‹ Destinée de l'homme dans les deux mondes [microform]Chapitre 18 sur 20 · UN ALTERNAT ÉTERNEL ENTRE LES DELX MONDES · texte numérisé non relu

UN ALTERNAT ÉTERNEL ENTRE LES DELX MONDES

(Deuxième partie.)

Il est à présumer que ce qui est le plus utile aux créatures, est le plus agréable à Dieu.

J- J. Rousseau.

Noire désir est de faire comprendre qu'on doit voir, dans notre hypothèse sur les destinées, non pas un simple jeu de l'esprit , un produit plus ou moins ingénieux de l'imagination, mais le plan même que le Créateur a suivi. El, pour démonstration, nous cherchons à établir que nos idées, et nos idées seules, ont puissance de mettre en parfaite équation les qualités qui sont essentielle-

ment en Dieu , les senlimenls dont il a pétri nos âmes et la destinée (juil nous a laite.

Déjà nous avons tiré, de notre théorie de l'immortalité, la solution de plusieurs questions importantes et sans réponses en dehors de nous. Nous allons poser d*aulres problèmes du premier ordre, et les résoudre avec une égale facilité.

Toutes les qualités, toutes les vertus qu'il sérail à désirer que l'homme possédât, découlent de ce seul précepte , inscrit sur chacune des pages de l'Evangile: Aimer Dieu et son prochain.

Mais en faisant une loi du •précepte, l'Evangile n'a pas dissipé le nuage qui dérobe à nos yeux la vérité sur les intérêts humains ; il n'a pas enseigné que, entre ces intérêts, l'antagonisme n'est qu'en apparence; il nous a laissé la pensée que l'opposition pouvait être, entre nos devoirs envers les autres et notre propre satisfaction; et, trop souvent hélas î dans la lutte qui s'est établie dans nos âmes et qui les a troublées, c'est le devoir qui a succombé, c'est le devoir qui succombe encore aujourd'hui.

L'effet immédiat et certain de notre conception,

est d'imprimer, dans le cœur de celui qui l'accepte, le sentiment de la solidarité qui lie et associe tous les hommes. Par elle , l'amour de soi ne se distingue plus de l'amour du prochain , et l'intérêt privé ne peut plus chercher de sérieuses satisfactions en dehors de l'intérêt général. Ce que l'Evangile prescrit comme un devoir , notre théorie l'établit comme un fait , aux conséquences duquel il n'est donné à personne de se soustraire.

Montrons jusqu'à quelles limites s'étend entre les hommes, le lien de solidarité.

De|)uis que la terre a été livrée à l'homme, chacun de nous a paru plusieurs fois déjà sur sa surface; tantôt au Nord, tantôt au Sud, un jour sur l'ancien , un autre jour sur le nouveau continent.

Aujourd'hui nous appartenons à la race caucasique, hier nous avons pu compter dans la race éthiopique, demain peut-être ce sera parmi les hommes à peau jaune que nous renaîtrons.

Si nous sommes Français , nous avons été Russes, Anglais, Malais; si nous sommes Chrétiens, nous avons été Juifs et Mahométans , nous avons

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adoré Brahnia et Vichnou, nous avons aussi tremblé devant les noirs sourcils de Jupiter.

Placés au sein de riiumanité depuis ses débuis sur la terre, nous avons travaillé tous , et solidairement, à la conduire au point où elle est parve.nue : nos existences ont toujours été liées les unes aux autres, et nos destinées individuelles ont toujours été dépendantes des voies suivies par notre espèce.

Si nous regardons dans l'avenir, nous y voyons, comme dans le passé, une étroite solidarité entre les hommes de toutes les races, de toutes les nations, de toutes les classes. Avec cette sainte croyance au cœur, qui donc voudrions-nous réduire à l'état de vassal, de serf, d'esclave? Que penseraient du sort qu ils font aux noirs, ceux ([ui les asservissent, s'ils savaient qu'un jour ils peuvent appartenir à la race sacrifiée?

La religion dominante en Orient consacre une iniquité, et c'est ce qui constitue l'infériorité essentielle des peuples de cette croyance sur les peuples chrétiens. Cette iniquité, l'assujettissement de la femme, eùt-elle persisté jusqu'à ce jour, se fùt-ellc

établie, si Mahomet eut enseigné que nous reparaissons sur la terre, comme l'exigent la justice ainsi que le développement équilibré de toutes les parties de notre âme, dans l'un et l'autre sexe alternativement?

