DESTINÉE DE L*II()>JME
croyances iiiuliles et sans effet possible sur nos sentimenls, ni sur nos actions.
S'il importe beaucoup que nous aimions Dieu , c'est-à-dire que nous ayons une foi parfaite dans sa puissance, dans sa justice, dans sa bonté; s'il importe, au même degré, que nous nous aimions les uns les autres , c'est-à-dire que nous soyons les uns pour les autres, justes, bons, secourables; cela seul importe, puisque la prati([uc de ce seul commandement sullit pour constituer , sous tous les rapports, l'homme de bien.
Pénétré du saint précepte, un homme emploiera toute sa puissance affective à rendre heureux ceux qui vivent avec lui , autour de lui ; il versera dans le fond commun de l'humanité, autant de choses et autant d'idées que ses facultés physiques et intellectuelles lui permettront d'en produire; dans l'occasion, il agira envers l'étranger comme le bon Samaritain; il donnera jusqu'à sou sang pour sa patrie menacée par une injuste agression: Cependant il ne désirera pour celle-ci aucun avantage contraire à la justice , aucun privilège nuisible aux intérêts généraux de l'humanité. Esl-il possible que cet homme ne soit pas • aimé de Dieu, aussi bien que de ses semblables. Qu'il accepte ou qu'il re[)ousse , cpiil alllirme ou
qu'il nie Ici dogme, tel mystère, telle théorie religieuse ; tant qu'il garde au cœur les mêmes sentiments généreux, il ne cesse pas d'être le même homme, le même par ses désirs et par ses actions, le même pour ses semblables, le même enfin pour Dieu !
La Religion n'ayant qu'un précepte, la science religieuse nj peut. avoir qu'un but: affermir ce précepte dans les cœurs.
Elle marche à ce but quand elle inspire pour Dieu un amour plus saint, plus intelligent, en (iiisant comprendre de inieux en mieux la sagesse
et l'équité de ses lois Quand elle rapproche
les hommes, en montrant de plus en plus clairement les liens de solidarité qui les unissent.
La doctrine que nous avons exposée , est-elle , par dessus toules les autres, capable de ces excellents effets? Si nous avons su nous faire comprendre, il n'est guère possible qu'on le nie.
Elle ne laisse debout aucune objection contre rexcellence des lois divines, aucun préjuge capable de séparer les hommes en groupes ennemis.
DESTINÉE DE i/hOMME
Quant aux enseignements de ceux qui se sont chargés d'entretenir parmi les hommes !c sentiment rehgieux , sont-ils hien capables de faire aimer Dieu et le prochain.
Hélas ! tous exigent d'abord, et pour eux
c'est le point capital, qu'on affirme un nombre plus ou moins grand de choses incompréhensibles, propres seulement à diviser les hommes , qui ne peuvent s'entendre sur ce qui .ne leur offre pas de sens ; puis ils relèguent sur le second et sur le troisième plan , le commandement des commandements de Jésus, quand ils ne le foulent pas dédaigneusement aux pieds.
Déjà nous avons donné des preuves multipliées de cet oubli profond du grand précepte; nous avons montré que les hommes qui ont travaillé à faire abhorrer Dieu en lui prêtant les sentiments les plus détestables; qui ont frappé leurs semblables des plus injustes, des plus affreuses persécutions; nous sont encore offerts comme des types de religiosité auxquels sont dus tous nos hommages. Nous allons donner une nouvelle preuve du renversement du sens moral que l'écart de l'Evangile a produit.
L'esclavage souille encore le sol des deux Amériques, où l'on voit parmi les possesseurs d'esclaves, parmi les défenseurs de l'odieuse institution, des Chrétiens, des pasteurs même de toutes les sectes. Les Quakers seuls forment, je crois, une honorable exception.
L'Espagne, dont la population, depuis qu'on l'a privée (1) de ses auto-da-fé, ne connaît pas de plus grand plaisir que celui de faire égorger (les taureaux dans une arène où des chevaux évenlrés traînent leurs entrailles sanglantes, la catholique Espagne maintient obstinément l'esclavage dans ses colonies , et ne déploie pas , contre la traite, une bien grande rigueur.
Tous ces gouvernements, tous ces peuples obéissent-ils donc à Jésus?. . . Font-ils bien aux autres ce qu'ils voudraient qu'il- leur fut iiiit?
Cette violation de la loi divine est tellement
(1) En la présente année 1862, les tribunaux espagnols ont condamné à sept ans de galères, Manuel Matamoros, accusé de propagande protestante! D'autres victimes de rintolérance gémissent encore dans les prisons de la péninsule. Des femmes, des jeunes filles sont au nombre de ces malbeureux!
proloude, (juc les |>révaricateurs soiil frappés immédiatement d'une dégradation morale , qui survit même longtemps à la cause qui l'a produite.
