‹ Destinée sociale (volume 2)Chapitre 76 sur 91 · II · texte numérisé non relu

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5l4 HARMONIE. LIV. III. CH. VII.

Loin de là , les jeux et divertissemens civilisés provof|iient en tout sens l'oisivete' , l'abandon du travail , et même le crime, le vol, le suicide, fruits ordinaires des jeux de hasard, surtout de la loterie. Il sera curieux de voir comment les diveriissemens, entre autres les amours, qui aujourd'hui n'ont aucun rapport avec l'industrie productive, en deviennent les appuis dans l'ëtat sociétaire.

» Une remarque plus importante encore , et qui naît de ce chapitre, c'est que l'animal qui donne double béne'fîce par le perfectionnement attache' a l'éducation harmonique , donne un bénéfice décuple et douzuple par la faculté de quintupler et sextupler la masse qu'en élèveraient, sur pareil teriain, les Civilisés, qui ne connaissent ni l'art de discipliner au dehors des masses d'animaux , ni l'art de les harmoniser et distribuer dans d'immenses étables, comme celles de 10,000 poules pondantes par Phalange.

» Ce travail sera en grande partie confié aux soins des enfans, aidés de quelques Vénérables. Quelle mine de bénéfices , quelle source de réflexions pour un siècle qui ne rêve qu'aux moyens de GAGNER DE l'argent, et qui va trouver une mine d'or dans chaque branche de travail, pourvu qu'elle soit exercée et distribuée par Séries passionnelles ! »

Après cet admirable chapitre , le lecteur me permettra-t-il une parole? me permettra-t-ilde le prier de réfléchir sur tout ce qu'il y a de puissant, de sublime dans ce don magnifique du bonheur et de l'harmonie, octroyé par l'Homme au monde inférieur, aux vies subordonnées à la sienne dans l'ordre de la création ! Adam , l'Homme réhabilité , recompose les premières harmonies génésiaques ! l'harmonie humaine gouverne les har-

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monies inforieiircs ! la nature est sous la main de l'Homme ! l'Homme est plus que le Roi de sa création,, j'ai presque dit qu'il en est le Dieu....

Ne disons pas ici ce que l'Homme PEUT sur les choses et sur les vies. Cette question n'est pas mure ici. Elle viendra en son lieu. — Et nous vivons dans un siècle dont l'esprit est tel , que Fonrier s'adressant à cet esprit , a dû terminer son chapitre par une considération de lucre !

TRAVAIL SÉRIAIRE DE RÈGNE VÉGÉTAL, OU CULTURES ENFANTINES DE l'hARMONIE.

« En opposant aux désordres civilises la perspective du bonheur sociétaire, n'omettons jamais de donner des démonstrations en mode composé, ou positif et négatif, par preuve et contrepreuve. Ainsi , au tableau des prodiges industriels qu'opéreront les enfans harmoniens, il faut opposer celui du vandalisme et de l'oisiveté des enfans civilisés.

» J'ai dépeint les enfans comme vandales positifs, destructeurs par instinct et par esprit de corps. Envisageons-les maintenant comme vandales négatifs , refusant tous les travaux que la nature leur assigne dans le règne végétal.

») Il faut qu'eu cette brandie d'industrie , la nature ait compté beaucoup sur le service des enfans , car elle a créé en grande aifluence les petits végétaux et arbustes qui doivent occuper le bras de l'enfant et non celui du père. Les deux tiers du parterre,

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du potager et du bosquet , se composent de ces menues plantes adapte'es a l'enfance.

« Les fleurs , à pari un très-petit nombre , sont presque toutes le lot du travail enfantin et féminin ; aussi la nature donnc-t-elle aux femmes et aux enfans beaucoup de penchant pour les arbustes et fleurs , dont pourtant ces deux sexes n'exercent point la culture dans l'ctat actuel.

