‹ Destinée de l'homme dans les deux mondes [microform]Chapitre 7 sur 20 · DESTIISÉE TERRESTRE DE L HOMME · texte numérisé non relu

DESTIISÉE TERRESTRE DE L HOMME

Je ci'ois que Dieu a mis des âmes dans les corps humains, pour qu'il y eût sur la terre des êtres capables de la régir, et qui, voyant l'ordre harmonieux des corps célestes, le prissent pour modèle de leur propre genre de vie.

ClCÉRON.

Les cieux instruisent la terre A révérer leur auteur.

J. B. Rousseau.

Pour trouver la véritable explication du mal, il laut savoir d'abord , et précisément, en quoi le mal consiste. En d'autres termes, il faut connaître ce que se proposait le Créateur, quand il a mis l'homme sur la terre , le mal ne pouvant être que l'obstacle à la réalisation des projets de l'être souverainement bon.

DANS LES DEUX ^lONDES.

p iîi'

Chercher à bien comprendre la destinée terrestre de l'humanité , est donc le premier pas à

faire.

Pour résoudre le problème, reprenons-en les

données.

Dieu a fait l'homme a son image.

Si Dieu a fait l'homme à son image , s'il l'a doué de sentiments, de facultés analogues aux facultés, aux sentiments qui sont en lui, c'est nécessairement pour que l'être créé , utilisant ses <lons dans sa sphère propre , prenne à son tour pour modèle, et cherche à imiter le Créateur gouvernant l'immensité où il agit éternellement.

La sphère d'activité de l'homme est la terre. C'est sur la terre qu'il est appelé à se manifester , comme Dieu se manifeste dans l'infini des mondes ; c'est sur la terre qu'il doit faire descendre un reflet de la splendeur des cieux.

En un mol, ressemblant à Dieu, l'homme imitera Dieu, quand ses œuvres chanteront ses louanges , comme les magnificences de la création chantent les louanges de l'Eternel.

L'homme ne doit donc pas dédaigner la terre ,

sous prétexte de chercher Dieu dans un monde plus parfait ; sou devoir actuel , son seul devoir , est de faire que, dans cette revue que Dieu passe incessamment des globes , des soleils, des univers , noire planète ne fasse pas tache; qu'il n'ait pas à s'en détourner pour contempler, avec plus d'amour , d'autres planètes mieux ordonnées et plus (lignes de satisfaire ses regards.

Car Dieu donne à la population intelligente de chaque planète, l'administration de son globe, de sa parcelle d'univers ; et c'est sur la planète la plus sagement conduite , qu'il a été le mieux compris et obéi.

Ne croyons pas que Dieu peut être content de nous tant que la terre, sur toute sa surface, n'est pas assainie, fertilisée, parée ; tant que les populations qui la couvrent sont désolées par la misère ot par le vice. Nous sommes, à ses yeux, des fermiers paresseux et incapables qui laissent envahir un riche domaine par les ronces et par les chardons. Certes, le maître de ce domaine serai! mécontent, lors même que ses serviteurs eussent employé leurs journées à chanter ses louanges , à célébrer ses vertus. .... Fertilisez ma terre, leur (lirait-il , si vous voulez me plaire. Prouvez-moi \olre attachement par une obéissance éclairée.

riO

DANS LES DEIX MONDES

par des actions productives, si vous voulez (jue j'y croie.

Croyons aussi, croyons que pour plaire à Dieu, nous devons mettre en ordre la terre qu il a confiée à nos soins. C'est pour cela , cest exclusivement pour cela que nous somînes ici bas.

Pour mieux comprendre ce devoir et son importance, jetons nos regards sur la création.

L'univers est peuplé de globes s'ordonnant en groupes analogues au groupe de planètes dont la terre fait partie, et qui pivotent avec elle sur notre soleil.

Les groupes de soleils, à leur tour, se combinent pour former des mondes , semblables au monde lenticulaire vers le centre duquel nous paraissons placés , et qui renferme , avec le notre, tous les soleils de la voie lactée.

Un seul de ces mondes est plus riche en soleils que la terre en habitants ; chacun d'eux cependant n'est encore, dans l'immensité, qu'un de ces petits nuages blanchâtres que le télescope fail découvrir dans toutes les parties du ciel; qu'un globule, qu'une nébuleuse, simple élément d'un

système plus complexe, d'une plus haute combinaison.

Quelque immense que soit pour nous , en continuant ainsi, l'ensemble de mondes et d'univers à la composition duquel nous nous élevons par la pensée, cet ensemble n'est jamais qu'une simple unité qui se perd dans les ensembles des degrés supérieurs.

