NULLE SOUFFRANCE *NE VIENT DE DIEU
Dieu, dit-on, ue doit rien à ses créatures. Je crois qu'il leur doit tout ce qu'il leur a promis en leur donnant l'être. Or, c'est leur promettre un bien que de leur en donner l'idée et de leur en faire sentir le besoin, i J. J. Rousseau.
« Je vous le dis et je vous le répète, ditTabbé
» Beaulain (philosophie du christianisme) , le
» mal n'a pas été créé par Dieu , le mal n'a point
» de substance, point d'être. Il n'est qu'une néga-
» tion ou le refus fait par la créature d'admettre
>» la vérité, la vertu de l'être. Le mal est un
» immense mensonge, le reniement de l'éternelle
» vérité. »
Si le mal n'a pas été créé par Dieu , s'il n'a jamais sa cause en Dieu ; le mal n'est autre chose que récart même de la créature , et tout est bien dans la création, puisque tout, l'écart excepté, est l'ouvrage du Créateur.
Si le mal n'est que le refus , fait par la créature, d'admettre la vérité, la créature peut triompher du mal en cessant <le refuser ; à moins que le refus ne soit forcé, ce qui ferait remonter à Dieu la responsabilité du refus et la responsabilité
du mal, A ces conséquences directes des principes posés
par M. Beautain, on peut joindre encore, comme déduction rigoureuse, celte aq^re vérité qui rehausse singulièrement la majesté divine : Dieu ne s'irrite pas, ne punit pas, ne frappe pas. 11 n'emploie, pour venger ses injures, ni prisons, ni enfers, ni bourreaux, ni démons.
Car, si Dieu infligeait un châtiment, ce châtiment serait un mal qui viendrait de lui , et le mal ne peut avoir sa source en Dieu.
Cependant la justice , qui est l'essence même de Dieu, demande que chaque faute soit punie, et punie suivant sa gravité.
C'est aussi ce qui a lieu. L'écart de la vérité est une soufl'rance, en même temps qu'une faute; la
souffrance est d'autant plus grande , que l'écart a été plus grand ; et plus l'homme s'est éloigné , plus il lui est difficile de revenir.
Par des excès, l'homme ruine sa constitution physique. Il ruine aussi sa constitution morale, et ce n'est pas, comme nous l'expliquerons plus tard, dans la vie présente seulement, qu'il ressent les effets de cette dégradation.
L'écart individuel a d'ailleurs , dans la société, nn retentissement plus ou moins douloureux, parce que la société n'est jamais complètement innocente de la chute d'un de ses enfants.
Sur ce sujet, M. de Lamennais a dit:
« La permanence de l'être humain après le phénomène appelé la mort, la diversité pour chacun de l'état qui suit , selon qu'il a vécu moralement bien ou mal : ces deux croyances inhérentes à notre nature, sont universelles. Mais dans le développement des idées qui y correspondent, la raison, abusée par de fausses analogies ou égarée par d'autres erreurs, a souvent altéré les simples enseignements de la conscience native. Ainsi, glissant à son insu
90 DESTINÉE DE l'iIOMME
>. même sur la pente d'un anthropomorphisme dan- « gereux, elle s'est représenté le souverain être » distribuant les peines et les récompenses futures, I. comme sur la terre les juges les distribuent, » par une libre détermination de leur volonté « propre, arbitrairement, en ce sens que la peine « et la faute n'ont enlr' elles aucun lien nécessaire « tandis que, en réalité, elles sont liées de la » même manière que la cause et reffel, dont « rintime relalion résulte de leur essence , et dé- » pend d'elle direclemenl et uniquement. La peine » sort de la faute, comme la souiTrance de la ,, maladie, selon des lois premières qui sont » immuables, et qui sont les lois mêmes de
» la vie.
« On s'est également persuadé que la peine ») renfermait en elle-même une vertu expiatoire ; « en d'autres termes , que la souffrance guérit la » maladie. Ce qui conduit à cette exécrable opi- « nion, que Dieu se complaît dans les peines et >» dans les souffrances de l'être puni.
