II
Il est d'autres circonstances, et en grand nombre, dans lesquelles l'humanité fait un déplorable emploi de ses forces vives; mais le Commerce et l'Armée sont les deux cas les plus importants, et nous pouvons nous y tenir, lis
suffisent bien pour constater notre impéritie, pour enlever toute justice à nos plaintes, tout prétexte à nos récriminations.
Comment transformer les armées guerrières ? Par quel mécanisme remplacer le commerce anarchique?. . . Ces questions et d'autres encore surgissent quand on songe au moyen de reconstituer la société. Mais ici nous n'avons pas de réponses à faire? La recherche des moyens n'entrent pas dans le plan que nous nous sommes proposé de suivre. (1).
Nous avons voulu définir clairement le but vers lequel l'humanité doit tendre, nous avons exposé les principes qui doivent la diriger. Ces principes sont-ils vrais, la difficulté plus ou moins grande de leur application ne peut les compromettre. Que l'humanité comprenne bien sa destinée terrestre, qu'elle fasse son œuvre qui est de travailler à la remplir , et chaque nouvel effort dans le droit sens, sera suivi d'un nouveau succès.
(1) Dans un autre livre que nous pourrions publier, si celui-ci était accueilli avec un peu de bienveillance , nous donnerions nos idées sur les choses â faire dans le sens du progrès.
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Eh bien! clira-t-on, supposons que l'humanilé s'est enfin décidée à comprendre les projets de Dieu sur elle et à faire son devoir.
Elle a conquis toutes les parties de son domaine transformé, par ses soins, en un immense jardin; elle s'est délivrée successivement, en détruisant leur cause, de toutes les maladies épidémi(iues et contagieuses; elle a su, en offrant à chaque aptitude physique et intellectuelle de chaque homme un emploi convenable, maintenir l'équilibre entre ces facultés, prévenir les excès, et affermir la santé générale , tout en créant la richesse . . . Supposons toutes ces choses . . .
Cependant, quoique l'homme ait fait son devoir, le malheur toujours l'atteindra, puisqu enfin il doit être terrassé par la mort !
Il est vrai , l'homme doit mourir ! . . . mais la mort naturelle, dont nous connaissons à peine quelques rares exemples, la mort régulière et normale, la mort dernier terme d'une évolution complète, la mort ne sera plus un mal ! . . .
Quand notre conscience nous dira que nos jours ont été bien remplis , qu'aucun d'eux ne s'est écoulé sans que nous ayons travaillé , avec
Dieu, à faire régner sur la terre la justice, l'abondance et la paix ;
Quand nous serons sans inquiétude sur ceux (|uc nous laisserons après nous, parce que, dans une société bien organisée, tous auront une position convenable ;
Quand nous aurons bien compris que la mort n'est qu'une transformation , qu'une transition d'un état de vie à^un autre état de vie , analogue au passage du sommeil à la veille et tout aussi peu redoutable ; (1)
Quand enfin, plein de confiance en Dieu, nous saurons, sans en jamais douter, que toutes les phases de notre destinée se succèdent comme il convient pour notre plus grand avantage;
Alors la mort naturelle , la mort par extinction de forces, sans secousses, sans à-coup, sans douleurs , la mort ne sera pas un mal ! ... (2)
Car la mère n'aura plus à pleurer sur un berceau vide ;
(1) Nous parlerons de la seconde vie dans le Livre 2.
(2) Dans la société la mieux organisée , la mort accidentelle cependant ne sera jamais évitée complètement. Mais la mort naturelle deviendra la règle , la mort accidentelle l'exception ; et chaque progrès des sociétés réduira cette exception à des proportions plus étroites.
Car renfant ne sera plus privé du père (lui doit guider ses premiers pas ;
Car les fleurs de la jeunesse ne se flétriront plus, sans être remplacées par les fruits de
Tàge mûr ;
Car enfin, quand il faudra se séparer du vieillard , riche d'années , dont le départ était prévu , nul ne songera à se soulever contre une loi dont la sagesse sera visible pour^tous les yeux. Le vieillard lui-même se résignera sans peine à suivre les amis de son âge, dans le monde supérieur où il doit rajeunir, où il attendra ceux qu'il aime dans ces jeunes générations dont il se sépare.