotion ne se borna pas à ces actes; elle s'étendit à d'autres d'une moindre importance : le Magistrat fit célébrer une messe en 1 520 , le jour auquel il fit acheter deux taureaux pour le service du troupeau des vaches de la ville ; mais il n'est point dit quel saint fut invoqué pour le succès de cet achat.

(x) Elles furent payées 7 sols, correspondant à SA pots de vin prix de

(y) 3Iiraclc de M. Saint -GniUaaroe « à Tcnfant merrclz (morveux) d« Pierre Baul * ; prédication et grande sonnerie k ce sujet, 4471. Btirades de M. Saint-Guillanme sur deux enfans, 4478.

Quoique le nombre des chapelles fut assez grand au dedans et au dehors de la ville, cependant les Quatre-Ministraux recouraient aux saints étrangers \ ils envoyèrent en leur place le berger de la ville en pèlerinage à Saint-Régnembert , en 1514 , sans que Ton en indique le motif. En 1509, et durant plusieurs années , ils firent une offrande au porc de Saint* Antoine ; Ton ne sait s'ils lui croyaient du crédit sur Tesprit de son patron. En 1519 , ce même Magistrat se fit repré^ senter dans les trois processions qui eurent lieu dans les états voisins pour la destruction des urbecs qui rongeaient la vigne, en même temps qu'il envoyait des députés à Lausanne pour assister aux citations et ajournemens faits à ces insectes (z).

Ces derniers traits , qui impriment une couleur de ridicule à ce qui avait été respecté jusqu'alors , semblaient annoncer que la superstition , telle qu'un vieillard décrépit, arrivait à Tâge voisin de Teniance; que les saints prêts à être dénichés, cherchaient à reprendre et à se remonter par des pratiques puériles , qui ne devaient désormais plus produire de bon effet en Europe , où Ton commençait à penser, et où se préparait une réforme des opinions religieuses.

Les occasions de réunion entre les corps donnaient lieu à des repas ; il y en avait d'étiquette auj: frais de la vîlle , les chanoines y étaient invités. Tel était celui de la Pentecôte, indiqué en 1444 et années suivantes. En 1477, le Magistrat donna des miches pour le goûter du jour de la Pentecôte au chapitre , au conseil et à la communauté. En 1506,

(z) Déjà en 1479 ce moyen avait été employé dans la même ville , mais le succès ne répondit pas à Tattcnte (Sinner, Voyage dans la Suisse occidentale). Il en fut de même en 4519 ; comme on s'aperçut que les chenilles et les urbecs ne répondaient pas aux ajournemens et ne paraissaient pas redouter l'excommunication, ces formes furent supprimées, et l'on a employé ' depuis des moyens humains plus cfflcaces.

le conseil dtna lors de la conferte de Pasques , avec le beau (beat) frère Pescheur, ainsi qu'il est de bonne coutume, La réformation ne put même arrêter, par la comparaison de la rigidité de ses mœurs, lusage où était le clerg^é catholique de vivre familièrement avec ses ouailles. Dans un procès d'injures intenté par Guillaume Farel en \ ô55 au curé de Grossier, et qui fut porté le 25 août aux audiences générales , un témoin déposa : « que le curé avait dit , dans on » repas donné au Landeron à l'occasion d'un baptême , que » Farel était un méchant homme, qu'il avait tellement battu » la vérité au visage qu'ilen était resté tout plat ; et que, » dansant avec des femmes après le repas , il avait ajouté » que Farel avait deux diables , Tun à Genève , etc. »

Si les vivans contribuaient à Taisance du clergé , l'inquiétude , les craintes pour l'avenir lui ouvraient une mine bien plus riche encore. Les prières avant la mort, celles de ce moment , celles qui lui succédaient , les services funèbres, tous actes soumis à un tarif; les dons laits par $uite des appréhensions spontanées ou suggérées du mourant, et proportionnés à sa fortune, tout cela enrichissait les ecclésiastiques , qui , en retour , calmaient les âmes timorées , et leur donnaient une sécurité dont ils assuraient être les dispensateurs. (87)

