L IMMORTALITÉ PEUT ÊTRE DE TROIS MANIÈRES
il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres, et les corps célestes ont un autre éclat que les corps terrestres.
St Pail.
Dieu rendra à l'âme son corps immortel , plutôt que de laisser l'àme, faute de corps, dans un état imparfait.
Bossu ET.
Si je devais m'arrêter ici , si je n'avais rien à afliriner au-delà de ce que j'ai dit ; mes idées sur Dieu , sur la destinée de l'homme seraient incomplètes, el l'édifice que j'ai construit chancellerait sous un effort dirigé convenablement.
L'homme n'est pas organisé, comme l'animal, pour s'occuper exclusivement du présent, la
j[50 DESTINÉE DE l' HOMME
pensée de Tavenir est toujours dans son âme, respoir et la crainte agissent fortement pour rendre son état actuel heureux ou malheureux. Il n'arrête pas môme ses regards au terme de la vie, il les porte avec anxiété par delà la tombe, et, ce qu il croit y voir peut exercer sur lui une influence assez énergique, pour qu il fasse à un avenir qu'il espère, le sacriûce absolu du présent
dont il peut jouir.
Dieu mentirait aux instincts qu il nous a donnés , c est-à-dire aux promesses qu'il nous a faites , si tout finissait pour nous avec le dernier soupir. C'est une existence sans fin que nous désirons , c'est à l'immortalité que nous avons droit, de par les sentiments dont Dieu a composé
notre être ! ,
Tel est le problème redoutable que je dois
aborder encore.
Parviendrai-je à faire passer dans le cœur des autres , la conviction qui a pénétré dans le mien ?.. Je n'en douterais pas si tous croyaient sérieusement en Dieu, en un Dieu bon, juste, intelligent. Mais, hélas î les religions comme les philosophies ont, àTenvi, accumulé contre Dieu, les préjugés les plus étranges, les plus déplorables erreurs. Comment rendre la vigueur à des esprits épuisés par
loi
une maladie chronique, congéniale, dont ils ont une telle habitude qu'ils ne sentent même pas qu'ils en sont atteints.
Chacun trouverait cent motifs pour accuser Dieu, si la vie présente était notre destinée complète. Nous ne relèverons ici que les objections qui naîtraient, si l'immortalité nous était refusée, de notre manière particulière de comprendre le rôle de l'humanité sur la terre.
Ce rôle est la gestion du globe. Si sa gestion est habile, l'humanité récolte le bien ; elle récolte le mal, si sa gestion est maladroite.
Dieu est juste ainsi envers l'humanité prise collectivement et considérée comme un être réel. Mais il n'est juste ni pour les individus qui forment l'humanité dans un même temps , ni pour les générations qui se succèdent.
Si l'humanité s'égare, pourquoi souffre-t-il avec elle, ce sage qui s'est épuisé en vains efforts pour la ramener?
Si l'humanité doit être heureuse un jour, pourquoi tant de douleurs aux générations du passé , tant d'avantages aux générations de l'avenir?
La génération même qui, rompant la première avec les anciennes erreurs, remettra Fliumanilé dans la bonne direction ; cette génération s'usera avant d'avoir pu réparer le mal produit par des fautes et des dévastations séculaires ; et d'autres jouiront de la récolte qu elle aura préparée, par de grands et pénibles travaux.
Dieu paraît en outre joindre la maladresse à Tinjustice, quand il confie l'embellissement et l'entretien du globe, à une suite de générations. N'agit-il jpas avec l'imprévoyance de celui qui, pour les soins à donner à son jardin , prendrait chaque jour un jardinier nouveau? Par quel intérêt, par quel attrait ces travailleurs successifs s'attaclieraient-ils à leur œuvre? Chacun d'eux, insoucieux du lendemain, ne chercherait-il pas seulement à tirer le meilleur parti possible du jour qui lui serait donné ?
On est porté à se demander si Dieu n'eut pas agi plus sagement, en formant l'humanité d'un nombre déterminé d'individus, dont la vie eût été égale en longueur à celle de la planète. Tout paraîtrait bien alors, et Dieu demanderait justement compte aux hommes de l'état d'un domaine qui, depuis sa formation jusqu'à sa dissolution, ne sortirait pas de leurs mains.
Mais cette supposition est manifestement contraire à la réalité ; après avoir passé quelques jours sur la terre, les hommes meurent, les générations s'évanouissent, et, si l'on en croit les apparences, l'avenir de l'humanité importe peu à ceux qui en sont sortis.
Avec une foi profonde, avec la certitude, bien enracinée dans l'àme, que les lois divines, par quelque cùlé qu'on les considère, se montreront toujours dignes de la suprême sagesse, dès qu'elles seront comprises; ou ne se détourne pas, comme d'une impiété, d'une pensée qui semble une accusation contre Dieu.
