‹ Destinée de l'homme dans les deux mondes [microform]Chapitre 8 sur 20 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

OKIGIINE DU MAL.

Peut-on cueillir des raisins sur les épines, et des figues sur les ronces.

St Mathieu.

Comme un père sur eux tu veilles, Sur toi leur œil s'ouvre incertain ; Et tes ouvrages, ô merveilles!' Sont beaux comme au premier matin.

Gœthf.

Après avoir compris ce que Dieu alteiid de riiomme en le plaçant sur la terre, il est facile (le comprendre encore comment le problème du mal doit être posé , comment on peut concilier le lait du mal avec la pensée de la Providence.

Quand un globe a élé lancé dans l'espace, quand, sur sa surface refroidie et solidifiée, les

DANS LES DEIX iMONDES.

mers ont trouvé un niveau convenable; quand les espèces minérales, végétales, animales sont arrivées à un point suffisant de développement; (juand Dieu reconnaît que tout est bien disposé pour l'entrée en fonction d'un gérant , il y dépose rhumanité à laquelle il le livre.

Chaque humanité reçoit ainsi du Créateur, un globe bien pourvu des choses qu elle peut désirer pour ses besoins et ses plaisirs ; ufi globe engrené pour ses évolutions sidérales, à portée convenable des émanations , des influences des autres globes du système; chaque humanité est donc, dès l'origine , en puissance virtuelle du bonheur.

Pour satisfaire aux besoins peu variés, peu nombreux des générations premières , ignorantes et faibles, mais bien conduites par l'Instinct que la Raison ne domine pas encore, les produits spontanés d'une nature vierge peuvent suffire. (1) Mais, un peu plus tard , par suite de la multiplication de l'espèce , ces produits bruts ne sont plus en rapport avec les besoins plus raffinés des populations plus nombreuses, et l'homme doit faire

(i) Le souvenir de cette première époque est restée sous les noms d'Eden, de Paradis terrestre, etc., dans les traditions de tous les peuples.

usage de ses facultés pour tirer du globe, par uu travail de plus en plus intelligent, un produit de plus en plus riche.

Si, sur notre globe, tous les efforts avaient converges vers ce résultat , libre et heureux dans l'abondance, l'homme vivrait aujourd'hui en paix avec lui-même, avec ses semblables, avec Dieu; au sein d'une nature empressée de répondre à tous ses désirs.

Malheureusement, il n'en a pas été ainsi. Au lieu de penser sans cesse à accroître , pour l'avantage commun, la richesse générale, par un emploi de mieux en mieux combiné de ses facultés ; c'est par la spoliation 'du faible que le fort a voulu s'élever. Détournées dès-lors de leur voie , les forces humaines se sont usées, les unes contre les autres , dans des luttes improductives ; la justice a fui , la violence et la perfidie , avec leur escorte de misère et de vices , ont assuré leur domination.

C'est ainsi qu'a été rompu le lien qui unissait l'homme à ses frères et à Dieu; c'est ainsi que le mal est venu sur la terre , sans que Dieu l'envoie; c'est ainsi que l'homme a souffert , sans que Dieu ait levé la main pour le frapper.

C'est ainsi que l'homme est tombé.

Et si les générations présentes souffrent autant

(;g DESTINÉE DE l' HOMME

que les générations passées, c'est qu'elles marchent dans les mêmes errements; c'est quelles commettent les mêmes iniquités. Si le cliAtiment csl commun, les fautes sont communes.

Mais chaque génération peut se rallier à Dieu el revenir à la voie du bien.

Car, après la chute, Dieu n'a pas gâté son œuvre pour punir l'homme qui recevait son chàlimcnt de sa faute même. La création est restée ce qu'elle était, l'homme n'est pas venu au monde plus porté au mal , les loi^ naturelles n'ont pas été moins favorables à Thumanilé. Tout était bien d'abord , tout est encore bien , et Thomme , quand il saura vouloir , s'acheminera vers le bonheur qu'il atteindra, quand il aura réparé les dégâts que lui seul a faits, ou laissé faire par incurie, sur la surface du globe el dans son propre organisme.

Voilà ce qu'il faut admettre , si l'on répugne à croire que le mal n'est pas de l'homme seul , que Dieu a contribué pour sa part au désordre , en rendant malfaisantes les lois de la création, afin de punir l'homme de ses égarements, en les imitant.

Peut-être u'accepterait-on pas sans difficulté ces affirmations , que l'homme n'a reçu du créateur aucun penchant malfaisant, que les lois naturelles ne sont hostiles par aucun côté. Examinons-les.

