‹ Description topographique et économique de la mairie de Neuchâtel, avec des notes historiquesChapitre 72 sur 93 · ARMES 9 MUIVITIOIVS DE GUERRE · texte numérisé non relu

ARMES 9 MUIVITIOIVS DE GUERRE

Avant l'an 1406 , Ton ne trouve nulle mention d'autres armes que de Tarbalètc ; mais à cette époque, qui lie particulièrement la ville de Neuchâtel avec les Suisses , elle fiil obligée d'adopter leur armure et leur régime militaire, puisqu elle était appelée à combattre avec eux. La première trace que Ton découvre d'armes à feu dans son histoire , est de J406. Elle acheta alors des pierres de canon ; elle avait donc déjà cette arme. Elle acquit un canon en 4408 ; mais on ne sait quelle idée s*en former par son prix , qui fut de 10 sous iîiibles (a), A cette même date il est parlé d'antres canons. La première mention de coulevrines est de l'an 1437; b ville en acheta alors trois , dont une double pour pièce de position. Il ne parait pas que les munitions fussent alors très abondantes, car il n'est parlé que d'une demi-livre de poudre et de cent plombages (balles de plomb). Cette fourniture fut augmentée en 1444 ; on fabriqua alors de la poudre avec 70 livres de salpêtre et 25 livres de soufre , et l'administration, qui craignait une attaque, fit placer des canons sur Tune des tours de la ville. On ajouta alors six coulevrines atfx anciennes.

Il en fut de même en 1467 ; les boulets en fer paraissent n'avoir pas encore été en usage, ils étaient de pierre , el la dénomination s'en conserva durant quelque temps, lors même (ju'ils élaîenl en plomb ; on les appelait pierres de plomb. Le contingent de 36 hommes envoyé en 1468 à l'armée de Berne, en expédition du côté de Scliaffhouse et de Mulhouse^ avait un seul coulevrinier, 12 arbalétiers, 10 lanciers, probablement avec la lance armée de fer ; le reste était gesarme, insarmc ou exesarmc; non qu'ils fussent sans armes , ce qui

(a) Dix sous <^'qui\alaicnt à six planches, prix de 1404.

ne peut se supposer de soldats en expédition; peut -être n'avaient -ils que des lances sans fer, appelées proprement bâtons (b). Ils menèrent avec eux deux barriques de vin sur un char à un cheval. Après le départ de ces 36 soldats , il en fut requis 12 autres ; mais le nombre en fut réduit à 7.

Lors de la guerre de 1476 contre le duc de Bourgogne, il fut fabriqué à Neuchàtel des boulets de pierre et de plomb, de même que de la poudre. Les précautions ne furent pas grandes relativement à Tatelier de la poudre ; il était dans le centre de la ville et les vitres des fenêtres étaient en papier.

La bataille de Grandson et la déroute des Bourguignons apportèrent un changement notable dans Tarmure des Suisses, par la conquête qu ils y firent de canons, de cuirasses et d'armes offensives. La ville de Neuchàtel en eut sa part ; elle augmenta son artillerie des fruits de cette bataille et de celle de Morat, dont on lui fil sa portion. Après avoir encore fait d autres achats, elle eut son maître d'artillerie (c). Les Suisses changèrent encore leur armure à la tin du XV« siècle. Berne , dans une demande qu'il fit du contingent de la ville

(b) Ce terme é'insanne se voit dans la déclaration de Louis , comte de Keucbâlcl, du 24 janvier 1555. Il affirme qu'il est bourgeois de la ville de Payerne , par conséquent obligé de protéger la dite ville de tout son pouAoir en deçà et au delà du lac." De leur côté, les bourgeois de cette V ille doivent aider le dit comte de 20 bommes armés à pied , savoir de iO insannts et de 10 arbaléticrs , pour garder le cbâtcau de Neuchàtel , »ans qu'il puisse en demander davantage de ce côté du lac ; mais les dite do Payerne devront Taider de Tautre côté du lac. Bâton semble avoir été appliqué aux armes longues, autres que les arquebuses. Pichrocolle, dans Rabelais, dit à Touquedilton qui avait tué de son épée le général Hastiveau en sa présence : « T'avais-je donc donné ce bâton pour en ma présence tuer tant malignement mon bon ami Ilastiveau ?

