RICHESSE GÉNÉRALE
J'appellerai le froment, et je le multiplierai, et je ne vous frapperai plus par la plaie de la lamine.
Je multiplierai le fruit des arbres, et les semences des champs, afin qu'à l'avenir vous ne portiez plus l'opprobre de la stérilité et de la famine.
ÉzÉcniEL, XXXVI, 29, 30.
I<a division du travail et l'emploi des macUines qui en est la suite, opèrent une prodigieuse diminution de main-d'œuvre. C'est en cela que réside leur avantage, Lémontey,
Il est facile de voir que, sous le rapport de la quantité de production et de la perfection industrielles , ou de la création des richesses, le régime sériaire cumule tous les avantages, soit que l'on considère le mécanisme matériel^ soit que l'on ait en vue le mécanisme passionnel.
Mécanisme matériel. Pour comprendre, sniis ce rapport, la puissance productive du travail seriaire, il faut se remettre en mémoire les effets productifs inouis du principe de la dinsion du travail, dont nous avons déjà plusieurs fois parlé. Sil y a quelque chose de merveilleux dans l'industrie civilisée, ce sont les incroyables développements matériels imprimés, dans les temps modernes, à lindustrie manufacturière. Entrez dans une fabrique , dans une usine de France ou d'Anicleterre , comptez les bras employés, examinez les produits, et vous ne voudrez pas en croire vos yeux. Cette fécondité repose sur le mode de fabrication en grand, qui permet d'employer le principe de la di\ision du travail, et d'appliquer les machines aux opérations de la production simplifiées par cette division. — Dix personnes font quarante-huit mille épingles par jour !
Toute vérité nouvelle, dit Lémontey, à ce propos, ressemble à un ambassadeur chez des peuples barbares, où il n'obtient créance qu'après un long circuit d'avanies, de négociations et de sacrifices. Si le premier qui observ-^a deux forgerons se partager entre eux la fabrication d'un clou, eût prédit que le principe d'une action aussi simple serait un jour le régulateur des destinées de l'Europe commerçante, eût-il recueilli d'autre réponse que le sourire de la pitié? Cependant la division du travail, qui multiplie les produits en diminuant la main-d'œuvre, a fait de si rapides progrès, qu'une telle prédiction ne paraîtrait aujourd'hui qu'une remarque VTilgaire. .. Il me paraît hors de doute que la postérité la placera un jour à côté des grandes causes qui, telles que l'imprimerie et la découverte de l'Amérique, ont fortement agi sur le sort du monde.
300 HARMONIE. LIV. ï. CH. IIl.
Or, en Civilisation, le principe de la division du travail n'a pu recevoir d'application que dans la seule branche de l'industrie manufacturière. Il ne peut s'introduire ni dans les exploitations agricoles, ni dans les ménages morcelés, où la complication ancienne est nécessairement maintenue. Et pourtant ces travaux agricoles et domestiques soni bien autrement importants, bien autrement considérables que les travaux manufacturiers.
Eh bien ! pour ces travaux, comme en tout emploi de l'activité humaine , nous avons reconnu que le principe sériaire, non pas seulement permet, mais exige la division du travail, le travail parcellaire. Les effets productifs de ce mécanisme sont donc incalculables.
1009. J'ai dit quelquefois que les écrivain» ne nons donnaient que de la crotte dorée, et que moi je leur donnais de l'or crotté. St Mibtih.
Voulez-vous apprécier, par un exemple, la valeur de la substitution du régime sériaire, — opérant en grande échelle et en division du travail^ — aux complications infinies du Morcellement? Prenons le plus menu, le plus infime détail du travail domestique, le décrottage et le cirage des chaussures. On peut faire honte à la Civilisation là-dessus. — Etablissons la comparaison sur un nombre de deux mille chaussures. Le régime morcelé entremet, chaque jour, pour le nettoiement d'un pareil nombre de chaussures , cinq cents domestiques ,
terme moyen, et plus, peut-être... Je ne parle pas d'une armée de brosses, pinceaux, bottes et bouteilles à cirage, etc. Si vous tenez compte du temps perdu ^ vous n'estimerez pas trop haut en cavant à un quart-d'heure la dépense de temps par paire de chaussures. C'est donc, par jour, pour nettoyer deux mille chaussures , cinq cents heures de travail de domestiques.., dans la Civilisation perfectionnée.
Entrez, un matin, dans l'atelier de décrottage d'un Phalanstère.
Il y a, pour cette fonction de travail domestique, cinq opérations distinctes.
