CHAPITRE IV
UN ALTERNAT ÉTERNEL ENTRE LES DEUX iMONDES.
(Première partie.)
La raort est un sommeil... c'est uu réveil peut-être
Shakespeare.
Nous arrivons à la dernière des trois hypothèses qui peuvent exphquer l'immortalité, à l'idée que rhomme alterne indéfiniment entre les deux mondes , que sa destinée se compose de stations faites successivement dans l'un et dans l'autre, dans le visible et dans l'invisible.
Si cette hypothèse ne résout pas toutes les objections mieux que les précédentes , si elle ne
fait pas tomber toute difficulté , toute accusation , contre la sagesse, la bonté, l'équité des lois providentielles ; notre impuissance sera constatée pour élucider ces questions , sur lesquelles nous sommes si naturellement portés à méditer, et nous retomberons , découragés , sous le joug de plomb du mystère.
Mais si par l'hypothèse tout obstacle s'aplanit , toute obscurité s'illumine ; si de plus il devient évident qu'aucune croyance n'est capable au même degré, d'entraîner l'homme à la vertu, à la pratique du bien, ne reconnaîtra-t-on pas la vérité à ces caractères divins , et ne sera-ton pas heureux de l'accepter.
Occupons -nous d'abord du coté pour ainsi dire matériel de la question; cherchons dans quelle partie de l'univers le monde invisible peut être, quel chemin y conduit, quel mécanisme le rattache au monde inférieur , à notre monde ?
Où est-il placé?. ... En voyageant en pensée dans l'espace, en avançant toujours dans la même direction, rencontrerait-on un obstacle
DAJVS LES DEUX MONDES
au-delà duquel rien ne serait?... Irait-on se perdre dans des déserts ?
Aucune de ces suppositions n'est admissible,
parce qu'aucune ne se concilie avec l'infinie
puissance du souverain architecte. Dieu est
partout , la Création est donc aussi partout , avec
toutes ses qualités , et partout on trouverait des
soleils et des planètes ; partout l'ordre , la fécon-
dite, la vie; partout, pour représenter Dieu,
des êtres faits à son image, ayant conscience
d'eux-mêmes et de leur mission , et attirés , par
leur nature , vers l'infini.
Si le monde visible est partout, Je monde
invisible n'est nulle part à moins qu'il ne
soit partout aussi!
Nous connaissons la Création surtout par les plus grossières des substances qui la composent ; par ces substances que nous pouvons voir, saisir,' diviser, enfermer, peser; sur lesquelles nos organes matériels ont prise, et que nous avons nommées substances pondérables.
Nous connaissons encore, mais seulement par quelques-uns de leurs effets , d'autres substances
qui jouent cependant un rôle considérable dans tous les phénomènes : rélectricité, le magnétisme,
la chaleur, la lumière, l'éther Les fluides
impondérables en un mot.
Ces fluides sont assez subtils , pour qu'aucune augmentation de poids ne décèle leur présence, sur les corps pondérables où ils s'accumulent; pour qu'ils ne produisent, dans certains cas, aucun efl'et sur nos sens. En même temps, ils sont doués des propriétés les plus énergiques , ils traversent des espaces immenses avec la rapidité de la pensée ; quand des corps leur font obstacle , en un instant inappréciable , ils pulvérisent les plus tenaces, ils fondent, ils vaporisent les plus réfractaires. Parmi les éléments de la Création, le rôle le plus actif leur est évidemment départi.
Ces fluides remplissent des fonctions essentielles dans le monde visible, mais en s'efl'açant pour ainsi dire, en se pliant à ses formes, en respectant ses apparences. Ne peuvent-ils dominer à leur tour dans un autre monde où les substances pondérables descendraient au rang d'auxiliaires , et constituer un second aspect , un autre département de la Création.
C'est ainsi que l'air s'utilise, en se faisant
liquide, dans le domaine des eaux où il est essentiel à la vie; bien qu'il ait son domaine spécial où l'eau pénètre aussi pour un rùle secondaire , en prenant la forme gazeuse.
Dans le monde inférieur où nous sommes, Tàme, disposant d'un corps, d'un instrument formé de substances pondérables, agit sur les matériaux pondérables de la planète.
