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Travailler, agir, c'est employer ses facultés, c'est faire usage de ses forces musculaires, de sa puissance
(l) 11 est facile de saisir que dans le passage où nous sommes, j'ai spécialisé le mot faculté. Il faut s'entendre et ne pas chicaner sur les mots; je sais bien que si l'on veut, avec le sens général du mot, on pourra dire que les passions sont des facultés. Toute argumentation qui porterait là-dessus serait une fadaise. — On ne confondra pas non plus les facultés de ce tableau avec les facultés idéologiques (sensation, perception, etc., jugement) dont le cadre se déduit ^ussi d'ailleurs du système passionnel.
ATTRACTION PASSIONNELU, 2<1
intellectuelle, de ses aptitudes artistiques. Que l'emploi soit bon ou mauvais, l'action utile, inutile ou nuisible, c'est toujours une action, une dépense de force.
La condition d'ordre harmonique, c'est que l'action soit utile, bonne dans ses résultats, autrement dit, que les facultés soient appliquées à l'industrie générale. C'est encore, que l'action en elle-même soit un plaisir.
Or l'action, l'exercice des facultés, ne peut être provoqué que de deux manières, par l'Attrait ou par la Contrainte ;
Mais l'Attrait, c'est le résultat des excitations directes et libres des passions Sensitives, Affectives et Distributives ;
La Contrainte, c'est le fouet du contre-maître, la faim, le besoin, les obligations morales, les tristes nécessités de prévoyance, les soucis aigus de la vie, qui tourmentent et crucifient l'âme et l'intelligence.
L'action provoquée par l'excitation de la passion est essentiellement libre et attrayante ;
L'action qui n'a pour mobile que la contrainte, est évidemment répugnante. — Cela est clair à crever les yeux. Jugez maintenant les choses avec ces données de la science passionnelle 5 voyez :
§ ni.
Pourquoi?
Les exigences des douze passions et de l'Unitéisme déterminant les conditions d'attrait, est-il recevable de dire en système absolu que l'homme aime le repos et hait k travail ? — Non, non et non, cela n'est pas vrai. L'homme est né pour l'action. Il apporte des aptitudes qui l'y prédisposent, des forces qui l'y poussent. Quand il n'agit ni ne s'occupe, l'ennui le saisit et le dévore.
Mais il est vrai qu'en face d'un travail dont les conditions sont à contre-sens des exigences passionnelles, l'homme préférera le repos? L'homme aime le plaisir, voilà tout. Que travail devienne plaisir, c'est-à-dire moyen d'excitation et de satisfaction des douze passions, et l'homme aimera le travail.
Les gens qui ne savent ou ne veulent pas raisonner ni remonter aux causes, font ici une singuUère argumentation. Ils distinguent tout ce qui est action en deux classes, celles qui ont un résultat utile, celles qui ont un résultat nul ou futile. A l'exécution des premières ils donnent le nom de travail, à l'exécution des secondes le nom ^amusements ou de plaisirs ; et comme on voit aujourd'hui les hommes courir après les plaisirs ( résultat improductif), et ne se livrer généralement que par nécessité au travail (résultat productif), ils concluent har-
dimenl qu'on n'a pas le sens commun quand on admet la possibilité du travail attrayant.
Vous leur citez des exemples très-communs, leur propre exemple à eux-mêmes, pour prouver que souvent on se crée des occupations, qu'on se passionne pour des travaux d'art, de science, de construction, pour certains exercices d'horticulture, de menuiserie, pour la pêche, la chasse, etc. ; exercices qu'on est bien libre de ne pas prendre et qui ont un résultat productif, pour lesquels on se fatigue souvent beaucoup, qui présentent des difficultés et des obstacles contre lesquels on s'acharne On
vous répond que ce sont des amusements. Eh ! pardieu, je le veux bien, ce sont des amusements. Mais pout^quoi ces exercices sont-ils des amusements ? voilà ce qu'il faut savoir. Et quand vous vous serez rendu compte de ce pourquoi, vous aviserez à voir si d'aucune façon on ne peut changer aussi eu amusements, — puisque amusement il y a, — l'ensemble des exercices de science , d'agriculture, de fabrique, d'art, etc., qui constituent l'Industrie. Voilà toute la question.
C'est une chose qui n'est pas merveilleuse, en vérité, que l'on voie dans l'état actuel les hommes courir après les plaisirs et fuir le travail. Un manœuvre, un laboureur, un artisan, un employé d'administration un
travailleur civilisé, en un mot, trouve son travail encadré dans une certaine forme qui est indépendante de ses goûts, de ses Attractions, et qui est inflexible. Cette forme ne permet pas les jouissances et les excitations passion-
214 OR«ANISÀTIOKI. APPENDICE.
nées; au contraire, elle est dirigée en sens inverse du vœu des passions.