Ainsi, dans nos colonies , il n'y a plus d'esclaves — ce n'est pas aux eiïoi ts des Chrétiens que la . France doit cette purification — Il n'y a plus d'esclaves, mais la perversion du sens moral reste entière. Elle se manifeste par le mépris que le blanc témoigne à l'homme de couleur, celui-ci fùt-il plus riche, plus beau, plus instruit, plus intelligent, plus moral , plus blanc même que le blanc qui le repousse. .
Cet aristocratique et stupide dédain qu'ils font cruellement sentir à des hommes parmi lesquels ils ont cependant des parents, des fds et des frères, voudraient-ils que d'autres le leur témoignassent?
Où sont les papes , les conciles , les consistoires, les mandements , les sanhédrins qui ont dit à ces insensés, qu'en outrageant ainsi la justice et l'humanité , ils tombent en péché mortel , ils se placent entièrement hors l'Evangile et la loi divine. (1)
(1) Les Cliréticns, qui envoient des missionnaires chez des peuples arriérés, dont l'ignorance invincilde atténue sans doute les fautes devant TEternel , devraient réserver (iuel(|ues-
DAiNS LES DEUX MONDES.
La même cause produit partout des effets semblables , et le triste rôle que jouent dans nos vieilles sociétés ces classes dédaigneuses qui refusent de voir, dans les hommes des autres classes, des égaux , des frères, des semblables ; leur triste rôle chaque fois qu'une nation s'agite sous un joug séculaire, quand elle revendique ses droits,
uns de ces hommes dévoués , pour qu'ils déclarassent , au nom de Jésus et l'Evangile à la main, à ces peuples, h ces gouvernements violateurs de la loi, qu'ils sont grossièrement dans l'erreur , s'ils se croient chrétiens , comme ils le disent.
On vient d'appeler à Rome tous les Evéques catholiques , pour décréter la itéatification d'un grand nombre de ces hommes généreux qui ont laissé leur vie , comme témoignage de leur foi , chez ces peuples qu'ils avaient entrepris d'éclairer.
Ces Evéques oublieront-ils d'élever aussi au rang des saints , le noble martyr John Brown qui est mort pendu pour avoir reconnu, dans les noirs, des frères malheureux ; John Brown qui, plus héroïque que Spartacus, s'est armé contre une oppression dont , personnellement , il ne devait jamais souffrir ; John Brown qui s'est livré au bourreau avec cette sérénité que donne seule la certitude d'avoir appelé sur sa tète, par son dévouement à la loi de charité, toutes les bénédictions du Ciel !
Oublieront-ils John Brown , comme leurs prédécesseurs ont oublié Jeanne Darc. !
son iodépeudance el sa dignité , quand elle tend au progrès par un rappel à la justice ; leur triste rôle — qu'enregistrera l'histoire — est la juste punition de leur péché d'égoïsme et de vanité!
Vanité puérile, car si le dédain du blanc pour le noir peut, non pas se légitimer , mais jusqu'à un certain point s'expliquer par une supériorité de race, quel motif au dédain pour une classe roturière qui peut revendi(|uer, pour les inscrire sur son livre d'or, les noms les plus illustres, les plus saints, les plus chers à l'humanité.
Nous avons dit que les hommes cherchaient el trouvaient facilement, dans l'iVucien Testament, en mettant l'Evangile à l'écart, la justification de leurs iniquités les plus alTreuses. Un exemple récent vient à l'appui de notre aftlrmation.
Dans le sud des Etats-Unis , la convention des étais à esclaves , réunie à Charleston , a publié son programme de séparation, dans lequel on lit:
« Noiis tenons l'esclavage comme une inslilu- » lion divine , établie par Dieu lui-même , dans » le décret suivant dicté à iMoïsc sur le mont » Sinaï.
« Les serviteurs et les servantes que vous » aurez pris dans les nations qui sont autour de » vous et parmi les étrangers qui séjournent » chez vous , vous les achèterez et ils seront « votre propriété ; vous les transmettrez par » héritage à vos enfants après vous, comme pro- » priété, et ils seront vos esclaves à perpétuité. »
Quel compte tenir de cette odieuse prescription?... La rejeter avec mépris , en imitant Jésus qui renversait sans hésiter les préceptes de l'Ancien Testament, quand il les trouvait sur sa route, et quand son grand cœur se soulevait contre eux. Ne disait-il pas :
«< Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu ai- » nieras ton prochain et tu haïras ton ennemi. » iMais je vous dis : Aimez vos ennemis , bénissez » ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui » vous outragent et qui vous persécutent. »
« Cherchez avant tout, a dit encore Jésus, « cherchez le royaume de Dieu et de la Justice. »
Le Dieu de Jésus est donc bien le Dieu de la Justice. Le Dieu de la Justice, si fort offensé par les actes des chrétiens de toutes les sectes et
-im
DANS LES DELX MONDES
de toutes les époques, est-il cnliu, au moins en théorie, le Dieu des catholiques de nos
jours ?