L'âme, entrant par la mort dans le monde supérieur, où domine l'élément subtil, sur lequel elle n'aurait pas prise avec ses organes grossiers ; abandonne ces organes pour se servir d'un autre instrument , d'un corps composé de substances convenables pour le milieu sur lequel elle doit agir.
Rien ne s'oppose à ce que les fluides impondérables bien réellement existants, quelle que soit leur subtilité, puissent former des corps organisés comme le sont nos corps actuels, et propres à servir d'instruments aux âmes quand elles sont dans le monde supérieur.
En donnant à l'âme, dans l'un et l'autre monde, un vêtement corporel, nous nous accordons avec
les Pères de l'Eglise, aussi bien qu'avec les Philosophes; puisqu'ils ont tous reconnu que l'âme ne peut être comprise, réduite à elle-même et privée de tout moyen de manifestation. // y a des corps célestes aussi bien que des corps terrestres , a dit saint Paul.
Le monde supérieur ne peut pas être , plus que le monde inférieur, dans un état de vague et de confusion. Ce que Dieu a jugé bon de faire pour celui-ci , il l'a fait nécessairement aussi pour celui-là.
Le monde supérieur* se divise donc, comme l'autre, et se subdivise en parties ordonnées entre elles par groupes et par séries, et régulièrement hiérarchisées. De plus , on doit naturellement penser que l'organisation du monde invisible est calquée sur celle du monde visible ; que chaque unité d'un ordre quelconque dans un des mondes, est représentée, dans l'autre, par une unité d'un ordre correspondant.
Ainsi chaque planète , chaque monde , chaque
univers de la partie visible de la Création ,
a , dans la partie invisible , son reflet , sa repré-
senlalion; et deux unités qui se répondent peuvent être liées Tune à l'aulre d'autant plus étroitement, que leur hétérogénéité permet de comprendre leur coexistence en un seul lieu, leur fusion en un seul tout.
Ainsi toute planète appartient en même temps aux deux mondes, et présente, à la double population qu'elle porte, un double champ d'activité.
Ainsi la Création, dans ses détails, comme dans son ensemble , est toujours semblable à ellemême, toujours composée, sans cesser d'être une.
Elle est une, parce que les deux mondes dépendent l'un de l'autre tellement que, pour les séparer, on devrait disjoindre tous les éléments qui les forment el les dissoudre.
Elle est une, parce qu'elle est gérée sous ses deux faces par les mêmes êtres, modifiés simplement dans leurs éléments de corporéilé.
Elle est une enfin , parce que la vie se manifeste de part et d'autre , par les mêmes besoins , les mêmes sentiments , les mêmes passions, seulement avec des différences d'intensité, de délicatesse, de lucidité.
La présence simultanée sur la terre d'une double population n'a rien qui étonne, si l'on pense qu'aucune relation n'est possible, entre des êtres aussi essentiellement différents, par les organes dont ils disposent pour se manifester. D'ailleurs ils ne fonctionnent pas sans doute au même lieu. Nous ne quittons pas , dans la vie présente, la surface de la terre; les défunts séjournent peut-être babituellement dans les hautes régions de l'atmosphère.
Nous ne cesserons donc pas d'habiter, tant, qu'il existera, le globe dont Dieu nous a donné la gestion et dont nous tirerons toujours une somme de biens, en rapport exact avec la puissance et l'intelligence de nos efforts. Ce globe est un domaine composé de deux parties entre lesquelles nous alternons , allant à l'une par le décès , revenant à l'autre par la naissance, et recommençant indéfiniment le même alternat. Dans ces deux vies , dont l'ensemble forme notre destinée, nous sommes séparés, sans cesser d'être associés, puisque nous travaillons ensemble au perfectionnement , au raffinement d'une propriété qui nous est commune; nous attaquant, sous une
forme, aux éléments matériels et grossiers, sous l'autre aux éléments éthérés et subtils; tendant toujours au même but , par des travaux différents, mais complémentaires.
La terre qui a commencé aura nécessairement une fin. Alors l'humanité recevra un nouveau globe , un nouveau domaine , pour y fournir une nouvelle carrière , dans des conditions analogues ; avec des modifications cependant, comme nous l'expliquerons plus tard.