« De là le zèle de persécution, de là ce >» débordement de cruautés infernales au moyen ». desquelles, chez tant de peuples, une fré- » nélique piélé a cru satisfaire à la justice » divine. >»
DANS LES DELX MONDES
La pensée que Dieu n'est jamais l'auteur du mal, qu'il ne se complaît pas dans la souffrance, est si simple, si saine en même temps pour le cœur, qu'elle devrait être admise sans hésitation. Mais l'idéq contraire est si fortement enracinée dans les esprits, qu'elle passe pour un axiome, et que jamais nous ne sommes certains d'avoir suffisamment protesté.
Quels ravages ce funeste préjugé n'a-t-il pas faits dans les consciences?. . . Quand un malheur tombe sur nous, n'admettent-ils pas tous qu'il vient de Dieu?... que sa sainte volonté soit faite! Disent-ils.
Ainsi, grand Dieu î quand cet enfant se tord dans les convulsions de l'agonie, sous les yeux de sa mère éperdue, c'est par ta sainte volonté ! . . . c'est par ta sainte volonté que cette affreuse nuée, chargée de fluide électrique, va dévaster ces champs et affamer ces laborieux campagnards ! . . . . c'est encore par ta sainte volonté que la peste terrassera, pour en faire de hideux cadavres, les plus robustes
de cette population ! C'est toujours par la
sainte voionté que la dernière ressource du pauvre contre la faim, la pomme de terre noircit, que le
raisin se corrompt , que les saisons sont en désordre î . . Tous le disent, de Torient à roccidenl, dévots et philosophes, chrétiens et mahomélans ! sur ce seul point, ils ont su se mettre
d'accord.
Non ! non !.. . Quand Thumanité debout le crierait par ses cent millions de voix, je n^ le croirais pas! J'ai compris et je sais, 6 mon Dieu, que ces fléaux le sont en horreur; que tu nous a donné, pour les vaincre, l'intelligence et la force; que tu
gémis de notre lâcheté qui les tolère ! Je sai^
que ce qui arrive par ta sainte volonté, c'est le bonheur ; que, si le mal nous atteint, nous n'avons à nous plaindre que de nous-mêmes.
Je sais toutes ces vérités, ô mon Dieu ! et c'est avec une joie immense que je m'en sens pénétré ! . . Car c'est bien dans ces hautes méditations sur tes lois, que l'ame attristée par la sombre contemplation des sociétés présentes , peut trouver de saintes espérances et de puissantes consolations.
Nous avons montré déjà par d'illustres exemples, usqu'où peuvent tomber, même des hommes de énie, quand, étouffant la voix de leur cœur, ils
rr
se prosternent devant un Dieu capable d'injustice et de cruauté.
Nous allons donner un exemple d'un autre genre d'aberration , de celle qui nait de la pensée que nos douleurs réjouissent le ciel , qu'on plait à Dieu en s'humiliant, en s'abaissant, en se livrant aux pratiques les plus abjectes.
Entre cent écrivains inspirés par le même sentiment, nous choisissons M. de Montalembert parce qu'il est de notre temps, parce qu'il passe, ajuste titre sous plusieurs rapports , pour homme de talent et d'esprit, parce qu'il est accepté comme éminemment religieux par un grand nombre de catholiques.
Voici quelques passages qui se lisent dans son abrégé de V Histoire de sainte Elisabeth de Hongrie Duchesse de Thuringe, (Paris 1841). (1)
(1) Rappelons encore une fois que nous n'attribuons pas, ;iux ouvrages que nous citons, une importance exagérée. C'est l'idée inspiratrice de l'ouvrage que nous cherchons à saisir, quand cette idée est fausse, et qu'elle est assez répandue pour <Hre un sérieux obstacle aux progrès de l'humanité dans la connaissance de Dieu.
Au lieu de la vie de sainte Elisabeth , nous aurions pu prendre celle de saint Labre, le dernier promu des saints. Cette vie nous eût édifié au même degré et dans le même sens; nous n'en relèverons qu'un seul trait.
Saint Labre lacérait, avant de le porter, un mauvais clia-
Saillie Elisabeth, du couseiilemenl de son époux, avait fait vœu d'obéissance absolue envers mailre Conrad, son confesseur; et celui-ci, pour éprouver la patience et la soumission de la princesse, n'allait pas de main morte. N'allait pas de main morte est ici Texpression propre, car Conrad, à chaque bonne occasion la rouaitde coups. Exemple :
l,eau qu'on lui donnait , pour le rendre encore plus mauvais. Si saint Labre avait échangé , chez un fripier , son vieux chapeau contre deux chapeaux pires , afin de donner un de ceux-ci à quelque mendiant , son action eût été bonne , puisqu'elle eût été utile; nous la louerions comme une œuvre de
charité.