Le dernier nfiot du calholicismc officiel, est lo dogme de Timmaculéc conception. Tend il, cv dogme, à montrer en Dieu un sentiment d'équité plus parfait?
Marie née dans les conditions ordinaires , pouvait avoir été distinguée et choisie par Dieu pour un grand rôle, en récompense de ses vertus. La Justice eût présidé à ce choix.
iMais la notion du juste est effacée de leur àme. Ils sont altérés d'arbitraire, et leur Dieu crée une femme immaculée, c'est-à-dire inaccessible aux tentations, à l'abri des faiblesses, incapable de dévier, incapable de mériter, par conséquent. Dieu la crée exprès, résolu d'avance à la couvrir (le gloire , parce que tel est son bon plaisir ; il la pose sur une route toute tracée et qu'elle suivra nécessairement jusqu'au l)Out.
El cette Marie capricieusement élue et rendue infaillible, leur paraît plus grande, plus touchante que celle qui eut toujours marché droit, soutenue seulement contre les entraînements, contre les défaillances de la vie, par la noblesse de son àme, par la pureté de son cœur !
Mieux inspirés que les catholiques, les révolutionnaires de 89, ont posé des principes, immortels désormais, qui sont une heureuse et féconde application des enseignements de Jésus.
Ces principes cependant, parce qu'ils affirment
la liberté de conscience, ont été déclarés athées
eux et les lois qu'ils ont produites. 11 ne faut pas laisser passer cette absurdité.
La liberté de conscience n'est, en définitive, (jue le droit de choisir , pour les professer et les pratiquer, entre ceux des dogmes des religions positives , qui ne peuvent faire ni bien ni mal ; que Ton croit incapables d'abaisser les individus, de démoraliser, de troubler les sociétés.
Mais nos luis ne permettraient d'enseigner, ni de pratiquer rien de contraire au vrai , au divin commandement. Sur ce point elles se montreraient, fort sagement, très-intolérantes.
Si la Sublime Porte, si la Prélaturc romaine avaient en France des agents pour recruter des eunuques , afin de sauvegarder ceux-là la chasteté de leurs femmes , ceux-ci leur propre chasteté; ces agents, leurs fournisseurs, leurs instigateurs, s'ils étaient saisis, seraient condamnés et llétris pour
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mutilation d'enfants, malgré le principe de la liberté de conscience, et quoique le Catholicisme des uns, l'Islamisme des autres ne fasse pas des péchés de ces gentillesses.
Si quelque fier républicain des Etats-Unis descendait chez nous avec ses esclaves, et s'il maltraitait l'un d'eux qui aurait manifesté la volonté d'être libre; le républicain citerait inutilement Moïse et l'Ancien Testament, nos lois le frappe raient avec une sévérité en rapport avec le mal résultant de ses violences.
Si l'un de nos Evêques enlevait aussi son petil Mortara, plus ou moins baptisé par une servante, le non possumus dont il chercherait à se couvrir ne l'abriterait pas contre nos lois.
Mutiler des enfants, battre des serviteurs, enlever un fils à sa mère, sont des actes formellement contraires à l'ordre d'être, pour les autres, ce que nous voudrions que les autres fussent pour nous; et ces actes, les principes TRÈS-CllRETIENS de 89, ne les tolèrent pas.
Tout homme qui osera croire aux indications de son bon sens, reconnaîtra avec nous :
l** Que faire consister la religion dans des cérémonies, dans des formules, dans des pratiques.... qui, comme le dit Jésus, intéressent le corps seul ; c'est la matérialiser,
2'' Que la faire dépendre de l'adhésion de la volonté ù des Mystères, c'est-à-dire à des choses dépourvues de sens pour l'esprit humain, c'est semer le trouble dans les consciences, et dans l'humanité la discorde.
Il conclura avec nous :
l"" Que celui-là est le vrai Chrétien, le vrai disciple de Jésus, qui porte au cœur le grand commandement, et y conforme sa vie — quand il n'aurait jamais lu l'Evangile — (juaud il ignorerait du Christ, jusqu'à son nom.
2^ Que cet autre, au contraire, est anti-chrétien et hérétique, qui, sous un prétexte quelconque, sacré ou^profane, viole la loi de justice, au mépris du grand commandement — acceptàt-il tous les mystères — suivît-il toutes les pratiques — se (léclaràt-il Chrétien et Catholique — fùt-il prêtre — portàt-il la pourpre ou la tiare.
Il n'est pas, entre les hommes, d'autres distinctions à faire, quant à leur valeur morale, sociale, religieuse.