Le prêtre de IMnde sépare, au nom de Dieu, les hommes en castes et leur enseigne à se haïr, à se mépriser les uns les autres. Ce prêtre insensé tiendrait-il le même langage, s'il savait qu'il peut renaître un jour dans les castes les plus dédaignées , même parmi les Parias ?

Que deviennent, quand notre foi est partagée, l'orgueil de la naissance, l'égoïsme du privilégié? L'ardent désir d'améliorer le sort de tous, ne sera-l-il pas la préoccupation générale, incessante, quand il ne s'offrira à l'esprit aucun autre moyen d'éviter, à soi et aux siens, la chance terrible de faire partie des classes malheureuses, chance d'autant plus menaçante, que ces classes sont plus multipliées.

La solidarité cependant a de justes limites; le principe, quoique général, ne doit pas mettre, et ne met pas sur la même ligne, le bon et le mé-

chant. Les naissances ne dépendent pas du hasard, elles sont réglées par une loi qui se plie , comme toutes les lois de la nature, sans perdre son caractère d'unité, à tous les cas particuliers, de manière à toujours donner les résultats les plus heureux.

Un rapport harmonique doit préexister entre une àme et un corps pour qu'ils puissent se lier l'une à l'autre. II faut que l'àme trouve toujours dans le corps auquel elle s'unit, un instrument qui lui permette de repreftdre el de continuer les progrès déjà réalisés par elle dans ses existences antérieures.

Celui qui a dépassé le niveau le plus élevé des races inférieures africaines, australiennes, etc., n'a donc pas à craindre de reparaître dans ces races, qui ne seraient pas capables de fournir à son àme, un instrument assez raffiné.

Mais, si l'homme en progrès évite ainsi les situations inférieures, qui sont le résultat des lois mêmes de la nature ; il n'évite pas les positions malheureuses, qui naissent des fautes commises par l'humanité.

Dans la race blanche, un illustre rejeton peut sortir d'une origine obscure, des exemples sans nombre l'ont prouvé. Un homme, quels que soient ses litres antérieurs, peut donc naître dans la plus humble position sans que la nature soit en

défaut, puisqu'elle ne met pas obstacle à la continuation de ses progrès.

Mais la misère et l'ignorance, tristes fruits des vicieuses dispositions de nos sociétés, préparent à ceux dont elles entourent le berceau, de nombreuses chances de malheurs et d'avortement. Les meilleurs ne sont pas à l'abri de ces dangers.

Quant à celui qui faiblit dans la vie terrestre, bien que parvenu déjà, dans la race blanche, à un certain niveau ; il peut rétrograder, et redescendre aux rxices les moins développées.

Prenons pour exemple un homme qui aura travaillé à maintenir le travail servile, en soutenant la légitimité de l'esclavage, par ses actions, par sa parole ou par ses écrits.

Cet homme est moralement en phase de déclin. 11 n'a pas dans l'àme ce noble sentiment d'orgueil qui appartient à la nature humaine, et qui ne permet pas de voir, sans en être douloureusement ému, sans se sentir personnellement humilié, un de ses semblables dans l'abaissement. 11 a laissé pénétrer en lui cet orgueil subversif, ce sentiment étroit qui porte à se croire agrandi de ce qui diminue les autres ; qui inspire une facile résignation à rabaissement, aux douleurs de ses semblables, quand ces douleurs et cet abaissement profitent à

une classe de privilégiés à laquelle on appartient.

Cet orgueil est l'indice d'une lésion morale profonde; et, quand celui qui en est atteint reparaît sur la terre, la nature, bonne môme dans ses rigueurs, le place sans doute dans les conditions les plus propres à Farrêler dans sa chute, à lui permettre de reprendre pied et de remonter.

La justice, aussi bien que Tintérèt particulier du coupable semblent indiquer, pour éteindre en lui ce sentiment de vanité qui l'a perdu, un moyen fort simple : le faire renaître dans la race injustement méprisée par lui', le faire l'égal de ceux qu'il a repoussés.

Nous donnons cet exemple comme une supposition toute gratuite. Mais cette supposition fait comprendre comment les lois divines châtient; comment, en frappant le coupable, elles ont encore pour principal objet de lui être utile, en le mettant dans les conditions les plus favorables à sa régénération.