Nous ne faisons encore qu'exposer le mécanisme de la double vie qui fait notre destinée, nous réservant d'en justifier ultérieurement toutes les dispositions.
Mais déjà nous pourrions dire, si nous n'étions pas malheureusement portés à repousser à priori une chose nouvelle et de quelque importance, parce que, nécessitant un remaniement de nos idées , elle trouble désagréablement cet aménagement de notre cerveau auquel nous étions habitués; nous pourrions dire que rien d'aussi simple, d'aussi palpable, d'aussi compréhensible, de moins mystérieux n'a été dit, sur le séjour
de ceux qui sont entrés dans la seconde vie.
La sonde et le marteau du géologue ont fait connaître la terre dans ses couches profondes; et ce monde inférieur, ces régions souterraines, où les anciens plaçaient les champs élyséens et le Tarlare , ont pour jamais disparu.
Le télescope de l'astronome a dissipé , comme des bulles de savon, ces cieux multiples, ces firmaments qui limitaient l'espace et renfermaient la terre.
L'attention se porte au contraire , de plus en plus, sur les fluides impondérables. Chaque pas de la science fait mieux ressortir Timportance du rôle qu'ils jouent ; fait mieux comprendre combien, sous ce rapport, nous avons encore à observer et à méditer.
Parlerons-nous ici du somnambulisme naturel et artificiel, de Textase, des médium, des spirites, etc. ; phénomènes du même ordre que rendent si difficiles à étudier le charlatanisme des uns, Tenthousiasme aveugle des autres ; et qui cependant ont fait, sous le nom dhyptonisme, leur entrée dans le monde savant officiel.
Hàtons-nous de déclarer, parce que notre théorie du monde invisible pourrait faire supposer le contraire, que nous croyons radicalement
IMPOSSIBLE , toute communication entre nous et les êtres de ce monde là.
Nous savons d'ailleurs que l'avenir n'est pas inscrit par la fatalité sur le livre du destin , que les pages de ce livre sont toutes blanches , qu'on ne peut y lire , par conséquent, ni de ce monde, ni de l'autre. Nous savons que , sous ce rapport , les êtres les plus élevés n'ont qu'un avantage, celui de mieux connaître le présent, et d'asseoir leurs spéculations sur des données plus précises.
Nous croyons, comme iM. Maury, de l'Institut, l'établit dans le sommeil et la veille, ouvrage plein de faits ingénieusement observés, et interprétés avec une raison droite; nous croyons que les réponses des somnambules, des extatiques, des tables, des médium (1) ne sont que
(1) M. Maury admet que, dans certaines circonstances, les tables , les meubles peuvent se mouvoir , les mains peuvent écrire , sans que les personnes qui agissent, aient conscience qu'elles-mêmes déterminent ces mouvements, qu'il attribue ù une action involontaire et non sentie de leurs muscles. Il convient des faits, mais en les faisant rentrer, par son explication , dans la catégorie des faits les plus ordinaires.
Nous avons peine à comprendre que le frottement involontaire des doigts sur une table, puisse faire exécuter à celle-ci des évolutions rapides, variées, étendues, comme celles qui
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le reflet des pensées des acteurs de ces scènes en apparence surnaturelles ; qui , sans le vouloir et
nous ont été décrites, par des spectateurs dignes de toi.
Nous n'aurions pas de répugnance invincible à croire qu'un liomme peut, par la fixité de sa pensée, par la tension continue des fibres de son cerveau , arrêter la circulation des tluides invisibles , de manière à les accumuler en lui , et à acquérir des propriétés d'attraction et de répulsion matérielles, analogues aux propriétés de môme nature que font acquérir, à certains corps, le frottement, le contact ou le voisinage d'autres corps cuuvenablement choisis et préparés.
S'étant ainsi donné des propriétés semblables à celles que possèdent les aimants , les corps électrisés, etc., un homme pourrait imprimer des mouvements à des objets matériels, à des tables , à sa main , à la plume qu'il tient serrée entre les doigts. Moteur unique de ces mouvements , il en déterminerait, sciemment ou sans en avoir la conscience, le caractère et la signification. Les réponses partiraient de lui , aussi bien que les demandes.