1" Apporter les chaussures et les assembler par rang d'espèces;
2» Enlever la crotte ;
3" Mettre le cirage;
4® Donner le luisant;
5" Emporter les chaussures, et faire la distribution.
Le premier et le dernier de ces cinq services sont faits par les Pages de ronde; les trois autres, par la Série des décrotteurs, enfants de huit, dix, douze ans.
Or, vous verriez vingt-quatre brosses circulaires, tournant sur elles-mêmes, au moyen d'un mécanisme, — comme des meules à émoudre. Ces roues-brosses, gra-
duées en dimensions et en degrés de dureté, sont appropriées aux diverses espèces de chaussures , et se divisent en trois classes, celles qui enlèvent la crotte , celles qui mettent le cirage, celles qui donnent le luisant. A chacune des vingt-quatre roues , un enfant. Quatre ou cinq autres enfants fournissent incessamment ceux-ci de chaussures ipii passent des brosses circulaires sèches aux brosses imbibées de cirage, et de là, aux secondes brosses sèches , où elles reçoivent le luisant, en un tour de roue. — En moins d'une heure, trente-six enfants auront parfait un ouvrage qui coûte cinq cents heures de travail de domestiques aux Civilisés, et comporte beaucoup de gaspillage. Il est inutile d'ajouter que le mécanisme est disposé dans l'atelier de manière à éviter la poussière et toute incommodité. Les dispositions d'hygiène et d'agrément vont toujours sans dire en tout atelier sociétaire.
Etablirai-je ici que ce travail , qui aujourd'hui avilit ceux qui le font, pour lequel il faut à la Civilisation des valets, — ces esclaves modernes, est exécuté, en Association, par une Série dans les rangs de laquelle on compte les enfants des hommes les plus riches et les plus considérables de la Phalange ; que la domesticité civilisée a disparu , que ces enfants , après leur séance d'une heure, vont passer à d'autres séances, à d'autres ateliers, dans des salles d'école, etc., qu'ils sont et seront des hommes, et non des animaux de service appelés domestiques? Non, ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici.
Ici, j'établis seulement que le Morcellement affecte
500 heures de travail de domestiques à une besogne que le régime sériaire exécute beaucoup mieux en 36 heures de travail d'enfant, qui doit être estimé moitié moins que le précédent : donc, en ramenant à la même unité de travail, c'est, d'un côté 500 heures, et 18 de l'autre. Or, si vous faites application à la France, m supposant, il est vrai, que chaque Français aurait une chaussure, — ce qui doit paraître aujourd'hui singulièrement chimérique, utopique, fort beau, mais irréalisable avec des hommes... un pays dans lequel chacun aurait des souUers, pensez donc ! — quoi qu'il en soit, admettez l'utopie d'une paire de souliers en France par individu, fixez à 2 francs seulement la valeur de la journée de travail, vous trouverez :
Que le Morcellement dépenserait par jour, en France, pour le décrottage des souliers , 8 millions d'heures de travail ; — l'Association n'en dépense que 288 mille ; ce qui fait, par jour :
Un million 333 mille francs, en Morcellement (1) ;
Et. ^ . . . 48 mille francs seulement , en Association.
(1) Pour se convaincre que cette énorme dépense de 1 million 333 mille francs par jour, pour décrottage de chaussures en France, en supposant chacun chaussé, n'est point une estimation exagérée, il faut rélléchir que le décrottage n'est jamais aujourd'hui payé moins d'un sou par paire de chaussure, souvent deux sous, trois sous. Eh Lien! en cavant au plus bas, à un sou, vous trouvez pour une population de 32 millions 500 mille individus, la somme de 1 million 725 mille francs ; 393 mille francs de plus que l'estimation ci-dessus, pour payer le cirage et l'usure du matériel.
Une économie de 1 million 285 mille francs par jour, sur le décrottage des chaussures en France ! quatre cent millions par an! n'est-ce donc rien? sur le décrottage des chaussures ! . . . Jugez par cela du reste . — Riez donc, Civilisés; c'est si drôle, l'arithmétique! Et puis, allez lire vos journaux , écouter les discours de vos députés orateurs , et nager dans les débordements de palabres que chaque budget nous ramène périodiquement. Riez des économies infinitésimales de l'Association , et faites des révolutions pour obtenir quelques misérables rognures à votre budget, que chacune de vos révolutions, encore, a le don de faire croître à vue d'oeil. Riez, riez, mais riez donc !