La loi de solidarité n'est donc pas un obstacle à ce qu'il soit tenu compte, autant que l'équité l'exise, du mérite des individus.

Nous sommes inégaux en tous sens, inégaux en forces physiques, en puissance intellectuelle, en facultés morales, inégaux en capacité pour le bonheur.

Celte inégalité, qui est nécessaire, parce que entre des hommes égaux une société serait impossible, comme serait impossible un concert donné par des musiciens d'égale force, et décidés tous à jouer la principale partie. Cette inégalité est la conséquence de nos existences précédentes, des progrès que nous y avons faits, du degré de développement animique que nous y avons conquis.

Celui qui marche dans le droit chemin, qui cherche à comprendre ses devoirs envers Dieu et envers ses semblables, et à les remplir; celui-là grandit et s'élève, pour cette vie et pour les suivantes, dans la série des êtres de son espèce.

Cet autre au contraire décline, qui laisse entrer dans son àme les conseils de l'égoïsme, qui résiste à Dieu, sacrifie au mal, et empêche, autant qu'il est en lui, l'humanité d'avancer.

Un troisième reste stationnaire, si sa vie a été brisée avant qu'il ail pu en faire emploi ; ou s'il a vécu dans des conditions qui le condamnaient à une inaction, à une ignorance invincibles.

C'est ainsi que par une réaction naturelle de nos

sentiments sur l'état de nos âmes, par une sim])le loi d'équilibre, nous sommes toujours rétribuivs rigoureusement suivant nos mérites, sans que Dieu ait à intervenir directement pour nous juger, et pour nous infliger des douleurs de son invention. Le châtiment suit immédiatement la iaule; il la précède même, car au moment où il projette une mauvaise action , avant de la commettre, le coupable a du agir sur lui-même pour faire baisser moralement son niveau.

Quand nous sommes tombés, la bonne route nous est toujours ouverte; mais pour la reprendre et pour revenir au point de départ , il nous faut d'autant plus d'efforts et de temps que notre chute a été plus profonde.

Eu rentrant dans la vie supérieure, quand nous apprécions sainement l'emploi que nous avons fait de la vie terrestre, qui vient de finir, nos regrets sont amers si nous avons beaucoup failli , surtout si nous nous sommes trouvés en position d'imprimer à l'humanité une marche progressive, et si nous avons épaissi les ténèbres que nous pouvions dissiper.

Ces douleurs s'affaiblissent sans doute avec le temps. Elles se renouvellent cependant quand des circonstances nous rappellent un passé que nous déplorons et qui nous a diminués. Peutêtre, en parlant d'eux, ai -je fait monter la rougeur au front des Conrad, des Sainte Elisabeth, des Bossuet, des Calvin, s'ils sont en ce moment dans le monde supérieur, d'où ils peuvent m'entendre.

Le sommeil ôte la mémoire et calme les douleurs. La même cause produit les mêmes effets dans la vie terrestre, où nous ne pouvons rien regretter d'un passé dont le souvenir est absent de notre esprit.

Quand la société assise sur des bases rationnelles développera, pour ne rien perdre de son plus précieux trésor, toutes les facultés physiques, intellectuelles et morales de tous ses membres; chacun recevra ce qui lui est dû, chacun sera satisfait d'occuper des positions mesurées exactement sur ses aptitudes. Nos désirs ne vont pas au-delà, nous ne pouvons comprendre , ni ambitionner ce qui dépasse notre développement animique; atteindre aux choses qui sont à notre hauteur nous suffit.

Ainsi, quand l'humanité sera décidément dans

sa voie, tous seront heureux, non pas également, mais proportionnellement aux désirs que leur decré de raflincment les rend capables de former.

Mais dans une humanité qui périclite, est-il juste que les hommes de bon vouloir , qui ont protesté contre toutes les fautes , soient entraînés dans la chute commune? Le rang élevé qu'ils occupent parmi leurs semblables, est-il un dédommagement suffisant pour les douleurs auxquelles ils restent exposés.

On pourrait admettre en effet que , |)ar exception, les plus avancés, quand ils distancent les masses d'un trop grand intervalle, se séparent de cette humanité pour longtemps incorrigible , et vont se réunir aux êtres d'une humanité supérieure.