Notre explication a, sur celle de M. Maury, cet avantage qu'elle convient, quel que soit le degré de confiance que méritent les récits des expérimentateurs. Nous rentrons d'ailleurs complètement dans l'opinion de cet écrivain , quant à l'insignifiance des renseignements et des instructions qu'on peut obtenir par ce procédé : Nous nous écartons de lui seulement dans ce qui touche à la cause matérielle des mouvements observés.
Les pages , les volumes écrits sous la dictée des esprits , viennent à l'appui de notre opinion. On n'y trouve, sur tous les sujets, que des généralités et des lieux communs que
sans s'en douter , répondent eux-mêmes à toutes les questions qu'ils ont posées.
nous serions tous très-capables de produire, et pour lesquels les êtres de l'autre monde auraient eu bien tort de se déranger. Et si l'inspiration spirite ou magnétique paraît, une fois par hasard, dépasser la portée ordinaire de celui qui la reçoit , nous savons qu'une surexcitation du cerveau produit le même effet , dans plusieurs états de maladie.
Ainsi dépouillés de leur apparence merveilleuse, les phénomènes de cet ordre méritent encore , cependant , d'être soigneusement examinés. Des études faites du point de vue de M. Maury et du nôtre , ne pourrait jeter personne dans cet état d'exaltation, qui a produit déjà de si fâcheux effets sur des esprits faibles.
Quelques-uns profiteraient volontiers de l'étrangeté des phénomènes de ce genre , pour ramener l'espèce humaine aux croyances également abjectes et abrutissantes du moyen-âge, aux sorciers, aux loups-garous , aux possédés, à Satan, au sabat! . . . Que Dieu leur pardonne de l'insulter ainsi dans ses œuvres! ... A les entendre, la Création n'est qu'un mensonge, elle n'a des beautés qu'en apparence; dans chacun des présents qu'elle nous fait, dans chacune des tleurs qu'elle nous donne, dans chaque retraite ombragée qu'elle nous offre , il ne faut voir que des masques derrière lesquels se cachent et grouillent des êtres immondes, créés par Dieu, embusqués par sa volonté, pour nous égarer, nous séduire et se livrer avec nous aux plus abominables, aux plus extravagantes turpitudes ! (Voir sur ce sujet le livre de M. de Mirville: Mœurs et pratiques du Démon et des esprits visiteurs.)
Cependant en un point important, nous nous écartons de M. Maury, qui n'admet pas que la pensée puisse passer d'un homme à un autre homme , sans Tinlermédiaire des organes que nous connaissons. Des expériences de somnanhulisme ont été faites devant nous , avec toutes les précautions désirables, et ces expériences tendraient à prouver que la pensée peut se communiquer sans acte matériel apparent; elles conduiraient à admettre comme suffisant pour celte transmission, le jeu des fluides invisibles, qui seraient ainsi capables de fournir à Tàme des moyens de manifestation, des instruments, de lui constituer des sens. Un jour s'ouvrirait de cette manière, sur la seconde vie.
Une observation peut faciliter l'étude des rapports qui sont entre les deux mondes. C'est que la vie terrestre elle-même, bien qu'elle soit une, n'est pas simple; puisqu'elle se partage entre deux états de vie fort différents l'un de l'autre : la veille et le sommeiL
Nous connaissons l'un et l'autre de ces états, étudions les lois de leurs rapports. L'analogie
nous permet d'espérer que cette étude ne sera pas sans fruit, par la connaissance des rapports qui lient la vie terrestre à la vie supérieure. Les lois de la Création émanent d'une seule puissance, elles expriment la volonté d'un seul ; elles ont pour lien commun l'analogie, qui caractérise leur unité et qui répondra juste , on peut l'espérer, si l'on pose les questions convenablement.
Eludions d'abord ces deux états de vie, entre lesquels l'homme ne cesse pas d'alterner, tant qu'il est dans la vie présente.
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Le sommeil est cet état inférieur de vie où l'homme redescend périodiquement, et dans lequel , l'âme et le corps ne combinant plus leur action , les idées n'étant plus rectifiées par les sensations, le sentiment du réel, du rationnel, du vrai est à peu près perdu.