A) La nature veut l'élégance, le luxe, la richesse, la santé, les plaisirs des sens ; — y) le travail morcelé et civilisé, le plus souvent, blesse les sens, altère les organes, détruit la santé, et suffit à peine à l'existence du travailleur et de sa misérable famille. Voilà la condition de travail pour les masses. — Cette condition s'améliore à mesure que vous montez les degrés de l'échelle sociale Aussi le travail, de moins en moins ingrat à
mesure que vous montez ainsi, devient-il, à ce titre, de moins en moins répugnant. Est-ce qu'un bourgeois à sa boutique, à son bureau, éprouve des répugnances aussi fortes que le malheureux qui passe sa journée d'hiver dans la Seine glacée, l'eau jusqu'à la ceinture, pour gagner trois francs à retirer du bois de flottage ?
B) La nature veut les réunions de gens qui s'aiment, se recherchent, sympathisent, hommes, femmes, enfants, parents, amis, amants, collègues, inférieurs et supérieurs ; elle veut la libre formation des Groupes correspondants aux passions affectives : — g) le travail civilisé et morcelé isole le travailleur dans sa fonction, ou le met face à face avec des êtres qu'il n'aime pas ; étouffe et tue les passions affectives, et apporte ainsi le vide, son ennui et son désespoir, ou la haine, à la place des jouissances actives du cœur, des chauds épanchements de l'âme, de l'exaltation des vives sympathies. — Quel est l'homme au monde assez borné pour nier qu'à mesuçe qu'on se rapproche des conditions relatives à l'essor des quatre passions af-
i'ectives, le travail ne devienne de moins en moins répugnant et ne converge vers le plaisir? — Ce ne sera pas vous, lecteur, qui nierez cela, j'en suis sûr.
C) La nature demande une succession de positions variées et contrastées, le mouvement, les changements de scène, les incidents, les alternances^ c'est la loi de vie. Elle a horreur de la monotonie : — 9) le travail civilisé cloue pour le jour et la vie l'homme à son œuvre, à une œuvre identique. — D) La nature veut des Accords, de grands mouvements synergiques, entraînants et passionnés ; elle a mis dans tous les cœurs des cordes que les enthousiasmes des masses sympathiques font vibrer à l'unisson ; elle veut aussi des Discords, des luttes, des cabales de parti, des intrigues excitantes, de vigoureuses et puissantes dissidences : elle hait le calme plat, l'atonie, le vide, la torpeur : — q) le travail civilisé baigne dans l'ennui, ne tend aucun ressort, et laisse toutes les cordes débandées, flasques et pendantes. — Qui peut dire que, dans tous les cas accidentels et hors de règle civilisée oii ces ressorts agissent plus ou moins dans le travail, on ne voie les champions industriels plus ou moins stimulés à l'œuvre , plus ou moins en Attraction sur l'objet de l'œuvre ?
E) Enfin la nature humaine fait un besoin à l'individu de rattacher son action à une œuvre d'ensemble, déjouer dans le grand concert de l'ordre général, d'avoir un rôle apprécié dans un tout harmonique. C'est aux satisfactions "de plus en plus larges de ce haut et noble besoin que sont attachées les grandes et reUgieuses jouissances,
les inspirations supérieures, les grandioses synergies. — g) Le travail civilisé enclôt le travailleur dans le misérable cercle de son égoïsme individuel, tout au plus de son égoïsme familial. L'action humanitaire est morcelée, fragmentée, ou plutôt elle n'existe pas ; il n'y a pas d'ensemble, d'ordre, d'unité : tout se contrarie, se choque, se brise. Le travailleur civilisé ne peut avoir à se rendre ainsi qu'un triste témoignage de contrainte et d'égoïsme, au lieu d'être emporté dans les hauts accords de l'Unitéisme et de la Liberté.
Voulez-vous comprendre maintenant la cause du fait que vous exprimez, quand vous dites, l'homme aime les plaisirs et fuit le travail? Eh ! mon Dieu, c'est que dans la forme sociale actuelle nous ne sommes pas libres de disposer nos actes industriels de manière à les mettre en consonnance avec notre nature, avec nos passions 5 le milieu industriel ne s'y prête pas : tandis que nous nous rapprochons de cette consonnance dans l'ordre des actes qu'on appelle les plaisirs.
Pour un manœuvre non intéressé à son travail, rétribué très-faiblement, exposé aux injures de l'air (lésion ^àesSensitives), isolé (lésion des Affectives), lié à une tâche monotone (lésion des Bistributives), le travail est répugnant. Mais le cabaret est attrayant pour ce manœuvre, parce qu'ily est abrité contre les excès de la température ; parce que le vin et le tabac lui font des excitations et des plaisirs (essor des Sensitives); parce qu'il y rencontre des connaissances, qu'il s'y réunit à ses amis (essor des Affectives) ; parce qu'il y discute, qu'il y trouve
des sujets d'intrigue et d'orgasme cal)alistique dans les cartes, le l)iliard, les journaux, les diiVcreuts jeux, qu'il se sent libre et peut passer d'une action à une autre, et varier ses modifications personnelles (essor des Distrvbutives).