Mais saint Labre souillait son chapeau , simplement pour le rendre plus laid. Quel sens peut avoir cette action?
On dit aux enfants, et avec raison, quand ils gaspillent quelque chose : Il ne faut pas jeter h bien du bon Dieu. En détériorant son chapeau, saint Labre diminuait la richesse sociale, il s'obligeait à mendier plus tôt un nouveau vieux chapeau dont il priverait un autre pauvre. Il jetait le bien du
bon Dieu.
L'action est donc mauvaise par elle-même. Le principe qui
l'a dictée est-il meilleur?
Saint Labre pensait évidemment qu'il plairait à Dieu d'autant plus, qu'il serait plus répugnant à voir.
Cependant Dieu se montre par ses œuvres, ami du luxe et
« Elle se rendit à ses ordres (à Oldembourg où il » Favait appelée). Les religieuses du couvent >> ayant appris son arrivée , demandèrent à maîlre » Conrad la permission de la faire entrer dans le » cloître. Conrad voulant mettre son obéissance à » répreuve, et Payant déjà prévenue de Texcom- « municalion qui était encourue par les personnes » qui franchissaient la clôture, répondit: qu'elle » ent7^e si elle veut. Mais Elisabeth prit celte pa-
de la beauté. Dans le plus humble jardin, il prodigue des magnificences en couleurs , en parfums , en délicatesses de tissus, de dessins et de formes, dont jamais nos arts ne parviendront à approcher.
Le principe est donc faux. Le sentiment qui a égaré saint Labre vaut-il mieux?
Saint Labre espérait, on n'en peut douter, qu'en dédommagement des mauvais chapeaux dont il se couvrait pendant sa vie, il obtiendrait de porter, pendant l'éternité, les plus magnifiques chapeaux du ciel.
Ainsi , action mauvaise , partant d'un faux principe, inspirée par un sentiment tout personnel : voilà ce que dit le bon sens de ce trait de la vie de saint Labre, ce qu'il dirait de In plupart des faits racontés sur lui.
Ajoutons-y une contradiction. Puisqu'ils en ont fait un saint, les prélats romains admirent nécessairement le personnage.' .le n'ai pas encore entendu dire cependant, qu'ils eussent échangé, contre de vieux chapeaux, leurs chapeaux de soie, d'or et de pourpre.
<jg DESTIXÉE DE l'ilOMME
„ rôle pour une aulorisation , et elle eulra dans . renceinle prohibée. Conrad l'en fil sortir, et lui , ayant montré le livre où était inscrit le serment „ quelle avait fait de lui obéir en tout, il ordonna » à un moine qui l'accompagnait de lui infliger, » en guise de pénitence, ainsi qu'à sa servante . Irmengarde, un certain nombre de coups avec . un long bâton qui se trouvait là. Pendant cette » evéculion, Conrad chantait le miserere! !
. Irmengarde raconte qu'elle avait encore les » marques des coups trois semaines après, et .. qu'Elisabeth avait dû les conserver bien plus . longtemps, parce qu'elle avait été plus rudement
» traitée. »
Un ancien ami d'Elisabeth l'ayant invitée a veiller sur sa renommée, parce que « sa familiarité » avec Conrad a donné lieu, chez le vulgaire stu- . pide et ignoble, à des opinions perverses, et a , des propos inconvenants , elle lui montra les „ traces récentes des coups qu'elle avait reçus. , Voilà, dit-elle, l'amour dont ce saint prêtre „ est animé pour moi , ou plutôt, voila comme
. IL m'anime a l'amour de dieu ! î !