Le but du sommeil est de détendre les ressorts de l'organisme, esprit et matière, par un temps de repos, qui leur rendra la souplesse et l'énergie, qu'un exercice prolongé leur avait fait perdre. Pour bien atteindre ce but , le sommeil doit être complet, c'est-à-dire sans agitation, sans trouble.
sans visions. Tel est , après une journée de Iravail modéré, le sommeil de l'homme sain de corps et d'esprit , qu'aucune inquiétude ne tourmente. Quand le réveil vient naturellement, le sommeil a fait toute son œuvre ; il n'y a plus à s'en occuper. Un sommeil est sans rapport nécessaire avec les autres instants de l'existence ; il ne se lie ni avec les sommeils , ni avec les veilles qui l'ont précédé ou qui le suivront. Entre l'instant où l'on s'endort et l'instant où les yeux se rouvrent, il se fait une évolution complète , il s'écoule toute UNE VIE dont on a bien le premier et le dernier mot. 11 n'en est pas de même des jours dont se compose la vie éveillée ; aucun d'eux ne forme un tout, chacun d'eux continue les jours précédents et prépare les jours à venir. Les jours sont les simples éléments , les fractions de la vie éveillée qui , bien que périodiquement coupée par les vies inférieures , les sommeils , est une cependant , et s'offre complète à la pensée entre ses limites naturelles: la naissance et la mort.
Si l'homme ne devait connaître sur la terre que la vie de sommeil, si en sortant d'un sommeil
il retombait dans un autre sans passer par la vie de veille , cette succession pourrait lui composer une existence aussi longue, que la plus longue vie terrestre qu'il lui soit possible d'espérer.
Mais quel avantage retirerait-il de cette manière d'exister? Comment en apprécierait-il la durée? Quel sentiment aurait-il du point de départ, de la route, du but?
En fractionnant les sommeils, en les séparant par des veilles, tout se dispose convenablement. La vie éveillée , dans son développement , rattache à elle-même et relie entre eux les sommeils avec lesquels elle constitue bien positivement, pour chacun de nous, une vie terrestre, une, dont nous avons conscience, sans qu'aucun trouble se fasse dans notre esprit, par suite de cet état d'oubli dans Ief{uel nous retombons périodiquement.
Tel est bien le mécanisme qui fait un seul tout des deux parties de la vie humaine, bien qu'il n'y ait pas entre elles d'homogénéité.
Remarquons , en terminant celte étude , qu'il est plus agréable de descendre à l'état inférieur , que de monter à l'état supérieur de la vie. C'est avec un sentiment de plaisir que nous nous abandonnons au sommeil, après une journée bien
employée : tandis que, pour rentrer par le réveil dans la vie active , nous avons besoin d'un certain effort.
Remarquons encore , (ju'il est très-bon que le sommeil donne Foubli; qu'il ne soit pas troublé, même par des songes agréables, qui s'opposeraient à ce complet assoupissement de nos facultés, nécessaire à la réparation de nos forces ; et nous aurons exprimé les principales relations qui lient le terme inférieur de l'existence de Thomme, à son terme moyen ; qui lient peut-être également le terme moyen , au terme extrême supérieur , à cette vie du monde invisible que nous cberchons à connaître.
L'analogie nous conduit donc à admettre la troisième hypothèse sur la vie future , rallernat de l'âme entre les vies terrestres et les vies étlîérées. De plus, elle nous permet de comprendre, avec une grande facilité, comment des vies terrestres, isolées, indépendantes, mais reliées par la vie supérieure ; peuvent constituer , pour chacun de nous , une destinée caractérisée par la suite et l'unité, aussi franchement que l'est,
pendant sa durée, une vie terrestre avec ses sommeils et ses veilles.
La mémoire, qui fait défaut dans les sommeils, se retrouve dans les veilles. Dans la vie terrestre la mémoire est simple, puisqu'elle ne s'étend pas au-delà de la période actuelle de vie ; elle doit être double dans la vie éthérée , et rappeler les événements de l'un et l'autre monde en même temps.
C'est qu'au réveil à la vie présente, nous reprenons possession d'un corps qui existait déjà la veille, et dont les organes avaient reçu des impressions qu'ils ont gardées, et qu'ils nous retracent.
