‹ Destinée sociale (volume 2)Chapitre 58 sur 91 · ÉDUCATION SUBVERSIVE — PARTICULIERE · texte numérisé non relu

ÉDUCATION SUBVERSIVE — PARTICULIERE

du bonheur et la lliéorie de l'Association. On peut se chaufter au soleil sans connaître le système du inonde; on dîne bien sans savoir la chimie et la cuisine ; on digère son dîner sans être physiologiste.

Le sens de ma critique est si éloigné d'être personnel et d'aller aux individus, que j'ai de très-bons amis dans l'enseignement, que j'ai conservé dans le cœur gratitude et affection pour la plupart de ceux qui ont travaillé à me fausser en mon temps de collège, et que je suis, enfin, fils et frère de professeur. Plût au ciel seulement que mon père vécût, et que je pusse lui faire hommage de cette critique ! il eût certainement été, lui professeur, le premier à l'accepter.

Un système d'éducation , dans lequel les maîtres sont appelés par leurs élèves, pions, chiens de cour j etc. , est évidemment répugnant, et, par le fait , faux et absurde en soi. Les enfans sont les êtres dépendans, les victimes; c'est à eux que l'on inflige cette éducation répugnante : voilà le fait saillant de la critique; c'est pour cela, en premier lieu, que l'éducation est mauvaise, parce qu'elle fait souffrir l'être à élever, qu'elle le détériore au lieu de le développer : elle est mauvaise ensuite,, parce qu'elle fait souffrir l'éducateur lui-même. — Il y a des gens qui di-

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sent : «Bah! si les enfans souffrent, les maîtres et les parens ont aussi à souffrir — » Puis ils en restent là ; ils ont tout dit; le mal des uns leur semble compense?^ le mal des autres; s'ils croient qu'il y a équilibre ou à-peu-près, c'est tout ce qu'il leur faut ! — Eh 1 certainement, un des plus misérables sorts de Civilisation est celui de maître d'études j, par exemple, dans un grand collège; j'en conviens mille fois; mais ceci est un complément de critique; c'est une nouvelle face du mal : moi, j'ai surtout insisté sur la plus importante. Tous les jours on plaint les parens, les maîtres, les instituteurs, et ils se plaignent entre eux d'avoir à faire à des enfans qui leur donnent taiit de maux : moi aussi je les plains; mais je plains surtout les enfans qu'on ne s'avise pas de plaindre, et qui sont ici les premières et les plus intéressantes victimes. — Et puis, je fais mieux que plaindre les uns et les autres, car ma critique,— comme toutes nos critiques, — n'a qu'un but, un seul, c'est de faire vivement sentir le mal, pour provoquer l'application du remède. — Ce qui met de l'amertume dans notre critique, c'est un haut sentiment humanitaire, n'en déplaise à ceux qui ne comprennent pas cela. — La véritable philantropie ne consiste point à dire des sentimentalités philantropiques , et à conter des fadeurs à l'humanité.

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