NOUVEL HÔPITAL
Quoique le nouvel Hôpital smt par sa fondation indépendant de la municipalité , comme sa nature se rapproche des institutions dont on vient de parier, on doit en faire mention à leur suite.
Monsieur de Pourtalès, négociant célèbre dans toute l'Europe par son habileté et l'étendue de ses opérations , arrivé à une grande opulence par le travail le plus actif et le plus soutenu , par un très-grand ordre et une économie sage et mesurée, a voulu suppléer avant sa mort au vide qui existait dans les établissemens de secours, et a fondé en 1808 un hôpital destiné à la cure et à l'entretien des pauvres malades.
L'hôpital fondé par le comte Louis , n'avait point , ainsi qu'on l'a vu , cette destination , n'étant qu'un hospice pour les passagers ; et la chambre de charité n'a que quelques chambres dans le b&timent de l'hôpital pour un petit nombre
de malades. Il manquait donc un édifice dans lequel les pauvres malades pussent se rendre pour être soignés et entretenus jusqu'à leur guérison. C'est à quoi M. de Ponrtalèsa pourvu généreusement :
Dans un mémoire simple , dénué de toute déclamation et de tout apparat et recherche de phrases , mais onctueux et analogue à son objet , le fondateur demande à S. A. S. le prince de Neuchàtel sa protection pour cette fondation, à laquelle il assigne une somme de L. 600,000 de FraocC) augmentée une année après de L. 100,000 même valeur, sous les réserves suivantes :
Qu*il serait construit un édifice sans luxe ni décoration, mais suffisant pour loger trente à quarante malades et les personnes pour les soigner.
Que les malades susceptibles de traitement ou de guérison y seraient reçus et traités gratuitement.
L'habitant de la ville et du pays , et l'étranger, y seront admis sans distinction de patrie ou de religion, et y recevront les secours de celle-ci par le ministre du vendredi pour les protestans, avec une pension de L. 300, et par un prêtre qui aura également un appointement, pour les catholiques.
Les pères et mères chargés d'enfens seront préforés, toutes circonstances égales ; et quelques pièces seront destinées à recevoir, jusqu'à leur guérison, les pauvres mères de famille en couches.
Dans le cas où il y aurait des lits vacans, les maîtres pourront y envoyer leurs domestiques ou ouvriers malades , ^ payant une rétribution modérée.
Quant à l'administration, elle sera composée de sept personnes : un conseiller d'état, un membre du conseil de ville, tous deux nommés par leurs corps respectifs ; un pasteur nommé par la classe , et quatre notables élus par la famille de Pourtalès , au dessus de vingt-deux ans. L'atné de cette
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famille ayant cet âge, est de droit membre de ce comité. Lorsqu'il y aura vacance , les membres restans pourvoiront au remplacement. Tous les chei^ de cette famille seront appelés pour ouïr la reddition annuelle des comptes (m).
Son Altesse, dans sa gracieuse réponse du 22 janvier 1808, annonce Témotion qu'elle a éprouvée à la lecture du mémoire et des sentimens qui y sont exprimés. Elle approuve le projet et lui promet sa protection. La première marque qu'elle en a donnée, a été de rendre publique par la voie du journal officiel de Tempire , les pièces relatives à ce projet , et de faire ainsi connaître à l'Europe entière une œuvre de bienfaisance qui ne résulte pas toujours et en tous lieux d'une grande fortune.
L'emplacement de l'édifice est très -favorable à sa destination ; l'air en est salubre ; la proximité du lac favorise les bains en pleine eau pour les convalescens. Us peuvent se promener autour du bâtiment , ou , lorsqu'ils ont plus de forces , au Mail , qui est peu éloigné.
Avec des fonds aussi considérables dans son début , cet établissement ne peut que réussir ; la connaissance des règles établies dans d'autres fondations analogues et celle de leurs vues, sont des sources d'instructions pour les gérans de celleci , qui n'en seront plus à l'essai comme leurs devanciers.
geeniehs publics.
Les coteaux rapides qui dominent et s'étendent sur les côtés de la ville , étaient d'autant moins susceptibles de produire du blé, que leur sol mince couvrait à peine le rocher qui les formait ; ils furent donc destinés à la culture de la vigne, et les habitans du Castrum , et ensuite de Neuchâtel
(m) Issu de réfugiés français, M. de Pourtalès donne pour motif de cette fondation Tavantage qu'il a retiré pour sa fortune des heureuses institutions de sa nouvelle patrie.
lorsqu'elle fut ville, durent se procurer le blé, d'abord chez leurs Yoisins de la même c6te , puis chez ceux, de la rive opposée, dont le terrain plus profond produisait en abondance cette denrée. Le lac en favorisait le transport, et ce fot probablement sur la plage au devant de la ville qu'était le grenier dont il est parlé à la fin du XI V« siècle , dans le même quartier où fut ensuite bâtie la halle du s^eigneur.