(c) Le gage du maître d'artillerie était de iO sous faibles par an, équivalant à 20 pots de \in prix de 1477, à 17 livres chair de bœuf, à 2 pots de beurre et à 2 émines de lentilles. La modicité de cet appointement fait présumer que Tartillerie était peu nombreuse , ou qu'on y apportait peu de soin.

de NeucbÂtel en 1499^ exigea qu'elle se conformât à ces changemens; ensorte qu'au lieu des longues et grandes épées à deux mains qui se suspendaient derrière le dos, et qui furent trouvées trop incommodes, on y substitua des haches meurtrières. Elle voulut aussi que le nombre des arquebusiers et des arbalétiers fftt augmenté. La pesante hallebarde tranchante et à pointes , qui est peut-être la même que la hackt meurtrière , était une arme redoutable entre les mains robustes des Suisses, quand ils marchaient en ordre de bataille ferme et serré. Les cuirasses entières, puis les corcelels devinrent plus communs ; on en voit plusieurs achats à la fin du XVl^ siècle. Plus de complication dans Tarmure exigeait aussi une plus grande attention de la part de Tadministration, pour s'assurer si les soldats avaient toujours leurs armes en état pour marcher au premier ordre. Elle créa donc en i599 dans la ville la charge des Rothmeister ou Dizainiers^ pour faire la visite des armes (d).

Depuis le traité de paix de 1516 entre la couronne de France et les Suisses , le service de ceux-^i étant devenu plus régulier, ils durent se conformer ainsi qne leurs alliés, pour larmure , rhabillcment , les manœuvres et la tactique, à la nation avec laquelle ils combattaient ; ainsi la ville de Neuchàtel suivit cet exemple.

(d) Chacun de ces Diza'niers exerçait son inspection sur un petit nonbrc de rues; et comme ces quartiers sont les mêmes que ceux qui furent détermines après la guerre de 1476, il est probable qu'on attacha aa f^^^ de chacune d'elles la charge de Rolhmeister, ou d'inspecteur d'armes. Lorsque le militaire , dans des temps plus rëcens , eut reçu une autre org^ nisation , la visite des armes se fit d'une autre manière et par les chef* du militaire. Les dizainiers sont aujourd'hui officiers civils de la polirai membres du conseil de la ville. Ils ont l'inspection sur les maisons et I^ ménages de la ville, dans leurs quartiers respectifs, y font observer Tordre, doivent connaître tous ceux qui y demeurent, et lèvent chaque tnn^ leur rôle particulier de population , pour entrer dans la tabelle générak de l'état. Ils ont un petit appointement annuel.

GOMPAGNIES MILITAIRES.

Quoiqu'il soit déjà parlé d'arbaléliers dans le XIV* siècle, cependant il ne parait pas qu'ils fussent formés en corps , le militaire de la ville dépendant du comte, ainsi que les autres sujets. Il est plus apparent que la ville ne créa cette compagnie qu'au moment où, ayant contracté combourgeoisie avec rétat de Berne en 1406, elle dut fournir des hommes armés, et où par conséquent elle eut un militaire en quelque sorte indépendant ; ce dont elle donnait une preuve en instituant un corps auquel durent s'associer tous les bourgeois en état de porter les armes, institution dont elle trouva probablement le modèle à Berne. La première mention faite de la compagnie des Arbalé tiers date de 1446, année qui suivit celle du premier contingent fourni à l'état de Berne ; mais on n'en connaît ni les statuts ni les astrictions. Ce que la suite en fait connaître est que la compagnie des Ârbalétiers fut établie pour former les jeunes bourgeois à l'usage de celte arme ; pour cet effet il y avait des exercices ou tirages périodiques, qui finissaient par un prix solennel et une parade dans la ville fe).

(e) Après le narré de la bataille de Grandson, transcrit de la chronique canon icale dans Vlndigénai helvétique , il est dit : « En sa souvenance et mémoration furent appointés les frères de Tarbalestro. > Ce mot de frèrei indique une confraternité antérieure à cette époque. Effectivement, nonsculemcnt il y avait une compagnie d' ârbalétiers en iiïl6, mais le conseil arrêta le 19 décembre 1454 : « Le dict jour est ordonné par le dict mayor 9 et conseil , de faire crier les jeux par ban accoutumé , pa> une espace > de une année, le dict jour commc^nçant et continuant en suivant. » Ce terme de jeux ne peut s'entendre que de jeux militaires , et concerne seulement les ârbalétiers , dont cet arrêté fixait les tirages ; mais il est possible qu'en 1476, cette compagnie qui s'était formée auparavant de son j)ropre mouvement et comme confrérie , reçut alors plus de consistance par dvs statuts et par des prix que lui donna lo conseil ; et ce serait le sons que l'on pourrait donner au terme appointé.

Le lieu d'exercice parait avoir été au nord de la porte de THôpital, dans remplacement sur lequel ont depn'is été construits les deux {p*eniers inférieurs. Ce sol hors de la ville a conservé le nom des Arbalétiers jusqu a ce que le troisième grenier a été bâti, quoique cette arme fût depuis long-temps hors d'usage. Les relations étroites qui se formaient entre les Suisses dans leurs expéditions militaires, établissaient entr eux une sorle de communauté qui s étendait jusqu*à leurs jeux militaires. La ville de Neuchàlel, comme alliée d'un des cantons , était comprise dans les invitations qui se faisaient dans ces occasions, et elle invitait à son tour.