Tel était le culte catholique , avec sa pompe et ses ressources multipliées , lorsque des idées plus simples et plus dégagées des formes suivies jusqu'alors, commencèrent à pénétrer à Neuchàtel. Déjà elles avaient été accueillies ailleurs, et la politique demandait leur propagation et en encourageait les progrès. Farel avait paru à Neuchàtel en 1528; ses essais de réforme furent arrêtés par le clergé , qui n'y voyait que sa destruction ; il dut donc s'éloigner, parce qu'il n'était pas encore soutenu. Mais ses succès dans les environs, 1 appui dont il était assuré, ranimèrent son ardeur ;

il retourna à Neuchâtel en 1530, et y réussit mieux. Introducteur d'un culte simple et dénué de toute pompe , il avait à surmonter les obstacles que lui opposaient un clergé nom* hreux et riche, un peuple habitué aux cérémonies de Téglise qui flattaient également ses yeux et ses oreilles ; mais surtout dont rimagination , rassurée auparavant pour le présent et l'avenir , se .trouvait maintenant éperdue en se voyant isolée par la chute de ses intercesseurs auprès de la divinité , qu'il croyait irritée de la destruction de ces intermédiaires, et qu on lui représentait sous des formes sombres et sévères. Aussi ce peuple s'envisageait comme sans ressource contre les effets éternels de sa colère , n'y ayant plus pour lui ni purgatoire ni intercesseurs pour Ten tirer. Ces obstacles' ■n'arrêtèrent pas Farel ; il les Surmonta , non par la persuasion et la conciliation, son caractère Leh éloignait (a) ; et il aurait dès le début ruiné son plan de réforme , s'il n'eût pas convenu à l'état de Berne que la ville de Neuchâtel, ainsi que ses autres alliés, embrassassent cette réforme. Dès lors, fortement soutenu par députations et déclarations, Farel redoubla de zèle, augmenta ses partisans, et lorsqu'il fut jugé que le nombre en était assez considérable , le choix de la religion à embrasser fut soumis à la délibération du peuple, qui décréta à la pluralité de dix -neuf voix , le 4 novembre 1530, qu1l acceptait la religion protestante et que la catholique serait abolie. Cependant il exista encore quelque levain

(a) Farci avait port^ à MonlbéUard et aUleurs les mêmes principes qu'il développa à Neuchâtel. Son confrère en réformation OEcolompade, plus modéré que lui, lui écrivit à ce sujet : « Neque enim excidisse animo crediderim quomodo inter nos convenerit , nempe ut quanlo proptnsior es ad violenliam, tanîo magis te ad lenitatem exerceas, Duci, non trahi volunt. » Ailleurs: Evangelisandum non makdieendum nùssui es ; da operam , mi (rater, qyio in tempère $uo vinum et oleum infundas, quod E^angelistam , non tyrannicum legislatorem prœstes. » Avec ces principes, OEcolompade n'aurait peut-être pas réussi à Neuchâtel.

33fi ADMINISTBATION

de fermentation parmi les catholiques , mais le conseil de Berne les arrêta par sa déclaration qu'il soutiendrait les protestans (88).

Cette réussite des voies de contrainte encouragea Fard et ses adhérons à en tenter de semblables ailleurs ; ils firent des entreprises de violence à Yalangin et à Dombresson , à Cressier et au Landeron. Comme ces démarches pouvaient compromettre la sûreté de 1 état , le repos même du canton protecteur de la réforme , celui - ci réprima le zèle ardent des convertisseurs , et intima l'observation de la paix de Bremgarten (voyez note 13).

Tel fut le commencement de la réforme. Quelques catholiques fidèles se transportèrent ailleurs ; les autres, isolés et abandonnés, durent renfermer leurs sentimens dans leur sein, et en peu de temps, la nécessité locale et le caractère national firent du peuple de la ville de Neucbâtel des calvinistes ardens et surtout très-rigides.

Le culte, dépouillé d'images, d'ornemens et de musique, fut rendu purement spirituel. Il revêtit la teinte triste et sévère de son introducteur ; et les ordonnances morales et civiles qui en résultèrent, en 1542, prirent en ce moment de ferveur le même caractère. Il s'adoucit dans la suite par la communication avec des peuples chez lesquels cette religion, que la persécution n'exaltait plus, avait perdu de son âpreté primitive, et parce que n'étant plus la chose unique, l'attention se porta sur d autres objets.

