‹ Description topographique et économique de la mairie de Neuchâtel, avec des notes historiquesChapitre 68 sur 93 · INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION PUBLIQUE

L'on ne voit pas en quoi consistaient avant la réfbrmatioa les moyens d'instruction. L'arbitrage de 1539 peut fcûre supposer qu'il n'y avait alors qu'un maître d'école, ou régent, puisqu'il n'y est stipulé qu'une seule pension à cet usage; mais il devait sans doute enseigner le latin, langue nécessaire aux ecclésiastiques catholiques, ainsi qu'aux notaires pour la connaissance des actes anciens.

L'un des principes fondamentaux de la réforme, qui était que chacun pût étudier à leurs sources les vérités de la religion, rendit l'instruction universellement nécessaire, et par conséquent l'établissement de diverses écoles pour les deux sexes. Il parait que le régent, conservé en 1539, devait spécialement enseigner le latin; mais comme il ne pouvait suffire pour donner au grand nombre d'écoliers qui dlirent se présenter les connaissances élémentaires du latin et du grec, indispensables aux étudians en théologie , on créa successivement des classes graduées pour ces deux langues. Mais les élèves , après ce cours , ne trouvant pas à Neuchàtel les moyens d'avancer leurs études , allaient les compléter à Genève , à Saumur, avant la révocation de l'édit de Nantes, à Baie et dans d'autres universités allemandes.

Cependant le Magistrat , voulant contribuer à étendre les

jusqu'à ce qu'enfin le conseil de ville demanda son remplacement. L'unbassadcur français en Suisse, marquis de Puisieulx , représenta cette conduite comme contraire aux cngagemens d'amnistie pris par la duchesse de Nemours à l'égard du prince de Conti; Louis XIV intervint; les cantons évangéliques , de leur côté, ayant pris connaissance des arrêtés du conseil de ville au sujet du ministre Girard, donnèrent une déclaration favorable à la ville. Le roi exigea la destitution du gouverneur, que Marie d'Orléans remplaça aussitôt ; et Louis XIV, blessé de n'avoir pas été consulté pour ce remplacement, exila la duchesse de Nemours à Coulomicrs , d'où elle ne sortit qu'au bout de quatre ans. Ainsi se termina cette affaire, qui aurait eu des suites sans les embarras politiques du roi de France.

MUNICIPALE. S4tf

coBDatssances, crut y parvenir éa créant en 1731 une chaire de professeur en philosophie et en mathématiques en faveur de Louis Bonrguet, savant distingué et qui honora ce poste. Son père , négociant à Nimes , s'était réfugié à Neuchàtel lors de la révocation de Tédit de Nantes; son fils Louis abandonna l'état de son père pour se livrer avec ardeur à Tétude des antiquités, des médailles, des langues, de la physique et de la minéralogie. Ses connaissances étendues le mirent en relation avec plusieurs hommes célèbres , tels que Leibnitz, Valisnieri, professeur à Padoue, etc. , avec lesquels il soutint une coiTespondance savante , et dont on trouve les lettres dans la collection de ses manuscrits, s'ils existent encore entre les mains de ses héritiers. Il s'est beaucoup occupé de rhistoire naturelle , de la formation des montagnes , et ses idées à cet égard ont pu faire naître ou appuyer les hypothèses de ses successeurs dans cette science. Il connaissait la langue des Caraïbes, dans laquelle il a traduit un catéchisme pour leur instruction ; il a même travaillé sur la langue et les antiquités chinoises, et s'est occupé de recherches sur la langue primitive. Durant le temps qu'il occupa la chaire de professeur , son désir d'être utile aux hommes l'engagea à faire des essais pour rendre la vie aux noyés ; mais malgré la justesse de ses principes, il échoua, probablement par l'imperfection de ses instmmens. Gomme professeur, il donnait un cours public de philosophie ; son auditoire, composé de personnes des deux sexes, fut d'abord nombreux ; mais d'autres occupations entraînèrent ses auditeurs ailleurs, et ses leçons abandonnées cessèrent entièrement. Le poste de professeur, conféré dès -lors sans appointemens comme sans fonctions, n'est plus qu'un titre honorable dans la conversation.

L'instruction publique consiste en plusieurs écoles élémentaires pour les enfans des deux sexes, en quatre collèges pour la langue latine et pour les principes de la langue grecque, en écoles supérieures pour terminer l'éducation des jeunes

filles qui y acquièrent des connaissaBces en histoire, en géog[raphie , et y apprennent à écrire , un peu d'aritbœéûqae à leur usage , et divers ouvrages propres à leur sexe.

