‹ Déserteur (roman patriotique)Chapitre 4 sur 9 · NOL · texte numérisé non relu

NOL

— Vous n'avez pas été puni, que je sache, depuis votre arrivée au régiment... Vou-s étiez un bon soldat.

— Je n'ai pas été puni.

— Alors, je n'y comprends rien.

— Ne cherchez pas à comprendre.

".e sergent fit appro:îher ut3 voiture.

— Preferez-vous aller à pied jusqu'à la prison militaire... ou avez-vous de l'argeat pour payer cette voiture?

— Montons. Du moins, personne ne me verra.

— C'est ce que j'ai pensé.

Un agent prit place à côte au cocher, un artre dans la^'oiture avec le sergent, auprès de Robert.

Pendan' les premières minutes, le jeune homme resta silencieux.

^uis il interrogea :

— Comment vous trouviez- vous à la gare, sergent?

— Je vous attendais.

— Vous saviez donc que je devais prendre ce train ?...

— On le prévoyait.

— Mais, pour ceia, il fallait que je fusse dénoncé.

— Je l'ignore, mais c'est probable.». Moi, vous comprenez, je ne puis pas vous donner de renseignemenls là-dessus...

— Dénoncé ! murmura Robert... Par qui?

— Oh ! allez, dit le sergent avec philosophie, ne vous martelez pas la tête pour le deviner. Vous ne le saurez jamais. Les gens qui font de ces coups-ià ont toujours soin de ne pas signer,

Robert n'écoutait pas.

Il réfléchissait.

Une seule personne savait qu'il devait prendre le train de huit heures à la gare de l'Est

Et côtte personne, c'était Magda î

C'était Magda qui, la veille, était venue l'avertir que Karl se disposait à qaitter Paris...

C'était Magda qui lui avait donné rendez-vous à cette heure, à cette gare, à ce train.

Maï^da Tavait-elle donc dénoncé ?

Avait-il été le jouet de cette fille ? Tout ce qui s'était passé, avant cela, n'était-il que comédie odieuse faite pour le tromper, comme jadis on avait trompé Armand jui-mèmôl

il^ fÀNTALON ROU&K

— Ce serait horrible ! Est-ce possible?.. Deux yeox si doux, si beaux, si pleins de tendresse et de la' -» peuvent-ils mentir à ce point ?

Les anciennes défiances renaissaient. Le doute revenait.

Pais une pensée surgit qui le consola.

— Magda elle-même n'était-elle pas victime de Kri.i ? Magda avait eu le pressentiment d'un danger ! Elle avait parlé d'un piège!... Elle connaissait Karl, :-a prudence, sa ruse 1 Et le voyant ei confiant, l'entendant lui conter son projet de voyage comme si vraiment il avait eu intérêt à ce qu'elle n'ignorât rien, Ma-da avait ressenti de l'inquiétude...

Et elle avait fait part de cette inquiétude à Robert. Mais ils n'avaient deviné le piège tendu ni l'un ni l'autre.

— Non, non, Magda n'est pas coupable!... Ou ce serait à douter de tout !... Et pourtant...

Elle était partie avec Karl...

Qui sait s'ils ne fuyaient pas ensemble?...

Il soupira. Il n'osait plus penser. Il avait peur...

Il resta jusqu'au lendemain à la prison militaire. Il était si accable qu'en dépit de la situation critique où il se savait, il dormit, sans se réveiller, tout le jour et toute la nuit. Le lendemain, il fut écroué à Versailles où devait avoir lieu l'enquête.

La procédure militaire est expéditive

L'instruction est rapide. Du reste, elle était presque superflue en ce qui le concernait. La désertion, après plus de six jours d'absence, était un fait contre lequel Robert ne pouvait s'élever, que personne ne pouvait révoquer en doute.

po.b«n 44ail âjm^ ^0!>d»BPré â%^%n.tiS'

ÔÉSEHTEUR m

Mais les officiers de son régiraent, qui tous savaient qiie^e. jeune homme était le héros du Fort de la iMort, ^ qu'il avait pour grand-père le commanilant L^vidry, le martyr de cette période de ia guerre au Tonkin, qui tous savaient également que Robert avait pour protecteur ia général de Trélon -Fontaine», avaient été pi-oionde.'iient surpris à la nouvelle de ia désertion du j3une soldat.

Tout d'abord ils ne voulurent pao y croire.

D'heure en heure le colonel faisait prendre des nouvelles à la caserne.

Riais personne ne savait rien.

Les jours réglemencaires écoulés, il ne pouvait plus • y avoir d'hésitation : Robert fut porté déserteur.

C'est alors qu'arriva une lettre anonyme signalant sa présence à la gare de l'E^t et son projet de fuite à l'étranger.

Le sergent Ledrut fut envoyé avec deux agents.

Le lendemain de son arrestation, Robert comparut à Versailles devant un officier du parquet militaire.

ïi s'appelait M. de Br»naeval et avait le grade de capitaine.

Le capitaine de Bonnevar considéra longtemps Robert avec un réel intérêt. L'attitude du jeune solda* était iriste et résignée.

Il était resté debout devant l'officier, — devant son juge, — les bras ballants, contre le pantalon, la paume légèrement en dehors, dans la position réglementaire.

— Vous êtes bien Robert Lavidry ?

— Oui, mon capitaine.

«— J'ai ici de nombreuses notes qui vous concernent et qui m'ont été remises par le» soins de vos officiers, — de vos officiers eux-mêmes, ~ ajouta-t-il en ap«

nS PANTALON ROUGS

puysni. Ces notes me renseignent sur votre passé, sur votre caractère. Elles rae disent ce qne vous avez fait au Tunkin, elles me disent aussi que vous vous êtes engagé désirant faire votre carrière du métier des arm*^s et, par conséquent, elles m'instruisent de votre rêve et de vos projets. Fils de soldais, commeut peut-il se faire, aimant votre pays comme vous avez prouvé que vous l'aimiez, que je vous retrouve devant moi rougissant sous le repi oche, sous l'accusation honteuse et oriieuse de désertion?

— Cn acte de folie, sans doute, mon capitaine; car vous aurez beau m'interroger, je ne pourrai l'expliquer autrement.

— Songez que je ne suis pas un officier pour vous, qui vous menace et que vous devez craindre; je ne suis qu'un juge à qui vous direz la vérité, qui rapportera cette vérité à d'autres juges. Si vous avez à espérer quelque indulgence, ce n'est qu'en prouvarit votre repentir... et vous n'avez d'autre moyen de le prouver qu'en ne nous cachant pas les motifs de votre coupable action-, . Dans ces motifs, les juges sauront démêler quelque excuse... due à votre inexpérience, à votre jeunesse, à quelque folie du cerveau ou du cœur... Je ne promets rien... car notre code n'admet guère de circonstances atténuantes ; mais vos juges, touchés de votre repentir, auraient peut-être de l'indulgence, en se souvenant de votre passé...

— Je ne puis invoquer aucune excuse. Je connais la loi. Je sais qu'elle est sévère, qu'elle ne pardonne pas. Je sais que je suis perdu...

— On a trouvé sur vous un billet de chemin cie fer portant la destination de Mea.

— G*e»t vrai.

— Qu'alUe7.-vous faire dans cette ville? ^ — Je sqI^ obligé de me taire.

— Quelles si graves raisons peuvent vous imposer un silence aussi inexplicable?

Robert ne répondit pas.

— Ge pauvre garçon est donc fou? murmura Tofficier.

