‹ Destinée sociale (volume 2)Chapitre 23 sur 91 · CONDITIONS D'HARMONIE · texte numérisé non relu

CONDITIONS D'HARMONIE

La musique est un concert de plusieurs (liscurdants. Pïthagobe.

Je viens de démontrer que l'application du, mécanisme sériaire à l'Industrie rend l'Industrie attrayante. — Montrons maintenant que cette application à l'Industrie, à la gestion du Globe, à la grande et haute tâche de l'homme, est la condition suprême du jeu harmonique de la Série.

Rappelons d'abord que, quoique nous ayons bien distingué, dans l'analyse, l'Accord et le Discord, ces deux genres d'essors passionnels n'en sont pas moins susceptibles de se combiner entre eux dans l'action, de se multiplier les uns par les autres, de s'élever à des puissances successives. Dans presque tous les exemples que nous avons cités, et dans beaucoup d'autres que l'on peut observer au sein de la vie sociale, — quand on sait un peu observer, — on peut voir des éléments rivaliser entre eux et se corporiser dans des masses de premier ordre; puis ces masses rivaliser entre elles et se corporiser dans des masses plus fortes, du second ordre; et les Discords se composer et s'élever ainsi successivement d'agglomérations plus petites à agglomérations plus grandes, pour venir enfin s'absorber dans un dernier Accord, ou daus un dernier Discord. Or, voici ce que j'ai à dire : c'est que

L action passionnelle n'est harmonique qu'autant que tous les Accords et Discords partiels et inférieurs se résolvent en dernier lieu dans un Accord total supérieur.

Ainsi les Accords et les Discords des compagnies, bataillons, régiments et brigades d'une armée, forment bien un tout harmonique, sous le rapport de la manœuvre^ car ils se résolvent en un Accord total. — Mais lorsque deux armées ennemies sont en présence, les deux grands Accords formés, dans chacune d'elles, par le jeu combiné de ses compagnies, de ses régiments, de ses brigades, ne se composent plus dans un Accord total supérieur. Ces deux Accords se résolvent dans une grande dissonance : l'action est subversive.

Deux orchestres, dont chacun joue un morceau différent, mais parfaitement harmonique dans ses consounances et ses dissonances particulières, produiront une effroyable cacophonie s'ils viennent à jouer simultanément, l'un contre Vautre.

Le principe est vrai à toutes les puissances^ qu'il s'agisse d'unités, de dizaines ou de millions ; de sons individuels, élémentaires, ou de sons collectifs, composés, groupés en partitions; d'un duo ou d'un orchestre. La règle définitive d'harmonie est toujours que les dissonances doivent se sauver sur une consonnance supérieure, que toutes les actions doivent aboutir et se résoudre en dernier lieu sur un Accord.

RÉSUMÉ HT. LA LOI SÉKIAIRïï. 189

L'Accord des Sous-Groupes dans l'unité du Groupe, des Groupes dans l'unité de la Série, l'accord des Séries dans l'unité de la Phalange, des Phalanges dans l'unité de la nation, des nations dans l'unité du Globe, telles sont les exigences succcessives de la règle d'Harmonie.

Du reste, ces ralliements successifs et jjuissanciels sont si bien dans les desseins de la nature, qu'elle nous y prédispose et nous entraîne par la magnifique gamme des développements croissants de l'UNITÉISME, la passion grandiose etpivotale, le divin besoin de l'unité, de l'ordre universel, de l'accord supérieur et final, de l'union des parties dans le tout, de la conjonction hiérarchique de l'être intégrant avec l'infini.

En eflet, le ralliement des Groupes dans la Série est passionnellement représenté et provoqué par Vespril de corps; le ralliement des Séries dans la Phalange, par le civisme [i); des Phalanges dans la nation, parlepatriotisme ; des nations dans l'harmonie du Globe, par r Unitéisme collectif.

J'indique seulement cette thèse des développements

(]) Civisme ^ii pris dans son acception originelle et étymologique, esprit de cité [civitas). Ce mot, au reste, et le suivant, patrioùsme, conviennent fort mal ici. Je ne les donne que pour faire deviner l'idée qu'ils ne peuvent pas rendre , puisque l'idée appartient entièrement au monde harmonique, et que ces mois appartiennent au dictionnaire des sociétés subversives. — Patience, l'Harmonie fera sa langue. — Quoi qu'il en soit, ici, prenez dans ces mots ce qu'ih ont de beau et d'humanitaire, et laissez tout ce qu'ils peuvent atoir aujourd'hui d'hostile, de haineux on de niais, et vous vous rapprocherez du sens harmonique.

puissanciels de l'Unitéisme; elle demanderait à être traitée en détail et régulièrement dans ce qui touche à son jeu social, à la destinée terrestre. Puis, il faudrait la poursuivre dans ses applications à l'ordre général, à la vie universelle, au monde et à Dieu, aux Destinées ultérieures, à l'Unité intégrale. Je réserve ces questions pour un autre ou\Tage, et je dirai seulement là-dessus pour le moment que la religion de l'avenir est contenue tout entière dans ces développements. Ailleurs aussi je dirai comment ces Accords supérieurs ravissent l'âme humaine; dans quels délirants tourbillons d'actions passionnées et synergiques ils emportent les masses harmoniennes, dans quel océan de vie, de joies enivrantes et de bonheur actif et saisissant, l'homme alors est plongé sur sa terre ! — Certes, dès long-temps, à tous ces mystérieux désirs de joie, cpii s'agitent dans son cœur; à cette soif des eaux vives et inconnues, qu'il porte dans sa poitrine ardente; à cette pression sans nom, exercée sur son âme par la vie du monde subversif, 1" homme a bien senti qu'il n'était pas dans sa Destinée, qu'il habitait la vallée des larmes ! Heureux si, plus fort, il n'eût pas plié sous lé poids des mauvais jours, s'il ne se fût pas couché sur la tâche avec une résignation désespérée, fatale et coupable ; s'il eût compris que Dieu, — LE Père, — n'avait pas méchamment ajourné le bien à d'autres vies, et qu'il devait, lui, l'Homme, par sa volonté d'Homme et sa puissance, changer sa vallée de larmes en vallée paradisiaque !