Leurs économistes viennent leur dire que, sans la division du travail, un homme ne ferait peut-être pas plus d'une épingle par jour, qu'à coup sûr il n'en ferait pas plus de vingt qu'au moyen de la division du travail et des machines, il en sort des ateliers, par jour et par tête d'ouvrier, 48 mille (1). Ce sont des faits qui sont là ; il suffit de regarder, ... eh bien ! ceux qui leur disent cela, sans conclure à rien, ce sont des gens réputés très-savants. — Celui qui vient donner le moyen logique, irréfutable, d'étendre cette fécondité inouie à tous les travaux, tout en affranchissant le travailleur de la misère et de l'abrutissement, celui-là, ils en rient !... «Fourier, ah! oui, Fourier.... Attendez donc, c'est » celui qui veut enrichir le monde en faisant des éco- » nomies sur les allumettes , et payer avec des œufs de
(t) Adam Smith, précédemment cilé.
poule la dette d'Angleterre.... ah! charmant.... hi! hi! » hi ! » — Eh ! voilà plus de quarante ans que nos économistes dansent sur les 48 railles épingles d'Adam Smith , et ils en restent là ! Allons, riez, riez bien ; riez de l'application du calcul infinitésimal à l'économie agricole et domestique ; riez. Vous ne rirez jamais autant que vos enfants riront de vos livres, de vos opinions, de vos sciences, de vos croyances, de vos dogmes et de vous.... et encore faudra-t-il que vous arriviez à en rire bientôt vous-mêmes.
Nous conclurons de tout ceci , que les dispositions du régime sériaire sont , sous le rapport matériel , éminemment favorables, soit que l'on envisage la quantité, soit que l'on envisage la perfection des produits. Ces dispositions sont donc, dans l'ordre matériel, les conditions mêmes du maximum de richesse.
Il est facile de voir que, sous le rapport de l'orcfre passionnel, les dispositions du régime sériaire marchent aussi tout droit au maximum.
Dieu a caché nn trésor dans le travail '
De La Mexsais.
Quand vous dites qne Dieu a cacbé un trésor dans le travail, pourquoi rester en cheminj et ne pas dire encore qu'en l'y cbercbant on peut le trouver ? pourquoi ne pas formuler la Loi de ce travail créateur? Clajiisse Vigcobeux.
Mécanisme passionnel. — La quantité du produit dérivant de l'énergie di\ travail , résulte évidemment de II 20
l'entraînement, de la fougue industrielle, de l'Enthousiasme des corporations et des Séries. Le raffinement indéfini des produits, la perfection industrielle, sont garantis par l'active et incessante Rivalité des Groupes ; et ainsi, cette jalousie d'artiste, multipliée par la masse du Groupe, élevée à ses puissances successives dans les Séries et les Phalanges, et surexcitée par leurs intrigues sans nombre et sans tin , fait éclore cet acharnement émulatif, cet amour de la perfection, qui créent en toutes choses des prodiges inouis.
Vous ne comparerez pas les résultats de notre industrie , morne , exténuée , bourrelée d'ennui , sans vie ni passion, aux résultats de l'Industrie harmonienne, nourrie de gaieté et de facétieuses critiques, passionnée, ardente à l'œuvre, dévorée d'ambition. La chaleur et la vie circulent partout , courent à pleins canaux. Ceci ne se compare pas, mais s'oppose. C'est le blanc et le noir, la lumière et les ténèbres, le calme et l'ouragan. 11 n'y a ni volonté, ni force, ni habileté, ni talent sans la passion vive, sans la passion tenace, sans la passion ardente ! La passion anime et vivifie comme le soleil.
Sous le régime sériaire, les vocations étouffées respirent à l'aise et prennent essor; les facultés ensevelies ressuscitent; les populations grossières, les masses humaines, auxquelles notre société a jeté un mauvais sort et qui dorment d'un lourd sommeil, se réveillent et se dressent. Debout! c'est la trompette apocalyptique qui sonne aux quatre coins de l'ancien monde et le condamne , pour inaugurer la jeune Jérusalem. Réveillez-
VOUS, réveillez-vous ! Voici le temps de la passion, l'ère de la liberté ! De ces bourbes et de ces glaçons , l'étincelle a jailli. Le feu a pris , les flammes courent , l'humanité a conquis son génie, son unité, sa vie. Maintenant, elle EST. Les langues de feu de l'Esprit sont descendues. Sur tous les fronts humains le nom d'homme se lit , et c'est la passion qui a restauré sur ces faces dégradées l'inscription divine, le type longtemps eflacé de la création, — La volonté fait la transfiguration, la passion fait la volonté.