Prétendre que nous paraissons sur la terre avec des tendances au mal, tendances natives et constitutives de notre organisme ; c'est prétendre, en changeant les termes , que Dieu nous a organisés de manière à contrarier ses propres vues sur nous ; Cor les vues de Dieu sont bienfaisantes, et un germe de mal ne pourrait venir de lui, sans qu'il se trouvât en contradiction avec lui-même.

Pour faire accepter cette étrange pensée que riiomme , quand il sort des mains de Dieu , quand il naît dans des conditions régulières; n'est pas, dans tous les détails de son organisme, un ouvrage digne de la suprême sagesse ; il faudrait prouver (pi'il y a , dans l'homme , au moins un penchant d'une malfaisance manifeste ; et, bien que la démonstration, si l'on considère la chose superficiellement, paraisse facile à faire ; elle n'a pas été laite cependant, et j'ose affirmer qu'elle ne se

fera pas.

Par penchant , j'entends toute force intérieure qui stimule la volonté , qui la fait naître et qui détermine l'action.

Cette force est toujours en nous. Elle ne dépend pas, pour naître et mourir, des circonstances extérieures ; elle est un des éléments constitutifs de l'âme, tantôt active, tantôt latente, mais toujours prête à reprendre son activité.

Ainsi est l'amour, ainsi est Tambition, ainsi la paternité, ainsi la faim, la soif, les tendances à satisfaire ses appétits sensuels.

Les penchants naturels sont tous de ce genre. En est-il un seul qui soit, par son essence, malfaisant ?

L'amour élève le cœur, adoucit les mœurs, aussi bien que les formes et le langage. H inspire de nobles pensées et de saints dévouements.

L'ambition détermine d'énergiques efforts de courage ou de méditation, chez celui qui veut s'élever en servant l'humanité.

L'affection familiale engendre des vertus qui l'ont fait signaler comme étant une vertu par elle-même.

DANS LES DELX MONDES

Enfin, les appétits matériels sont les stimulants nécessaires de l'agriculture et de l'industrie.

Mais l'amour produil des désordres.

Mais l'ambitieux de haut titre bouleverse le monde, tandis que l'ambitieux de bas étage intrigue misérablement.

Mais le père s'enveloppe souvent dans l'égoïsme (le la famille , et ne voit plus rien dans Thumanité, en dehors des siens.

Mais les appétits sensuels engendrent la brutalité, le vol, le meurtre, etc.

Nous ne le nions pas.

Nous ne nions pas , mais nous affirmons que si nos penchants produisent, dans certaines circonstances le mal , ils produisent le bien dans d'autres, que c'est en prévision de ces bons effets qu'ils nous ont été donnés.

Nous affirmons que, si l'on était parvenu à supprimer un de nos penchants, on aurait fait une bien mauvaise besogne. On aurait ainsi ffàté

BiE. -1

l'homme tout autant qu'on gâterait un clavier musical, en en retranchant une note.

Et , pour suivre la comparaison , si le meilleur clavier, sous une main malhabile, produit des sons discordants, sans qu'on s'en prenne à l'ouvrier qui a fabriqué l'instrument; nous devons être aussi justes envers Dieu , et ne pas l'accuser, dans son œuvre capitale , quand nous ne savons tirer que désordres et malheurs , du magnifique davier de penchants dont il a composé l'âme

humaine.

Ces penchants ne jouent pas convenablement dans nos sociétés ; concluons qu'il faut modifier le mécanisme social, notre ouvrage, pour le mettre en accord avec notre organisme où la volonté de Dieu s'est traduite.

Agir autrement, c'est procéder comme font les Chinois à l'égard de leurs femmes; c'est mutiler le pied que Dieu a fait dans de justes proportions, pour le faire entrer dans une chaussure de forme arbitraire , ridicule produit d'une imagination dépravée.

Entre les penchants essentiels de l'homme , et les suites accidentelles de ces penchants, les Psycologues devaient établir la distinction radicale qui sépare la cause de l'effet, distinction facile à

reconnaître , qu'ils ont omise cependant. Dès-lors ils sont tombés dans les plus grossières erreurs.

Vivement épris d'une jeune femme, Paul est rebuté dans ses poursuites, un rival lui est préféré. Dans un transport de jalousie , il attaque ce rival et le tue.

Que conclure de ce fait?... Que l'amour a conduit Paul au crime... Sans aucun doute... Mais avait-il dans l'âme un penchant naturel auquel le crime seul pouvait donner satisfaction?. Voilà la question.

