‹ Destinée sociale (volume 2)Chapitre 11 sur 91 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

PEEUIE&E APPlOXIMATIOIf

lUtytâion parceiiam îru Crauûil.

La confiance, l'amitié, le charme, seront d'autant plus vifs qu'on aura donné plus d'extension à cet exercice parcellaire, appliquant chaque individu aux fonctions où il excelle et qu'il préfère. Ch. Foobieb.

Comme il tous plaira.

Qui voudrait dès maintenant commencer à se représenter une Phalange en mouvement, devrait concevoir que chaque genre de travail a fourni un cadre de Série, et que tous ces cadres sont rempHs, c'est-à-dire que, dans chaque Série de genre, des Groupes distincts de

travailleurs se sont emparés du soin des espèces, des variétés, etc., de telle sorte que les détails de toutes les industries , de toutes les fonctions , sont ainsi partagés entre des Séries et des Groupes.

Et maintenant, que voulez-vous faire ? que savezvous faire ? qu'aimez- vous ? à quoi ètes-vous propre? — Yous voulez des places? en voici, choisissez. Le choix est beau, j'imagine : arts, sciences, instruction, administration, fabriques, cultures... toute fonction que vous pourrez dire , toute braUche d'activité humaine sont là, vous offrant carrière.

C'est d'abord de la culture que vous ^ oulez faire ? — libre à vous. Oh ! vous n'aurez pas comme aujourd'hui une ferme à gouverner, des valets à surveiller, un train sur les bras. Vous n'aimez pas les travaux des champs et des prairies, rien ne vous plaît au soin des harnais et des bestiaux ? hé bien, laissez champs et prairies, harnais et bestiaux ; ne songez ni aux ')îés ni aux fourrages, ni aux étables ni aux écuries : laissez cela, et soyez tranquille : on y veillera. — Les vergers vous attirent; vous vous plairiez au soin des arbres fruitiers. — Bien, entrez à la Série des vergers. — Oui ; mais cerisiers et pruniers n'ont pas l'art de vous plaire , pommiers encore moins : ce sont les pêchers que vous aimez. — Entrez donc à la Série qui cultive les pêchers. — Yous avez, dans le genre pêcher , une espèce de prédilection , une espèce qui vous séduit. — Alors enrôlez-vous au Groupe qui a pour attribut le soin de cette espèce.

Et croyez- vous qu'on vous a ménagé une assez grande

DIVISION PARCELLAIRE. ISâ

latitude ? croyez- vous que ceci soit assez faire pour votre liberté, pour servir vos goûts, voire vos caprices? — Oh non, car il peut vous paraître, à vous, fastidieux de sarcler» de planter, émonder, de veiller à la conservation des fruits... Ce que vous aimez , vous, c'est la grefl'e, et vous avez un haut talent à cette opération. Cela vous rend fier. Entrez donc au Groupe de votre pêche favorite, et, dans ce Groupe, au Sous-Groupe de la Greffe, et allez encore exercer votre talent de greffeur dans vingt autres Groupes, dont l'objet et le personnel auront exercé séduction sur vous.

Cette parfaite liberté en choix de fonctions, expliquée sur un exemple agricole, s'étend à tout le reste. Et vous voyez bien que, pour servir les goûts individuels et satisfaire aux intentions de la nature cpii a donné ces goûts, il faut, non-seulement diviser les travaux et les industries en Séries et en Groupes, mais faire encore au sein du Groupe une distribution parcellaire du travail, afin que chaque sujet puisse se porter aux actions pour lesquelles il a de l'aptitude.

Ces dispositions-ci sont-elles autre chose que l'expression même des faits qui tendent à se produire naturellement en milieu libre? Est-ce ici de l'esprit de système? — V esprit de système et Vidée fixe !... — Il y a par le monde cinq cents pédants ignares qui tranchent tout au travers de la découverte de Fourier avec ces mots-là ! Voyons pourtant :

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ORGAJJISATION. LIV III. Cn. II

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Mais il fallait bientôt se mettre en devoir de préparer n repas ; en général, les estomacs étaient prédisposés.

Or, vous auriez vu par terre, pêle-mêle et assez conisément étalés, les fruits de la chasse d'abord, de gloeuses alouettes dont on était fier ; chacun savait son ombre; puis les carnassières, les fusils, des écharpes 1- des chapeaux de paille, les munitions, les provisions pportées delà ville, du pain, du vin et quelque bon giot... parce (jue, voyez- vous, il y a des jours où les louettes ne passent guère... on ne sait pas d'avance.

Donc il fallait préparer le déjeuner. Nous étions iiinze, vingt souvent, et chacun s'y mettait.

— « Nous autres , nous nous chargeons d'organiser efeu. » — Bien. Et parmi ceux (|ui avaient ainsi parlé, es uns couraient faire du bois ; les autres prenaient emplacement, bâtissaient un foyer à joues et chenets de pierre, et disposaient devant ce foyer, sur le vent, deux branches fourchues, plantées en terre, pour supporter

es baguettes de fusil rpii devaient servir de broches à otir les alouettes.