A la mort qui est le réveil à la vie supérieure, il eu est de même : l'âme , en perdant la faculté de se servir du corps matériel qu'elle doit abandonner, redevient maîtresse du corps élhéré dont elle jouissait avant de paraître sur la terre. Elle tire ce corps du repos , et retrouve aussitôt , sur ses organes, la trace des vies éthérées précédentes, même la trace des vies terrestres ; comme nous pouvons ressaisir, dans la veille, le souvenir des songes.
Entre deux sommeils, qui sont l'un et l'autre une vie complète , s'interpose une veille qui
est, non plus une unité, mais une fraction de (le la vie terrestre. De même entre deux vies terrestres chacune complète, finie, formant un tout , la station dans la vie éthérée n'est qu'une fraction, qu'un jour (l) de cette autre vie dans laquelle nous rentrons périodiquement pour reprendre les travaux, les plaisirs, les sentiments, les idées , suspendus pendant notre passage dans la vie inférieure; comme dans la vie terrestre nous reprenons chaque matin , en nous réveillant, les occupations des jours précédents.
Et nous continuons notre vie éthérée dont tous les détails s'offrent alors à notre mémoire, avec le souvenir des rôles que nous avons joués sur la terre; sans plus d'étonnement et de trouble que nous n'en éprouvons en revenant , chaque matin , à la vie active et à ses travaux.
C'est ainsi que la vie supérieure relie entre elles et à elle-même, les vies terrestres pour ne former qu'un tout de leur ensemble , et qu'elle
(1) La veille dure à peu près deux fois autant que le sommeil , et l'on peut admettre , entre les vies terrestres et les vies éthérées , le même rapport de longueur. Soit alternativement , pour les époques normales où nous fournirons de part et d'autre des carrières complètes, un siècle en bas, deux en haut.
remplit exactement, pour ces vies terrestres, le rôle que jouent celles-ci pour les vies de sommeil. C'est ainsi que nous sommes, dès ce jour, doués de la mémoire , sans laquelle l'immortalité serait pour nous sans valeur ; et que nous n'avons pas à attendre, pour acquérir celte faculté ,' jusqu'à ce que la vie terrestre soit assez mûre pour donner, ce qui est absolument en dehors de ses attributions. C'est ainsi que l'immortalité est une heureuse réalité pour nous , aussi bien que pour Dieu.
Nous avons dit que la transition descendante est toujours agréable et facile. C'est le délassement , le repos, la détente; c'est le soir et l'instant du coucher.
Le passage de la vie supérieure à la vie terrestre est une transition de cet ordre; il se fait avec un sentiment de plaisir. Périodiquement, quand notre corps éthéré a besoin de réparer ses forces par le repos, nous aimons à revenir sur la terre, à abandonner pendant quelques années — les années sont les heures de cet autre monde — pour un état de repos relatif, la vie plus active des régions éthé-
rées. Nos affections , nos projets , nos travaux de l'autre vie ne souffrent pas d'ailleurs de notre absence, plus que ne souffrent, pendant nos sommeils nos intérêts dans celle-ci.
Nous sommes toujours tous ensemble dans cette autre vie, comme les contemporains sont tous ensemble sur la terre, sans que leurs relations soient troublées parce que les uns dorment pendant que les autres veillent, parce qu'il fait nuit dans l'autre hémisphère, quand il fait jour chez nous. La vie terrestre, en un mot, ne sépare pas les êtres pour la vie supérieure, plus que les êtres dans la vie terrestre ne sont séparés par les sommeils.
Nous avons dit encore que la transition ascendante est, en général, plus ou moins pénible, par suite de l'effort auquel nous oblige l'action de monter.
Tel est le réveil Telle est aussi la mort,
c'est-à-dire le réveil à la vie éthérée.
L'effort étant toujours en rapport avec la grandeur de la transition, il y a nécessairement plus de douleur dans la mort que dans le réveil. Cependant la mort naturelle, si rare aujourd'hui.
sera la règle dans les sociétés normales, et cette mort est à peu près sans angoisses.
Si le réveil est plus pénible quand il est provoqué brusquement et avant terme ; la mort aussi est plus redoutable quand elle nous saisit avant le temps. Et quand nous rentrons trop tôt dans la vie supérieure, par suite de maladies, de suicides , d'accidents, etc., nous souffrons dans cette autre vie, comme nous souffrons pendant les veilles qui suivent un sommeil (rouble, une mauvaise nuit.