Le nouveau dogme mettait tous ses sectateurs à portée de le connaître ; les prières et la prédication se faisaient en langue vulgaire ; le chant religieux , dans la même langue et très-simple, était exécuté par tous les auditeurs ; la bible traduite pouvait et devait être lue par tous les adhérens du nouveau culte. Il en résulta une nécessité dlnstruction générale, dont les bons effets ne tardèrent pas à se faire sentir.

Cependant, quant aux ministres, qui étaient appelés à acquérir des connaissances plus étendues dans la théologie et les sciences y relatives, et dans Tétude des langues savantes, il s'écoula quelque temps avant que cet ordre put se recruter dans Tétat ; Ion dut y pourvoir en appelant des pasteurs de Genève , ville regardée comme le séminaire des ecclésiastiques protestans.

Le modèle à suivre était Berne, qui soutenait une reforme qu*il avait provoquée , et il n'y eut point d obstacles à Neuchâtel pour Timiter , le culte catholique y étant déjà tombé en désuétude. Il avait été établi à Berne un corps, congrégation ou réunion des ministres du culte , pour maintenir dans le canton la pureté et luniformité de la doctrine, et en même temps surveiller . les mœurs des ecclésiastiques; la \ille de Neuchâtel fut invitée en 1542 à en former une pareille (^£j, ainsi qu'à faire un code de délits contre la religion. L une et 1 autre chose eurent lieu dans la même année , la première sous le nom de Classe des pasteurs, la seconde sous le titre d'Ordonnances ecclésiastiques. Les délits pris en objet dans ces ordonnances concernaient la religion. Il fut donc formé, en 1546, un tribunal mixte, dans Içquel, sous

(b) Lettre du conseil de Berne aux Qualre-Ministraux , du 4 mai 1542: « Les prédicans et ministres du Saint^Évangile de N. S. au contel de Ncuf-

> châtel, nous ont advcrtis par la voix de maistre Guillaume PharcU , de la

> délibération qu'ils ont de tenir ung chapitre général ou congrégation de * frères ministres , pour le bien , proffit et advencement de la parole du

> Seigneur, singulièrement pour mettre quelque meilleur ordre au cours et

> conduicte du consistoire (admonitif) de Neufchâtol , afin que les vices et

> scandales soycnt tellement chasticz, que leur démérite le requiert; jk quoi » vous prions de vouloir résister, ainsi tenir la main que le bien soit toujours

> advancé et le mal oppressé, comme de ce en avons parfaicte confiance en » vous , si vostre inclination singulière au bien et honnesteté publicque le » porte, afin que les églises de Dieu, Berne et Neufchîlitel, si conjoinctes et

> voisines , soyent conformes à la réfurmation que de présent tenons et à

> Tayde du Seigneur maintiendrons, auquel prions qu'il vous ait en sa saincte » protection. »

la présidence du maire de la ville, représentant l'aotorité da souverain , les pasteurs de la ville avaient séance , et après eux des hommes d un âge mùr , réputés de mœurs pures ^ attachés à la doctrine reçue , et qualifiés du titre d'j4nciens d'église. A ce tribunal, sous le nom de Consistoire admomtif, étaient dénoncées les contraventions aux ordonnances; les délinquàns devaient y comparaître, ils y étaient admonestés et censurés. S'il n'y avait pas d'amendement et que les délits se renouvelassent , les délinquàns étaient dénoncés au tribunal compétent pour les punir. Le Consistoire ne fut pas oisif dans les commencemens, et il parait que ses peines furent bientôt accompagnées de succès.

Le mariage, quoique civil dans ses effets, tenait à la religion par les formes de son début ; il devint donc du ressort du Consistoire, qui revêt alors la qualité de juge sous le nom de Consistoire seigneurial , et qui conserve les apparences ecclésiastiques par la prière qui ouvre ses sessions. Là sont portées en première instance les questions de promesses de mariage non accomplies , de séparation de conjoints , de divorce , d'illégitimité d enfans , de leur attribution au père. Les sentenx^es de ce tribunal inférieur sont portées directement par appel au tribunal souverain.