Je ne crois pas cependant que les choses se passent généralement ainsi; je ne pense pas que les meilleurs se décident facilement à abandonner la planète qui est leur patrie, l'humanité qui est leur famille, quand ils se sentent appelés à être les guides, les soutiens,

DAXS LES DEUX MONDES

les sauveurs de cette humanité qui s'égare. Ces cœurs d'élite préféreront, sans doute, au sort plus heureux dont ils pourraient jouir ailleurs , les vies de dévouement et de souffrance qui sont , dans les sociétés dévoyées , le prix ordinaire des plus grands services, des plus généreux efforts.

J'admettrais plus volontiers que les extrêmes dans l'autre sens, les derniers, s'ils ont reculé trop loin, s'ils sont incapables de suivre; j'admettrais que ces grands coupables descendent dans une humanité moindre, dont ils atteindront avec moins de difficulté le niveau moyen. Mais ce ne serait que dans les cas extrêmes, que pour ceux par exemple qui ont osé se couvrir du nom sacré de l'Eternel, pour frapper impunément leurs semblables des plus iniques, des plus affreuses persécutions; qui ont joint en un mot aux crimes les plus odieux , les plus odieux blasphèmes.

Nous en avons assez dit pour faire comprendre que les avantages assurés aux hommes, par le lieo de solidarité qui les unit, ne sont compensés par aucun déni de justice. Nous allons étudier un autre problème d'une égale importance et que notre théorie encore est seule capable de résoudre.

go.

Pour former la terre, une agglomération de Aatière cosmique a eu lieu, par Teffel des lois éternelles de la Création.

A la suite d'un refroidissement continu, un noyau liquide s'est formé au sein de celte masse vaporeuse ; après un certain temps , la surface de ce noyau s'est solidifiée ; plus tard encore celte surface a perdu de sa chaleur assez pour ne plus renvoyer en vapeurs les substances liquides qu'elle recevait de l'atmosphère.

La même surface s'est ensuite ridée pour former des montagnes , pour offrir des vallées aux cours d'eau, des réservoirs aux mers.

Alors la vie végétale et la vie animale se sont manifestées; mais, à plusieurs reprises, d'immenses bouleversements ont tout détruit, afin de former, avec ces débris des premières créations enfouies dans le sein de la terre, des mines, des carrières, des dépôts de toute espèce; riches approvisionnements, précieuses ressources, que l'homme saurait retrouver un jour et utiliser.

Que de siècles ont passé sur ces préparatifs , et jusqu'à l'apparition" de l'homme.

Et ce premier travail n'est encore que le dégros-

sissement de la planète que l'homme, coadjuteur de Dieu, est appelé à polir, à perfectionner.

C'est seulement alors, c'est quand l'homme aura marqué tous les points de la surface du globe de son intelligente empreinte, que le'lravail préparatoire sera fini, que la terre se trouvera dans son état normal, que l'humanité entrera dans son âge adulte, dans sa destinée vraie.

La durée de l'existence d'un être étant toujours en rapport avec la durée de son enfance, on comprend qu'une aussi longue préparation annonce une longue existence à la planète, et l'on ne s'étonnera |)as si nous affirmons que l'humanité doit rester sur la terre plusieurs fois cent mille années.

Ceci compris, il est facile de voir que les lois de la Création, bien qu'immuables et inflexibles, ne livrent pas brutalement aux coups du hasard le sort des créatures, qu'elles étendent leur action bienfaisante sur les plus humbles individualités aussi bien que sur les masses.

Nous devons tous passer sur la terre un nombre de vies assez grand pour que chacune de ces vies, comparée à leur totalité, n'ait pas plus

DESTINÉE DE L ilOMME

d'importaDce qu'un jour daus une existence terrestre d'un siècle.

Or celui qui aurait vécu cent années heureux dans sa santé, dans sa fortune, dans son ambition, dans ses alTcclions, ne se plaindrait pas de son sort, parce qu'il aurait traversé quelques jours pénibles dans son enfance , par les maladies du jeune âge; dans son extrême vieillesse, par le poids des années; dans sa virilité même, par suite de quelques fâcheux accidents.

Notre destinée ressemble à celte vie.

