‹ Description topographique et économique de la mairie de Neuchâtel, avec des notes historiquesChapitre 89 sur 93 · MUSIQUE · texte numérisé non relu

MUSIQUE

On peut dire la même chose de la musique, qui ne peut être perfectionnée que dans des états riches, des jouissances

desquels elle fait partie , soit envisagée seule , soit noie an spectaclo. Elle entrait essentiellement dans le culte catholique , et les chants graves mais harmonieux de ceUe religion devaient plaire à des hommes dont le sens de loaie était neuf, et n'avait point d objet de comparaison à (aire dans ce genre. Le chant alors était borné à la classe des ecclésiastiques , qui formaient des enfans à y répondre ; eosorte qu'il n'était point général. La réforme y apporta un changement. Le chant des psaumes , qui fait une partie essentielle dans le culte, appartint à tous les auditeurs ; mais quoique la musique de quelques-uns d'entr'eux fût composée par Godimel, le meilleur compositeur français de ce tempslà, la manière de les chanter, imaginée sans doute pour que chacun pût y prendre part, n'était pas propre à donner le goût d'une musique composée, ni à former loreille, chaque note ayant la même valeur et nul mouvement. La mosiqœ profane était trop incompatible avec les préceptes austères de la nouvelle religion, pour être tolérée ; aussi les première leçons ne durent-elles avoir pour objet que les quatre parties du chant simple des psaumes ; la musique instrumentale n'était adoptée et permise que dans des occasions solennelles. Les chanoines avaient dressé un orgue dans l'église collégiale; il fallut l'enlever pour le soustraire au zèle destructif des premiers réformateurs ; ainsi le chant fut sans soutien jusque vei's le milieu environ du X Ville siècle, à quelle époque il fe placé un orgue dans chaque église. Le chant des psaumes ne changea pas, mais il fut soutenu et moins exposé aa\ détonations et aux variations de mouvement.

Les hommes, trop occupés de leurs affaires, ne pouvaient s'appliquer à l'étude de la musique profane ; elle était cootraire à l'esprit de la religion , et son usage aux principes d'économie adoptés , par l'application qu'elle aurait exip^

d*heures plus utilement employées ailleurs. Long- temps donc il n'en fut pas question à NeucMtel , et Ton voit pour la première fois en 1653 des joueurs de violon tolérés en établissement ; mais il leur fut défendu de faire usage de la permission durant la guerre des paysans, après quoi la défense fut levée ; mais seulement pour les cas de noces. On dansait déjà auparavant dans ces occasions, mais les musiciens étaient appelés de l'étranger. Il ne parait pas que les musiciens reçus en 4653 aient propagé le goût de la musique, ni fait beaucoup de bons élèves; car en 1683 le conseil permit riiabitation à un joueur de cornet à bouquin, non-seulement pour cet instrument , mais pour enseigner la musique et le chant des psaumes ; peut-être même le dirigeait-il et le soutenait-il dans le temple. Cet art prit son essor dans le XYIII« siècle , lorsque Taccroissement des fortunes eut amené à sa suite le luxe et ses jouissances, ainsi que Timitalion des usages et des coutumes qu'il avait créés chez les autres nations. Plusieurs maîtres de musique furent reçus successivement, et la sévérité ecclésiastique s'étant relâchée , Tart fut toléré ; des concerts s'établirent, l'on joua des opéra comiques, et l'étude de la musique devint une partie essentielle de l'éducation des deux sexes. Cependant le chant des psaumes est demeuré ce qu'il était à son origine.

Il paraît qu'il y a à Neuchàtel plus de disposition pour cet art que pour celui du dessin , quoique les élèves n'y parviennent pas à une grande supériorité ; mais ils ne peuvent s'y appliquer exclusivement , soit qu'il n'y ait pas de talent décidé, qui écarte tout autre objet, soit que l'instruction ne puisse pas développer ce talent , ou plutôt parce que des occupations plus essentielles ne permettent pas de s'attacher à des objets qui leur sont étrangers.

Il y a plus d'élèves des deux sexes pour la musique que

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pour le dessin ; la raison en est peut-être , que la premlèn forme un plaisir de société, favorise le rapprochement des personnes des deux sexes, occasionne des sensations qui portent à Tame, même chez ceux qui ne sont pas exercés dansTart tandis que le dessin et la peinture sont un art de solitude, d'étude particulière et de méditation , qui exige pour être jugé et apprécié, des connaissances dans Tart même, etqû ainsi émeut moins communément le sentiment que son émule. La musique, favorise plus le désir de plaire ; lorsque lige éteint ce désir , Tart est abandonné.

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