Et il reprit :

— Vous alliez fuir à l'étranger lorsque vous avez été arrêté... Vous ne seriez .;amais revenu en France.

— Paidon, mon capitaine. Je serais venu au contraire me constituer prisonnier et recevoir mon châtiment.

— Je n'en crois rien.

— Veuillez me croire, mon capitaine.

— Au bout de combien de jours..,

— Oh I très peu, du moins, je le pense.

— Réfléchissez, Lavidry, à la gravité de votre situation. On dirait, en effet, que vous ne la comprenez pas... C'est la perle de votre avenir... Vous serez Condamné, et votre iivret poitera éleinelle.Tient cette marque d'infamie... Je crois devmer à voire attitude, à vos restrictions, comme un mystère dont vous vous entourez. 11 est évident pour moi et il seraévideut à vos juges que vous ne dites pas la vérité... Quel est donc le pouvoir qui vous retient, et qua redoutezvous?

— Pourquoi cherctier si loin, mon capitaine, uh prêt xte à la coupable actioK que j*ai commise? J'ai déserté. Ponissez-moi...

— C'est bien. J'espère encore que vous réfléchirez avant que Ton ne yous traduis devant le conseil de guerre.

— Hela5 !... murmura le pauvre garçon

On le reconduisit à la prison militaire.

Là, seul, il se mit à pleurer.

L/avenir qui s'ouvrait si beau était perdu, irrémédiablement... Adieu les rêves de toute sa vie! Pourquoi avait-il vécu? Pour aboutir à un aussi misérabl-^ •iénouement? Encore, s'il avait la consolation de pouvoir se dire que son sacrifice était utile à ceux qui lui sont chers? Mais non !...

Et il pense à Marthe, sa mère, et cette pen?ée lui rend quelques forces...

Marthe, innocente, et qui souffre là-bas, comme lui, silencieusement dans sa prison...

Mais c'est la pensée d'Esx>éraDCO qui lai fait le plus de ma).

Espérance I

Que! doux rêve, vite évanoui 1

Son cœur se brisait... Non seulement il fallait renoncer à cet amour, mais chose plus terrible encore, n'ailaii-il pîis encourir le mépris de la fiere jeun^ fille?... Il avait tant soufiert, autrefois 1 Comme il allait souftYir encore! Espérance rougirait de s'être laissée attendrir. Elle serait honteuse de lui avoir donné son cœur!

Cette pensée était odieuse... et pour la supporter, il fa'Jail toute sa foi dans le sacrifice héroïque qu'il faiéait de son honneur, ae sa vie même, pour l'honneur et la vie de son général et d'Armand...

Il pleurait encore, silencieusement, lorsque Ja porte de la cellule s'ouvrit.

Darnetal et le commandant Lavidr} apparurent

Lavidry était porté entre les bras de Darnetal et d'un an gardiens d6 U prison ; ûq TasMi sor qq efi^abeftii*

DÉSKRTEUH 121

ftobert, m sanglotant, tomba contre la poitrine de son grand-père, à genoux devant lui.

Et les trois hommes étaient si émus que ni l'an ni l'autre n'interrompit le silence qui régnaiî là.

Lavidry caressait doucement la tète de Robert.

— Pauvre enfant I dit-il à voix basse.

Le gardien s'était retiré, refermant la porte de la cellale, où, par autorisation particulière et exéeptjonnelle, on avait permis à Lavidry d'entrer.

lis étaient donc seuls.

— Tu vis l'heure la plus douloureuse de ta vie, mon pauvre Robert, dit le vieil oftîcier. Ton courage ne Taibht pas ?

— Non, grand-père, mais je suis bien malheureux...

— Oui, oui, cela doit être... Raconte-nous, veux-tu? les détails de ton arrestation...

Robert obéit, les mit au courant.

Lavidry était soucieux.

— J'avais cru que tu réussirais. Cet homme, ce Earl, s'est montré plus habile que toi. Il est habitue tontes les ruses, a toutes les trahisons. Tu ne pouv:.i . lutter contre lui. Qui sait s'il n'aurait pas mieux val a avertir la police qui se serait emparée de lui? Da moins, cela te sauvait...

— Et le générai, père, le général?

— On aurait étouffé cetie affaire, si les papiers étaient rentrés en sa possession.

— Mais que serait devenu Armand dont la trop grande confiance les avait laissés disparaître?... Nm, il faut que tout cela reste secret..,

— Comment comptes-tu ce défendre? fit DarnetaL Robert eut un triste sourire :

^ G'6it bm aimpid. ^e q$ me défdadrâi pâs,,,

ÎJ? PANTiLLON ROUGI

— Ta saieqiie tu peux invoquer l'aide d'un avocat... Un ami peut prendre ia parole et tâcber d'expliquer ail conseji de guerre que tu n'es pas vraiment déserteur, que l'intention de commettre un acte coupable constitue surtout le culpabilité de cet acte... que tu n'as pas voulu quitter l'armée, toi qui, pendant I012I.; la jeunesse, aspiras au momeM où tu pourrais portf^r raniforme,..

— Les juges De le croiraient pas*.. Ils me demande raient des explicitions qu'il me serait împosiib're de leur donner... Dès lors, à quoi bon?... Vous oa me le conseillez pas...

— Non! hélas! tu es condamné au silence et ton silence sers ta perte... ta perle certaine...

— Qui sait !... fit Darnetal qui réfléchissait, si Magda ne va pas réussir là où tu as échoué...

Robert, pâli^ baissa la tête...

— A quoi peijses-tu?

— Oui, dit-il, elle réussira peut-être, à moins...

— A moins, mon pauvre enfant?

— A moins qu'elle ne soit la complice de Karl...

— Non, non, c'est impossible, fit Lavidry. Moi j'ai plus de confiance que vous n'en avez dans cette jeune fille... Elle n'esi pas de la même race que ces de V/iater... pourquoi lui prêter les mêmes trahisons, les mêmes infamies?... Est-ce qu'elle ne hait pas cette famille, où pourtant elle a été élevée, mais oti sans doute elle eut à supporter des humiliations, où elle a-sisla peut-être à des spectacles qui révoltèrent sa nature bonoête... ennemie de loute duplicité?... Est-ce que de cette haine elle ne vous a pas donné une preuve... en me sauvant, moi qui mourais étranglé

lar les mains de Staubach?...

-^a est vrai, murmura Darnetal, cette fem ne peut nous trahir...

— Si elle nous trahissait, sa conduite serait inco préhensible...

— Âyon'i confiance en elle... Mettons en elle no dernier espoir... Qui sait si d'elle ne viendra pas îe s iii'

Ils quittèrent le prisonnier, non sans lui prom« ée revenir le plus souvent qu'il leur serait pernaia

Aux dernières paroles de Lavidry , R.iberl avait woulu laisser paraître quelque espérance... alor? qu'tU fond du cœur il n'en sentait aucane.

Mais lorsque Darnetal et le grand- père furent partis, il s'abandonna de nouveau à son découragement.

îl fut interrogé deux fois encore.

Robert comprit, a Tinsistance que mettait le capitaine de Bonneval à connaître la vérité, que des influences devaient agir auprès du juge. Le général de Trélon Foùtaines devait connaître à cette heure sa désertion. Il avait dû, comme tous les amis de Robert, en être douloureusement ému. Il avait dft esîayer, coivime tout le monde, de comprendre les secrets molifs u'un acte si peu prévu et si étri^nge. Et il était venu, sans doute, trouver M. de Bonneva!. Puis, le commandant Lavidry, peut-être, devait intercéder en -1 'avenr. Tout cela arrivait jusqu'à Robert, tout cela < le devinait aux questions de M. de Bonnevai, i .:- iesquelies il ne voyait pas de reproches, mais où «olataitao contraire, avec une certaine ccriosiié syoa-

pathique, l'intérêt que le juge militaire portait au jeune "soldat.