Ainsi , en matériel et en passionnel , toutes les dispositions concourent à la perfection dans le régime des Séries.
Pour emporter la conviction du lecteur et achever sur l'excellence de ce mécanisme industriel , nous allons analyser ici un de ces chapitres de quelques pages, dans lesquels l'auteur du Traité de l'Association a su concentrer des volumes. Le voici, et c'est en lettres d'or qu'il faudrait l'écrire.
L'auteur, dans ce chapitre intitulé : sur l'option de
DIEU ENTRE LE TRAVAIL SÉRlAIRE ET LE TRAVAIL MOR- CELÉ (1) , rappelle d'abord trois principes souvent émis par la philosophie, et dont elle n'a jamais su faire aucun usage sensé :
(1) Traité de rAssocr.{ition domesUque-agricolo , t. 2, p. 227, V' édition.
1° Ne pas croire la nature bornée aux moyens connus ;
2° Garder que des erreurs devenues des préjugés ne soient prises pour des principes ;
3" Oublier ce que nous avons appris en politique sociale^ et reprendre les idées à leur origine.
1 ° et 2" Ne pas croire la nature bornée aux moyens coH' nus : on peut donc présumer qu'elle tient en réserve quelque autre moyen que le Morcellement, qui, loin d'être un procédé d'art social, n'est qu'absence de génie, sceau d'ignorance et d'apathie imprimé sur la politique ancienne et moderne, et sur les sciences exactes qui devaient la suppléer.
La nature brute assemble les humains par couples dans les huttes sauvages : ceci est l'assemblage de reproduction et non de travail : il restait donc à inventer le procédé d'assemblage industriel.
Pour se dispenser de cette recherche, la seule urgente, les philosophes ont déclaré que le mode sauvage, l'état de couple ou ménage conjugal, était destinée industrielle de l'homme. Cette réunion pourtant n'est que l'absence de toute combinaison, puisqu'elle est le moindre des assemblages domestiques.
Mais la philosophie ne daigne jamais spéculer sur les combinaisons domestiques. Des anciens sophistes, entravés dans ce calcul par la coutume de l'esclavage, et, de plus, tout pétris d'ambition, tout préoccupés de s'immiscer dans les fonctions administratives, n'envisagèrent en politique sociale que le gouvernement, sans chercher à porter sur d'autres
points les vues de réformes et d'exploration. Ils laissèrent le travail domestique dans l'état brute ou état de couple tel qu'ils l'avaient trouvé.
Voilà leur négligence bien constatée : aucune recherche en mécanisme domestique sur les moyens de la nature, qu'ils nous peignent pourtant comme n'étarit pas borneeaux moyens connus. Pourquoi donc la supposer bornée à un seul procédé industriel, au ménage en couple, sans Association vicinale ? N'est-ce pas là le vice qu'ils dénoncent eux-mêmes, en disant : Gardez que les erreurs, devenues des préjugés^ ne soient prises pour des principes.
3° Oublier ce que nous avons appris en politique sociale, et reprendre les idées à leur origine
Or, quelle est l'origine des idées sociales? est-ce dans les rêveries de Socrate et Platon qu'il faut en chercher la source? Non, sans doute ; il faut remonter aux conceptions divines, bien antérieures à celles de la raison humaine.
Dieu, avant de créer les globes , n'a pu manquer de statuer sur leurs destinées sociales, sur le mode le plus convenable à leurs relations industrielles et domestiques. C'est une vérité que j'ai établie dans le cours de la l'^ partie des Prolégomènes : il faut la reproduire quand il s'agit de reprendre les idées à leur origine. Remontons donc à l'idée sociale primitive, à l'intention de Dieu sur l'ordre domestique-industriel de nos sociétés.
Dieu ne peut opter pour l'exercice des travaux humains,
310 HARMONIE. LIV. ï. CH. III.
qu'entre des Groupes ou des individus, qu'entre l'action sociétaire et combinée, ou l'action incohérente et morcelée. C'est un principe à rappeler sans cesse.
Comme sage distributeur, il n'a pas pu spéculer sur l'emploi des couples isolés, opérant sans unité, selon la méthode civilisée ; car, l'action individuelle porte en elle-même sept germes de désorganisation, dont chacun suffirait à lui seul pour engendrer une foule de désordres. Nous allons, par le tableau de ces vices, juger si Dieu a pu hésiter un instant à proscrire le travail morcelé qui les engendre tous.
