‹ Description topographique et économique de la mairie de Neuchâtel, avec des notes historiquesChapitre 69 sur 93 · MAISON DES ORPHELINS · texte numérisé non relu

MAISON DES ORPHELINS

La fondation de la Maison des Orphelins est liée à la section précédente, ayant pour objet Téducation d enians bourgeois, pauvres ou orphelins. Déjà vers la fin du XV1I« siècle, Anne-Geneviève de Bourbon , veuve de Henri II , prince de Nenchâtel, voulait fonder une Discipline, ou maison de correction pour les iainéans, qui devaient y être assujettis au travail (90). L'on ignore pourquoi ce projet n'eut pas alors de suites. Lorsque le fondateur Lallemand voulut consacrer à Tutilité publique la fortune considérable qu'il s'était acquise, il reprit cette idée et créa cet établissement sous le nom de Discipline, Il a déjà été parlé de Tédifice qui y est destiné, sur la place de l'hôtel-de-ville; mais le premier but de la fondation qui ne devait concerner que les enfans de bourgeois, parut sans doute restreint à un trop petit nombre de sujets, sous le point de vue de la correction ; le Magistrat jugea donc convenable d'y apporter un changement qui la rendît d'une utilité plus générale. Il décida que ce bâtiment serait destiné à recevoir des en fans bourgeois des deux sexes qui y seraient élevés et instruits ; ensorte qu'il a subi dans ses dénominations les variations résultantes de ces changemens. Il fut d'abord appelé Discipline, puis Maison de Charité, à cause de l'éducation gratuite qui y était donnée, et enfin Maison des Orphelins y dénomination plus conforme à sa destination.

L'établissement est administré par une commission que préside le banneret , et composée de pasteurs , de membres du conseil et d autres personnes de la bourgeoisie. Dans lo* rigine sa gestion était indépendante, c'est-à-dire qu'elle ne devait rendre aucun compte ; mais depuis quelques années, l'augmentation de ses dépenses l'ayant obligée à recourir au

conseil , il lui a été donné un subside annuel , avec TobUgation de présenter chaque année Tétat de ses revenus et de ses dépenses ; d'où résulte le droit d'examen. Cependant die & conservé celui de recruter ses membres.

Un nombre à peu près déterminé d'enikns des deux sexes de familles bourgeoises, orphelins, ou dont les parens dissolus les entraîneraient dans Tinconduite par leur mauvais exemple, ou encore manquent absolument de ressources pour les élever, est admis dans cet édifice; les garçons au rez de chaussée et à rétage, les filles à Tattique. Chaque sexe a son escalier particulier, et nulle communication n'est permise entr*eax.

Un maître dirige la pension des garçons et les nourrit pour un prix convenu ; Thabillement, qui est uniforme, concerne l'administra tion. L'éducation des enfiins est simple: les garçons sont instruits dans la lecture, l'écriture, l'orthographe , l'arithmétique, la religion et le chant des psaumes. Ils sont conduits en corps aux exercices religieux ; leurs places sont distinctes dans les temples. La cour particulière dans laquelle ils prenaient leurs ébats, étant devenue place publique, il a été substitué à ces délassemens des défrichemens et la culture de terrains incultes , ouvrage salutaire pour leur santé et utile pour le public et pour eux-mêmes, par le bon emploi du temps, ainsi que les travaux manuels et domestiques auxquels ils sont astreints dans leur pension.

La maîtresse a de même soin de ses pensionnaires , leur enseigne la lecture et la religion, la couture, la filature et autres ouvrages simples de sou sexe , les soins et travaux du ménage qu'elles font tour à tour. Le maître de pension des garçons leur donne des leçons d'écriture , d'orthographe et d'arithmétique communes. Les uns et les autres sont tenus proprement et avec soin.

Lorsque les garçons , devenus adultes , ont (ait leur première communion , ils sont, à leur choix, placés en appreu-

tissage dans des méiiers utiles qui puissent leur procurer les moyens de subsister. Quant aux filles, c'est la fondation appelée consistoire de charité qui y pourvoit.