L'amour , ce penchant essentiel , était en Paul , avant qu'il eût rencontré la jeune femme ; il eut persisté lors même qu'il ne se fut jamais trouvé en sa présence. Dans cette supposition, il eut aimé peut-être une autre femme , qui eût partagé ses sentiments ; et sa vie entière s'écoulait , sans qu'il eût senti l'aiguillon de la jalousie.

Rien n'ôtera du cœur de l'homme, l'amour que Dieu y a mis. Mais la jalousie est le résultat de circonstances extérieures qui peuvent être ou ne pas être , et ne dépendent pas de nôtre organisme. L'amour qui nous pousse à Texécution des

projets de Dieu sur nous, n*esl pas nécessairement le germe des transports furieux qui contrarient ces mêmes projets.

Mettre le mécanisme social en harmonie avec la pensée divine, expliquée par l'organisation de l'homme, afin de n'offrir aux penchants que des occasions favorables à leur essor vers le bien , tel est le problème.

En voulant prouver la dépravation native de rhoniFue, suite de sa déchéance, des écrivains ont affirmé que Fenfant vient au monde naturellement porté au mal. Cette affirmation serait-elle vraie?

Mus par la bonne nature, obéissant sans résistance à l'impulsion divine, les enfants cherchent à s'initier à nos connaissances, à suivre, à comprendre nos travaux. Actifs, curieux, imitateurs, ils font des efforts incessants pour se dévelofîper physiquement et intellectuellement. Leurs mouvements, leurs actions, leurs pensées n'ont pas d'autre but.

Tels sont les enfants que les moralistes déclarent mauvais, quand ils modulent sur ce thème ; et qu'ils appellent des petits anges, quand cela convient

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A leurs élégies sur les douceurs de la famille.

Dominés par leurs tendances légitimes, ces pauvres petits êtres nous tourmentent souvent; leurs jeux bruyants nous fatiguent, leur gymnastique nous inquiète , leur envie de toucher , jusque aux objets fragiles ou dangereux, nous tient péniblement en haleine. . . Est-ce leur faute?. . . Est-ce la nôtre ?

Avons-nous songé à un système d'éducation calculé sur les impulsions mêmes qu'ils ont reçues de Dieu; à une combinaison qui les mettrait en rapport seulement avec les objets qu'ils doivent manier, avec les obstacles qu'ils peuvent surmonter, avec les questions dont ils sont capables de comprendre les réponses.

C'est au milieu des choses et des idées, destinées à riiomme fait, que nous les élevons. L'enfant souffre de ce contact inconvenant, il réagit et nous fait souffrir; et c'est lui seul que nous accusons.

Et encore , malgré tant de fausses dispositions , qu'il est facile de trouver , dans ces chères petites créatures, des trésors d'affection , de générosité, de bons sentiments que Dieu leur a mis au cœur. Quel amour pour le beau et le juste ! Quel attendrissement devant une noble action ! Quelle vigoureuse indignation pour le faux ! . . . . Tant que la

société ne les a pas blasés, en étalant sous tous ses aspects le mal , auquel leur candeur ne pouvait

croire.

Le royaume des cieux est à eux, et à ceux qui leur ressemblent: a dit Jésus qui ne croyait donc pas plus que moi, à la méchanceté native de l'homme.

Je viens de parler des enfants qui ont reçu les tendres soins auxquels Dieu leur a donné droit , en les confiant à notre amour. Il en est beaucoup d'autres, je le sais, auxquels les minutieuses attentions, les douces caresses, si nécessaires au premier âge, sont impitoyablement refusées. Ceux-là peuvent se vicier promptement, faut-il s'en étonner.

Ah ! c'est là le honteux stigmate qui signalera , au mépris de l'avenir, nos sociétés si vaines de leur science et de leur industrie, quand la première (les sciences, la science du bonheur général leur fait si complètement défaut.

Quand l'homme souffre, quand la misère l'accable; c'est par sa faute, par son inconduite, disent ceux qui, satisfaits de leur sort, trouvant que la société est bien telle qu'elle est, voudraient

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la laver du grave reproche, de laisser dans l'abandon ceux qui ne l'ont pas mérité.

En face de l'enfance malheureuse, cette pauvre excuse leur manque. Quel reproche adresser à cet enfant de cinq ans qui mendie*?

Je l'ai vu, ils l'ont vu comme moi, pâle, nu, décharné, pleurant de froid et de faim ! . . . Par où est-il coupable?.... De quel vice est-il déjà souillé?....