Pour mieux inspirer Thorreur du concubinage , il fut infligé à la fin du XVI^ siècle des peines sévères à ceux qui s'en rendaient coupables. La fille ou femme qui avait mis au monde un eniant illégilimc, et celui qu'elle avait déclaré en être le père (c)^ appelés en consistoire, y recevaient d*a-

(c) L'on dit iléclaré, parce que l'aveu d'une flUe dan» \e% douleurs de feafantcmeni passait pour aussi certain que s'il eût été l'effet d'un serment (ait en présence de la divinité. Cependant quelques exemples prouvaient gin» l'on ne pouvait pas y avoir une foi aussi entière ; mais Fopinion préi^ai» au point que si l'accuse niait avec preuves et offres de serment, on cctrlait CCS moyens, et la torture, en usage alors, le forçait à l'aVcu d'un délit doit il était assuré de n'être pas coupable.

bord uae ceasure dans laquelle on leur annonçait pour lon{;temps la privation de la communion avec les fidèles ; puis ils étaient condamnes à se rendre dans 1 église un jour de dimanche qu on leqr fixait et qui était annoncé au public. Dans cette assemblée que la curiosité, la privation des spectacles, rendaient plus nombreuse , ils devaient écouter le service et un sermon relatif à la circonstance. Le service fini, le ou les coupables s'avançaient, se mettaient à genoux sur le parquet au devant de la chaire, et recevaient là en présence de l'auditoire une censure chrétienne et personnelle sur leur faute. La matière était riche et -ne pouvait pas avoir été épuisée dans le -sermon , où le vice n avait dû être traité que sous une forme générale ; et comme cëtait une peine , son prolongement la rendait plus eflBcace. Quoique des cas de cette nature ne fussent pas très-communs, ils se présentaient quelquefois ; un bourgeois s en rendit coupable au commencement du XVIII« siècle^ il fut cité, se montra rebelle à lexhortation et à la peine , dont il crut pouvoir s'exempter à laide de. la franchise.* Sa fermeté eut des approbateurs , et le temps de la pénitence publique parut fini; il ne le fut. cependant de droit qu'au milieu de ce même siècle par une loi des TroisrÉtats. En vertu de cette loi, le père d'un enfant illégitime peut être recherché en paternité devant les tribunaux dans un terme fixé ; la mère peut être et est en effet dispensée par le président du conseil d'état , de la prison correctionnelle ; elle est seulement séparée de la communion des fidèles durant quelque temps, et peut même obtenir un adoucissement à cette peine (d)\

(d) Diverses considérations tardives ont pn faire supprimer une peine aussi sévère : i*unc femme pouvait, quelque dangereuse que fût sa situation au milieu des douleurs de raccouchcmcnt , accuser un innocent , et lo cas a eu lieu quelquefois ; 2^ le moyen de la torture , si cruel , était insuffisant pour faire connaître la vérité ; y le spectacle que donnait cotte pcino dans réglisc, imprimait une infamie (clic sur une femme, qu'il n'était poiftt

Malgré la considération qu'obtint le clergé à Berne, il n'y fut point admis au nombre des corps politiques. Il n'en ht pas de même à Neuchâtel, quoique jusqu^en 1542 les ministres fussent demeurés dans la classe des prédicans. ils en sortirent alors par l'aide de Berne, formèrent un corps régolier, travaillèrent aux constitutions ecclésiastiques, dont Farticle qui défend de dire du mal des ministres renforça la considération que cet ordre commençait à acquérir par son zèle dans la surveillance de son troupeau , sa sagesse et la régularité de ses mœurs , et par son exactitude à remplir ses devoirs. L'ordre ecclésiastique se*glissa, à l'aide de l'opinion publique , dans les affaires politiques , dans lesquelles il débuta par se charger d un acte agréable à l'administration municipale, celui de la remercier de sa bonne gestion à la lin des assemblées de la générale bourgeoisie, au nom des bourgeois qui la composaient. Cette charge , qui ne paraît pas avoir été conférée , mais revêtue habilement dans une circonstance favorable fe), est restée au corps ecclésiastique, qui s'y est- maintenu par Thabitude de parler en public qne lui donnait l'exercice de la chaire. C'est sans doute en considération de ce talent oratoire , que déjà , en 1599, on voit