— Le général viendra me voir! se disait Robert.

Et, bien que personne ne l'eût averti de cette visite, il l'attendait.., il la savait inévitable.

Et en effet, un matin, le général parut...

Et avec le général, Espérance.

A la vue d'Espérance, le pauvre garçon fut pris d'un tremblement nerveux. Il n'osait pas la regarder. Elle resta auprès de la porte, elle-même tout interdite, en proie à une émotion qu'elle n'essayait pas de cacher.

Elle attendit ainsi, debout, ce qui allait se passer.

Le général s'était avancé vers Robert.

Et celui-ci était si paie, si abattu, baissant les yeux, que vraiment il avait l'air d'un coupable.

M. de Trélon-Fontaines, Robert l'avait bien deviné, à la nouvelle que le petit-fils de son vieil ami Lavidry allait comparaître devant un conseil de guerre, sous r.-^ccusation de désertion, était allé troaver le grandpère, tont d'abord.

Lavidry avait gardé l^ secret de son petit-âls, et rien n'avait tait pressentir au général que le déserteur s'était dévoué pour lui.

Une démarche auprès de M. de Bonneval, démarche suivie d'autres plus pressantes, était également restée sans résultat.

M. de Bonneval croyait à un mystère dans la vie du jeune soldat, mais c'était, cela, une opinion purement gratuite, et qui ne reposait sur aucune preavt, Mir; aucun indice.

Il ne put renseigner M. de Trélon-Pontamei.

AUrt, il s'était résolu à voir Robert

Itê pamvàlon boum

Espérance avait connn «on projet.

Elle avait dit au général

— Père, voas accompagner>i-je?

— Non. A quoi bon, mon enfant?... Ta place n'est pas là...

— Croyez-vous Robert coupable?..* -^ Coupable par le fait. .. oui...

— Mais coupable vraiment d*ayoir voulu déserter?

— Non, je ne puis m'habituer à cette idée.

— Dès lors, père, pourquoi ne vous suivrais-je pas ? Espérance avait le visage fatigué, les yeux rouges à

force d'avoir pleuré. Et des larmes, encore, étaient bien près de ses paupières.

Le général l'attira contre sa poitrine et l'embrassa à plusieurs reprises.

— Tu l'aimes donc bien? dit-il tr^s bas.

— Oui, je l'aime de toute mon âme et je souffre borriblement.

— Alors, pourquoi le revoir, pourquoi courir audevant d'une douleur nouvelle, aussi bien pour lui que pour toi?

— Parce qu'à moi peut-être il dira la vérité... îe vrai motif de cet acte de foiie qu'il a commis...

— Viens donc, mon enfant, viens... puisque tu le crois toujoizrs digne de toi, digne de ton amour...

— Ob! père, en doutez- vous?

— Je ne sais... ma pauvre Espérance, non, je ne sais vraiment... Mais ce qui est clair, malheureusement, c'est que Robert est perdu, car la loi est implacable... Elle ne pardonnera pas...

— Il me dira la vérité, il le faut... oa bien, s'il refase...

— ru refme?...

DÉNLRTBUR Ifl)

— C'est qu'il ne m'aime pas,., c'est qu'il ne m'a jamais aimée...

— li l'aïnae et il se taira, je le crains... car, pour qu'il ait gardé le silence ju8qu'aujourd*hui, il faut que le secret soit bien grave...

Et, pensif, le général ajoutait :

— Qa.- nous cache-t-il donc?

Us partirent ensemble. lU étaif^at si attristés que ni l'un ni l'autre ne prononça une parole durant le trajet.

Dans la prison, le général s'avança vers Robert en disant :

— Je ne puis croire que vous soyez coupable... Ne voyez en moi que votre ami... La présence d'Espérance vous prouve que ce n'est pas l'officier qui vient vous voir... Robert, la vérité?

En apercevant M. de Trélon-Fontaines, le jeune homme avait tout de suite deviné que c'était un nouvel assaut à soutenir, le plus grave peut-être.

Au général, moins qu'à tout autre, Robert ne dira rien.

M. de Trélon-Pontaines, si la vérité lui était révélée, n'accepterait pas un pareil dévoucnaent. Mais quel supplice pour lui que ces assauts répétés!... Il en souffrait cruellement...

— Âi-je besoin de vous dire qae si vous confiez ce secret à votre général, à votre ami, personne autre que lui ne l'apprendra jamais?...

— Je n'ai rien à dire, mon général...

— Et si la présence de ma fille gênait vos révélations...

Il fit un geste à Espérance. Celle-ci s'éloigna. Stobert devint plus pâle et joignit les maint.

Itf pjiirriJ.OM Kou«E

— Déjà! dit-il, déjàl... Je voas en supplie, ne tous éloignez pas î

— Reste ! fit le général à sa fille.

Elle revint.

Ses beaux yaux sombres, tout éplotés, ne quittaient pas le visage de Robert, et il n'osait relever les yeux, redoutant de se laisser attendrir, tremblent d'être faible au dernier moment, elors que rbéroïqce sacrifioe allait être consommé.

M. de Trélon-Pontaines s'assit et prit la main de Robert.

— Mon cher enfant, qu'avez-vous fait?

Il fut longtemps sans répondre*

Il avait à reprendre tout son sang-froid. Enfin, il dit :

— Je suis coupable, monsieur de TréloD-Fontaineà, et je vous prie de m'oublier... de ne plus penser à moi...

Je ne mérite pas i'aflection que vous me montrez... l'intérêt que vous me portez... Je ne mérite que le châtiment qui m'est réservé et que j*attèndg avec impatience, que je supporterai avec résignation... Ce sera la seule façon de prouver mon repentir...

Le général eut un sourire triste.

— Que d'efforts vous faites pour mentir, mon pauvre enfant I

— Mon générai I

— En me disant tout cela, vous n'avez même pas eu le courage de me regarder en face...

— J'ai honte de moi devant vous, mon général... Vous m'aviez reçu comme un fils... J'ai mérité votre colère, votre mépris...

^ Il n'y « en moi ni colère, ni mé^m»*^

— Pourtant I

— On dirait vraiment que vous allez au-devant d^ecx et que vous seriez heureux de les provoquer... Ni colère, ni mépris, mon enfant, parce que je ne pui» croire que vous êtes coupable,. ,

— J'ai déserté six jours et au moment où l'on m'a arrêté, je m'enfuyais...

— Oui, vous aviez un billet pour Metz... Vous alliez en Allemagne. Est-ce à moi, mon pauvre Robert, que vous ferez croire que vous reniez votre passé du Fort de la Mort?... Est~ce à moi que vous ferez croire que vous avez oublié les leçons de votre vieux maître Hans Schûler...

La figure du vieil Alsacien, brusquement évoquée par M. de Trélon-Fontaine», fît aur Robert un eôet soudain.

Il éclata en sanglots.

— Vous le voyez bien I fit le général sonriaat toujours.

Espérance «e rapprocha de Robert.