Il semble qu'un établissement dont la marche est si sage et si simple, devrait obtenir des résultats très-avantageux, et procurer à la société un bon nombre de sujets bons et utiles. 11 n'en est malheureusement pas ainsi , et Texpérience n'est pas d'accord avec la théorie. Les pères, rassurés sur les moyens d'élever leurs enfans , s'occupent peu du soin d'y pourvoir par eux-mêmes. Plusieurs d'entr'eux , envisageant cette ressource comme certaine , se relâchent dans leur conduite, dans le travail, l'ordre et l'économie, et semblent satisfaits de pouvoir se délivrer de leurs enfens , devenus un fardeau pour eux.

D'un autre c6té, un petit nombre seulement des élèves en apprentissage récompense l'établissement, non-seulement en lui remboursant ses avances , suivant la promesse qu'ils en font, (et ainsi que d'autres, mus par Thonneur, l'ont (ait auparavant, après avoir recueilli les fruits de leur travail et de leur bonne conduite], mais aussi en continuant à exercer les professions qu'ils ont choisies librement et en s'y appliquant avec honneur.

A ce dernier égard ou pourrait trouver trois causes de ce peu de succès :

i^ Les apprentissages prolongés, sans finance, ne se trouvent plus pour ces jeunes gens , parce qu'en sortant d'un établissement où leur vie était douce et uniforme, ils n'y ont pas appris la soumission entière à un maître pour lequel tous les momens sont chers et qui n'admet pas d'interruption dans le travail; et dès-là, soit en se mutinant, soit en se portant mollement à l'ouvrage , ils ne donnent à leurs maîtres nul espoir de dédommagement pour ses peines durant le terme convenu. Les artisans n'ont donc plus voulu d'apprentis à

cette condition ; ils ont préféré y mettre un prix ^ proportionné au peu de succès qu'ils attendent, et conséquemsieal plus haut que pour d'autres élèves, sans apporter dans leors soins d'autre intérêt que celui de gagner la somme convenue.

2» Soit la raison précédente de leur manière d'être dans leur pension, soit légèreté, soit confiance dans la bonté, Tindulgence et la facilité des administrateurs, plusieurs de ces jeunes gens, désertant le premier apprentissage qu'ils avaient choisi, ne rougissent pas d'en demander un second ; dépense à la charge de l'administration ; et ce changement , si on le tolère, dispose les jeunes gens à l'inconstance et les rend incapables d'exercer l'une ou l'autre profession.

30 Ces apprentissages faits ainsi mollement, sans êtreper fectionnés par l'exercice au dehors durant quelques années, le jeune homme se hâte de se livrer à l'indépendance , en s'établissant maître dans sa profession. 11 commence par se choisir une femme, sans avoir les moyens de l'entretenir, et entrevoyant déjà dans l'asile oii il a été élevé le lieu qui recevra ses enfans. Tranquille dès -lors pour l'avenir , mais ignorant dans son métier, il se décourage en voyant son pea de succès , s'abandonne au désordre , et quitte enfin une hr mille plongée dans la misère, ou reste au milieu d'elle pour vivre aux dépens des établissemens de se(*^urs , tels que le suivant.

CHAMBRE DE CHABITÉ.

Lorsqu'en 1686, Louis XIV révoqua l'édit de Nantes, une partie des infortunés qui durent quitter la France, se réfugia dans la Suisse protestante et plusieurs à Neucliàtei. Dénués pour la plupart de ressources, ayant été obligés dV bandoniier leurs biens dans leur patrie , la bienfaisance des habitans vint à leur secours. On fit des souscriptions, on présenta des bourses , dites sachets , aux portes des églises,

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à la sortie des prêches , et l*on en forma un fonds dont le produit se distribuait périodiquement aux malheureux. Il en existait déjà un auparavant destiné aux pauvres de la ville ; mais il ne prit une forme régulière que vers Tan 1720. Les dons, les le{^ , le produit des sachets des églises permirent d'économiser ; ce fonds s accrut , et il pouvait déjà fournir des secours plus abondans lors de quelque calamité générale, quand , en 1775 , il parut convenable de donner une nouvdle forme à Tadministration , et de déterminer autant que possible la nature des assistances et les cas dans lesquels elles devaient avoir lieu.