étonnant qu'elle cherchât à s'en mettre à Tabri par Tinfanticide. La péaitcnce publique fut dccrétvc par le conseil de ville , le iS septembre I39S, à la réquisition des pasteurs, qui probablement en prirent le modèle à Genève où Calvin l'avait fait adopter. Les ordonnances ecclésiastiques de 4542, quoique faites dans un moment de grande ferveur, nVtaient pi$ aussi sévères , même pour l'adultère , qui n'emportait que la peine, ponr la première fois, de (rois jours et (rois nuits à la javiole et 5 L. d'ameode; pour la seconde fois, six jours et six nuits et 10 L., et ainsi de suite.

(c) La première mention que l'on voit de ces remerciemens est dans la générale bourgeoisie du 6 mai 1653. Le n^aitre- bourgeois on chef ^ktat remercié les ministres et les bourgeois de s'y être rendus, le ministre Chevalier remercia à son tour les Quatre - Ministraux et le conseil , etc. Sur ce, le maitre-bourgcois en chef invita les ministres h se rendre à VhUeh de-ville , pour y prendre te potage.

au il février dans une assemblée de {][énérale communauté, à Toccasion du différend avec les bourgeois externes, le ministre Roy et « faire les prières, belles et chrestiennes remons- » trances et exhortations requises ; » qu'en 1618 en générale bourgeoisie pour le même objet, avant que de recueillir les opinions , le ministre Girard fit « de sérieuses remon- » trances des excès avantcouriers de semblables afflictions, n avec exhortations d'amendement ; » que le 17 avril 1672, la ville étant en différend avec le gouverneur, auquel on faisait des remontrances, les ministres accompagnèrent les Quatre - Minîstraux et le conseil ; et le gouverneur y ayant acquiescé, le pasteur Ostervald fit un grand remerciement au gouverneur, quoique ce dût être le fait du maître-bourgeois en chef.

L'agitation qui se manifesta dans la souveraineté en 4672, à la suite des prétentions de la duchesse de Nemours pour y succéder à son frère Charles - Paris d'Orléans, donna de vives inquiétudes au gouvernement, au conseil dëtat et au conseil de ville , qui , connaissant qu'un des motifs allégués par les factieux était la mort de Tabbé d'Orléans , jugèrent à propos d'envoyer une députation à Dijon où était le prince, autant pour s'assurer de son existence, que pour l'engager à se rendre dans sa souveraineté , où sa présence calmerait les esprits. Cette députation fut composée de conseillers d état et de membres des deux conseils de la ville de Neuchâtel , auxquels se joignit le ministre Girard , peut - être comme député de son corps ; car Ton ne voit pas qu'il y eût nulle invitation personnelle pour lui de s'y rendre. La députation arrivée à Dijon en mai i673, le ministre porta la parole au nom des autres députés (f).

(f) La députation ne put remplir son objet; M. de Fontenay, chargé de la garde du prince , Tempéchà de lui parler , ainsi que 1c médecin , sous le prétexte que sa santé en serait dérangée ; il fut seulement permis

Dans tons ces feits on remarque la suite du respect ponr les organes de la relig^ion ; il s'accrut encore en 1685, lorsque la révocation de Tédit de Nantes eut iait arriver à Neochâtel des infortunés , qui préféraient le libre exercice de leur croyance à une patrie qui le leur refusait. Leur zèle, accru par la persécution, se manifestait par Vardeur avec taquelle ils fréquentaient les exercices relig[ieuK , et par leur respect pour les ministres , dont ils leur donnaient des témoignages publics , que les autres habitans de la ville partageaient (g).

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aux députes de s*assurcr de son existence , en le voyant à une cerbioe distance à la promenade, et ^ son dîner par un trou fait à la porte, pour les empêcher de lui parier ou pour éviter que le prince entrât en eoDversation avec eux ; et quelque fortes que fussent les raisons pour lesquelles ils désiraient l'engager à se rendre dans sa principauté, ses gardes n'y voulurent point entendre. Le prince logeait dans le couvent de Tordre de Sainte - Bénigne , et était vêtu d'une soutane. Il paraissait jooir d'une santé parfaite , et no donna nulle marque d'aliénation d'esprit.

