CONDITIONS DE L EDUCATION
étoufl'e et violente les natures, étiole et déforme les corps et les âmes. — Serait-ce donc qu'il n'est pas de l'intérêt de la société que chacun de ses membres soit développé dans sa virtualité propre, qu'il lui apporte le concours de ses forces, de ses facultés natives? L'individu réussirait-il mieux, par hasard, dans les fonctions pour lesquelles il n'a pas de vocation, que dans celles vers lesquelles il se sent appelé par sa nature? toutes choses ne seraient-elles pas mieux faites, là où chacun ferait ce à quoi il est propre, qu'ici où tous les rôles naturels sont intervertis?
Il est donc de l'intérêt direct de la société, comme de l'intérêt individuel , ainsi que de droit humanitaire, que l'individu ne soit plus ajusté de force à une fonction par le hasard des circonstances et la force aveugle des mauvaises combinaisons, mais qu'il puisse, au contraire, aller franchement à ses aptitudes, et qu'il soit aidé dans le développement de ses vocations. Ainsi, l'éducation doit appeler les dispositions, et non les étouffer; féconder les germes, et non les écraser; elle doit obéir à la nature, et non lui commander ; être conforme aux vocations^ et non arbitraire.
Nous avons vu que les iulluences auxquelles
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l'enfant est soumis, en éducation civilisée, sont autant d'impulsions contraires, autant de forces parfaitement opposées, qui s'entreciioquent et tiraillent simultanément l'élève dans les sens les plus différens; si bien qu'un enfant civilisé, travaillé par ces actions divergentes, est dans la position d'un homme écartelé à quatre chevaux. — Si pareille divergence est une monstruosité flagrante, il faut en conclure qu'une éducation raisonnable doit être convergente dans ses impulsions.
S'il est d'ailleurs contjaire auxinlérôlsde la société et de l'individu, que l'élève soit condamné à l'improductivité jusqu'à l'âge do dix-huit ou vingt-cinq ans, qu'il soit réduit pendant tout ce temps à un état passifs à apprendre un rôle,, — dont souvent même il n'aura pas une phrase à dire plus tard, — il convient alors que l'éducation soit pratique, exerçant et utilisant les forces aussitôt que possible , active^ et non passive.
L'homme étant corps et esprit j, et devant utiliser pour soi et pour les autres les facultés de son corps et de son esprit, il est de l'intérêt de l'individu, comme de l'intérêt social, que l'éducation prenne souci de ces deux ordres de facultés, qu'elle forme à la fois l'âme et le corps.