— Robert, dit-elle, laissez-moi joindre mes prières à celles que vous venez d'entendre. Vous comprenez bien, n'est-ce pas, mon ami, que notre insistance est dictée par l'intérêt que mon père vous porte. Je ne parle pas de moi, Robert... A quoi bon ?... Je suis brisée, abattue par tout ce qui s'est passé, par la tentative de suicide d'Armand, par votre fuite... votre emprisonnement... Je ne sais que vous dire pour vous convaincre... Je ne sais plus que pleurer...

■^ Ne m'accablez pas, dit-il à voix basse.

— Je ne vous fais pour ma part aucun reproche.. j Mais autour de vous tous ceux qui vous connaissaient, qui ^auâ chérissoldQt^ Q^aaraiônt-ils pas 1@ droit d'éir@

PAKTALON ROUftI

surpris du silence singulier que tous géLvéei vis-à-vig d'eux ?.., Vous avez reçu ia visite de M. Darnetal et de votre grand- père... Voici maintenant mon pèrf... Si Armand le pouvait, lui aussi viendrait... Est-ce ainsi que vous reconnaissez raffection si tendre de mon frère et que vous voulez remercier mcn père de raffection paternelle qu'il vous a témoignée loat de suite î Robert, quel que soit le secret de votre conduite, nous avons le droit de le connattre... aloa père, mon frère, de par leur affection pour vous... et moi, Robert, acheva-t-eile dans un sanglot, moi, qu'il me soit permis de vous le rappeler, en présence de mon père, de par l'amour dont je vous ai fait l'aveu...

La jeune tille lui avait pris les mains presque de force, car il aurait voulu se défendre contre elle

Espérance, av?c ses larmes, avec sa faiblesse, étaft bien daiigereuse pour lui, et devant elle il sentait fondra toute son énergie, s'épanouir ses résolutions, s'écoapper son secret,

— Et si vous ne pensez pas à ceui-là dont je vieni de parler, dit-elle, comprenant sans doute que Robert se îaissait gagner par l'émotion, pensez du Da-oins a tout le mai que vous me faites, à moi... Est-ce qnm vous allez me faire douter de votre amour?... Si voa« ne repoussez pas Taccusation qui pèse sur vous, coa esi fait de nos projets d'avenir, vous le savez bien**. Je voudrais tant vous parier raison, mais je ne le pui».„ je suis trop troublée... Robert, Robert, ne craignes- YOiis pas que l'on vous dise, devant ce silence obstiné, étrange, que vous êtes vraiment coupable... et que si vous refusez de parler, de vous expliquer, de voui défendre, c'est peut-être pour laisser croire à quelque excuse qui n'existe -»aa*-^

DÉSERTEUR loi

— Oui, on le dira sans doute... on peut, on ûoii lo dire... Qu'est-ce que cela fait?... Je ne compto plus avec la vie... Celle-ci est finie pour moi...

— Robert, je vous en supplie.

— Je n'ai rien à vous dire.

La jeune fille essuya ses larmes.

Et tout à coup, un éclair dans ses yeux, elle dit presque avec colère, presque avec menace :

— Je connaîtrai votre secret.

— Jamais.

— Malgré vous, je le jure!

— Merci, Espérance, merci, mon général, de m'avoir conservé ass z d'affection pour vous être souvenus du... du soldat indigne... que je suis... J'en suis profondément touché...

Robert s'assit sur un escabeau.

Cette scène l'avait brisé.

Le général, pendant qu'Espérance parlait à Robert, avait considéré celui-ci avec attention. Il était évident que, puisque les prières et les larmes d'Espérance restaient inutiles, rien ne ferait fléchir cette énergique naturs.

Le mystère dont le jeune soldat s'entourait n'était pas éclfiîrci, mais le général était sûr maintenant que ce mystère existait.

Il n'en fallait pjts plus pour qu'il conservât au fila de son vieil ami son affection tout entière.

Ce ne pouvait être qu'une noble cause qui avait inspiré Robert.

Il le connaissait trop^ l'héroïque garçon, pour en douter.

Et déjà, pendant qu'il l'avait regardé ainsi, des soupçon? viM^kni dans ton coBur.

13g PANTALON AOUftg

Ils furent confus, tout d'abord, et pareils à une pensée rapide sur laquelle son esprit ne s'arrêta pas, au premier moment.

Mais le général en fut surpris.

Et pendant les adieux de sa fiUo à Robert, il y pensa "de nouveau.

— Est-ce que ce serait vrai? murmura-t-il. Il vint tout à coup à Robert.

— Jurez-moi sur l'honneur, lui dit-il brusquement, que je ne suis pour rien dan8 le secret que tous gardez si roligieusement.

Prie au dépourvu, Robert pâlit.

Il fut &ans voix, pendant queîques secondes,

Pui?, sentant qu'on l'observait, qu'il allait se trahir peut-être, iî fit un violent effort sur lui-même.

Il se remit, et presque calme, simulant même l'étonnement :

— Vous, mon général !... BX comment cela se ferait-U ?

— N'hésitez pas... Et jnrei-îe-moil

— Je vous le jurel dit-il, plus pâle encore et fer» mant les yeu?î.

Il y eut un silence de quelques secondes. Et tout à coup Eipérance s'écria :

— Père ! père ! il a menU.

Un frisson passa sur le visage de Robert. Mais il resta muet.

— Oui, dit gravement M. de Trélon-Fontaines, je crois vraiment qu'il nous a menti ! Je le saurai...

Robert joignit les mains dans une supplieati^a gupréme.

U n'avait plus la force de parler.

otSEKTr- F 133

Le général et Eepéiance, da reste, aoi tirent à cet instant, très impiesoionnés par cette scène.

Le g<Sné'/al, soucieux se- demandait :

— - Aurai*-je deviné just«? Et ce pauvre enfant se dévouerait-il encore? Quel dévouement? Pourquoi ? Dans quel but? Voilà ce qu'il faudra que j'apprenne...

Et il songea.

Dans la yoiture qui 1^» emportait, Espérance, les yeux en pleurs, avait laisse tomber sa tète sur l'éjkaule de son père.

Des sanglots silencieux brisaient ^ poitrine.

La triste^àe rTgnaTl dans la petite maison de la villa Montmorency. Darnelal pensait à Marthe, enfermée à Blois, et qui allait prochainement passer en coar d'asêises, à Robert que son dévouement allait perdre .. à Lavidry, dont la vieillesse s'éteignait entre ces deux grandes catastrophes.

Par bonheur, il ignorait toujours la vérité en ce qui coLcernaii sa fille.

Le secret avait été rigoureusement gardé.

Aucune imprudence n'avait été commise.

La justice s'était montrée indulgente en se faisant ia complice de ce pieux subterfuge.

Marthe, n'avait pas cessé d'écrire soit à Darnetal, soit à Lavidry, des lettres qui semblaient venir de l'hôpital et où elie donnait à son père des nouvel '^ rassurantes 3e sa santé.

Cependant, au fur et à mesure que les jours s'écoi* laient, le vieillard sentait naître en loi quelques vague goupçons.

Comment se faisait^l que Mârihdi maiûieâaat^ nt fût pa« iraaaportéd à Paris t

DÉSERTE l>tt

■ce qn'à Paris elle ne pourrait pas achever sa guérison aussi bien qu'à Blois? D'où venait ce retard iicompréhensible? Il n'avait garde d'en parler à Darnetal et cela justement à cause des premiers soupçon» qui grandissaient en lui.

Sur quoi reposaient ces soupçons?

Sur mille riens qui eussent passé inaperçus chez d'autres, mais que l'esprit de l'infirme, suhtil comme celui de tous les aveugles, aux aguets toujours, avait remarqués.