A GRANDS COUPS DE BÂTON !!!!!..• Elisabeth s'occupait des malades, des infirmes, des lépreux. Mais il ne lui suffisait pas de panser
leurs plaies, elles les baisait, elle buvait même les matières qui en découlaient, voici un trait de cette espèce :
« Un jour elle rencontra un mendiant qu'elle » ramena chez elle et dont elle voulut aussitôt » laver les pieds et les mains. Celle occupation » lui inspira un tel dégoût qu'elle en frissonna , » aussitôt elle se dit à elle-même: Ah! vilain » sac! cela te dégoûte, sache que c'est une » boisson fort saine. En disant ces mots, elle >> but Teau dont elle venait de se servir. »
Je ne suppose pas que M. de Montalemberl écrit pour troubler et assouplir l'intelligence des classes inférieures; je dois admettre, j'admets (ju'il admire aussi ces traits de sainteté, qu'il livre au public pour son édification.
Eh bien! je le déclare : le dieu de m. de monta-
LEMBERT n'eST PAS LE MIEN !
Mon Dieu est satisfait , sans aucun doute ,
si je me dépouille pour couvrir celui qui est
nu; si je jeûne pour que mon frère ait du
pain; si je surmonte toute répugnance devant
la plaie que je vais panser; si je me résigne
à souffrir pour éviter des douleurs à mes semblables.
Mais il ne lui plaît nullement que , stupide à l'égal du faquir qui, les poings fermés, laisse croître ses ongles afin de les sentir entrer dans ses cbairs, je recherche, sans motif, la douleur qu'il m'est ordonné d'éloigner des autres et de MOI-MÊME. 11 ne veut pas que je refuse le pain dont j'ai besoin , que je jette mon manteau, que je recherche des ordures sans nécessité, sans utilité pour les autres, seulement dans la pensée qu'il lui est agréable que j'aie faim , que j'aie froid et que j'aie le corps souillé.
Non , mon Dieu n'aurait de goût , ni pour le saint personnage qui frapperait une femme avec brutalité, ni pour la dévote qui prétendrait lui plaire en buvant des immondices , en appliquant ses lèvres sur des ulcères.
Mais où donc Jésus , dans sa vie si noble , si pure, si décente en même temps, a-t-il donné, à ces prétendus chrétiens, l'exemple de ces dégradantes pratiques? C'est aux hideuses religions de l'Inde qu'elles reviennent de droit. Elles doivent plaire à ces idoles sous les chars desquelles se font écraser les dévots; qui se réjouissent quand les veuves se brûlent; qui
s'engraissent avec leurs ministres dans la fange et dans le sang.
11 serait inutile de s'étendre sur cette œuvre caractéristique de M. de Monlalembert et des siens. De celui qui aurait besoin de mes réflexions pour comprendre que tout est faux , étroit , odieux en même temps , dans cette étrange manière de comprendre Dieu , il n'est rien à attendre ; c'est un esprit mortellement empoisonné !
Je relèverai cependant encore une fois les mêmes idées , dans le même ouvrage , où elles se reproduisent sous une forme plus dangereuse, parce qu'elles tendent plus directement à corrompre les
bons sentiments que nous avons naturellement au cœur.
Après avoir été séparée de ses amis , de ses suivantes qu'elle chérissait et que l'aimable Conrad avait remplacées par deux mégères « (jui la mettaient chaque jour à l'épreuve, » et l'accablaient de mauvais traitements, » Elisabeth doit encore renoncer à ses enfants en bas âge.
« Enfin une dernière épreuve était réservée à
DA^S LES DEUX MONDES
celle âme si tendre, et si dure contre toutes ses tendresses: ce devait cire pour elle l'objet d'un dernier triomphe. On a vu comme elle s'était séparée de ses enfants pour lesquels elle ressentait une affection dont l'amour divin seul avait pu dompter la violence. Cependant il paraît que cette séparation n'avait été ni complète , ni absolue; que le cœur maternel avait parlé trop haut; que, si elle n'avait pas conservé avec elle une de ses fdles , ou même son fils , du moins elle faisait venir souvent un de ces chers enfants , pour satisfaire en le voyant , en le caressant, en imprimant sur son front innocent de nombreux baisers , aux exigences de sa tendresse de mère. Mais bientôt elle s'aperçut qu'il n'y avait plus de place dans son cœur pour deux amours , et qu'elle ne pouvait impunément le partager entre Dieu et une créature quelconque. Elle vit que ses caresses et ses baisers trop prodigués aux fruits de son sein , l'empêchaient de se livrer avec son assiduité habituelle à la prière. Elle craignit de trop aimer un autre être que Dieu , et , soit à l'instigation de Conrad, soit de son propre mouvement, elle fit éloigner pour toujours ce dernier vestige de bonheur terrestre. »
Dieu , qui inspire même aux animaux , une si grande tendresse pour leurs petits, n'a-t-il pas
donné à l'homme, de la manière la plus formelle, Tordre d'aimer ses enfants, de vivre avec eux, de les envelopper de soins , de les couvrir de caresses.