Si l'esprit s'arrête nécessairement dans cette ascension, la réalité ne s'arrête pas, et les combinaisons se continuent, toujours de plus en plus vastes. Dieu est infini dans ses manifestations comme dans sa puissance, et, si l'univers avait des bornes, quelque éloignées qu'on les supposât, le Dieu de cet univers, ne serait, en définitive, à côté du Dieu que je conçois, que le Dieu d'un grain de sable.

Que l'homme est chétif, comme il végète inaperçu, microscopique, nul, au sein de ces êtres dont le nombre et la grandeur épouvantent l'imagination.

Que l'homme lève la tête cependant ! Qu'il

ose contempler ces géants qu'il sait enclore dans

son cerveau avec leurs orbites ! . . . Dieu a fait l'homme à son image, ii l'a nommé son représentant sur la terre!... Ce n*est pas un faible honneur que de ressembler à Dieu et de le représenter.

Cette harmonie des mondes , qui chante inces-

samment la gloire de l'Eternel, ne peut être complète, Dieu Ta voulu ainsi, si l'homme n'y contribue pas pour sa part, en établissant aussi riiarmonio sur les points où s'étend son action.

Vainement les planètes, les soleils, les mondes,

les univers dérouleraient majestueusement

leurs orbes immenses, échangeant entr'eux la chaleur, la lumière, la fécondité, la vie î . . . vainement chacun d'eux, suivant fidèlement sa route, viendrait au point donné, à Theure dite, passer

sous les yeux de l'Éternel î si chaque globe

ne pouvait offrir sur sa surface, que sables arides et marécages empestés; que rochers nus et torrents dévastateurs. . . s'il ne pouvait étaler, dans ses campagnes désolées, que des peuples misérables , étiolés, ignorants, vicieux, affamés, en haillons î. . Âh î le spectacle de la création serait hideux , si toutes les humanités avaient, comme la notre, tnéconnu leur tàcîie ; si tous les globes étaient déshonorés, comme le notre, par la culture inco-

héreute et incomplète, par les intempéries, les privations , l'égoïsme et la discorde.

Heureusement il n'en peut être ainsi ; quelques humanités, dans le premier âge, se détournent pour un temps de la loi, égarées sur les pas de prophètes menteurs. Mais les globes fidèles forment l'immense majorité, et les globes infidèles se rallient incessamment. Le concert de bonheur qui s'élève de tous les points de la création , n'est pas troublé par les plaintes rares de ceux qui cesseront de souffrir, quand ils voudront revenir à Dieu.

Quand ces grandes pensées se présentent à mon esprit , elles me paraissent lumineuses comme le soleil, solides comme le plus inébranlable des rochers.

Non, cette vie n'est pas une vie d'épreuve, d'exception, en dehors des harmonies de la nature. C'est une vie sérieuse , offrant à l'activité humaine un but réel, une part dans l'œuvre de tous les êtres qui travaillent avec Dieu à l'ordonnance , i\ Tembellissement de l'univers.

Non, la terre n'est pas une vallée de larmes, humble séjour que nous devons fotder dédaigneu-

sèment aux pieds, eu songeant au magnifique palais qui nous recevra, quand notre étape sera finie. Lu terre est un des milliers de joyaux faits pour resplendir au front de Dieu, et nous devons penser que le plus impérieux de nos devoirs est de ralfranchir de toute souillure, de Forncr, de l'enrichir, de Témailler de fleurs et de fruits, de joycuv enfants, de mères heureuses, de vigoureux vieillards; en un mot, de la rendre digne de tenir sa place dans l'écrin de réternel !

Je le sens profondément, ù mon Dieu! par la reconnaissance et l'amour que ces pensées m'inspirent; telle est bien ta volonté, tel est bien notre

devoir.

Quand ce devoir sera rempli, les hommes seront heureux. Heureux et vertueux, car, par un effet de ta bonté, bonheur et vertu marchent ensemble, inséparables compagnons, comme le malheur avec le vice.

Quelle vertu manquerait à l'himianité, si elle était heureuse dans chacun des peuples , dans chacun des individus qui la composent?

Si l'humanité était heureuse, elle ne connaîtrait

|)as les privations. Elle saurait donc uliliser toutes ses forces , toute sa science pour des œuvres productives, elle n'en userait aucune partie dans des luttes infructueuses d'homme à homme, de nation à nation.

Si l'humanité était heureuse , personne ne serait opprimé ni trompé ; si tous étaient heureux, c'est que chacun trouverait dans les autres, au besoin, appui, secours, consolation; c'est que la bonté, la générosité, la charité seraient au fond de toutes les âmes.