(g) Le re^ect pour le clergé n'était pas moindre à Berne en 1621, Bon plus que son influence sur le peuple , et le gouvernement en proflta hibi- Icment, ainsi que le narre Théodore Agrippa d'Aubigné. Réfugié à Gencre on 4620, il dirigea les fortifications de cette ville. Appelé en 1621 à Berne pour un môme dessein , il donna le projet d'entourer la ville d'une fortification régulière. Les experts , les principaux membres du conseil , les lois , les sermens lui étaient contraires ; le peuple même , infatué de ses forces de compagnie qu'il croyait suffisantes pour éloigner tout danger de la ville, avait de l'aversion pour les rctranchemens, et quelques ivrognes menacèrent d'Aubigné de leurs hallebardes. Mais il persista , se Toyaot appuyé par quelques ministres , dont le principal , qui avait accompago^ la magistrature lorsqu'elle vint voir tous les plans de fortifications , proposa sur-le-champ de rendre grâces à Dieu d'une si salutaire délibération ; ce qu'il exécuta aussitôt en se mettant ^ genoux , en quoi il ^^ imité par la magistrature et les assistans. Le lendemain, tout le peuple s'étant rendu sur la même place , ce ministre lui fit une exhortation, après le chant d'un psaume et une longue prière ; ensuite d'Aubigné fit appor- (er aussitôt des piquets, qui furent d'abord plantés sans contradictioi ni opposition du peuple. La ville de Neuchâtel envoya un détachement de bourgeois ponr travailler à ces fortifications.

Le corps ecclésiastique ne trouva ainsi nul obstacle à se faire envisager comme corps politique ; il demanda en 1707 et obtint d'entrer dans l'association des corps et communautés de rétat pour le maintien de la domination légitime et la conservation de la constitution et des droits et libertés des peuples. La déférence des autres associés lui assigna la première place délibérative, dont il jouit jusqu en 1768, époque à laquelle, se concentrant uniquement dans ses fonctions ecclésiastiques, il se retira de cette association.

Depuis Tarbitrage de 1539, les prébendes ecclésiastiques de la ville furent à la charge de la mimicipalité. Jeanne de Hochberg payait auparavant la pension de Guillaume Farel, jusqu'à ce que , mécontente des propos qu'il se permettait contr'elle en public et en particulier, elle la supprima (89). Dès 1539, deux ministres furent salariés, el le service divin fixé à deux prêches chaque dimanche, Tun le matin et l'autre le soir, et à un catéchisme pour la jeunesse entre ces deux services ; le diacre fut alors établi pour y vaquer (h). Une prédication fut aussi fixée au mercredi matin , et la police prit des précautions pour que les exercices de dévotion fussent suivis avec assiduité (ij. Ces deux pasteui*s furent logés dans les maisons canonicales que l'arbitrage de 1539 avait

fh) Ce qui porte h croire que le diacre fut établi dès l'origine de la réformation, est Tarrété du conseil de ville de 1546, qui, à la vacance de ce poste, décréta : « qu'il serait fait diligence pour se procurer un diacre, comme cy deçant, »

(i) Arrêté de la générale communauté à la maison-de-ville, mardi après Pâques 1546 : « Doresnavant le dimange de Quasimodo sera faite lecture » en réglise des ordonnances de TÉvangile, afin que Ton sache se conduire » sur icelles , de sorte que Dieu soit touché et le prochain édifié. >

Arrêté du conseil do ville du 5 octobre 4546 : « Il sera préposé deux personnes pour inciter les gens d'aller à Féglisc. >

45S2, défense sous peine d'amende de se promener durant les exercices religieux du côté de Vienx-Chastel , à Serrièrcs ou à Cloître ; les femmes trouvées dans les rues payeront une amende de 10 sols (2 batz). 4586, la

données à la ville. Un troisième, que raugmentatioD du nombre des services divins rendit ensuite nécessaire , n'eut pts de logement affecté.