Parfois Darnetal s'était troublé, à certaines questions posées à r.improviste, auxquelles il n'avait pu répondre du premier coup.

Le trouble, Témotion qui avaient suivi ces questions n'avaient pas échappé à l'aveugle.

lî n'avait fait aucune observatien, mais il s'en était souvenu.

Puis, il avait l'emarqué, également, que toujours Darnetal se trouvait auprès de lui lorsque le courrier arrivait.

Darnetal ne laissait jamais à d'autres le soin de lire les lettres de Marthe. Certes, cela était naturel, et le vieillard ne pouvait s'en étonner; mais il était arrivé cependant que des lettres de Marthe, en retard, ou que Darnetal n'attendait plus, avaient été remises entre les mains de l'aveugle, malgré les recommandations constantes faites au gardien de la villa Montmorency.

L'aveugle n'en avait rien dit.

Ne pouvant les lire, mais poussé par une instinctive défiance, il les avait gardées, attendait une occasion de les faire lire, soit par la petite Rosine, soit par un

étranger, foumiascur ou autre. !« prcTni<^r v«^nu q\ii se

Heureusement Darnetal, averti par le gardieâ qui était dans la contidence, avait flairé le danger et l'avait écarté.

Du reste, la plupart dn temps, les lettres de la prisonnière, nous l'avons dit, ne contenaient rien qui pût donner i'éveil aa commandant Lavidry.

A Blois, l'enquête était terminée.

L'affaire était renvoyée aux prochaines assises.

Elle n'avait pas été difficile à mener, cette enquête, puisque Marthe avait avoué au juge, dès le premier jour, le meurtre dont elle se prétendait coapafele

Elle avait voulu cacher quels pouvaient être les mobiles de son crime; mais ia préfecture de Paris, on s'en souvient, envoya au parquet de Blois quelques notes de nature à éclairer celiii-ci.

Le préiét ëe souvenait de la visita de Marthe et de rinsistance singulière qu'avait mise la pauvre femme à ce que Guillaume de Winter fût l'objet d'une surveillance spéciale, rigoureuse, nécessaire.

Cependant, et bien que l'enquête n'eût présenté aucun de ces coups de théâtre imprévus qui improssionnent si fort l'opinion publique, celle-ci ne s'en éiait pas moins vivement préoccupée de c« crime.

On n'avait pu cacher que Marthe, au moment de ce meurtre, se trouvait en villégiature chez le générai de Trélon-Fùntaiaes avec le commandant Lavidry, dont on connaissait la tragique aventure du Fort de la Mort.

Le générai et ie commandant Lavidry étaient presque populaires, le premier par ia confiance qu'il inspirait, le second par son malheur encore récent, présent à la mémoire de ton».

Ot ta}}» ftorl« qvQ Von «« w^fdàéft^^ pM «• «riM«

Hï

OÉSEJRTÏUli

comme un de ceux qui défrayent habituellement le» bulletin? des tribunaux, et Marthe Lavidry comme une vulgaire criminelle.

Le parquet de Blois, pour ne pas mêler î. cette affaire le nom du général de Trélon-Fontainea, s'était montré avare de renseignements. L?i personnalité Je Guillaume de Winter restait inconnue. On savait de lui, seulement, que son fils fréquentait comme lai Fontenailleg, et qu'il avait été question de mariage entre Karl et Espérance.

Mais les iiidiscrélims, — et cela était public depuis longtemps, — n'allaient pas plus loin. Le passé de Staubach, ses projets, ses intrigues restèrent uu secret.

Et GO qui surexcita au plus haut point la curiosité générale et donna un nouvel aliment à tous les racontars, ce fut ia nouvelle que l'affaire de Marthe Lavidry serait appelée à huis clos. La prudence des magistrats avait voulu éviter tout commentaire. Le nom du général de Trélon-Fontaines ne serait pas mêlé à cette affaire, du moins pour le public qui eût été douloureusement impressionné d'apprendre que le général avait failli être, dans sa confiance et sa probité, victime d'un aventurier tel que Guillaume de Winter.

Marthe avait supporté sa captivité avec un grand courage.

La seule crainte qu'elle éprouvait était d'apprendre que son père avait deviné son sacrifice.

Peu lui importait d'être condamnée.

Ce qu'elle voulait, c'était épargner cette douleur à la vieillesse de Lavidry. Mais elle avait toutefois de tristes pressentiments pour l'avenir. Tant que Marthe f^êSkhêsaM «i priaon avant de comparaître, il lerait aisé^

relativement, d'abuser de la crédulité du vieillard ; mais après sa condamnation, que dirait-on pour prolonger un pareil mensonge? î^s semaines, les mois se succéderaient... Marthe ne reparaîtrait pas... Lesaiois feraient des années... Lavidry ne serait pas longtemps à deviner la vérité... Déjà, elle le savait par les lettres du bon et dévoué Darnetal, Lavidry commençait à trouver bien étrange Tabsence prolongée de Marthe.

Il fallait s'attendre, d*OD jour à Tautre, à ce que la vérité éclatât. C'était cet avenir qu'elle redoutait et elle avait beau chercher, elle ne trouvait rien, non point seulement pour Tempècher, mais pour le retarder seulement.

Elle ignorait le drame qui s^était passé rue de Prony, prouvant que la haine de Karl de Winter n'avait point désarmé.

Elle ignorait aussi, par conséquent, la tentative de suicide d'Armand, et la désertion de Robert,

Darnetal ia savait trop accablée déjà pou'* porter le dernier coup ^ cette pauvre mère.

Et Robert, d'autre part, avait continué de lui écrire régulièrement.

Cependant elle s'étonnait bien, parfois, que son fils ne fût point venu la voir. Elle n'était pas au secret. On n'eût pas refusé à Robert cette permission. Elle eQ fut surprise et même inquiète. Que se passait-il ià-bas, loin d'elle ? et Robert ne pouvait-il, vraiment, trouver quelques heures pour accourir à Blois ? C'était possible, après tout.

Il n'était plus libre, maintenant. Mais ce qui lui faisait soupçonner que des événements graves avaient dû te pa.sser a Paris depuis «on arreération, c'était des &lioMOQjf CQat«nQe« «p â^ri^iP^s I«vî/«« dt EobarV

Jes allusions lui montraîent clairement que son fils paraissait sinon avoir deviné le sacrifice de Marthe et le secret du meurtre de Winter, mais que, du moins, il soupçonnait ce sacrifice et connaissait en partie ce secret.

Les lettres, étant lues par le directeur de la prison avant d'ét/e remises à Marthe, ne renfermaient que des allusions lointaines, qu'elle seule, sachant le passé, pouvait saisir.

Et Marthe se demandait :

Comment Robert avait-il eu connaissance de la vérité?

ParLavidry? C'était bien improbable.

Elle s'y perdait, car, n'ayant point assisté à ce meurtre, elle ignorait l'intervention de Magda et que, par Magda, Robert avait tout appris.

Aux premiers jours de l'enquête, le juge d'instruction avait reçu la déposition du générai de Trélon-Fontaines, à titre de renseignement.

Le général était absent de Pontenaiiles au moment du meurtre et ne put rien dire. Il ignorait en outre, à cette même époque, le passé de Guillaume de Winter.

Magda, elle aussi, avait été interrogée.

Elle se trouvait à l'Epinière à l'heure même où de Winter fut tué. Il paraissait extraordinaire à la justice que la jeune fiUii n'eût rien entende.