Et si cet enfant, voué de si bonne heure à la misère et à la démoralisation qui en est la conséquence; si ce malheureux enfant qui a vécu pour la douleur, qui n'a jamais entendu une parole affectueuse, qui n'a tiré que dureté et mépris de son contact avec ses semblables; si cet enfant, dis-je, devient méchant et criminel ; s'il porte le trouble dans la société qui a manqué la première, et si cruellement, à ses devoirs envers lui; nous l'accuserons, nous le jugerons, nous le frapperons Et nous ne voudrons pas comprendre

que, devant la justice éternelle, nous sommes tous les complices de ses forfaits ! !

Après avoir montré que rien n'est à changer dans l'organisme de l'homme, je dois chercher

ir

DESTLNEE D£ L UOMME

à faire comprendre que tout est bien encore dans la nature extérieure, qu'on ne pourrait, sans dommage, reloucher aux lois de la création.

Mais vous-mêmes , moralistes, vous tombez sans cesse en extase devant Tordre admirable de l'univers. Il est vrai que bientôt après vous montrez que vous comprenez peu ce que vous dites, car TOUS vous admettez que cet ordre admirable — et il ne perd rien de votre admiration pour cela — produit la grêle et les tempêtes, les ouragans et les tremblements de terre , la peste , la fièvre

jaune, etc ; toutes choses que vous attribuez

à Dieu, sans vous douter de l'énormitè d'un tel outrage, et sans cesser de l'appeler le Dieu bon.

Faisons un plus sage usage de cette raison que nous avons reçue pour étudier et comprendre les lois divines . . . Ouvrons les yeux et nous verrons ; si nous voulons entendre, ne fermons pas nos oreilles.

Sur le territoire d'une commune, s'il se trouvait de grandes surfaces d'eaux stagnantes , si de plus on y laissait se décomposer en plein air les cadavres

DANS LES DEL'X MONDES

des animaux et des végétaux , des miasmes pestilentiels engendreraient de terribles maladies.

Et les sages du pays ne manqueraient pas de dire :

« La colère de Dieu est sur nous, sa main » nous accable ! Toutes nos familles sont en » deuil! Courbons nos fronts, mettons-nous eu » prière, offrons des sacrifices! ainsi peut-être » nous apaiserons le Dieu veugeur, et nous » serons délivrés du mal. »

Un homme religieux dans le vrai sens du mot , c'est-à-dire inébranlable dans sa confiance en Dieu, répondrait :

« Non, Dieu ne vous frappe pas, il ne se venge » pas 5 il ne se met pas en colère. Mais il a fait , » pour nous rendre heureux, des lois qui ne peu- » vent être transgressées impunément. Etudions » ces lois, conformons nous à leurs indications.

« Donnons de l'écoulement à nos marécages, » enterrons ou brûlons les cadavres; le mal » cessera , quand sa cause ne sera plus.

a La vraie prière est d'obéir à Dieu. Nous » souffrons parce que nous conservons d'odieuses » coutumes contraires à ses desseins. Prenons des » habitudes plus sages , mieux en harmonie avec » les lois naturelles, nous ne souffrirons plus. »

Je viens d'écrire l'histoire même du choléra. Vers les sources du Gange , des peuples ignorants négligent toute mesure de saluhrité. Là, sous un ciel de feu , des eaux stagnantes , des corps , des forêts entières en putréfaction engendrent des miasmes dont l'air se charge , et qu'il transporte avec lui. Sur sa route funèbre, les peuples sont frappés , les émanations de ceux qui succombent renouvellent dans l'air la source du mal , le fléau traverse des espaces immenses , il parvient jusqu'à nous !

Est-ce Dieu qui nous frappe? ou portons nous simplement la peine de notre incurie?

Mais , dira-t-on , sommes nous coupables , si les populations de l'Inde ne savent pas, ne peuvent pas assainir leur vaste territoire?

Oui , nous sommes coupables ! Dieu donne la force au fort, pour que le faible soit protégé; les nations puissantes et éclairées doivent leur aide aux nations ignorantes et inertes. Telle est la loi de solidarité qui fait de toutes les races, de

toutes les nations , les parties diversement douées d'une seule famille.

Dieu l'a voulu ainsi. Le chacun pour sol, chacun chez soi est une absurdité, en même temps qu'une impiété. Le riche n'est pas tranquille au sein de l'abondance, quand la faim agite le pauvre dans la rue ; il n'est pas donné à une grande nation de s'enfermer dans ses limites, insoucieuse des fautes, des perturbations, des douleurs des autres nations.