VICES DE L'ACTIOîî LNDÏVIDUELLE EN INDUSTRIE.
'•^ Travail salarié. Servage indirect.
i° Mort du fonctionnaire.
2° Inconstance personnelle.
3° Contraste de caractère du père et du fils.
4» Absence d'économie politique.
6° Fraude, larcin, défiance générale.
6° Intermittence d'industrie par défaut de moyens.
7» Conflit d'entreprises contradictoires.
•*î Conlrariélè de l'intérêt individuel avec le collectif. >* Absence d'unité dans les plans et l'exécution.
Dieu aurait adopté tous ces vices pour base du système social, s'il se fût fixé à la méthode philosophique ou travail morcelé : peut-on soupçonner le Créateur de pareille déraison? Donnons quelques lignes à l'examen de chacun de ces caractères, avec parallèle des effets sociétaires **.
V La mort : Elle vient arrêter les entreprises d'un homme dans les circonstances où personne, à l'entour de lui, n'a ni l'intention de les continuer, ni les talents ou capitaux nécessaires.
** Les Séries passionnelles ne meurent jamais : elles remplacent chaque année, par de nouveaux néophytes, les sectaires que la mort leur enlève périodiquement.
2° L'inconstance : Elle s'empare de l'individu, lui fait négliger ou changer les dispositions ; elle s'oppose à ce que l'ouvrage atteigne à la perfection, à la stabilité.
** Les Séries ne sont pas sujettes à l'inconstance ; elle ne saurait causer nifériation ni versatilité dans leurs travaux. Si elle enlève annuellement quelques sectaires, d'autres aspirants s'agrègent et rétablissent l'éciuilibre, qu'on maintient encore par un appel des anciens, qui sont corps auxiliaires dans le cas d'urgence.
3** Le contraste de caractère du père au fils et du testateur à l'héritier, contraste qui fait abandonner ou dénaturer par l'un les travaux commencés par l'autre.
** Les Séries sont exemptes de ce vice, parce qu'elles rassemblent par affinités de penchants et non par liens de consanguinité, qui est gage de disparate dans les penchants.
4° L'absence d'économie : avantage pleinement refusé à l'action individuelle : il faut des masses nombreuses pour mécaniser tous les travaux, soit de ménage, soit de culture.
** Les Séries, par le double moyen de masse nombreuse et concours sociétaire, élèvent nécessairement le mécanisme au plus haut degré. J'ai donné sur ce sujet, aux Prolégomènes, les détails les plus satisfaisants.
^^ La fraude et le larcin : Vices inhérents à toute entreprise où les agents ne sont pas co-intéressés avec répartition proportionnée aux trois facultés de chacun ; au capital, au travail et aux lumières.
'^■* Le mécanisme sériaire, pleinement à l'abri de fraude et larcin, est dispensé des précautions ruineuses qu'exigent ces deux risques.
6" L'intermittence d'industrie : Manque de travail, de terres, de machines, d'instruments, d'ateliers, et autres lacunes qui, à chaque instant, paralysent l'industrie civilisée.
** On ignore ces entraves dans le régime sociétaire, constamment et copieusement pourvu de tout ce qui est nécessaire à la perfection et à l'intégralité des travaux.
7° Le conflit des entreprises : Les rivalités civilisées sont malveillantes et non émulatives ; un manufacturier cherche à écraser son concurrent : les industrieux sont des légions d'ennemis respectifs.
** Rien de cet esprit insocial dans les Séries, dont » hacune est intéressée au succès des autres , et dont la masse n'entreprend que les cultures et manufactures dont le débouché est garanti.
i-< La contrariété des deux intérêts individuel et collectif, comme dans le ravage des forêts, des chasses, des pêcheries, et la dégradation des climatures.
** Effets contraires dans les Séries ; concert général poui' le maintien des sources de richesses et la restauration climatérique en mode intégral composé.
>< L absence d'unité en plans et exécution : l'ordre civilisé étant un monstrueux ramas de toutes les duplicités.
** Voyez, dans tous le cours des Prolégomènes, ainsi qu'au pivot Ulter, la combinaison de toutes les unités dans le mécanisme sériaire. "W*
nÉVELOPPEMKNT INDUSTRIEL. 313
Knfin, iii Le travail salarié nu servage indirect, gai^o dinfortune, de persécution, de désespoir pour l'industrieux civilisé et barbare.