— « Il faut du beurre, il faut des assiettes, il faut des )ommes de terre, une poêle à frire... Vous avez oublié l'apporter du sel, Messieurs ; (jui ira au village chercher

Plus de développement dans les puissances productives du travail , c'est-à-dire , plus d'adresse , d'activité et d'intelligence dans la manière dont partout aujourd'hui on l'applique et on le dirige, c'est là l'effet de la Jit/ision ifulrut-ail. Adam Smith,

En chasse, et chasse heureuse !

A. DE MOSSET»

Par les beaux jours d'octobre, à trois heures du matin, — octobre, c'était temps de vacances, — souvent nous nous mettions en route, sac de chasse au dos et fusil sur l'épaule, huit ou dix camarades de collège ensemble. Nous avions treize, quatorze , quinze ans, je ne sais. — Nous cheminions gaiement sous un ciel étoile , le long des premières pentes de notre Jura , par des chemins pierreux, à nous connus. Il fallait bien qu'aux premiers rayons du soleil levant, nos miroirs fussent plantés, brillants, dans les hautes plaines d'Ivory ou de Malaton, — lieux éprouvés pour la passe des alouettes auxquelles nous avions à cœur de faire bonne guerre. — On entrait en chasse.

Quand le beau soleil s'était haussé sur l'horizon et qu'il pouvait marquer neuf heures ou dix , nous ne tardions pas, d'ordinaire , à voir déboucher à l'horizon du plateau des robes flottant au vent, de blancs chapeaux de paille et des ombrelles qui s'enlevaient sur le bleu du ciel ou sur les teintes sombres et chaudes des montagnes du fond. C'étaient nos sœurs et leurs amies,

arrivant au rendez-vous de chasse. On faisait encore, par gentillesse , dnrcr la chasse un instant pour elles. — Elles tournaient les miroirs, et prenaient à la chasse intérêt et plaisir.

' Mais il fallait bientôt se mettre en devoir de préparer un repas ; en général, les estomacs étaient prédisposés.

Or, vous auriez \ti par terre, pêle-mêle et assez confusément étalés, les fruits de la chasse d'abord, de glorieuses alouettes dont on était fier ; chacun savait son nombre; puis les carnassières, les fusils, des écharpes et des chapeaux de paille, les munitions, les provisions apportées de la ville, du pain, du vin et quelque bon gigot... parce que, voyez- vous, il y a des jours où les alouettes ne passent guère... on ne sait pas d'avance.

Donc il fallait préparer le déjeuner. Nous étions quinze, vingt souvent, et chacun s'y mettait.

— « Nous autres , nous nous chargeons d'organiser le feu. » — Bien. Et parmi ceux qui avaient ainsi parlé, les uns couraient faire du bois ; les autres prenaient emplacement, bâtissaient un foyer à joues et chenets de pierre, et disposaient devant ce foyer, sur le vent, deux branches fourchues, plantées en terre, pour supporter les baguettes de fusil qui devaient servir de broches à rôtir les alouettes.

— « Il faut du beurre, il faut des assiettes, il faut des pommes de terre, une poêle à frire... Vous avez oublié d'apporter du sel, Messieurs ; qui ira au village chercher

organisation industrielle, qu'il faille avoir recours à des jeux puérils^ pour avoir des exemples d'industrie attrayante et constater les exigences de la nature libre. Toutefois, rien n'est moins puéril que les conséquences de nos observations; car je ne crois pas que l'on puisse agiter, dans l'ordre des spéculations sociales, une question plus haute que celle de la mise en harmonie des institutions avec les convenances de la nature et des passions. L'important est d'observer vrai , de raisonner juste et d'être compris. Si je voulais, je serais aussi pédant et inintelligible que le premier métaphysicien venu (1).

t Donc nous acceptons comme procédé général de classement et d'organisation pour les travaux sociétaires, et comme procédé voulu par la logique et la nature, la Subdivision sériaire se résolvant en Groupes , et le travail parcellaire dans les Groupes.

(1) Un très-bel exemple de la division du Groupe en Sous-Groupes, est fourni par la manœuvre d'une compagnie de pontonniers sur un fleuve. L'étaLlissement d'un pont de bateaux se complique de beaucoup de détails : le service des bateaux, des cordages, des ancres, des poutrelles, des madriers, etc., etc. Or, la compagnie se divise en escouades adonnées à un détail , et toutes ces escouades faisant aller simultanément leur affaire particulière, l'œuvre totale marche avec un accord et une rapidité magiques. Et quand deux ponts sont jetés concurremment , et qu'il y a des spectateurs auxquels on ait à cœur de montrer son savoir-faire, l'activité à la manœuvre et l'ensemble de l'exéculion dépassent tout ce qu'on peut dire. Ceux qui ont vu ou pratique l'opération dont je parle, comprendront bien la division parcellaire dans le groupe, et l'importance de cette division des fonctions dans l'œuvre totale.— Malheureusement je ne pouvais donner cet exemple comme effet de sporttanéiié.