Pendant la période d'enfance et d'ignorance de rhumanité, nous traversons des vies terrestres plus ou moins pénibles; quand viendra la vieillesse, âge de faiblesse, nous retrouverons les mêmes chances fâcheuses. Mais pendant les phases incomparablement plus longues de jeunesse, de virilité, de maturité , toutes nos existences , sauf l'effet de rares accidents, seront heureuses et complètes. Nous avons donc tous, jeunes et vieux, infirmes et vigoureux, riches et pauvres, esclaves et libres, à nous réjouir de la destinée qui nous est faite , à en remercier Dieu ; les boules noires, par lesquelles nous marquerions nos vies pénibles, devant disparaître en définitive, sous la masse des boules blanches qui signaleraient nos vies de bonheur.

N'oublions pas d'ailleurs l'autre vie, la vie supérieure par laquelle notre destinée se complète et s'élève au-delà de nos plus hautes aspirations.

Le bien est dans la Création par la volonté de Dieu, ses lois sont destinées à le produire, il domine, il est la règle.

Le mal est le résultat de l'ignorance, des fautes des créatures, de l'inobservance des lois providentielles. Si Ton considère l'ensemble de l'univers , il ne parait que dans des proportions relativement très-faibles, il est V exception.

Cette exception, le mal, est la conséquence du libre arbitre qui caractérise les êtres faits à l'image de Dieu. Il naît de la faute, il grandit avec elle; il avertit en même temps et s'oppose à ce que l'on persiste indéfiniment dans l'écart.

Dien qu'exceptionnel , le mal aurait encore une prise trop forte sur nous , si nous avions une seule existence à traverser, et les coups du hasard seraient à craindre. Mais nos existences se répètent sans fin, et le hasard est dominé par la loi des probabilités rigoureuses dans ces conditions.

C'est par cette loi des probabilités que Dieu

assure l'exécutiou de ses desseins. Il sait que sa volonté sera faite, comme le laboureur intelligent, qui sème du bon grain, dans de bonnes conditions, sait qu'il fera une riche récolte , si les saisons sont favorables. Mais le laboureur ne sait pas, il n'a pas intérêt à savoir ce que deviendra, ce que produira chaque grain en particulier , et la prescience de Dieu n'est pas d'un autre ordre.

Dieu sait que les humanités parviendront au bonheur auquel elles sont destinées, mais elles arriveront , suivant leurs œuvres , par des chemins plus ou moins longs, quelques-unes resteront pendant un temps stalionnaires , il en est même qui pourront rétrograder. Dieu ne connaît pas, NE VEUT PAS connaître d'avance ces détails, qui sont l'effet du libre arbitre qu'il nous a donné, de l'initiative qu'il a partagée avec nous. Sa prescience annulerait ces dons précieux, et nous réduirait à n'être plus entre ses mains , que des instruments passifs.

D'un autre côté, si Dieu portait l'avenir tout entier irrévocablement gravé dans sa pensée, l'avenir et le passé seraient pour lui une seule et même chose , et les événements se succéderaient sans appeler son attention , sans exciter en lui le plus léger sentiment d'intérêt.

L'idée de la prescience absolue conduit logiquement à l'idée de l'absolue prédestination. Des Chrétiens, comme nous l'avons vu, ont roulé sans s'arrêter jusqu'au fond de ce précipice.

En résumé, nous avons montré que des trois hypothèses qu'il est possible de faire , pour expliquer l'immortalité , une seule résiste à toutes les objections que la raison peut dresser contre les lois de Dieu.

Que les données sur l'autre monde, déduites de cette hypothèse, sont plus naturelles, plus claires, plus précises, plus faciles à comprendre et à admettre que tout ce qui a été dit jusqu'à ce jour à ce sujet.

Qu'aucune hypothèse ne satisfait aussi complètement les meilleurs sentiments de notre àrae; qu'aucune n'est capable, à un même degré, de faire naître en nous Tamour de Dieu et de nos semblables.

Nous ajoutons que notre conception ne laisse au hasard aucune prise sur nos destinées, toutes également placées sous la protection des lois divines ;

Qu'elle explique la souffrance par la faute, la faute par le libre arbitre ; présent de Dieu , qui nous a faits semblables à lui, et dont à aucun prix, nous ne voudrions être dépouillés ;

Nous rappellerons que nous avons sous les yeux , dans la vie terrestre elle-même, un exemple de deux modes bétérogénes d'existence, qui se marient pour former un tout, où la loi d'unité n'est jamais en défaut.