« Un bambin qui veut grader et monter aux chérubins , doit , dans ses trois e'preuves, choisir au moins un ve'ge'tal, comme pensée ou cerfeuil , et justifier qu'il a e'te' admis au groupe qui cultive cette plante ; admission qu'il ne peut obtenir que par un service utile et une dextérité éprouvée. Un cliérubin postulant pour l'entrée aux séraphins , doit justifier, sur trois végétaux au moins, d'un service distingué et constaté par le suffrage des groupes compélens. Ces cultures lui donnent peu a peu des notions sur les diverses branches des sciences , car l'agriculture se lie a toutes.

» L'enfant harmonien prend parti très -activement dans les rivalités de canton a canton. Un groupe d'enfans cultivant les oreilles d'ours a la Phalange de Meudon , est piqué de voir que celles de la Phalange de Mari y ont eu la palme pour le velouté ou autre qualité. Les vaincus veulent connaître la cause de cet insuccès qui tient peut-être aux différences de terres. Là-dessus, le Vénérable qui dirige ce groupe, leur fait une leçon sur les variétés de terres ; et cette étude, répétée dans d'autres groupes, leur donne peu a peu des notions élémentaires sur le règne minéral. C'est déjà pour eux un appât à s'introduire dans les écoles, y demander quelque livre élémentaire sur telle branche de la minéralogie , comme le classement des terres.

» Ainsi l'Harmonie ne donne jamais à l'enfant aucun enseignement SIMPLE. Elle ne l'initie à une science que par combinaison avec des notions pratiques déjà acquises sur telle autre science , et notamment sur l'agriculture , la maçonnerie , la charpente, la cuisine.

u Les intrigues de rivalités agricoles habituent de bonne heure

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les cnfans à resprit spéculatif. 11 est Ucs-nc'ccssairc dans la culture des fleurs : quoi de plus diilicile a élever à la perfection que la jonquille, le narcisse, la renoncule, la tulipe, les variétés de roses et d'œillels ? Si la nature exige tant de connaissances dans le soin de ces fleurs , c'est qu'elle veut former de bonne heure a l'esprit de calcul les enfans ipii se passionneront pour les cultiver.

» Elle leur a ménage' aussi quelques lots dans la grande culture ; le blc' noir , la vcsce , la lentille , etc. ; une troupe d'enfans qui s'adonnent passionnément au soin de ces végétaux , est obligée d'étudier les qualités de terre et d'engrais, raisonner sur l'influence des températures pour connaître les causes qui ont valu du succès à tel ou tel canton. L'enfant adonné par rivalité passionnée a ces occupations, deviendra insensiblement cliiraiste et physicien , tout en croyant ne s'occuper (jue des luttes émulatives de ses groupes, de son canton.

» D'oii vient que l'éducation actuelle n'a sur l'enfant aucune de ces sortes d'influence , et qu'en aucun sens elle ne l'entraîne aux études ? C'est que les travaux auxquels on astreint l'enfant, manquent des trois ressorts qui le conduiraient à l'étude, ce sont ;

» 1°. La passion. L'on ne sait pas le stimuler par des rivalités de canton à canton et de groupe à groupe, telles qu'elles existent dans une Série passionnelle.

» 2°. L'emploi mixte. Cet enfant ne travaille pas aux cuisines oîi il jugerait pratiquement des perfections ou défauts de l'objet qu'il a cultivé.

» 5°. Le raffineinent (/astronomique. Il serait dangereux aujourd'hui d'y habituer l'enfant, et cela devient indispensable dans l'Harmonie , ou il doit savoir distinguer vingt nuances de saveur sur le moindre végétal , cerfeuil ou persil , qu'il aura cultivé ; sans ce raffinement, il ne saurait pas juger pourquoi son groupe a échoué ou triomphé dans ladite culture ; pourquoi tel canton a le 1". rang, tel autre le 2"., 5*. dans l'opinion , relativement a ce végétal.