Dans la vie du l)ourgeois et de l'homme du monde, vous retrouvez les mêmes essorts, plus raffinés. Le café, les réunions de société, les bals, les spectacles, les comses de chevaux, les discussions littéraires et politiques,
les chasses, les dinés, le carnaval Analysez tout cela,
allez aux causes, et vous trouverez toujours au fond quelques-uns des douze ressorts passionnels. Je sais bien qu'en Civilisation tous ces plaisirs sont pauvres, misérables, ennuyeux. Ils ne sont pas nourris, ils n'ont pas d'haleine, ils sont faux et mesquins. Leur but futile et le milieu morcelé dans lequel on les développe artificiellement, à prix d'argent, ne comportent pas les hauts Accords, les Rivalités composées, les fréquentes Alternances. Ces plaisirs factices sont à la vie Phalanstérienne ce que des figures de cire sont à des Groupes animés et joyeux : de pâles copies, de fades images. Je sais bien qu'un Phalanstérien des moins ardents consomme plus de plaisir actif en un jour qu'un heureux Civilisé en un mois. Pourtant vous pourrez toujours retrouver les causes essentielles de l'action libre et attrayante, dans l'étude de ce que l'on est convenu d'appeler les plaisirs. Le jeu est-il autre chose qu'une intrigue factice, créée à défaut de réelle ? Proposeriez-vous des cartes à des commerçants qui discutent leurs affaires, à des littérateurs qui sont aux prises sur leurs œuvres et leurs théories.
à des conspirateui's qui combinent les chances de succès d'une entreprise ; en un mot, à tout homme surexcité par une intrigue réeUe ? Les spectacles sont-ils autre chose que des intrigues artificielles aussi, pour lesquelles vous n'êtes plus acteur comme au jeu, mais spectateur, intrigues soutenues par le luxe des décors, l'action de l'orchestre, les effets passionnés de la scène, le piquant et la variété des situations? La lecture d'un roman, d'un conte, d'un poème, est-elle autre chose qu'un moyen de se créer artificiellement encore des érétlùsmes passionnels, des jouissances solitaires, d'ouvrir à la passion un monde imaginaire, ou, à défaut des satisfactions que le monde réel lui refuse, elle cherche à s'assomir sur des images et des ombres, comme Lcion embrassant la nue...
Ainsi tout ce qui entrave le jeu des passions, se range dans les sources de répugnances ; et tout ce qui favorise leur essor libre, alterné et équilibré, tout ce qui est dans le sens de leurs exigences, se range dans les causes productives de plaisir et d'attrait. C'est ce que nous apprennent tous les actes humains éclos sous le soleil : c'est ce que nous démontre l'analyse des mobiles de notre nature.
Or. les trois ordres de passions convergent sur trois foyers que nous avons fait connaître sous les noms de Luxe. Groupes, Séries, et qui sont ainsi les conditions générales de l'Attraction.
Si vous réalisez complètement ces trois conditions, vous disposez de toute la force de l'Attrait, vous mettez
ATTRACTION PAW1055ELLE. Si 9
en œuvre par la vertu seule du plaisir, toute l'énergie dont Ihomme est capable. Si vous vous éloignez de ces conditions, vous diminuez proportionnellement 1 Attrait. et pour que l'action continue à s'exécuter, il faut remplacer graduellement le mobile plaisir, par le mobile contrainte, dont la violence doit aller croissant à mesure que vous avancez davanta ge dans le domaine des répugnances, c'est-à-dire à mesure cpie vous vous écartez plus des trois conditions d'Attrait, que vous exercez des lésions plus fortes contre le système passionnel. — A l'une des extrémités, la liberté, l'ordre, et le bonheur j c'est l'Association Phalanstérienne : à l'autre, l'esclax'age, l'anarchie et la souffrance : c'est le plus complet Morcellement barbare ou civilisé. — Choisissez. — Ah ! le choix est fait, je l'espère ! et si l'intelligence du siècle n'a pas encore su trouver la graine qui doit produire les bons fruits, du moins ses tendances sont au Travail, à l'Association, à la Liberté, et ces tendances ont désormais l'avenir à elles. Courage donc nous tous qui creusons le sillon et aiguillonnons le bœuf tardif ! Cœur et courage pour que la moisson soit abondante et belle, et que nous, les laboureurs, nous assistions encore à ses fêtes !....
Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble que vous qui lisez ceci, vous devez demeurer convaincu par la force des faits et la puissance des rigoureux raisonnements, que le calcul analytique et synthétique de l'Attraction passionnelle, seule base réelle de la Science de l'Homme^ nous a U%Té la coimaissance du mécanisme social ATai. préétabh. consonnant avec la nature humaine, et que le premier caractère de l'application de ce
mécanisme à l'industrie, c'est la mise en Attraction de l'humanité sur son œuvre générale, sm' la gestion du globe, autrement dit, l'inauguration, sur la terre, du