Or, vous pouvez reconnaître qu'ici encore, comme en toutes choses, la nature de l'homme est toujours en harmonie parfaite, en pleine coïncidence avec les convenances de raison. Vous avez écouté la nature, vous avez voulu suivre jusqu'au bout ses impulsions les plus délicates, ses indications les plus nuancées, ses derniers caprices : elle vous a mené par la main, et vous a montré pour loi d'organisation cette loi sériaire et ses ramifications parcellaires ;

C'est-à-dire que l'étude des impulsions naturelles, et la franche acceptation des vocations et des goûts parcellaires, vous ont fourni un procédé intégral d'application à tous les travaux, de ce fameux principe de ta division DU TRAVAIL, si prodigieusemcnt productif, principe que l'industrie civilisée ne peut appliquer, elle, qu'à une seule branche de travaux , les travaux de fabrique, et encore pour le grand malheur de l'ouvTier.

En résumant ce chapitre, on comprendra que la division parcellaire dans le Groupe est la véritable garantie de l'iNDÉPENDANCE INDIVIDUELLE du travailleur , et

du LIBRE DÉVELOPPEMENT DES VOCATIONS , puisqu'ellC

permet à chacun de vaquer seulement, je ne dirai pas aux fonctions, mais aux détails de fonction, pour lesquels il se sent goût, aptitude et volonté.

Le Groupe qui s'est emparé d'un travail et dans le sein duquel chaque Sous-Groupe fait marcher un détail de l'œuvre, est un corps composé de parties qui concourent librement à l'action commune, rivalisent de zèle, II 9

d'ardeur, et s'entraînent passionnément dans un Accord puissant d'ensemble. Chacun, alerte à la tâche qu'il aime, se repose sur les voisins de tous les autres soins ; r'individu s'appuie sur la masse ; tous se soutiennent, se concentrent , serrent les rangs dans le Groupe, et s'excitent à l'action. Les affections se nouent, le contact échaufle, l'identité du but commun rallie, le sentiment de l'union électrise la masse, l'Accord d'ensemble retentit dans toutes les poitrines, et l'enthousiasme, à qui tout obstacle cède, éclate dans la manœuvre.

Que ce soit œu\Te de paix ou œu\Te de guerre, toutes les fois que les difl'erentes parties d'un corps agissent de concert dans une manœuvre, et exécutent, chacune avec zèle et passion , leur rôle particulier dans l'ensemble ; toutes les fois que les actions parcellaires se résolvent simultanément dans une action unitaire, totale, et rayonnent sur un même centre, la convergence générale produit l'Accord , l'enthousiasme se met dans la masse et l'emporte. — C'est de règle, c'est forcé, c'est irrésistible et de nature. L'homme est ainsi fait d'un pôle à l'autre. L'individu le plus froid ne peut se soustraire à l'influence des grands Accords produits au sein d'une masse composée de parties harmoniques. Or, la première manifestation de cet entraînement enthousiaste se développe dans le Groupe, quand tous les Sous- Groupes sont à la manœuvre et agissent de concert.

Que si vous supprimez le contact et détruisez le jeu des diflérentes pièces; s'il n'y a plus dans l'exécution cette promptitude produite par l'intégrale de toutes les

actions partielles et simultanées ; si vous placez le travailleur dans les conditions de l'industrie civilisée; s'il est isolé, surchargé de tous les détails de l'œuvre^ obligé d'exécuter successivement, lentement, sans émules co-intéressés, sans aide et sans soutien... tout disparaît. L'ennui et le dégoût remplacent l'entraînement et la joie : travail redevient peine , ennui , douleur

En dernière analyse, le résultat de ce chapitre a été l'introduction dans le Groupe, du travail parcellaire, reconnu comme exigence de liberté individuelle , vœu de la nature, et première condition spéciale d'Attraction industrielle. Nous avons établi que le principe de la division parcellaire, dirigeant des efforts simultanés, harmoniquement concentrés sur un but commun, est le mode de Génération des grands Accords d'identité qui meuvent et passionnent les masses, les frappent d'enthousiasme pour un œuvre, et créent les fougues ardentes auxquelles nul obstacle ne résiste. — Ces Accords croissent d'intensité avec les masses passionnelles sur lesquelles ils agissent ; et quand ils atteignent un certain degré de force, ils deviennent surhumains , puissants comme la Foi., et transportent les montagnes.

Dans cette période de ma tâche, où je construis le mécanisme sériaire pièce à pièce, je désire beaucoup que mon argumentation soit l'objet d'une surveillance sévère de votre part, lecteur ; car si nous ne voulons rien avancer d'arbitraire et d'imaginé , rien qui ne soit fondé en fait ^et en raison, [at bien décidément avoué

par la nature, nous ne voulons pas non plus vous laisser le droit de faire plus tard volte-face à un ensemble dont vous aurez admis tous les détails. Yoyez, je ne vous prends pas en traître, je vous préviens dès maintenant que si vous acceptez les sommes partielles, vous ne serez pas reçu à refuser le total. — Ceci étant de bonne justice, continuons.

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