« Cette combinaison de leviers n'existant pas dans l'état civi-

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lise, faut-il s'étonner que l'enfant ne veuille s'adonner ni à la culture, ni aux sciences exactes, dont les rivali:es de Se'ric lui feraient de bonne heure sentir le besoin et demander renseignement, sans qu'on lui en suggérât Tidee !

» Re'suraons sur cet aperçu : d'une part, vandalisme et oisiveté ; d'autre part , occupation productive et e'tudes passionne'es; voilà le parallèle des deux éducations barmonienne et civilise'e : celle-ci, je l'ai déjà dit, ne produit que de petits vandales qui bientôt deviendront de grands vandales.

» Tout est fausse dans le système agricole, par cette défection des enfans et des femmes , à qui la nature assigne tant de végétaux à soigner. Tous les arbustes en fleurs ou en fruits, et presque tout le potager et le parterre , doivent être envabis par les femmes et les enfans. Loin de là, un enfant civilisé n'entre au jardin que pour y manger les fraises et groseilles qu'il n'a point cultivées , y friper les fleurs et légumes : aussi , ce qu'il y a de plus à désirer dans un jardin , c'est (jue les enfans n'y mettent pas les pieds.

» Les botanistes nous peignent leur science comme la plus intéressante , la plus rapprochée de la nature ; jd'ou vient donc qu'elle ne peut passionner l'enfant qui est l'être le plus voisin de la nature , et fine loin de se prendre de belle passion pour la botanique, il ne fait que ravager les jardins et vergers, refuser tout travail agricole ?

» On nous dit que les paysans tirent parti de leurs enfans dès l'âge de 7 ans : sans doute , à force de coups de bâton ; mais quel service en obtiennent-ils ? Ils emploieront trente enfans à transporter en fardeau ce que conduiraient trois enfans harmoniens sur trois chars attelés de trois ânons.

» Une preuve incontestable que les Civilisés ne savent tirer en agriculture aucun parti ni des femmes , ni des enfans , c'est que l'homme est obligé d'abandonner les travaux qui lui sont spécialement attribués par la nature, et qui sont principalement les forêts et l'irrigation ; deux choses dont le cultivateur civilisé ne peut pas s'occuper, parce qu'il est absorbé par les travaux féminins et ENFANTINS , tels quc les petites éiables et volailleries ,

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le potager cl autres l'onclions, dont les femmes cl enlans devraient le dégager.

» Singulier re'sullatdc la tyrannie masculine! Lliomme croit avoir asservi les femmes; (ju'cn re'sulte-t-il? que c'est lui-même (|ui est esclave ; qu'au lieu d'avoir subordonne les femmes , il a dégoûte de l'industrie femmes et enfans. Il se trouve réduit h exercer les travaux dont ces deux sexes devraient se charger ; il est, de plus , obligé de prélever sur le produit de son travail, les frais d'entretien et dotation des femmes et enfans : c'est l'effet de toute tyrannie ; elle se prend dans ses propres filets.

" Analysons mieux le trébuchet ou est tombé le sexe masculin : sa véritable destination est de vaquer aux grands travaux qui exigent la force des bras : tels sont les trois emplois de

Culture des forêts; Ouvrages d'irrigation ; Soin des graminées.

La troisième fonction absorbe tout ; l'agriculteur ne peut vaquer , m à la culture des forêts, ni à l'irrigation et aux ouvrages qu'elle exige : au contraire, le cultivateur ne s'attache qu'a détruire les forêts; il détruit par contre-coup les sources et moyens d'irrigation.

» Voilà donc deux des trois branches de grande culture gérées à contre-sens de la raison. Quanta la troisième, celle des graminées, comment est-elle traitée? j'y distingue trois vices des plus choquans.

» 1°. Le défaut d'engrais et de qualité. On en a si peu, qu'il faut ensemencer des champs en quantité énorme, et à peu près double de ce qu'emploiera l'Harmonie pour obtenir égale quantité de grain. Quant aux qualités d'engrais, c'est une distinction que ne fait ni ne peut faire le paysan civilisé.