** Contraste frappant avec le sort de l'industrieux sociétaire, qui jouit pleinement des neuf droits naturels définis.
Après la lecture de ce tableau , chacun peut donner la conclusion, et connaître que Dieu ayant eu l'option entre ces deux mécanismes, entre un océan d'absurdités et un océan de perfections, il n'a pas même pu délibérer sur le choix.
Toute hésitation serait devenue contradictoire avec ses propriétés, notamment avec celle iVéconomic de ressort : il y contreviendrait en optant pour l'état morcelé et proscrivant l'Association, qui opère les économies de toute espèce : épargne de contrainte, de stagnation, de santé, de temps, d'ennui, de main-d'œuvre, de machines, de démarches, d'incertitude, de fourberies, de préservatifs, de déperdition et de duplicité d'action.
Telles sont, en abrégé, les lumières que nous eussions acquises en mécanique sociale, si nous avions, selon le précepte de Condillac, essayé d'oublier un instant nos préjugés scientifiques, d'en faire abstraction spéculative, el de reprendre les idées à leur origine.
Or, cette origine des idées sociales ne peut se trouveiqu'en Dieu, qui long-temps avant la création des hommes, a dû poser la valeur des deux mécanismes sociaux, le morcelé et le sociétaire, et qui, ayant nécessairement opté pour le sociétaire, a dû nous donner des passions faites pour ce régime : aussi voyons-nous quelles sont incompatibles avec l'état civilisé.
On ne doit donc pas s'étonner si nos passions, cupidité, gourmandise, inconstance, etc., nuisibles dans l'état actuel, trouvent un emploi utile dans le régime sociétaire, et si l'éducation harmonienne spécule, chez l'enfant comme chez le père, sur le plein essor de ces passions, nuisibles dans l'état morcelé, parce qu'elles sont créées pour le service du sociétaire.
Notre système de subdivision par couples réduit au minimum les moyens de mécanique, d'économie, de richesse et de vertu. Les familles formant à-peu-près autant de ménages qu'il y a d'enfants, sont tout à point l'élément de l'extrême discorde, et l'antipode de l'Association et delà richesse; dèslors, choisir l'état de famille pour pivot du système social, c'est travailler positivement à organiser la désunion et la pauvreté.
Je viens de prouver qu'on ne peut pas supposer Dieu complice de cette impéritie philosophique ; comme on n'en peut douter, il a opté pour le mode opposé, pour l'Association; il en résulte :
1° Que les passions dont il est l'auteur doivent toutes être adaptées aux convenances de l'Association, et toutes incompatibles avec l'état morcelé et civilisé ;
2° Que les mêmes passions doivent produire dans l'état morcelé ou civilisé, les effets opposés aux vues de Dieu, à la justice, la vérité, l'économie et l'unité ;
3° Qu'on doit attendre des passions développées en mode sociétaire, autant de bienfaits qu'elles engendrent de fléaux dans l'état morcelé.
BSVELOPPEMENT IlfBUSTRÏEL. 315
Telles sont les conclusions où on serait arrivé depuis long-temps, si on eût voulu, selon l'avis des philosophes, rcpreyidre les idées sociales à leur ongfine, remonter à leur vraie source, à l'option de Dieu sur les deux mécanismes sociaux.
c'est exciter la défiance des lecteurs, que de leur annoncer des richesses trop immenses pour leurs modiques désirs : cependant il faut dans les aperçus de cette Association exposer tout ce qui peut exciter l'intérêt. Ch, Fodbiek.
« L\ RICHESSE de l'ordre combiné, » disions-nous, au premier volume, après comparaison des dispositions matérielles de l'Association et du Morcellement, « la RICHESSE de l'ordre combiné est un résultat sur lequel nous pouvons solidement piloter nos spéculations. C'est une fondation sur roc dur. C'est un point emporté, c'est un fait. »
Ce fait est maintenant démontré avec redoublement de preuves en matériel et en passionnel. Ces preuves se composent entre elles : elles ne s'ajoutent pas, elles se multiplient les unes par les autres. Quoique nous soyons loin encore d'avoir visité toutes les sources de splendeur de l'Ordre sociétaire, il convient de grouper ici et de passer en revue les principales forces productives dont nous avons déjà pu tenir compte, et de faire voir la loi de leur multiplication puissancielle. Un chapitre du Traité de l'Associationyàuous en fournir le moyen (1).
(1) Voyez Traité de l'Association domestique agricole, t. I, p 462. Lisez aussi sur cette thèse, dans le même volume, les chapitres :
De VÈconomisme composé et puissanciel.