A leur sortie des collèges , les jeunes gens passent dans une classe de belles -lettres qui a son instituteur particulier. Tandis qulls fréquentent encore les écoles et les collèges, d'autres branches d'instruction leur sont ouvertes dans des classes d'écriture , d'arithmétique , de dessin^, de langue allemande, et des heures pour le chant des psaumes. Quanta la religion , à ses préceptes et aux devoirs qu'elle prescrit, CCS choses leur sont enseignées dès qu'ils peuvent lire, dans des leçons que leur font les ministres de la ville à des joars fixes , et dans lesquelles ils sont réunis. Tous ces établissemens concernaient si)écialement à leur création les enians des bourgeois ; mais on établit en même temps des écoles parallèles (non des classes) pour les enians d'artisans et d'ouvriers non bourgeois.

Un inspecteur, avec bons appointemens, surveille tous ces collèges , classes et écoles , pour juger de l'exactitude des maîtres et des écoliers à suivre les leçons ; cet emploi est hûgant par la dispersion de ces divers établissemens, à laquelle il a dû sa création lucrative.

Une commission nommée par le conseil municipal , régit et inspecte tout ce qui concerne l'éducation publique; elle lui rend annuellement compte de Tétat dans lequel elle la trouve, et le résultat en est donné à la connaissance du public dans une visite solennelle qui se fait chaque année dans le temple neuf. Là se promontent d'une école à une autre, d'une classe inférieure dans une supérieure, les enfans des deux sexes, qui reçoivent alors les prix qu'ils ont mérités , les censures ou les encouragemens qui leur sont dus.

Pour faciliter le développement des connaissances, le Magistrat a fondé une bibliothèque publique, à laquelle il a ar-

fecté une somme amiudle pour son augmentation. Elle est sons la direction de commissaires éclairés, qui choisissent les ouvrages dont la bibliothèque doit être pourvue. Elle s'ouvre au public deux fois dans la semaine , à des heures fixes. La consultation des ouvrages y est facilitée par la commodité et les moyens d'y faire des extraits, mais surtout par Turbanité, la prévenance et les lumières du professeur de Meuron , bibliothécaire actuel. A cet office assez pénible est attachée une pension. Un autre secours du même genre est la bibliothèque des pasteurs , où Ton a accès une fois chaque mois. Cette compagnie , pour rendre cette bibliothèque plus utile, en a fait imprimer le catalogue.

Quelques personnes ont pensé qu^en général le nombre des petits formats , faciles à déplacer et à être transportés chez les lecteurs , prévaut trop sur les ouvrages à consulter en place ; mais cette observation doit-elle porter sur les choix que font les commissaires, et ceux-ci dans la formation d'une bibliothèque publique à Neuchâtel, n'ont-ils pas dû consulter le goût général , peu disposé pour les in folio ?

Avec tant de moyens d'instruction, l'on ne peut se dissimuler que le but d'instruire jusqu'à un certain point les jeunes gens, et de les avancer dans la carrière des sciences, ne soit loin d'être rempli. Plusieurs d'entr'eux ont dû reprendre leur cours élémentaire d'étude de la langue latine, lorsqu'ils sont allés au dehors compléter leur instruction ; ce qui ferait supposer, ou que la durée des leçons données dans les collèges n*est pas assez prolongée, ou que le nombre de ces établissemens n*est pas assez grand, ou encore que les connaissances des instituteurs dans cette langue ne sont pas assez profondes, ou que leur méthode est en défaut. Il est possible aussi que le nombre des objets d'enseignement qui se croisent et se coupent dans la journée , détournent les écoliers d'une attention suivie sur les parties essentielles qui exigent la

réflexion et la méditation ; distraction encore fortifiée par h circonstance qui a nécessité la dispersion de tous ces objets d'instruction, n y ayant aucun édifice capable de les concentrer tous ; ensorte que le passag^e de Vun à Vautre dans des bâtimens et dans des rues différentes, devient pour les jeunes gens un moyen de dissipation qui efface chez la plupart la leçon dont ils sortent. Il est aussi possible que des obstades naturels empêchent les progrès désirés et le perfectionnement de la science à Neuchâtel , les moyens y manquant pour en suivre toutes les branches.

Au reste, les succès brillans du commerce ont dà avoir une influence marquée sur le développement des connaissances. Ils ont démontré Tutilité pécuniaire de celle de Barème ; et la considération que s'attire la richesse étant bien supérieure en général à celle que pourrait et devrait procurer la science, il n est point étonnant que le grand nombre préfère Tétudc qui les conduit aux jouissances et aux commodités de la vie, à celle qui ne leur procure que la satisfaction de Tesprit.

Une seule partie de l'éducation publique parait avoir du succès, c'est celle qui concerne les jeunes filles. Le nombre de celles qui se sont placées avantageusement dans l'étranger pour faire des éducations privées, les demandes que l'on reçoit de nouvelles institutrices , la satisfaction que l'on a de leurs mœurs et de leurs talens , fait l'éloge de l'éducation qu'elles reçoivent dans ces établissemens , où elles complètent leur cours d'éducation.

Un talent assez général que montrent les jeunes gens, ou par disposition naturelle ou par Thabileté des maîtres, est celui de récriture. Plusieurs s'y distinguent d'une manière remarquable : nouveau mttif pour se vouer au commerce, où cet art trouve spécialement son emploi.

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