Si le bonheur était le partage de tous, l'amour pour Dieu descendrait ardent dans tous les cœurs reconnaissants.

Faisons donc en sorte que l'homme puisse dire à Dieu, en lui montrant la terre: J'ai obéi, j'ai compris tes vues bienfaisantes et je m'y suis conformé. Grand Dieu ! Tu m'as ordonné d'être heureux , sois satisfait , je le suis !

Si la destinée terrestre de l'humanité est efl'eclivement la gestion collective du globe, une grande loi de SOLIDARITE relie les contemporains entre eux, et les générations les unes aux autres. De

celte manière, Dieu paraît ne s'occuper que de rensemble, injustement oublieux des mérites, des droits de l'individu. Cette objection sera examinée, avec d'autres qui se présentent encore et dont nous ne nous dissimulons pas la gravité, quand nous parlerons d'une seconde vie, complément nécessaire de celle-ci.

En ce moment, c'est la destinée terrestre qui nous occupe, c'est sur elle que nous devons insister, car nous sommes au point de départ de roules divergentes, dont une seule conduit au but. On ne saurait assez réfléchir, avant de s'engager.

Avec les croyances que nous combattons , la vie terrestre n'avait d'importance que comme préparant la vie future. Le séjour de la terre était un temps d'épreuve, il importait peu pour chacun de nous, que ce temps s'écoulât dans les larmes ou dans la joie. Jouissances ou privations, la question n'était pas là ; il fallait que nous fussions sanctifiés !

Et nous pouvions être sanctifiés, quelque malhabile que fût notre gestion du globe ; quelque misérable que fut son état; quelles que fussent l'incohérence et rinsuffisance de nos efforts pour rembellir.

Nous étions sur la terre pour subir une sorte d'épreuve francmaçonnique ; non pour concourir à une œuvre sérieuse, et pour être traités suivant nos mérites prouvés par les résultats de nos travaux. Dans ce système l'humanité n'est pas, les hommes sont indépendants les uns des autres ; ceux-ci s'élèveront à un bonheur infini , ceux-là seront livrés à des tourments sans fin. Dans ce système, chacun doit songer, avant tout, à soi, se préoccuper de son salut personnel qui lui importe par dessus tout; l'insolidarilé, l'individualité, l'égoïsme sont la loi.

Si les hommes pensent que le mal est le résultai de leurs fautes, l'indice de leur culpabilité, ia preuve de l'écart des plans de Dieu ; que leur devoir est de l'attaquer ; c'est avec confiance et résolution qu'ils entreprendront la lutte, pour la poursuivre jusqu'au succès.

S'ils savent en outre, qu'ils n'arriveront pas au bonheur individuellement, qu'il ne leur est pas donné de s'isoler de leurs semblables ; ils sentiront le besoin de s'appuyer les uns sur les autres, de coordonner leurs efforts ; poursuivant un >bul

DESTIKÉË DE L HOMME

commun, ils s'aideront, ils s'aimeront, ils seront régénérés dans leur cœur, comme dans leur esprit, par la passion mère des vertus sociales, l'amour de riuimanité.

Si les hommes admettent, au contraire, qu'ils sont ici-bas pour être éprouvés, que le mal e^t parce que Dieu veut qu'il soit ; ils n'essaieront pas d'en triompher, ils n'entreprendront pas l'impossible. La résignation est la seule vertu qu'ils pourront se proposer.

Livrés d'ailleurs à la préoccupation nécessairement dominante de leur salut particulier, ils auront, pour idéal, l'état intellectuel et moral que le /?. P. Félix, de la compagnie de Jésus, livre naïvement à Fadmiralion dans son livre : Progrès du Christianisme,

« Pour échapper à loute peur, dit-il, il y a » un moyen bien simple : ne rien désirer, ne rien » posséder. Quiconque ne désire rien , ne possède » rien, n'a plus peur de rien. Celui qui ne désire » rien, pas même la vie, ne peut plus craindre » rien , pas même la mort. C'est la situation du » vrai pauvre de Jésus-Christ. Que peut-on lui » ôter dont la perte l'épouvante?... La richesse:.'

» Il n'a pas d'héritage sou foyer?. . Il n'a

« pas de foyer Sa patrie ?. . . . Le monde

» entier est sa patrie ou plutôt, la terre

» lui est un exil. »

Déjà Molière avait dit dans Tartufe :

Orgon.

^< Qui suit bien ses leçons goûte une paix profonde, » Et comme du fumier regarde tout le monde. » Oui ! Je deviens tout autre avec son entretien ; » Il m'enseigne à n'avoir d'aUachement pour rien , » De toutes amitiés il détache mon âme ; » Et je verrais mourir frère, enfants, mère et

femme , » Que je m'en soucierais autant que de cela ! »

Cléante.