Cet ordre, sainte Elisabeth , vous n'y croyez pas, pnrce qu'il n'a pas été dicté du sein des éclairs et ijravé sur le granit ; vous n'y croyez pas , parce que Dieu a pris simplement le soin de l'écrire de sa main, dans le cœur de tous les hommes, dans le sein de toutes les mères ! . . .
Cet ordre, vous ne le prenez pas au sérieux, parce qu'il est agréable à suivre, et que vous ne reconnaissez à une loi le caractère divin, qu'autant ({u'elle est dure à exécuter ! . . .
Oui, vous acceptez facilement, comme devant plaire à Dieu, toutes les avanies qu'il plait à niaitre Conrad de vous infliger ; mais vous n'accej)tez pas que Dieu exige que vous gardiez auprès de vous vos enfants , quand rien ne vous oblige à les éloigner !
La sagesse de la loi qui se traduit par des coups de bàlon sur vos épaules, ne me parait pas aussi
DESTINÉE DE L'uOM^fE
claire cependaal, que celle de la loi qui rapproche les mères de leurs petits enfants.
Quelle idée avez-vous donc de l'Eternel? Étesvous bien sûre qu'il se sente flatté, qu'il vous sache bon gré des sentiments que vous supposez
être en lui ?
Et quand vous vous écriez, dans votre humilité oriîueilleuse, vouscrovant arrivée enfin au sublime de la perfection :
« Mes chers enfants eux-mêmes ne sont plus » que des étrangers pour moi , j'en prends dieu a i) TÉMOIN. C'est à lui que je les ofl're , que je les » confie, qu'il en fasse sa sainte volonté en tout. » Je n'aime plus rien, plus aucune créature, » je n'aîme plus que mon Créateur. »
Avez-vous donc la certitude que Dieu ne vous réprouve pas au contraire, comme descendue au sublime de la stupidité, de l'égoïsme, de l'impiété, de la révolte contre ses lois les plus impérieuses, les plus claires et les plus saintes !
Voilà donc les traits sous lesquels ils se représentent la Providence! Voilà les hommages que réclame leur faux dieu, les sentiments qui lui
lOô
plaisent, les actions qui le réjouissent, les moyens par lesquels on mérite ses faveurs !
Et ce n'est pas tout. Il ne suffit pas à ce Dieu de nous imposer le pénible devoir de fuir ce qui nous attire, pour chercher les procédés les plus propres à souiller, à martyriser nos corps, à torturer nos âmes; il permet encore, pour mieux assurer notre perte, au génie du mal, à Satan, d'intervenir insolemment ((ans les affaires de ce monde, de nous détourner de sa loi, de nous dominer par nos attractions natives, de tendre des pièges à notre faiblesse, de nous saisir quand nous succombons, afin d'agrandir, aux dépens des cieux, l'aftVeux séjour dont il est le roi !
Oui! Ils ont affirmé, grand Dieu! que, pour faire respecter et sauvegarder ta loi , tu ne savais rien de mieux que les sombres inventions de nos f listes sociétés; qu'il te fallait aussi, comme aux puissants d'ici-bas, une sinistre escorte de licteurs, avec des faisceaux et des haches !
Ils doivent craindre leur Dieu cruel, l'implorer, se prosterner à ses pieds ! . . . Mais peuvent-ils donc l'aimer?. . .
Les dieux capricieux et jaloux, les dieux injustes et méchants qui ont été offerts, qui sont encore offerts à l'adoration des mortels, ne
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s'évanouiront-ils pas devant la pure et sainte
image du vrai Dieu? Est-il une de ces idoles
qui puisse rester debout en pleine lumière?. . . . Serait-ce le Dieu de Bossuet, tourmenteur des
petits enfants ? ou le Dieu de Calvin et de
saint Paul qui fabrique des hommes exprès pour une damnation inévitable ? . . . ou le Dieu , que je ne veux pas qualifier, de M. de Montalembcrt?. .