ROYAUMES
Les saturnales survécurent au paganisme et reparurent chez les chrétiens , non sous ce titre , mais en revêtant une forme analogue à leur dogme et à Thisloire de son institution , et en conservant 1 époque annuelle de cette fête des payens. La visite des Trois-Rois d'orient à Tenfant Jésus, qui eut lieu dans ce temps de Tannée , devint le prétexte de la conservation de cette fête par Tallégresse qu'elle inspirait On célébra cet événement par des processions et des représentations burlesques , selon l'esprit du temps et les moeurs des peuples chez lesquels cette fête avait lieu ; mais partout avec une joie bruyante dans tous les ordres , la dissolution dans les repas, la liberté licencieuse dans les propos et dans les jeux.
L'on n'a cependant aucune lumière sur la manière en laquelle cette fête des Trois Rois était célébrée à Neuchâtel; on sait seulement qu'elle avait lieu , et probablement ainsi qu'ailleurs. Mais indépendamment de ce qui se faisait dans chaque ménage, il y avait des associations ou confréries ambulantes qui passaient d'un état dans l'autre sous le nom de
(ij Décret du conseil de ville du 7 mars 45*6 : « De chascune me sera > ordonné un homme , lesquels conduiront les enfans , et les conduiroit » avec toute modestie, sans offenser personne. » Ce texte indiquerait qn'il se commettait des desordres dans ces jours de licence.
Royaumes, et qui représentaient les Rois avec tous les accessoires que pouvait créer une imagination peu réglée (k). L'on ne trouve nulle indication sur la nature de ces associations , ni sur leur organisation ; leur chef était appelé Roi. La première fois qu'il en est parlé à Neuchâtel , date de 4 431 ; le royaume de la Neuveville s'y rendit alors ; en 1463, ceux de la Neuveville et du Landeron, ce dernier fut accompagné à son retour par le conseil de ville. 11 y avait aussi rois et royaumes au Yal-de-Ruz, qui visitaient celui de Neuchâtel au jour des Trois-Rois. La demeure du comte n'était pas à l'abri de la pétulance qu'inspirait cette fête, et il parait que cela était toléré comme chose d'usage dans cette circonstance (l). 11 est possible que ces associations aient donné lieu à quelques dé^rdres \ car Rodolphe de Hochberg recourut au juge (Berne) au sujet de ces fêtes. La ville y envoya une députation ; mais l'on ne connaît ni la cause ni la décision ; il est seulement probable que l'affaire s'arrangea , car les royaumes subsistèrent.
Dans leur vie retirée et remplie par les soins domestiques, les femmes n'avaient que le spectacle des fêtes publiques sans pouvoir y prendre part, et moins encore aux royaumes du carnaval , dont la licence pouvait les exposer à quelques risques. Cependant, désirant de se faire voir et de faire ellesmêmes spectacle , elles formèrent entr'elles des royaumes; mais elles choisirent pour célébrer cette fête un temps plus
(k) On peut voir dans Rabelais, L. rv, rh. 13, un «fchantillon de ces proifessions, et quel usage en fit François Vilton pour se venger de frère Tappecoue qui lui avait refusé une chappe pour rcvôlir Dieu-Ie-pôre.
(l) Extrait des comptes de Jean de Fribourg, pour lors à Champlitle: « 1440, 7 janvier; au lambrisseur , pour avoir fait un huisselet (petite * porto) et ravoir refait en une fois encore tout à neuf, pour ce qu'il » fusl rompu et depiescé jeudi au 5 soir , veille de l'Epiphanie , par les > gens d'iceluy que fust Koy, en la chambre de madame, par TelTort que » ils firent d'entrer dans la cuisine. *
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analogue que Thiver à leurs mœurs et à leur caractère, celai des grâces, celui où la nature renaît et se pare des coulears les plus belles et les plus vives , le 1^^ de mai. A rimitatioD des royaumes des hommes, ceux des femmes allaient en procession d'un lieu dans un autre, probablement avec des fleurs au lieu de brocs. La première fois qu'il en est parlé date de 1473; c était un royaume déjeunes filles ; celui des gniBiles est rappelé en 1480 ; et quoiqu'il n'en soit plus fait meotion dès -lors, il est assez probable qu'ils subsistèrent encore , à moins qu'une licence plus dangereuse que celle des hommes ne les eût fait interdire. Lorsqu'ils se rendaient à Neuchàiel, le Magistrat les régalait en vin, monnaie d'usage. U est apparent que les chants des jeunes filles au 1^' mai sont des restes de ces royaumes,
La sévérité du calvinisme ne pouvait tolérer les saturnales des Rois , elles cessèrent donc ; mais la superstition licencieuse, comprimée d'un côté, s'échappa de Tautre, et le prétexte de l'allégresse religieuse fit renaître au jour de Noël tous les éclats publics qui avaient lieu auparavant au jour des Rois. Les désordres furent enfin tels, que malgré la grandeur de la solennité, le conseil de la ville, en 1580, défeodil de chômer autrement le jour de la fête de Noël , que par le service religieux , qui n'excluait pas le travail hors des momens qui étaient consacrés au culte. «