Dieu nous a donné la terre à exploiter, à assainir , à sillonner de routes et de canaux , à couvrir de peuples satisfaits. Voilà la tache de l'humanité. Quand cette tâche sera remplie intégralement, l'homme aura obéi, il sera heureux. Mais, jusque-là, mais tant qu'une misérable peuplade gémira sur quelque point reculé , l'humanité entière sera menacée, parce qu'elle n'aura obéi que partiellement.

Sur quelques points, la lumière est assez évidente, pour que la solution du problême se soit ofl'erte à tous les yeux. Les inondations en sont un exemple.

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Il est des contrées du midi et du centre de la France, où les vieillards se rappellent encore avoir vu de vastes couronnes de forêts, sur des montagnes arides et chauves aujourd'hui.

Alors on n'y connaissait pas ces vents violents , qui maintenant ne cessent de souffler ; alors cette rivière, qui sillonne la vallée, était sage et fertilisante, elle n'abandonnait jamais son lil.

Les arbres abattus , les montagnes dénudées , la contrée a changé d'aspect. Les forets n'opposent plus aux vents leurs puissantes cohortes; les pointes sans nombre des arbres ne soutirent plus l'électricité des nuées , pour rétablir paciliquement l'équilibre électro-magnélique ; les pluies ne sont plus retenues dans les terres, que les racines attachaient par leur mille réseaux aux flancs les plus inclinés ; les eaux tombent et se précipitent en quelques instants, elles s'élancent en torrents furieux et portent leurs ravages dans les campagnes terrifiées.

Pour la régularisation et l'alimentation des cours d'eau. Dieu a établi à demeure les glaciers, sur les montagnes les plus hautes; sur les

montagnes secondaires il a fait croître les forêts.

11 est heureux que l'homme n'ait pas d'intérêt privé qui l'engage à dévaster les glaciers, et qu'il n'ait pas puissance d'exécuter une telle entreprise !

Le rôle des forêts pour aménagement des eaux est signalé depuis longtemps. La Peyrouse dit dans l'histoire de ses voyages de 1783 à 178G.

« Les naturels de l'île de Pâques ignoraient » que, dans les petites îles, au milieu d'un » océan immense , la fraîcheur des terres cou- » vertes d'arbres peut seule condenser les nuages » et entretenir ainsi , sur les montagnes , une » pluie presque continuelle qui se répand en » sources dans les différents quartiers. Les îles » privées de cet avantage sont réduites à une « sécheresse horrible qui , peu à peu, détruit les » plantes et les arbustes , et les rend presque » inhabitables. M. de Langlade et moi , nous ne » doutâmes pas que ce peuple ne dut le malheur » de sa position à l'imprudence de ses ancêtres ; » et il est vraisemblable que les autres îles de la » mer du sud ne sont arrosées que parce que , » très-heureusement, il s'est trouvé des mon- » lagnes inaccessibles où il a été impossible de » couper les bois. »

Ainsi d'une part, les épidémies, les épizoolies, etc., d'autre part les inondations, les dcnudalions, les orages , les tremblements de terre mêmes sur lesquels réiectricilé exerce une si grande influence, ont pour cause, non le mauvais vouloir de Dieu, mais l'inertie de l'homme ou ses fausses manœuvres.

Et riiomme pourra par la culture intégrale et raisonnée de la surface de la terre, quand il s'en sera rendu maître comme il le doit, tout en ajoutant à ses richesses, purifier Fair , régulariser le régime des eaux , prévenir toute perturbation atmosphérique ou électro-magnétique.

Ou s'étonnera peu de ces aflirmations, si l'on réfléchit à l'action réciproque de l'atmosphère et des végétaux qui cherchent la vie dans ses éléments.

Chaque végétal n'est-il pas un absorbant des gaz, en même temps qu'une pile électrique? chaque feuille d'un arbre n'agit elle pas comme la pointe d'un paratonnerre, dont la lige est le conducteur? Chaque forêt ne détruit elle pas insensiblement la force des courants d'air qui s'agitent ? El si le bon entrelien de la peau est , pour la

santé de l'homme , une condition capitale ; le bon entretien de la surface du globe, ne doit-il pas avoir une égale influence pour la régularité des fonctions de celui-ci?

Si l'homme cherchait enfin, dans raccomplissement de ses devoirs de gérant du globe, l'emploi de ses facultés physiques et intellecluelles, il trouverait à utiliser ces facultés d'une manière trop productive, trop entière, trop attrayante, pour qu'il fut encore exposé à retomber dans les écarts et les excès qui l'énervent physiquement, et moralement le dégradent. Ces dernières sources du mal seraient donc encore taries.

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