L'homme est si bien prédisposé et prédestiné aux grands Accords, à leurs vibrations entraînantes, qu'on a

VU en 1830 un Accord de ce genre, — encore qu'il fût passablement entaché de subversif, — rendre folle de joie et de prol^ité une population misérable, habituellement affamée, et qu'il faut, en temps ordinaire, dix mille argousins et je ne sais combien de gendarmes, de geôliers, déjuges et de prisons, pour maintenir quelque peu dans les limites ; puis la fusion fraternelle momentanément réalisée entre les hautes et basses classes libérales ; puis la communication électrique du mouvement à la France; et tous les peuples d'Europe se mettant à vibrer à l'unisson ; et je ne sais combien de révolutions et de trônes renversés ! — Qu'il y ait ou non du subversif en ces mouvements révolutionnaires, il est certain que l'homme ne jouit de la plénitude de sa vie que dans cette haute sphère passionnelle ; c'est là qu'il se sent à l'aise ! Aussi vous disons-nous que la plus heureuse vie du plus heureux richard civilisé n'est qu'une monotonie misérable et une plate existence, à côté de celle du moins passionné, du plus froid, du plus pauvrement organisé des Harmoniens. — Mais ce n'est pas de tout cela qu'il s'agit ici.

J'expliquais que le jeu des Séries, qui est attrayant, doit encore être harmonique ; je montrais que la condition d'harmonie se trouve dans la résolution de tous les Accords et les Discords inférieurs en un Accord total, unitaire et supérieur ; — et maintenant j'arrive à ma conclusion, savoir :

Que l'application du mécanisme sériaire à la haute gestion du Globe est le seul moyen d'obtenir l'Accord

unitaire: car l'Accord unitaire de l'humanité entière ne peut être obtenu d'une façon stable et durable que nui' un but utile à l'humanité entière.

Ce que je dis pour l'humanité est vrai à tous les degrés de l'échelle hiérarchique de l'Association humaine; ainsi,

11 n'y a Accord unitaire soutenu, dans la Phalange, qu'à cause de l'Association de toutes les Séries dans la gestion de la Phalange : le ralliement total ne s'y peut concentrer que sur une œuvreutile à toute la Phalange. — On déduirait de même pour les Phalanges dans la nation, pour les nations dans le Continent

Donc voici :

La Série est un merveilleux instrument qui produit I'attrait sur l'objet auquel il est appliqué, et qui produit l'ATTRAii ET L'HARMONiE sociALE quaud il est appliqué à l'intégralité des objets bons et utiles à l'humanité, c'est-à-dire à l'Industrie : — ce dernier mot, je le répète pour la dixième fois, devant être entendu dans une acception aussi large que l'activité de l'âme humaine.

Dans la Civilisation, tous les intérêts sont généralemont en désordre et en confusion, toutes les positions faussées, toutes les passions hostiles. Tout se nuit, se choque, se brise. Ce sont des milliards de bruits individuels discordants entre eux et composant un odieux charivari.

Que s'il y a dans le désordre quelques exceptions,

quelque chose de régularisé, de corporisé, une masse organisée, c'est le plus souvent pour arriver à des conflits d'ordre supérieur, pour passer du duel à la bataille rangée. Presque tous les services organisés un peu largement en Civilisation, la guerre, la marine, la justice, ont un but oflens^if, dél'ensif ou répressif; leur raison d'être est un genre quelconque de conflit extérieur ou intérieur

Et cependant tous les caractères humains sont des instruments animés et intelligents qui ne demandent pas mieux que de jouer au ton, de se grouper en Accords et en Discords combinés, de moduler de concert. Un son qui résonne, on le sait bien, fait résonner simultanément ses harmoniques. Il en est manifestement de même pour les caractères ; ils appellent vivement leurs harmoniques. Brisez donc les entraves, permettez ces heureuses et libres alliances, et réalisez enfin les conditions de la Liberté et de l'Harmonie, si vous voulez l'une et l'autre! Veut-on toujours tourner et retourner dans la sphère de l'inintelligence et des inepties, et ne pas comprendre qu'avec des sons comme avec des passions, on peut voir les consonnances ou les dissonances se résoudre en harmonie ou en cacophonie, suivant que l'on ouvrira aux sons individuels de bonnes ou de mauvaises combinaisons?.. — Ah ! je dis qu'il faut avoir le cerveau singulièrement concrétionné par les sottises philosophiques et morales, anciennes et modernes, pour ne pas se sentir saisi par cette vérité si simple et si naturelle !

Au reste, je viens d'entrer dans des considérations H 13

que j'aurais pu laisser pour leur véritable place, à la troisième partie de cet ouvrage. Le principal objet de ce livre était de rechercher la Loi d'organisation naturelle du travail, d'en étudier le mécanisme et de démontrer la propriété qu'elle possède d'imprimer Attraction. L'étude des conséquences harmoniques de la Loi viendra plus loin.

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