Magda avait expliqué qu'elle n'avait pas quitté sa chambre, qu'aucun appel, aucun cri ne l'avait inquiétée, enfin qu'elle n'avait été avertie du crime qui venait de se commettre que par l'arrivée des gardes qui venaient de surprendre Marthe Lavidry,

îijterrogée sur Winter, sur Karl, sur le passé d« oetts laffiUk d» laquelle k J««ae filk Mmi partie àepaii

140 pàmtalcn Rcusa

son extrême enfance, Magda s'était tae, lefubant de répondre à des questions si délicates, et flnaiement le juge, comprenant et appr mvant sa réservs, l'avait laissée tranquille.

La déposition du généred et celle de Magda n'apportèrent donc aucun éclaircissement à l'enquête.

Celle-ci, du reste, apparaissait sans iucun des mystères qui accompagnent parfois certaine* affaires criminelles.

L'aveu de Marthe enlevait un éiémeni d'intérêt au procès.

C'était un meuiire par vengeance ; la haine avait frappé.

Lorsque Marthe fut tirée de sa prison et conduite au Palais de Justice, elle eut un instant Tespoir qu'elle verrait, ce jour-là, auprès d'elle, pour soutenir son courage, pour la consoler au moins, quelqu'un de ceux qu'elle aimait : Darnetal ou Robert, par exemple.

CVût été un grand bonheur pour la pauvre femme, qui depiùs la visite de son père n'avait reçu personne.

Mais ni Robert ni Darnetal ne se présentèrent.

Et le général, Armand, Espérance n'apparurent pas non plus.

Elle eut un peu de découragement.

— Tout le monde m'abandonne!...

Ce ne fut que quelques minutes après qu'elle réfléchit que Darnetal ne pouvait laisser Lavidry abandonné à lui-même.

Mai? les autres?...

L'affaire, dans sa simplicité, devait se terminer rapidement, il n'y avait point d'ercombrement de témoinê.

HlfERTEim m

gardes de Guillaume de Winter, seuls, allaient être

entendus.

Le président des assises prononça le huis clos.

Le public se retira. Il ne resta dans le prétoire, en outre des membres composant la cour, que Tavocat défenseur de Marthe, et quelques autres retenus là pa? curiosité et tolérés par le président.

L*acte d'accusation ne fit que rapporter les faits sans commentaires.

L'intérêt excité par Marthe était très grand, nous Pavons dit, et ii était évident qu'autour de la pauvre femcae flottait une atmosphère d'indulgence.

L'avocat, en vieil habitué de ces spectacles, le comprit tout de suite et vint le dire à Marthe.

— Courage, madame, nous vous sauverons peutêtre...

— Hélas ! murmura-t'elle.

Elle n'espérait pas.

Les deux gardes, appelés successivement, firent une déposition identique. Ils ne pouvaient que due ce qu'ils avaient vu.

Interrogés sur les relations antérieures à ce crime de Marthe Lavidry avec Guillaume de Winter, leur maître, ils donnèrent des détails, disant que les rencontres entre Marthe pA Winter devaient être fréquentes, car Winter allait souvent à Fontenailles.

Us avaient surpris également les rendez-vous de Magda et d'Armand et ils y firent allusion

Quant à la haine de Marthe pour leur maître, ils l'ignoraient absolument, n'avaient jarfiais assisté à aucune scène entre eux et ne deviiîaient, en aucune façon, ca

lit fkWTkhOV HOUdB

Leur déposition finie, Da se retirèrent et prirent place dans le prétoire.

L'huissier fit introduire Marthe qui, très pâle, très faible, se laissa tomber presque sur le bauc des prévenus pendant qu'un gendarme s'asseyait derrière elle...

Point par point, afin d'éclairer les jurés, le président i éprit les détails de Tinstniction, dans l'interrogôtoire qu'il fît subir à Marthe. Et, chose curieuse, chacun de ces détails» amenait le magistrat à des questions qui, presque toutes, abandonnant le terrain même de ces débats, en agrandissaient le champ pour ainsi dire en attirant Fattention des jurés sur le passé de la pauvre femme, sur ses premières rencontres avec Stauhach, sur l'infamie de l'aventurier, sur ses ténébreuses intrigues.

Le meurtre de Guillaume do Winter disparaissait presque comme un événement de peu d'importance au milieu de tous ces (ils qui devaient aboutir au mariage de Kari avec Espérance.

Le procès s'élargissait. On aevinait — c'était même une conviction chez la plupart de ceux qui asaistaient aux débats, — qu'un grand danger avait plané sur le général de Trélon-Fontaines. et que, partis d'une basse intrigue, les de Winter père et fils, en visant Espérance et sa dot princière, avaient surtout voulu atteindre )e général et l'armée.

Le président se rendait fort bien compte de ce courant d opinion, mais il ne faisait rien pour l'enrayer,

La sympathie dont Marthe jouissait était générale, encore accrue par l'histoire émouvante que l'on venait de lâconter, et qui n'était autre que colle du secret de u captivité si bien caché park prisonrâère à son père, Qû il ridiMiit les efforts de Marikê, oa p&rlsût de sM

.ettres, on connaFseait la visite de l'aveugle à la prison, persuadé qu'on le conduisait a l'hôpital.

Tous ces détails donnaient à cette affaire une allure tragique qui déroutait quelque peu les magistrats, habitués à plus de terre à terre et malgré eux emportés par l'irrésistible sympathie qui se manifestait pour Marthe.

Marthe n'apparaissait plus comme une criminelle vulgaire.

Elle devenait, peu à peu, Tinstrument d'une justice plus haute que la justice humaine ; l'outil qui avait parachevé un châtiment mérité, longtemps différé, et qui n'en avait été que plus terrible, dans son exécution tardive...

La justice, toutefois, icrsqu'aile rendrait tout à rheare son arrêt, admettrait-elle de pareilles excuses?

Oublierait-elle qu'un meurtre avait été commis, que le sang avait été répandu, pouf ne se rappeler que l'indignité de celui qui avait été frappé î

Cela n'était guère possib-le.

Il y avait, dans le meurtre reproché à Marthe, une préméditation évident© qui empêcherait assurément l'indulgence d'être complète et de s'étendre jusqu'à l'acquittement.

Certes, on pouvait compter sur des circonstances atténuantes, mais c'était la prison.

Lorsque Marthe eut été interrogée et qu'elle eut répondu, sans hésitation, de sa voix si douce, si émue ; lorsque le ministère public eut formé son réquisitoire, dans lequel le procureur de la République semblait se défendre presque de réclamer contre l'accusée l'application de certaines lots, dans lequel, aussi, par quel-

144 PANTALON RODGÈ

len Marthe, non pas ia criminelle de droit commun, jn^ais-la vengeresse, la justicière, sans l'excuser touteifois, mais afin qne la conscience des jurés fût éclairée, après le réquisitoire, Tavocat prit la parole.

Etait-il vraiment besoin de défendre l'accusée? demanda-t-il. Tous, les jurés, le ministère public, le président et les conseillers, ne Tâvaient-ils pas en quelque sorte défendue depuis le commencement des débats? X'avocat n'avait qu*à continuer cette défense et vraiment la tâche était facile. Il n'avait qu'à rappeler ce que fut Marthe, à faire l'histoire de celte vie de souf- •frances, de douleurs morales si vaillamment supportées. 11 n'avait qu'à la représenter perdant ia raison dans la forêt de Compiègne, fcrlle si longten^.ps, miraculecsement guérie, et retrouvant auprès de Haos Schùier, à Munich, le petit enfant qu'elle avait perdu ; il n'avait qu'à la représenter laborieuse-et dévouée, au Canada, au Tonkin, partout enfin où el^e avait , passé, pour accentuer encore 1« mo^yement de symfpathie qui se levait aotouf de l'accusée.