Pour satisfaire à Tavidité religieuse des réfugiés français à la fin du XVII« siècle , les prières publiques eurent lieu chaque jour de la semaine, soir et matin, les jours auxquels il n'y avait pas de^ prédication. Une fondation particulière augmenta celle-<;i par rétablissement d'un ministre qui devait en faire une le mardi et le vendredi matin.

Cette ferveur ne s'est pas soutenue , le changement arrivé dans les mœurs , le rapprochement entre les deux sexes, qui se fréquentent facilement, rendant moins nécessaire pour eux leur réunion dans les assemblées publiques. Une dissipation universelle , un luxe plus grand et plus général, plus d'affaires domestiques, l'esprit de tolérance généralement répandu , qui a détruit jusqu'aux apparences de la contradiction sur la différence des opinions religieuses et anéanti les questions ardentes de controverse, ont amené du relâchement dans la fréquentation des églises ; les sermons du mardi et du mercredi abandonnés , ont été abolis et remplacés par de simples prières ; celles-ci sont peu fréquentées , et les sermons n'ont un nombreux auditoire qu'aux jours de solennités chrétiennes. 11 est de même survenu quelque changement dans la manière d'être des pasteurs : auparavant resserrés dans le cercle de leurs parens, ils ne sortaient pas de b sévérité de leurs fonctions qui les accompagnait partout.

générale communauté renouvelle cette ordonnance et prescrit de plus • qu*à chaque service du dimanche ou du mercredi, on envoyé une ou deux personne de chaque ménage. »

Il ne reste aujourd'hui de ces deux ordonnances que des gardes posée» autour des temples durant les services du dimanche pour empêcher le bruit dans les rues, et la visite des cabarets durant les proches pour faire évacuer les buveurs.

MUNICIPALE. 34t

Depuis qa'ils ont pu s'apercevoir qu'une galté décente rè^ ^ait dans les assemblées des deux sexes, ils ne se sont plus refusés d'y prendre part ; leur présence y a maintenu Tesprit qu'ils y avaient trouvé ; ils ont mieux connu les hommes et leur troupeau, et y ont perdu l'àpreté de la solitude ou d'ni^e concentration exagérée , qui pouvait diminuer Teffet de leurs fonctions, en les bornant au service public et prescrit.

L'ordre ecclésiastique, pour la ville de Neuchàtel, est aujourd'hui composé de trois pasteurs, dont chacun d'eux fonctionne durant une semaine, d'un diacre ayant l'obligation d'un catéchisme chaque dimanche et de suppléer les trois pasteurs dans les cas d'absence ou de maladie. Il doit de plus donner des leçons religieuses aux catéchumènes mâles à Noël et aux filles à Pâques. Un ministre allemand oflScie chaque dimanche et dans les jours de solennités. Il est membre de la classe, ainsi que le ministre du vendredi.

L'office des pasteurs est encore rendu pénible par leurs fonctions particulières. Appelés auprès des malades, ils adoucissent pour eux le moment auquel ils quittent le monde ; ils exhortent et consolent les criminels condamnés à la mort ; ils sont membres du consistoire, des divers établissemens de charité et d'instruction publique. Pénétrés de l'esprit de la religion, ils remplissent avec exactitude tous ces devoirs , et dès l'institution de la réforme le clergé de Neuchàtel a mérité et conservé la considération et le respect de son troupeau. Ces sentimens ne se sont point affaiblis , malgré le relâchement de celui-ci dans les pratiques ostensibles de la religion.

En qualité de patron et collateur des bénéfices ecclésiastiques de la ville , c'est le conseil municipal qui y nomme. Lorsqu'il y a vacance de l'une des trois cures , la classe présente à ce corps trois de ses membres , jouissant de la qualité de bourgeois de Neuchàtel ; chacun d'eux feit un sermon l'un des trois dimanches déterminés par le conseil , qui

8*assembl6 easuite , et par trois opérations au scnttia confère à la pluralité des suffrages le poste vacant au nouTeu pasteur , qui entre par là même aussitôt en possession de sa prébende. Si le choix présenté par la classe n'agréait pas au conseil, il lui en demanderait un nouveau (k).

