‹ Description topographique et économique de la mairie de Neuchâtel, avec des notes historiquesChapitre 88 sur 93 · MÉDECINE · texte numérisé non relu

MÉDECINE

L'art de la médecine n'avait sans doute pas beaucoup d'oc casions de se déployer à Neuchâtel ; la vie active , la nourriture simple et frugale , écartaient les- maux qui raunûeflî rendue nécessaire. Les fréquentes maladies contagieuses.

appelées pestes, qui paraissaient dans les XV«, XVI* et même XVII« siècles, prouvent qu'il n'y avait pas de médecins, ou que leurs connaissances n'étaient pas encore fort étendues. Dans le XV« siècle, il n'est feit mention que d'ua barbier, dont les fonctions paraissent avoir plutôt appartenu à la chirurgie qu'à la médecine. Un barbier soignait à Neucbàtel le comte Gonrard et la comtesse dans leurs maladies ; il parait qu'il y en avait un attaché au service de la ville , sans que l'on sache s'il était appointé. La comtesse, en 1440, fit venir un physicien (c'était le nom qu'on donnait aux médecins) de Dijon pendant qu'elle était à Ghamplitte , mais il n'y en avait point encpre à Neucbàtel. La première fois qu'il en est parlé, date de 1581. Le conseil arrêta le 25 mai: «que i> Abraham Béchius de Bàle , docteur en médecine , était reçu » médecin à Neucbàtel au gage de deux-cents livres faibles, » son logement et un jardin, et qull ne pourrait exiger qu'un » batz par chaque visite à un malade, un bat2^[)our Tinspec- » tion de l'urine et un batz par ordonnance (g).

Dans la suite , la ville attacha aussi un chirurgien à son service, et ses visites furent taxées ; mais l'argent étant devenu plus commun, le prix des visites haussa. Au commencement du XYIII<^ siècle , il fut mis à deux batz , puis à dix creutzers ; et comme cette taxe de rigueur n'avait lieu que pour ceux à qui leur fortune ne permettait pas la libéralité, elle devint peu-à-peu inutile. Le genre de vie développa une foule de maladies nouvelles; les médecms virent tout leur temps occupé, et la santé des humains, dans un siècle de commerce,

(g) Un batz équivalait à deux Uvres chair de moaton ; ainsi la pension du médecin aurait été représentée par \ ,G00 liv. de cette viande. La visite actuelle, au prix de 50 sols de France, équivaudrait à quatre livres environ de la ntéme chair. Ainsi, visite, inspection d'urine, si elle se faisait avant la visite, et ordonnance , valaient six livres. Aujourd'hui les médecins en titre n'enflent pas leurs comptes de celte inspection, qui a passé de mode.

devint une branche Igcrative de spéculation qui ne pouvait tarir , étant fondée sur l'imagination des malades. Aujourd'hui le prix des visites est porté , non par taxe de police, mais de Taveu des patiens , à 30 sols de France ; et cette mine est actuellement exploitée par un médecin appoiaté do gouvernement, un médecin et un chirurgien de ville, et trois ou quatre autres chirurgiens qui , dans Toccasion , exercent aussi la médecine dans les loisirs que leur donne leur art, et par patentes de leurs malades.

Deux médecins ont pratiqué à Neuchâtel avec habileté dans le XyiII<^ siècle ; ils avaient iait de bonnes études, et jouissaient de beaucoup de réputation dans Tétat : le docteur Garcin, étranger, et le docteur dlvernob, bourgeois de Neochâtel. Ils avaient long -temps étudié dans des universités, et ne se fixèrent au pays qu'après avoir acquis tontes les connaissances de leur art. Le docteur Perrelet , habile chirurgien, qui (Vavailla dans le même temps, avait perfèctioniK ses études par une pratique de plusieurs années dans les hôpitaux. Ils ne se dispensaient pas , même lorsqu'ils eoreot obtenu leurs places , de Tétude dans leur cabinet , et 7 acquéraient toujours de nouvelles connaissances , qu'ib eoployaient avec succès à la guérison de leurs malades.

L'on a vu à Tarticle des. comtes de NeuchAtel , une iodication des remèdes et du régime suivis par eux dans leoi) maladies ; ils étaient faits pour des corps de cette ancienne trempe, ceux d'aujourd'hui y succomberaient.

PEli\TURE.

La peinture, enfant de l'opulence et du luxe , ne pouvait exister a Neuchâtel , lors même que , dans le régime catk lique, cet art était nécessaire au culte ; d'ailleurs, nul moyen d'instruction dans une ville où les ressources n'existaient qo'

dans remploi actif du temps, dans Téconomie de cet emploi, comme dans celle de l'argent ; aussi n'est-il parlé de cet art qu*à propos des écussons de la ville, peints sur des fourgons; et probablement les tableaux d'autel , peints par des mains étrangères , ne durent pas exciter l'émulation dans l'art , ni faire naître des artistes par leur beauté ; car l'épargne dut faire préférer les mauvais , qui étaient moins chers. La sévérité protestante, qui proscrivait tout ce qui appartenait au luxe, ne pouvait permettre l'exercice de cet art. Les portraits qui subsistent encore des XVI* et XVII* siècles , indiquent peu de connaissances dans la peinture et le dessin; l'économie régnait, et l'on ne pouvait payer des tableaux au même prix que des peuples riches. La même chose a eu lieu dans le XVIII* siècle ; cependant l'on y distingue quelques portraits faits de bonne main. Quant aux tableaux de nature à faire nattre le talent par l'étude, on peut à peine en citer quelquesuns ; ils coûtaient cher , et l'on n'était pas riche ; d'ailleurs l'opulence n'est pas toujours accompagnée du goût des beaux arts. On ne connaît de maître de dessin que vers le milieu du XVIII* siècle ; ses ouvrages et ceux de ses élèves annoncent l'art dans ses premières langes. La fortune de la ville ayant permis l'établissement d une école de dessin, elle pourra résoudre le problème de 1 existence ou de l'absence du talent. Les leçons sont fréquentées ; mais les élèves se bornent à ces heures-là , et en les abandonnant , abandonnent aussi l'exercice dans lart, soit faute de dispositions, soit que d'autres affaires plus urgentes réclament tout leur temps. Mais cela même n'indique pas un talent impérieux auquel tout cède.

Page 1