« Les sentiments humains, mon frère, que voilà. »

Térence disait au contraire :

« Homo sum, nihil hiimani a me alieniim » piito, — Je suis homme, je pense que rien de » ce qui touche l'humanité ne m'est étranger. — «

Ces deux citations mettent bien les deux systèmes en présence. Lequel est le plus religieux de l'orateur sacré ou de l'écrivain profane? Que

la conscience prononce ! . . .

Quand l'homme songera sérieusement à organiser les sociétés pour le bien commun, il sera

(iO DESTINÉE DE l'hOMME

puissamment soutenu par la main divine. En nous enjoignant d'agir, Dieu s'est réservé encore la plus forte tache, et nous ne faisons rien sans son concours assidu.

Quand une graine est mise en terre dans des circonstances convenables, elle gontle, germe, se développe , produit sa tige et sa racine ; elle irrandit, elle devient, suivant son espèce, plante annuelle ou vivace, herbacée ou ligneuse; elle fournit sa carrière en payant sontribut à l'humanité. Le devoir de l'homme est de choisir la graine, le sol, la saison ; de suivre le développement de la plante pour la préserver des excès de sécheresse et d'humidité, pour en écarter les végétaux et les insectes parasites.

Dieu s'est réservé de remettre à l'homme la

LTaine douée de la faculté de reproduire la plante ;

de faire agir pour le développement du germe,

l'accroissement de la tige , l'épanouissement de la

tleur, la maturation du fruit; la rosée, la pluie,

le soleil et les influences magnétiques de la nature.

Par le jeu des grandes forces de la création.

Dieu nous vient incessamment en aide, et jamais il

ne nous abandoime à notre faiblesse, quand nous

marchons dans la bonne voie. Mais tout secours

nous manque, les lois naturelles tournent même

contre nous, quand nous les méconnaissons, quand nous prétendons leur résister.

Ainsi Dieu fait toujours beaucoup; mais il ne DOIT pas, il ne veut pas tout faire. Il a réservé à l'homme, pour le rendre plus heureux et plus grand, une part dans l'œuvre commune. Justement enorgueilli du rôle d'associé auquel Dieu l'élève, riiomme doit s'en montrer digne, en s'efl'orçant de bien comprendre Dieu, pour le bien seconder.

Si Dieu faisait tout, tout irait bien sans doute; mais l'homme serait sans initiative, il ne participerait pas à la gestion de l'univers , il ne jouirait pas de son libre arbitre, il n'aurait pas à utiliser sa ressemblance avec Dieu , son existence comme être intelligent ne serait pas justifiée. Tombé au rang des êtres inférieurs, il serait, comme les animaux, infaillible et irresponsable, mais il deviendrait incapable du bonheur réservé aux seuls êtres intelligents, consciencieux et créateurs, bonheur composé et qui ressemble au bonheur dont Dieu lui-même jouit.

Dans celte société d'abeilles, qui attire si souvent les regards, tout est bien. Chaque individu

exerce sa fonction sans négligence, sans erreurs, sans tàlonnements. La génération nouvelle est habile autant que l'ancienne, rien ne s'apprend et lout se sait, et toujours la loi divine est observée sans infraction.

C'est que, dans la ruche, Dieu travaille seul; c est qu'il tient sans cesse en main l'abeille bridée par rinstinct qui la conduit où elle doit nécessairement aller. Et l'abeille est heureuse du bonheur simple que lui permet son organisation.

Si le désordre qui régne aujourd'hui sur lu terre, devait toujours durer, l'homme aurait peulètre à envier le sort de l'abeille.

Cependant le gérant du globe, le seul des êtres de la terre qui communique avec Dieu par la pensée, est appelé, on n'en peut douter, à une existence en tous points supérieure à celle des créatures soumises à sa juridiction.

H faut donc que l'homme ne se soit pas encore éfevé au rang qu'il doit occuper; qu'il ne se soit pas suffisamment emparé de son domaine; qu'il n'ait pas su plier, assez complètement, la nature

à sa domination.

C'est que, pour qu'il entre dans sa destinée vraie, à l'homme, à r homme seul, l'instinct ne suffit pas. Il lui faut encore la volonté, le savoir et

faction ; il lui faut d'abord et surtout cette confiance en Dieu, cette foi dans la sagesse et la bonté ^de ses lois qui fait éclore les sentiments élevés, les idées lumineuses, les saines études, les travaux féconds ; t'andis que de fausses notions sur la providence sont la source impure d'où découlent les sentiments haineux , les mensonires , les violences et les misères.

Page 1