C'est qu'il faut, pour que les organes de nos corps terrestres et éthérés conservent la facilité de leur jeu et la flexibilité de leurs ressorts, comme pour le développement harmonique de nos diverses facultés , que nous donnions tour à tour à chacun des modes d'existence, le temps prescrit par les lois de la nature.
La vie supérieure étant plus complète, plus animée, plus attrayante que la vie terrestre; il est nécessaire que nous en perdions le souvenir, (|uand nous en sommes sortis. Le présent aurait pour nous peu de charmes , si nous étions pré-
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occupés des travaux plus imporlanls, des plaisirs plus variés, des affections plus profondes qui nous attendent dans cet autre monde; où peutêtre, dans nos jours de découragement, nous serions trop disposés à remonter. C'est dans ce monde où la mémoire est sans dangers , qu'elle nous rend avec le sentiment de notre identité , la conscience bien complète de nous-mêmes.
C'est ainsi que la mémoire, qui serait une mauvaise chose pendant nos sommeils, puisqu'elle troublerait notre repos, nous est rendue quand nous nous réveillons, pour les choses de la vie présente.
Pendant le sommeil, nous sommes privés de mémoire, et nous n'avons pas de relations avec nos semblables.
Pendant la veille , notre mémoire ne s'étend pas au-delà de la vie terrestre que nous parcourons , et nous entrons en rapport avec nos contemporains.
Dans la vie supérieure, nous avons la mémoire complète, et nos relations s'étendent aux humanités des autres planètes. L'unité des œuvres de
Dieu exige qu'il y ait des liens entre toutes les parties de la Création.
Dans le sommeil l'homme travaille à sa propre restauration, c'est pour lui seul qu'il vit.
Dans la veille l'homme travaille pour l'humanité des progrés de laquelle il se sent solidaire.
Dans la vie supérieure, l'homme étend ses préoccupations aux autres planètes, il s'inquiète des intérêts généraux des mondes , qui sont associés — il le comprend alors — aux intérêts particuliers de l'espèce humaine , ainsi qu'à ses intérêts personnels.
Tant que l'ordre et la justice ne régneront pas sur la terre, quoique la transition descendante soit en général agréable et facile, la pensée d'y revenir n'aura rien de satisfaisant pour le monde supérieur.
Les jouissances de ce monde sont même troublées par cette perspective. Le retour à la vie actuelle se présente à l'esprit, comme s'offrirait à nous, l'idée d'une nuit à passer dans un sommeil fiévreux, agité par des images sinistres, troublé par de lourds cauchemars.
Mais la nécessité du retour , fâcheuse pour les
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deux mondes en vertu de la solidarité qui les lie, deviendra une heureuse espérance pour ces deux mondes, quand nous aurons fait notre devoir dans celui-ci.
Alors la terre sera belle à voir, bonne à habiter , alors ce ne serait pas sans regret que nous lui dirions un éternel adieu. Nous serons heureux de penser qu'elle appartient bien en propre à chacun de nous, que nous n'en serons pas séparés, tant qu'elle n'aura pas fini sa carrière, et produit tout ce que l'humanité peut lui faire donner.
Tant que le globe existera , nous ne cesserons donc pas d'y fonctionner dans l'un ou l'autre des trois états de vie entre lesquels nous devons alterner éternellement, et qui sont:
\o Le Sommeil : Absence ou confusion des souvenirs ; vie iVisolemenl,
2° La Veille: Souvenir de la vie présente, oubli des vies antérieures; Relation des contemporains entre eux.
o« La Vie étuérée: Souvenir du passé dans les trois états de vie; relation des humanités entre elles.
Quand la (erre finira, transportée sur une jeune planète préparée pour la recevoir, l'humanité recommencera une carrière semblable, dans (le semblables conditions.
Quand une humanité a fait des progrès sur le globe qu'elle vient de quitter, c'est d'un globe d'un titre supérieur qu'elle prend la gérance. Mais si elle s'est montrée, par sa mauvaise gestion, incapable de destinées plus hautes , elle reçoit un globe du même rang que l'ancien, et même, dans les cas extrêmes, un globe d'un rang inférieur.