H n'y manqua pas.

Mais il appuya surtout B«r les hasards (ie cette vie traversée de tant de dangers et dans laquelle surgissait tout à coup, vicigt ans apîès le drame de Bazeilles, la figure odieuse de Saufeaeb le bourreau.

Qu'avait dû peaser la pauvre Marthe? Et quels sonibr<^.8 projets dans cette frêle tête, jadis déjà frappée de folie I

L'avocat tendait à enlever toute préméditation.

Il montrait Marthe essayant par sa seule intelligence, par son unique énergie, d'écarter les dangers qu'elle voyait se former sur la famiiia de Trélon-Fon-»

îl la montrait impuissante, réduite à ses seules forcei et sans perdre courage, sachant pour quelle cause sacrée elle combattait ainsi; il la montrait s'adressant kn dernier ressort à la préfecture de police pour que celle-ci protégeât M. de Trélon-Fontaines... Et à qui g' adressait-elle, à la préfecture?... Au préfet iuiméme, afin que le secret de sa démarche, le secret de son passé, de ses épouvantes de l'avenir fût miaux gardé...

Et, continuait le défenseur, ce fut cette visite même de Marthe au préfet de police, visite dont chacun appréciait les motifs, et qui n'avait d'autre but que de protéger M. de Trélon-Fontaines contre des entreprises d'aventuriers sans scrupules, ce fut cette visite qui la perdit. Car si Marthe était restée à Fontenaiiles sans vouloir user des ressources qu'elle espérait trouver dans la préfecture de police, que serait-il irrivé ?

Winter mort, si Marthe avait voulu se taire sur le^ causes do son crime, causes multiples qui se rattachent au présent en même temps qu'à un passé déjà lointain, qui donc aurait pu déterminer, parmi les juges, le mobile de ce meurtre?

Et si elle avait voulu le nier, ce meurtre, en dépit de l'intervention des deux gardes, les juges ne poavant en démêler les motifs, qui donc oserait dire aujourd'hui que cette pauvre fen?me n'eût pû§ été acquittée / L'avocat fit donc ressortir, non sans lofi«fue, qu€ Marthe avait été perdue par sa n^it au préfet de police...

Or, cette visite avait un but qa% Ton a« pesi 4^'*^ prouver hautement : le salut d'un ithietf© géoéraW' l'honneur de notre armée.

i4ô PANTALON ROU&l

l'heure, ce serait uniquemeni, dégagée de tons les autres incidents de cette affaire, parce qu'elle avait tenté d'arracher an soldat français aimé de tous à la hocte d'une alliance qui l'eût déshonoré I 1

Ces considérations firent une impression profonde sur le jury.

L'avocat parlait simplement, saos emphase, mais sa parole était élégante et chaude.

Il sut montrer aux jurés qu'ils étaient placés là, sur les sièges des juges, par la loi, non pas seulement pour considérer les coupables au point de vue de la justice qui frappe, mais aussi pour prononcer des arrêts dans la haute conscience de leur probité d'hommes et la bonté de leur cœur.

Il leur dit que là où des magistrats, de par leurs fonctions et leur devoir même, seraient obligés de condamner parce qu'il y avait du sacg répandu et que la loi est formelle, eux, les jurés, les juges populaires, qui ne jugent pas seulement avec le cerveau, mais qui jugent avec leur âme, avaient le droit de pardonner!

Certes, il ne niait pas qti'ii y eût an meurtre et que par ce fait Marthe s'était mise ho?s dfc la loi.

Mais ce meurire, combien excusable !

Et qui pouvait vraimtînt, dans la justice de sa conscience, le lui reprocher, alors qu'au ^contraire il y avait presque un sentiment d'adoiiration pour elle chez tous ceux qui la connaissaient et qui se rendaient compte des motifs de son action.

Lorsqu'il se tut et s'assit, il lui fut facile de juger que sa défense avait profondément troublé les jurés.

I^e terrain était favorable ; il n'avait eu, en quelque , tortê, «D commun ÇiSiQt a» ^hui^ùdj», ^u% ft«t«a.«a 9<^u

éloquente parole pour émouvoir des cœurs tout prêts à se laisser convaincre.

îl y eut, une réplique très courte du ministère public qui se contenta de rappeler que nul n'a le droit de se faire justice soi-même.

Et la cour et les jurés se retirèrent.

Marthe fut emmenée.

Ceux qui venaient de disparaître là allaient disposer d'elle, de son bonheur et de sa vie.

L'avocat lui dit en souriant :

— Bon espoir. Ça marche l'Ça marcha I

Elle sourit tristement.

Elle avait fait, depuis trop longtemps, Tabandon d'el'e-même pour être sensibie môme à la plus lointaine espérance.

Une seule pensée îa préoccupait :

Son père I

Une seule irrainte : eelJe de ne pouvoir plus, si elle était condamnée, mentir plus longtemps à l'aveugle î...

Et aiors, qu'adviendrait-ii?

G'ét^t l'inconnu.

L9 jonr même où Marthe passait en cour d'assises» le commaiidant Lavidry se réveiliait d'un sommeil pénible, tout peuplé ce cauchemars. Sa fille, son petit fils, il les avait revus en rêve ; ils étaient perdus, perdus pour lui. L'absence inexpliquée d^ Marthe cachait un mystère que personne, autour de lui, ne voudrait révéler, et la fuite de Robert brisait à tout jamais la carrière et les ambitions du jeune soldat.

Le jour n'était pas encore venu. Il était six heures.

L'aveugle se souleva péniblement sur sou lit et réfléchit.

Les soupçons, néf^ en lui depuis quelque tempd, pesaient sur son coeur comme ud fardeau énorfiie.

11 y pensait tout le jour.

Et la nuit, nous venons de le dire, ces pensées se transformaient en lugubres imaginations, desquelles il sortait fatiguéj le front ruisselant de sueur, triste infiniment.

11 ne voulait point ae hasarder à interroger Darnetai

DÉIERTIUA 149

Darnetal ne chercherait-ii pas, comme toujours, à it calmer par de vagues paroles?

Non, il découvrirait seul le sdcret qui lui éiait si bien caché.

xMais comment ?

Voilà ce qu'il se demandait, pensif, ce matin-là.

Un projet était bien né en son cerveau depuis quelques jours, mais si difficile à exécuter, presque impos-îîble I

Celui d'aller seul, à Blois, s'informer, chercher sa fille, la surprendre, et cela sans aide, sans Darnetal, sans personne.

Le pourrait-il ?

Parfois, un peu de vigueur revenait à ses jambes affaiblies et il réussissait à faire quelques pas, seul, au prix de bien des efforts.

Mais cela ne suffisait pas 1

Aveugle, qui le conduirait?

li eut tout & coup une expression d'énergie singulière.

— Personne, murmura-t-il... Personne ne me conduira... Je n'ai besoin de personne... Ah! si je pouvais... aujourd'hui... aujourd'hui seulement, mon Dieu, et pendant tout un jour, me tenir sur mes pauvres jambes, marcher on peu...

Il rejette les couvertures.

— Essayons 1

Et le voilà qui, lentement, calculant ses efforts, sort de son Ut.

Ses jambes le portent à peine.

Il chancelle.

Cependant il se tient debout I Les mains appuyées

IBê PANTALON ROUGB

contre des meubles ou sur le dossier dds chaises» 3 s'avance de quelques pas.