Les Arbalétiers de Neucliâtel allèrent en 1425 aux tirages de Cressier, Cerlicr et la Neuveville. En 1435 , les arbalétiers de Morat , Estavayer , Cerlier et la Neuveville se rendirent aux tirages de Neucbâtel. En 1468, ceux des bonnes villes d'Allemagne s y rencontrèrent aussi, ils y séjournèrent cinq jours, et le Magistrat les régala en pain, vin et fromage. Il fit allumer en leur honneur un grand feu sur la rive du lac. Ces fêtes mutuelles se soutinrent long- temps. A rimitation des grands Arbalétiers, les jeunes gens formèrent une compagnie de petits Arbalétiers, que le Magistrat encouragea en 1466 par un prix. Les Suisses, après même que les victoires remportées sur le duc de Bourgogne, en 1476, eurent renda larquebusé plus commune, continuèrent à se servir de Tarbalcte, dont quelques-unes étaient en acier ; caria compagnie des Arbalétiers à Neuchàtel, reçut eu 1515 un prix du Magistrat. Mais enfin lusage de cette arme tomba lorsque celles à feu eurent prévalu , vers le milieu du XVI« siècle. Alors elle fut remplacée par Tarquebusc à fourchette , d'où celle compagnie prit le nom A' Arquebusiers , et ensuite celui de Fusiliers quand le fusil devint larme générale.

Il fut formé une compagnie de Coulevriniers pour s'cxerccr à cette arme, après la guerre de 1476 qui l avait beaucoup

répandue dans la Suisse. Il en est parlé pour la première fois en 1479 , et elle fut bientôt imitée par les jeunes gens qui, sous le nom de petits Coulevriniers , reçurent un prix en 1505. Les armes à feu se perfectionnèrent dans la suite. La coulevrine trop pesante fut remplacée par le mousquet ; alors cette compagnie prit le nom de Mousquetaires^ qu'elle a conservé depuis même qu on eut substitué le fusil au mousquet.

Ces deux compagnies , auxquelles le Magistrat donne un prix annuel , s'exercent durant quelques semaines au tir du fusil à la cible, à un jour fixe de chaque semaine. La clôture s'en fait par le tirage du prix. Le lieu de leurs exercices est TEcluse, où il a été construit un bâtiment à cet usage. Avant le nouvel ordre de choses dans les milices bourgeoises , la compagnie des Mousquetaires , qui a le pas sur celle des Fusiliers, faisait une parade chaque jour de prix ; mais tous les bourgeois en âge et en état de porter les armes ayant été classés en compagnies dans la ville et à la campagne, et faisant annuellement un certain nombre d'exercices et une revue, la parade des Mousquetaires, devenue superflue, a été supprimée, et la compagnie elle-même est moins nombreuse, parce que tous les bourgeois portant les armes dans la ville peuvent aujourd'hui s'attacher aux autres compagnies et y faire le service sans se borner à celle-là, qui n'a plus d'autre objet que le tir à la cible.

Le capitaine de la compagnie des Mousquetaires s'élit chaque deuxième année alternativement dans le grand et le petit conseil. Celui des Fusiliers, pour le môme espace de temps , est choisi alternativement dans le petit conseil et parmi les officiers du prince soit civils soit militaires.

Le militaire bourgeois dans la ville, disponible par le Magistrat dans tous les momens, formait au commencement du XVllI*^ siècle une compagnie de Grenadiers, L'uniforme

était : bonnet de peau d*ours, habit vert, paremens et collet rouges (couleurs de la bourgeoisie). En 1768, celle des Volontaires lui fut substituée ; son uniforme était le chapeau, Thabit écarlalc , la veste et les culottes blanches, le coUet, les revers et paremens verts. Il était sans doute brillant à la vue , lucratif pour le fournisseur, mais onéreux pour le soldat. Il ne dura pas et fut bientôt remplacé par T habit bleu, collet, revers et paremens cramoisis, veste et culottes blanches ; couleurs plus solides, et qui furent données à tout le militaire bourgeois dans la principauté.

Le Magistrat donne les br.evets au\ officiers ; les avancemens en grade se font par les suffrages des compagnies et par rang d ancienneté.

L'on voit que dans certains contingens, le conseil nommait quelques membres de son corps pour les accompagner; tels étaient mutatis mutandis, les provéditeurs dans les armées vénitiennes, les grands -pensionnaires sur les flottes delà Hollande ; ces conseillers Tétaient du capitaine et référaient à leurs supérieurs (f),

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