Nous ferons remarquer enCn que les relations qui s'établissent, dans la vie étbérée, entre les humanités des diverses planètes , forment des liens nécessaires pour qu'il y ait unité de plan dans la

Création.

Par tous ces motifs , et comme il n'est pas possible de s'écarter de notre théorie sans faire revivre, contre Dieu, une légitime accusation, nous avons la conviction profonde que cette théorie est l'expression de la réalité, et nous croyons l'avoir appuyée sur des raisonnements sans réplique.

Quelques-uns objecteront peut-être que les arguments les plus concluants sont insuffisants pour

celui qui a la prétention de faire accepter une nouvelle cosmogonie.

Je le sais ! . . . Ceux qui m'ont précédé dans la carrière ajoutaient à leurs argumentations pour forcer les convictions, des procédés d'une autre

nature Hélas ! . . . 11 ne m'est pas donné de

les suivre sur ce terrain.

Je ne puis couper la Lune en deux parties, comme iMahomet ; arrêter le Soleil , à l'imitation de Josué ; envoyer dans les maisons , à la manière de Moïse, des nuées d'insectes incommodes et des légions de grenouilles.

Si l'on pense que le pouvoir de faire ces miracles, d'y joindre d'autres miracles plus stupéliants encore, améliorerait dun atome la valeur

des raisonnements que j'ai faits Je dois le

reconnaître humblement J'ai prêché dans le

désert, j'ai perdu toutes mes paroles !

Je crois cependant aussi , je crois aux miracles d'autant plus fermement que je ne puis regarder autour de moi sans en voir, et sans en être frappé. C'est par ces miracles, par leur caractère de grandeur et de générosité, que l'idée de Dieu

s'épure et s'affermit pour riiomme qui pense.

Prenons au hasard un de ces miracles , incontestables pour les plus sceptiques, et essayons de le raconter.

C'est sur l'eau qui tombe du ciel que ma pensée se porte. Suivons la pluie dans ses péréiîrinations.

Après avoir rafraîchi et désaltéré les animaux et les végétaux, fertilisé les campagnes, animé les usines, transporté les bateaux, etc., l'eau docile aux lois de la pesanteur parvient enfin aux grands réservoirs, aux mers où elle parait terminer sa course.

Si l'eau s'arrêtait effectivement ainsi après un premier voyage , toute vie s'éteindrait bientôt sur les terres desséchées. Mais, pour remonter, l'eau se fait légère par une métamorphose ; de tous les points de la surface des mers, elle se glisse invisible pour n'en point altérer la pureté, entre les molécules de l'air dont elle prend les apparences, elle s'attache à lui atome à atome , elle suit ses mouvements et revient avec lui sur les hauteurs comme sur les plaines.

Puis l'eau se métamorphose une seconde fois, elle se rend visible sous la forme de nuées, elle retombe en pluie sur la terre où elle recommence

ce voyage dont chaque étape est marquée par un bienfait.

Toutes les nuées cependant ne produisent pas des effets identiques. Celles qui montent aux flancs et sur les sommets des montagnes les plus hautes, subissent en retombant une troisième métamorphose, elles se changent en flocons de neige, descendent et s'accumulent en glaciers. C'est ainsi que se forment des réservoirs supérieurs qui complètent et remplacent, pour entretenir la fraîcheur des vallées, pendant la saison chaude, les réservoirs inférieurs alors impuissants.

Diraije encore que la pluie prend aussi, dans les plaines, cette forme de neige, quand les plantes ont besoin d'être protégées, par une chaude couverture, contre des froids trop rigoureux. Parlerai-je enfin de la forme solide que prend l'eau, par une quatrième métamorphose, de la glace dont toutes les propriétés ont été calculées avec un si admirable bonheur.

Voilà des métamorphoses, des prodiges, des miracles ! . . . Partout il s'en trouve de cette sorte et qui paraissent d'autant plus merveilleux qu'ils sont mieux compris .... et j'y crois, parce qu'ils font admirer et bénir celui qui les fait. Mais je suis radicalement incrédule quand les

Statues saigneiil, quand saiut Janvier liquélie dans sa flole son sang coagulé , quand les ânes parlent , quand les peintures pleurent , quand les Notre-Dame en robe blanche, viennent causer avec

les petits enfants !