Si l'objection qui se présente était négligée, on croupirait dans l'ignorance qui l'a produite. En la posant au contraire, on montre le désir de comprendre Dieu; et, si l'on parvient à la résoudre, on fait un pas dans la science, un pas d'autant plus grand que l'objection aura été plus sérieuse.
Nous enregistrons donc avec soin toutes les difficultés qui peuvent se présenter, contre la sagesse des lois providentielles. Si elles s'évanouissent devant notre théorie des destinées humaines , ces
difficultés serviront à celle-ci de contrôle et de démonstration.
Avant de poursuivre nos études sur l'inimortalité, nous devons établir encore un point important.
Happelons-nous que les êtres de la création , à quelque degré d'élévation qu'on les choisisse, hommes, planètes, mondes, univers, etc.; s'ordonnent, avec des êtres du même rang, pour former des êtres nouveaux, des individualités d'un ordre plus élevé.
Si l'on suit, en montant, la série de ces individualités, on comprend qu'elles occupent, dans rimmensilé, des espaces de plus en plus étendus; qu'elles décrivent, dans des temps de plus en plus longs, des orbites de plus en plus vastes ; qu'elles fournissent leur carrière, qu'elles naissent, vivent et meurent dans un nombre de plus en plus considérable de siècles.
Comme il faut bien admettre que chacun des êtres appelés à se manifester dans la création, est destiné à parcourir toutes les phases de son existence propre, il devient impossible d'assigner une limite à la durée du monde visible, puisqu'on
trouverait toujours desitres dont la vie s'étendrait au-delà de cette limite, quelle qu'elle soit.
Ceci s'applique au passé, comme à l'avenir. Les êtres les plus vastes qu'il nous est possible de discerner sont les nébuleuses, et ces globules qui ont pour molécules constitutives des soleils, se montrent au télescope aussi différents d'âge que les habitants d'une cité; les uns jeunes, gonflés, de forme encore indécise ; les autres , dans l'éclat de la virilité ; d'autres enfin avec les apparences de la décrépitude.
Depuis quand les vieilles nébuleuses existentelles? Depuis quand les vieux univers de nébuleuses ? Et les vieux mondes formés de ces
univers?. . . . etc.
Tout conduit donc à faire reconnaître, dès qu'on prend l'infini en considération, que le monde visible, n'a pas eu de commencement, comme il n'aura jamais de fin.
Immuable dans sa pensée et dans ses déterminations. Dieu a toujours voulu ce qu'il veut encore aujourd'hui. 11 a toujours été, par conséquent le néant, le vide, le chaos n'ont été jamais;
il sera toujours, par conséquent les éléments ne se précipiteront pas les uns sur les autres, et le moment de la confusion, de la conflagration générale ne surviendra pas.
Variété éternelle dans une éternelle unité, telle est sa loi. Unité, parce que l'ensemble de la créalion a toujours présenté, présentera toujours une pareille harmonie, une semblable coordinalion des êtres qui la constituent; variété, parce que tous ces êtres évolutionnent, c'est à-dire naissent, se développent, déclinent et meurent, sans que rien se perde cependant dans ces incessantes modifications.
Ainsi, s'il fut un temps où notre terre n'était pas, si, à une certaine époque notre soleil s'est enflammé pour la première fois; d'autres terres se promenaient autour d'autres soleils, et les populations n'étaient pas moins pressées dans lescieux.
Et quand la terre se dissoudra, quand notre soleil s'éteindra épuisé par l'âge; de nouveaux glo])es se formeront, qui seront fécondés et conduits par de nouveaux soleils.
En aflirmant que le monde visible, palpable, qui se révèle à nos sens a toujours été et qu'il sera
toujours; nous ne pensons pas à nier l'existence d'un autre monde , d'un monde dont nos organes actuels ne peuvent avoir la perception, d'un monde invisible pour nous.
La nécessité de cet autre monde nous est au contraire démontrée. C'est ce monde que traverse du moins, si elle n'y doit pas séjourner, l'âme qui abandonne le corps auquel elle était temporairement unie. Si l'on croit l'âme immortelle, comme on ne peut avoir aucune notion sur la nature de celte âme, sur les éléments qui la constituent, sur le chemin qu'elle suit quand elle s'échappe, on doit reconnaître que ces choses ne sont pas du monde matériel au sein duquel nous vivons.
Nous affirmons donc en même temps les deux mondes , le visible et l'invisible , et leur coéternité. Nous aflirmons qu'il n'arrivera pas ce jour où le monde visible s'abimerait, où le monde invisible resterait seul, où la création perdrait un de ses caractères, un de ses aspects, une de ses splendeurs.
Ceci posé, rimmorlalité peut être résiVisée pour t homme de trois manières, de trois manières