» 2°. Les jachères. Des terres qui se reposent une année! le soleil se repose-t-il? manque- 1- il à venir tous les ans mûrir les moissons ? aurait-on besoin de jachères si on n'employait aux céréales que les terres convenables et soutenues des masses et qualités d'engrais nécessaires ?

» 5°. Les vices de détail. On voit dans divers champs aulain de pavots que d'ëpis. On y voit cent autres négligences qui ne seraient pas même connues dans l'état sociétaire , ou des groupes d'enfans parcourent les champs pour les émonder.

» D'où viennent tous ces désordres? De ce que le sexe masculin est surchargé de la tâche des deux autres, qui ne font qu'un simulacre de travail.

» Mais quelle carrière va s'ouvrir pour l'industrie masculine, du moment ou les deux autres sexes rentreront en disponibilité par le régime sociétaire ! on verra tout a coup les S/6", des femmes en vacance industrielle , par la suppression des travaux compliqués et parasites qui naissent du morcellement des ménages, du soin pénible des enfans, de la mauvaise qualité des étoffes et des confections ; enfin , des sots caprices de la mode , qui absorbent tant de femmes en ouvrage de couture interminables et en minuties superflues.

» Après la cessation de ces désordres , on s'apercevra que les S/6^'. des femmes sont disponibles : à quoi les occuper? A l'agriculture ; elles envahiront donc majeure partie des menus ti'avaux qui occupent aujourd'hui les hommes.

» D'autres seront envahis par les enfans , qui seront amorcés a la culture par le régime des Séries contrastées, rivalisées, engrenées.

» Dès-lors il ne restera aux hommes dans la force de l'âge , que les fonctions de vigueur , comme les trois citées plus haut ; puis celles de manufacture pénible , charpente , maçonnerie , forge, etc. Ils interviendront accessoirement dans toutes les menues cultures, parterre et potager, mais sans en supporter le soin permanent : ce sera le lot des femmes et enfans.

» Cette répartition naturelle est anéantie par la défection des enfans et la complication qui absorbe les femmes. Toute la masse du travail retombe sur l'homme seul , qui , surchargé de la sorte , doit négliger les branches les plus importantes, comme le soin des forêts et l'irrigation. Il effleure la lâche de son sexe , pom vaquer a celle de tous trois.

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» Jugeons-en par un seul vegc'tal , par les Ravks, senlicr tles venus républicaines. Si la rc'publiciuc ne doit vivre (jue de raves, au moins faut-il , pour le l)on ordre, qu'on repartisse aux trois sexes le travail de culture ; savoir :

Aux cnfans les petites raves ;

Aux femmes les raves moyennes ou navets ;

Aux pères les gros ravognons.

» Telle serait la se'rie naturelle de distribution ; elle est impraticable dans Tordre civilise' : vous y verrez le fier républicain oblige de cultiver lui-même les raves de toutes les dimensions , et de faire en plein l'ouvrage des deux autres sexes. Desordre inévitable hors des Séries , qui appliqueraient chaque sexe aux fonctions que la nature lui destine. C'est une des conditions nécessaires a faire naître l'Attraction industrielle, qui, même en Séries , ne pourrait pas se développer si on maintenait dans les travaux la confusion d'emplois qui y règne aujourd'hui ; si on voulait , comme dans la Civilisation perfectibilise'e , atteler une femme et un âne a la même charrue ( coutume des provinces-nord de l'Espagne.) Les femmes no sont guère moins maltraitées dans la belle France.

» On a vu par ce qui pre'cède , combien les enfans sont éloignes de leur destination en travaux de règne animal et ve'ge'tal, et combien il est e'vident que le i-e'gime civilise' ne les pousse qu'a l'oisivelé et à tous les vices anti-industriels. Les moralistes ont bonne grâce , après cela , de nous vanter les tendres enfans, si dignes de leurs vertueux pères, petits vandales, bien dignes de grands vandales! Voila la vraie devise des enfans et des pères ciyilise's. »

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