‹ Destinée sociale (volume 2)Chapitre 31 sur 91 · III · texte numérisé non relu

III

Les villes sont les gouffres de l'espèce humaine. Au bout de quelques générations, les races périssent et dégénèrent ; il faut les renouveler, et c'est toujours la campagne qui fournit à ce renouvellement,

J.-J. ROUSSEAO.

Voila des faits. Ce sont des preuves malheureusement trop positives de l'influence morbitique et délétère du système de continuité en exercice de l'Industrie, — seul système possible dans le Morcellement, où chacun reste nécessairement enfermé dans sa fonction.

Les faits de ce genre, pour graves et nombreux qu'ils soient, ne constituent pourtant encore qu'une seule des faces de la question que nous traitons. Nous venons d'envisager les résultats de I'excès d'exercice^ de la fatigue produite par la fréquente et exclusive répétition d'une action, d'un mouvement, qui exténue ou atrophie un muscle, un membre, un organe. Il faudrait maintenant demander compte à notre société de toutes les santés perdues, de toutes les douleurs, de toutes les maladies aiguës ou chroniques, de toutes les morts prématurées, dues à l'absence d'exercice^ à la vie renfermée et sédentaire qu'elle impose à un si grand nombre de ses fonctionnaires. Voyez-moi les santés de ces hommes qui ne sont que les premiers meubles meublants des bureaux, des administrations, des boutiques et des comptoirs, et ces populations ouvrières, aux yeux enfoncés et jaunâtres, aux joues creuses et livides, aux

visages hâves, aux membres grôlcs, qui entrent au matin, par centaines, dans les grandes manufactures, et en sont vomies le soir, avec les vapeurs chaudes et l'air vicié où elles ont séjourné....

Et voyez les femmes, les femmes des villes surtout ! Chez elles il ne faut plus compter les altérations de santé sur les individus ; car la santé est altérée dans la généralité, dans le sexe.... la maladie en est l'état normal. — Les médecins, sur ce lamentable sujet, savent des choses effrayantes.... Quel contraste honteux pour notre Civilisation raffinée, ne forment pas d'ailleurs avec la santé misérable de nos femmes de luxe, les fraîches, vigoureuses et florissantes santés de ces populations paysannes demi-barbares, placées dans certaines conditions favorables, auxquelles un air pur et un exercice varié ont conservé la première empreinte de la virtualité native des belles races humaines?

Ainsi la Civilisation détériore, estropie, empoisonne et tue l'homme en système composé ,

1° En exténuant de fatigue un organe par excès d'exercice ;

I ^ 2° En privant l'ensemble des autres organes d'un j ; exercice absolument nécessaire à l'entretien de la santé

' i et de la vie.

On sent que c'est ici une thèse seulement indiquée.

11 faudrait uue société de médecins et de physiologistes, et un travail immense pour la traiter dans tous ses développements, pour instruire complètement, en entendant tous les témoins, le procès criminel de l'Industrie civilisée.

Nous venons d'envisager l'action physique de la continuité industrielle ; passons à son action morale.

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