La population de la ville ayant augmenté , les voisins les plus proches ne purent plus fournir à sa consommation; il &llut avoir recours à ceux qui étaient plus éloignés, et les terres que les comtes possédaient dans le comté de Boorgogue en fournirent d'abord ; puis ce commerce s'ouvrit avec cett^ province entière , où Tétat de Berne en achetait aossi. Cependant il y eut des momens où des récoltes peu abondantes exigèrent Tinterdiction de la sortie de cette denrée précieuse ; alors les relations que le commerce avait ouvertes devinrent utiles ; dès le XVl^ siècle il se fit des achats de grains en Alsace et en Souabe'. Mais comme le reste de h Suisse s*y pourvoyait aussi , ces états se plaignirent de h grande exportation que les Neuchâtelois en faisaient et qu'ils vendaient ailleurs. Les cantons, craignant une interdiction, demandèrent aux Quatre -Ministraux de mettre des bornes à ces spéculations. Aujourd'hui Tapprovisionnement se fait, suivant les circonstances, en Franche-comté , en Alsace, en Souabe et en Bavière. Ces achats peu considérables ne formaient point de magasins d'abondance ; ils étaient calcolés sur les besoins du moment , peut-être sur des souscriptions particulières , et le grain se distribuait à son arrivée. Il filait acheter annuellement, suivre toutes les variations des prix des marchés , et éprouver les suites des défenses de sorties, sans avoir pourvu aux disettes, même momentanées. Ce ne fut que dans le commencement du XYIII*^ siècle, que Tespritde commerce, plus éclairé, dirigea Tadministration mimicipale.
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Le modèle qu'elle prit , fut Genève , qui , ainsi que Neucbàtel , ne trouvait pas sur son sol de quoi nourrir ses habitans. Cette ville avait des greniers d'approvisionnement dirigés avec sagesse , prévoyance et économie. Neuchàtel en adopta le régime, et fit construire en 1714 le grenier inférieur vis-à-vis rh6tel-de-ville actuel. L'administration prospéra, et l'utilité de rétablissement engagea le Magistrat à en iaire construire un second dans le milieu du même siècle ; puis la détresse éprouvée en 1771 et 1772, décida la ville, lorsque des ressources plus abondantes le lui permirent, à faire élever le troisième entre les deux autres.
Cet établissement , sous l'inspection du Magistrat , a sa régie particulière. Elle est formée d'une commission que préside un membre du conseil municipal, qui a sous ses ordres quelques employés salariés. Quant à elle, sa gestion est gratuite. Depuis l'an 1749, elle a joint aux greniers l'administration de la halle au blé et du four banal , en retire le produit et en paie les charges ainsi que lentretien. Elle a sa caisse particulière, au secours de laquelle vient celle du Magistrat, dans les cas où il convient de faire de grands achats.
Pour maintenir la circulation intérieure dans les greniers, procurer le renouvellement du grain , et couvrir les frais d'administration par une vente assurée, les boulangers de la ville ont été obUgés d'y faire leurs achats , et le conseil a remis à la régie l'exercice du droit de fixer le prhi du pain qu'ils vendent.
11 a été pourvu à ce que les achats considérables pour les greniers ne desséchassent pas les sources où les particuliers faisaient leurs approvisionnemens, et à ce que la halle au blé fut toujours alimentée par les vendeurs en petites parties. A cet effet, hors les cas d'une très-grande abondance , l'administration ne peut acheter du grain qu au delà d'un rayon circonscrit dans les environs , dans lequel sont les vendeurs
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qui peuvent amener leur grain an marché en bateau ou charriot ; ainsi les gprands achats se font dans les contrées plus éloignées.
D'un autre côté , b ré{pe a soin que la halle soit toojoars fournie de celte denrée. Lorsqu'il n'y en arrive pas do dehors, elle en envoie pour le besoin journalier ; et lorsque l'étranger entreprend hors de propos d'en foire hausser le prix, et pour y parvenir n'en amène pas à la halle, TadministralioD en fournit à un prix juste qui remet cet article à sa valear.
Lorsqu'il y a disette, les greniers vendent aux particuliers dans la proportion de leurs besoins et de l'approvisionnement existant. Hors ce cas, ils peuvent toujours y acheter sans limitation.