Il n'en est pas de même pour le remplacement du diacre, du ministre du vendredi et du ministre allemand : un seol sujet se présente. Quant à la cure de Serrières dépendante de la ville , comme elle a pour annexe le village de Peseta, le souverain y nomme le ministre , qui , lors de son sermon d'inauguration, après que le gouvernement, par son commissaire délégué , Ta mis en possession du revenu de l'annexe, reçoit du Magistrat présent l'investiture de sa prébende quant à Serrières.

C'est encore comme patron et collateur des églises de h ville, que le conseil en prescrit la visite chaque année, c'està-dire qu'il annonce au doyen de la classe , qu'au jour désigné le colloque, ou commission des pasteurs pour le district, doit se rendre à l'assemblée des conseils pour y faire la visite de Féglise, Elle consiste d'un c6té dans les observations

(k) La forme primitive n'était point la même. Arrêté du conseU de Tille du H février 1546 : « L*ordre que se tiendra dorcsnavant pour réledion

> d'ung ministre , est tel : que M. le gouremeur , présens Mesdeors les » Quatre et deux des clefe, aura à vier (intimer) le serment aux ministres,

> que fidèlement ayent à choisir ung personnage de bonne, saincte et ver- » tueuse doctrine, et iceluy Tintcrrogeront ainsy qu'il appartient, et apr^

> que iccluy sera ainsy choisi, sera en après présenté à tout le peuple ; et » ayant ouï son presche par deux ou trois fois , ung chaacnog par Padrls » ordinaire avec les dits Ministraux , sieurs et peuple , Tesliront s'il est

> acceptable , pour leur ministre , et recepvront au nom de N. S. > Ainsi le peuple, qui seize ans auparavant avait décidé le choix de la réformation^ avait voix délibérative pour l'élection d'un pasteur. L*on ignore quaad il céda ce droit au conseU , qui Texerce depuis long - temps. L*affaire était envisagée comme bien importante , puisque ce n'était pas le maire , mais le gouverneur qui intimait le serment aux ministres, pour qu'Us fissent na bon choix , suivant leur conscience.

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que le conseil peut faire sur la vie, les mœurs, les dogmes, la prédication et la conduite de ses pasteurs, de l'autre dans celles sur la docilité , sag;esse , conduite et fréquentation des exercices pieux par le troupeau , et sur Tétat général des mœurs de celui-ci.

La députation, à son arrivée dans l'assemblée du conseilgénéral, se place à la droite du mattre- bourgeois en chef, qui se couvre, ainsi que le premier député de la classe. Dans les discours d'usage qui sont échangés de part et d'autre, les deux chefs se découvrent lorsque la parole s'adresse personnellement et nominativement à eux ou à leurs corps respectifs. Le chef de la députation pastorale ayant terminé son discours d'ouverture, elle se retire et le conseil délibère sur le compte des pasteurs de la ville; délibération courte, s'il n'y a que des éloges à leur donner. La députation rentrée et informée des observations qui ont été faites, son chef prend la parole et déduit les griefs que les pasteurs ont contre leur troupeau (dont ils ont rarement lieu d'être contens). L'assemblée se dissout ensuite , pour se réunir de nouveau à un dîner que donne le Magistrat; et les éloges, les plaintes et le dîner se renouvellent à chaque assemblée suivante. Quoique les visites d'église soient de règle pour chaque année , elles sont ordinairement ajournées à quelques années de distance, vu la conformité des textes respectifs avec ceux des visites précédentes (l).

(l) L'on ne connaît qu'un seul trait saillant de Texercice do cette visite; cVtait à la fin du XVll** siècle. Le ministre Girard , long et diffus dans ses prédications , épuisa la patience religieuse de ses auditeurs , qui sortaient ordinairement de ses prêches le dimanche au soir, à la lumière des falots» Il mêlait de plus aux matières de la religion celle de la politique du temps (partisan outré du prince de Conti , il semblait blâmer les sentences du tribunal souverain en faveur de la duchesse de Nemours); averti plusieurs fois» dans ces visites, d'abréger ses sermons et de se borner aux objets de son ministère, il n'en tint compte et persista dans ses longueurs et ses divagations,

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