Il est presque aussitôt obligé de s'asseoir.

Mais il recommence et enfin fait ainsi le tour de sa chambre.

— Je me tiens debout... Je n'en demande pas davantage...

Il sonne.

Malgré l'heure matinale, et bien qu'il fasse toujours nuit, il sait que l'unique bonne de le villa doit être à sa cuisine.

Et, en effet, elle vient de descendre, et le coup de sonnette la surprend au moment où elle était en train d'allumer son feu.

Elle accourt auprès de Lavidry.

Enveloppé de sa robe de chambre, le vieillard se repose dans un fauteuil. Elle s'étonne de le voir levé de si bonne heure.

Mais il ne la laisse pas s'étonner longtemps.

— Dites-moi, je sais que parfois, très souvent même, Darnetal sort le matin pour aller se promener au bois... Il part avant le jour, ainyant la vie matinale de Paris qni s'éveille et voulant être de retour au moment où le facteur apporte le courrier.

— Gui. c'est la vérité. M. Darnetal est souvent parti avant môme que je sois à ma cuisine,

— Savez vous s'ii est en ce moment chez lai?

— Je l'ignore.

— Tâchez de vous en assurer et revenez me le dire.

La domestique sortit. Les doigts de l'aveugb, croisés sur sa robe, tremblaient convulsivement, tant son émotioo était violente ei t%nt il attachait d'importance

DiSJSRTEUR 15]

an renseignenieiit d'apparence isi simple qu'il t< de demander.

Il écoutait, penchant la tète avidement, le retoor de la bonne.

Elie réparât.

— Eh bien ? intbrrogca-t-il.

— M. Darnetal n'est pas dans »a chambre. Je suppose qu'il doit être parti déjà pour s-a promenade habituelle...

— Sans doute, sans doute, c'est la seule heure de liberté qu'il se donne, le brave et dévoué garçon...

— Oui, on peut dire qu'il ainie moodeu»:.,. Lavidry, de plus en plus fiévreux, garda un instant

le silence.

Il hésitait, au moment de prendre une irésolution. Puis, tout à coup, sa résolution prise :

— Allez mo chercher une voiture.

— Comment I monsieur veut sortir?...

— HâteZ'Vous i

— Monsieur deyrait an caoin» attendre le retour d® M. Darnetal.

— Non. Hàtez-^ous, je le répète... Je n'ai pas de temps à perdre, c. Vous troQ'/erez peut-être des voitures à la station voisine, malgré l'heure...

— Oui, eni, j'y court, monsieur, j'y cours; mais monsieur n'a pas l'intention de sortir seul, îe suppose... et il me faut le temps de m'habiller.

— Je sortirai seul, au contraire... Aileil

La domestique, efîarée, ne répliqua plu&. Mais eilo se frappa la tête avec un geste d« pitié pour l'homme qu'elle croyait devenu fou...

fit elle sonit, murmurant :

— S»Àremeiii»> e'att un accès 1 Qu'est-ce qu'il va faire?

Elle obéit, malgré tout.

Elle fut un quart d'heure à trouver un fiacre, et quand elle reparut dan? la chambre à coucher de Lavidry, celui-ci était habillé.

-:. Monsieur déeire-t-il que je l'aide à descendre l'escalier et à traverser la cour de la villa ?

— Oui... donnez->moi votre bras.

La domestique était robuste. Du reste, l'aveugle marchait un peu, bien qu'à grand'peine. Ils mirent longtemps à faire ce court voyage.

Lorsque Lavidry fut installé dans la voiture :

— M. Darnetal sera bien surpris tout à l'heure, lorsqu'il rentrera, fit la bonne, de ne pas trouver monsieur... M. Darnetal m'interrogera... me demandera oè moAsieur est allé... de si grand matin... seul... malgré ses infirmités... Que fandra-t-il que je lui réponde...

'— Que vous rignorei et que je ne vous l'ai pas dit.

Le cooher attendait. Il demanda, en se penchant :

— Où faut-il vous conduire, patron ?

La bottne, curieuse, ne s'était pas éloignée. Mais l'aveugle le devinait.

— Desôendei vers Paris, dit-il... Je vous donnerai Tadresse plus tard.

H referma la portière.

La voiture partit, laissant la bonne de plus en plus surprise et déconftie.

— Ëo voâà MM araire I dit-elle. Pour sûr il a un grain !

Giftq MMiies »'^«*ttièrent.

Lavidry frappa au vasistas.

l0 m^iMr a»^ dwcendit, oovril U portièrt.

Il avait remarqué que le voyageor était in^Mlant al aveugle.

Il demanda :

— Et maintenant, Tadresae, bourgeois?

— Gare d'Orléans...

— A l'arrivée?

— Au départi

Le cocher remonta sur son siège et cingla son cheval.

Le jour se levait. Il était à peinft sept heures.

— Il me semble qu'il y a un train pour Blois vers huit ou neuf heures, murmura ie vieillard... Mon Diou, veillez sur moi, donnez- moi la force d'aller jusqu'auprès de ma fille...

Villa Montmorency, une heure après, Darnetal rentrait.

lia bonne l'attendait avec une impatience fiévreuse.

Quand eUe le vit, elle lui annonça la nouvelle.

Darnetal se refusait à la croire.

Il fallut bien pourtant qu'il se readî4, à l'évidence.

Lavidry parti! Où était-il ailé?

Il ne pouvait le deviner.

Mais soudain il pensa :

^— Qui sait s'il n'a pas voulu revoir Marthe?... Alors, il a des soupçons?,. ,11 sait que nous l'avons trompé!... Marthe, en ce jouri Ohl mon Dieu!

Et lui-même, sans au-treraent se vêtir, prenant quelque argent, sortit et sauta dans un fiacrç.

— Gaie d'Orléans... et brûlez le pavé.'... H consulta sjl montre.

— Huit heures et demie... J'arriverai trop tard.,, lorsque le coiamandant Lavidry aniya da^ la ^mf

ISi FAJfTiU.OM ROUM

de îa gare, de» facienrs attendaient sons la marquise et guettaient les voitures chargées de bagages.

Deux bommes s'avaucèrent.

Le cocher, complaisant, expliqua qae son client était infirme et aveugle, et que par conséquent il aurait iiesoin d'aide.

La portière s'ouvrit.

Des mains robustes àe tendirent vers le vieillard et le soulevèrent doucement. On le nt asseoir sar un banc.

— Où allei-Tons, moaeieor? Quel train prenezvous ?

— Je vais à Blois, mais je sais venu au hasard et je ne connais pas les heures des trains.

— Vous ave» an train qui part dans vingt minutes, à huit heures vingt-ci»sj minutes, et qui arrive à onze heures seize... Il est ûjwnmode... Maintenant, vous en avez un autre qui i^9s\ une heure après, à neuf heures quinze, pour arriver a «wize heures cinquante.

— Je prendrai le joremier... celui de huit heurea vingt-cinq...

— Désirez- vous quci'&ille chercher votre place?

— Oui. Voici de l'argent. Aller et retour.

— Vous n'avez pae o(e bagages?

^Non. Rien

Un des deux facteuii resta auprès de L«vidry pendant que l'autre courait au guichet.

Celui-ci revint bientôt et tendit le ticket à J'aveugle.

— Merci. Soyez assez complaisant pour me soutenir jusquau compirtiment où je vais monter...

Les deux hommes le prirent chacun par un bras, et doucem.ent, traversant la èaile des bagages, ils passèrent sur le quai...

Page 1