Une espèce de miracles exclut l'autre. Celui qui, par les premiers, se montre si puissant, si sage et si bon, ne se met pas en rivalité, par les seconds, avec les Prestidigitateurs, les Thaumaturges des théâtres de nos foires.

ni Cl

Le plus grand mal, sur la terre, e>i l'ignorance de la vérité.

Platon .

Supposons que, chez un peuple arriéré, quel- (juc novateur introduise une nouvelle croyance religieuse.

Si cette croyance montre en Dieu plus de justice, plus de sagesse, plus de puissance — plus de perfections en un mol — elle est évidemment supérieure à Tancienne, et plus rapprochée de la vérité.

Si, chez ce peuple, le progrés religieux continuant, on parvient à une conception qui satisfasse pleinement à toutes les exigences de Tesprit et du cœur, qui dissipe toutes les obscurités et indique clairement à l'homme ses devoirs et sa destinée ;

tout ce que Dieu a mis en nous d'intelligence et de moralité portant témoignage en sa faveur, cette conception est nécessairement conforme à la réalité. Une vérité morale ou intellectuelle ne peut être plus solidement établie, que par Tentière adhésion de toute notre âme.

Ces prémices étant acceptées , pour prononcer avec équité sur la valeur de nos idées , il faudrait les examiner comparativement; ainsi que nous allons rindiquer pour quelques-unes, d'une manière succincte, et en nous bornant à poser les questions.

A l'imitation du Sphinx béotien , Dieu nous propose-t-il cruellement des mystères , des énigmes , nous condamnant à deviner ou à périr ; bien que, pour nous, ces énigmes n'aient pas de mots?

La volonté de Dieu est-elle, comme Jésus le proclame, sainte, limpide et paternelle? Veut-il simplement que nous l'aimions, que nous nous aimions les uns les autres ; et que nous rendions en nous ce double amour indestructible, par l'étude des lois de la Création , par l'intelligence de leur sagesse profonde , de leur bonté suprême ?

DANS LES DELX MONDES

La vie terrestre est-elie une vie transitoire, éphémère, sans valeur intrinsèque, désengrenée de l'infini ; une vie d'épreuve servant exclusivement à calibrer les mérites particuliers de chacun de nous?

L'homme est-il sur la terre le représentant de Dieu? Est-il appelé à concourir, dans le rapport (le ses forces, à l'ordre harmonieux des créations? Ses mérites ont-ils pour mesure les œuvres qu'il accomplit; et ces œuvres sont-elles de nobles travaux qui intéressent l'univers, dont Dieu luimême se préoccupe, et pour lesquels il s'emploie?

L'homme doit-il accepter le mal comme venant de Dieu; le supporter passivement, ou du moins avec résignation ; se l'infliger même gratuitement, s'il prétend à être plus particulièrement distingué et rémunéré ?

L'homme doit-il reconnaître dans le mal, le signe et le résultat de ses fautes, la preuve assurée qu'il est en dehors des voies de Dieu? A-t-il pour unique devoir d'écarter le mal des autres et

DANS LES DEUX iMONDES.

de lui-mcmc, de l'attaquer partout où il se montre, de le combattre avec ropiuiàtre résolution de ne jamais céder , de ne jamais se croire vaincu ; son triomphe, dans cette sainte lutte, pouvant seul appeler sur lui les bénédictions du ciel?

L'homme sera-t-il mutilé, à son entrée dans l'autre monde , et privé de ses facultés créatrices, de son initiative, de ses vertus actives? Sera-t-il réduit à un état immuable de passivité et de contemplation, rendu incapable d'actions efficaces, de modifications, de progrés?

L'homme conservera-t-il, dans les deux vies et pendant l'éternité, la plus haute des fonctions qui puisse se concevoir, celle d'auxiliaire et d'associé de Dieu? Ne cessera-t-il jamais d'utiliser, de développer toutes ses facultés , toutes ses tendances ; pour satisfaire à des aspirations toujours plus vastes, pour monter toujours et se rapprocher toujours de l'infinie perfection ?

Nous pourrions continuer ce parallèle , mais ce que nous venons de dire suffira pour remettre,

sous les yeux de ceux qui nous ont lu avec un peu d'attention, les traits principaux de noire doctrine. Nous terminons donc, en invitant encore une fois à se rappeler que Dieu a mis en chacun de nous le critérium du vrai, et que nous sommes coupables devant lui, quand nous refusons d'user de ce critérium et de croire à ses affirmations.

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