La comnaission qui gère celte administration, ainsi que les autres corporations, à la réserve de la maison des orphelins, est entièrement soumise au conseil municipal , dont la sanction est nécessaire pour ses réglemens de régie.

Deux corps la composent: l'un, nombreux, statue ; il est composé de pasteurs , de membres des conseils et d*autres personnes ; l'autre exécute et (ait les assistances ; il est moins nombreux. Le premier a chaque année une assemblée périodique pour recevoir les comptes du second , qui s'assemble le jeudi pour ses opérations de détail. Un troisième conseil peu nombr^x , sous le nom de comité secret, pourvoit aux besoins des pauvres appelés honteux, c'est-à-dire dont 1 état et la condition exigent des ménagemens dans les secours. Leurs noms demeurent ignorés, excepté des membres de ce comité.

Les fonds de rétablissement sont formés des (aibles restes de ceux assignés à la colonie des Français réfogiés depuis qu'elle a pu se passer de secours, des anciens fonds augmentés par l'économie de l'administration, renouvelée en 1785 ; du produit des troncs placés dans les églises et substitués aux sachets; des contributions volontaires iaites annuellement par les particuliers ; des dons et legs, qui doivent être ajoutés

aux capitaux et dont la rente seule est disponible ; et enfin,

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puisqu'il assiste les malheureux de toutes nations, des charités données dans le service allemand. Quelque considérables que soient ces ressources , le Magistrat, depuis 1786, a da venir au secours de rétablissement par une somme annuette.

Les pauvres qui désirent être entièrement entretenus , font par contrat abandon de ce qu'ils possèdent à Tétablisseffleot ; à leur mort , les effets sont chétife , mais Tentretien a été abondant.

Quant aux autres, ils sont aidés périodiquement et, aotant qu'on le peut , dans la proportion des besoins qu'ils annoncent. Pour les connaître, si tant est qu'on y puisse parvenir, il se fait de temps en temps des visites domiciliaires.

Les secours se donnent ordinairement à ceux-ci en argent, et par semaine , quelquefois en denrées ou autres dbjets nécessaires.

Dans la rénovation, il fiit présenté un projet pour secoorir les pauvres au moyen de matières à ouvrer qui leur seraient confiées. Le travail devait en être payé avec mi excédant , suivant la proportion des besoins reconnus; mais les nombreux inconvéniens qui s'y rencontrèrent , et la privation d'un bâtiment dans lequd on pût réunir cette classe d'ouvriers , firent renoncer à ce moyen utile d'assistance. L'on dut donc se borner à fiaire avec autant d'équité qu'il était possible une échelle de secours gradués sur les besoins reconnus et appréciés par des recherches exactes ; cette opération eut du succès , les pauvres furent assistés et il y eut des épargnes pour les malheurs non prévus. Mais Tindiil' gence et la facilité ont augmenté les demandes indiscrètes; les revenus, quoique plus considérables, ne peuvent solEre, et une nouvelle réforme deviendra nécessaire, ainsi que plus de sévérité et d'économie dans les distributions.

Une considération qui doit engager à la modération dans les dépenses, est celle tirée de l'incertitude des moyens d'T

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fournir. Les ressources pour y foire face sont en majeure partie précaires -. elle^ reposent principalement sur la fortune des contribuables volontaires, qui peut recevoir des atteintes ; la ville peut éprouver des malheurs tels qu'elle doive retrancher son assistance annuelle; et dans ces cas possibles, si réconomie n*a pas accru les capitaux, comment continuer les mêmes secours ? Gomment les retrancher à ceux qui Tannée précédente avaient été jugés les mériter ?

L'abondance des assistances , lorsqu'elles ne sont que les effets de la compassion , sans examen des cas qui la sollicitent, (ait naître plus de besoins qu'elle n'en guérit. Les secours en argent, si faciles à donner, se dissipent rapidement par des parens dissolus, dont la famille n'est point soulagée^ et dont ils allèguent la misère chaque semaine , pour obtenir de nouveaux alimens à leurs vices qu'ils sont loin de réformer, comptant sur une administration indulgente.

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