Le champ de l'infini est donc ouvert aux humanités qui progressent. Après avoir habité des satellites, des planètes simples, des planètes lu nigères de divers rangs, elles parviennent aux î^oleils dont elles suivent la hiérarchie; puis, quand elles ont parcouru tous les échelons d'un univers, elles vont chercher, dans un univers supérieur, des fonctions en rapport avec le niveau qu'elles ont atteint.
Hemarquons soigneusement, avant de quitter ce sujet, que les planètes, depuis les plus humbles jusqu'aux plus superbes, sont disposées, avec
l'art le plus parfait, pour le bonheur des êtres qui les peuplent. Qu aucune n'est un lieu de souffrance, une géhenne, un enfer.
Les planètes diffèrent par leur état de raflînement , comme les humanités par leur degré de perfection. Il y a toujours harmonie entre une planète et l'humanité qu'elle porte, c'est-à-dire que chaque planète offre toujours à son humanité des moyens de satisfaction pour tous ses besoins, pour tous ses désirs, avec la possibilité de réaliser un certain progrès.
Une humanité ne serait pas heureuse sur un globe supérieur à ses mérites. Tout y dépassant sa portée , elle n'en comprendrait ni les dispositions, ni les avantages. Ce qu'il lui faut, ce qu'elle reçoit pour sa satisfaction actuelle et pour son développement ultérieur , c'est un globe qu'elle puisse régir avec les facultés qu'elle possède.
Mais l'enfer, s'il n'est essentiellement sur aucune planète, peut régner temporairement sur chacune d'elles, pendant sa période d'enfance. Une humanité souffre tant que, par inobservation et par ignorance des lois divines , elle ne se conforme pas aux vues du Créateur. La terre, hélas î en est encore à cette époque douloureuse de la domination du mal. >
Nous ne pouvons avoir que des notions bien vagues sur ce monde élhéré que la sagesse divine, dans notre intérêt même , dérobe soigneusement à nos regards. Cependant, faits dans la vie présente à l'image de Dieu, ayant pour devoir d'imiter Dieu , nous pouvons affirmer que nous aurons encore , dans l'autre vie , même devoir et même ressemblance.
Notre âme sera donc ce qu'elle est aujourd'hui, mais disposant de sens plus parfaits, pour agir sur des matériaux plus raffinés ; elle percevra de plus vives, de plus délicates sensations. Elle sentira toujours, mais avec plus d'énergie, l'amour, l'amitié, l'ambition, les affections familiales; elle aura , pour se guider , la même raison , la même conscience ; mais une plus pure lumière éclairera le champ d'observation de celles-ci.
En un mot , tout ce qui déjà nous fait sentir la vie, se retrouvera , à une plus haute puissance, dans la vie supérieure.
Tels sont bien , pour l'autre vie, les désirs que nous formons tous : car nous ne pouvons aspirer
if
qu'à la permanence et au perfcclionnemenl de tous les éléments de notre être.
Le sauvage voit , au-delà des mers , des forets enchantées où toujours une proie tombera sous chacune de ses flèches. Le héros antique, moins sage dans ses vœux , conserve , pour les champs élyséens , ses armes , ses chevaux et son char. L'enfant de Mahomet se promet, pour l'autre vie, des sorbets, des festins, des houris. Le Chrétien lui-même aspire à des jouissances sans bornes, dans de splendides demeures où les plus suaves parfums, les concerts les plus doux, les spectacles les plus merveilleux le plongeront dans un éternel ravissement. Tous, en résumé, ne désirent et ne peuvent désirer, pour l'autre vie, qu'une satisfaction plus parfaite des tendances , qui déjà sont en eux . dans celle-ci.
L'alternat en^re les deux vies, le passage d'une planète à une autre dans les conditions expliquées , nous fait une destinée mieux en rapport avec ces aspirations ; qui comprend tous les genres de bonheur imaginés pour tous les cultes; et qui écarte la monotonie qui eût bientôt accablé tous les élus dans leurs édens. C'est pour le mouvement que Dieu nous a faits, c'est par le mouvement que nous vivons. Le mouvement ,
c'est-à-dire l'action, le changement, le ijouvcau , I imprévu, le désir, l'espérance, la passion!. . . Ce n'est que comme relai, en(re des situations actives , que le repos peut momentanément nous agréer.