LES CUISINES, OU EMPLOI MIXTE DES RÈGNES
Le lecteur ne doit pas oublier, en commençant ce chapitre, la remarque que nous avons déjà faite ; à savoir : — que la Cuisine est la plus considérable et la plus importante de toutes les manufactures. Elle absorbe aujourd'hui presque tout le travail féminin , et l'homme même l'a déjà envahie dans les grands hôtels, les hôtelleries et les restaurans. Réduite aux mesquines proportions du ménage actuel, il n'est pas étonnant que cette industrie soit déconsidérée comme fonction ; mais dans la Phalange, les choses changent bien d'aspect. A la vue des immenses ateliers de la fabrication culinaire (0, on comprendra de suite la haute importance de cette branche, qui se rallie à toutes les sciences naturelles. La Cuisine, je l'ai déjà dit, est la plus belle , la plus utile et la plus importante branche de la chimie; et comme la plupart des produits du règne animal et du règne végétal arrivent à cette industrie, c'est dans ses ateliers que les enfans prendront les
(i) Pour ti) juj^cr pni- avance, il faut aller \isilcr les magui(i(|uc.'> alelifts df ]M. ih' BiUlicrel , rue de JWwarin.
ÉDUCATION IIAUM. 3''. DhVKI.OPPEMEN.S. Suô
premières connaissances des sciences nalnreiles, botanique, zoologie, anatomie, physique et chimie ; c'est là qu'ils recevront les premières leçons (le ces sciences, répandues généralement dans toutes les séries et nécessaires aux séries gastrosoplùques.
La nature adonné à l'enfant une violente Attraction pour les manipulations culinaires, parce que la Cuisine, organisée en mode vrai ou sociétaire, est ainsi l'atelier d'éclosion des instincts scientifiques; parce que encore elle se lie à l'ensemble du travail agricole, puisque c'est là que les produits agricoles sont employés ci jugés; et enfin parce qu'elle est la grande école de la dextérité. C'est dans ses ateliers que les enfans acquerront de bonne heure l'habileté pratique, l'adresse qui leur sera si nécessaire dans les laboratoires , dans les manufactures, et dans tous les actes de leur vie individuelle. J'ai vu un sujet fort distingué, sorti le premier de VEcole polytechnique^ et qui, à VEcole des ruines, où il y a de nombreuses manipulations chimiques à faire, a échoué faute de cette dextérité qu'il aurait si bien acquise , enfant, dans les Cuisines sociétaires. Aussi appréciait-il la haute importance des choses que l'on va lire , et que des personnes irréfléchies pourraient seules regarder comme futiles. Lisons donc
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avec intelligence, et rappelons-nous bien que la nature ne se trompe pas dans les impulsions collectives qu'elle distribue, soit aux enfans, soit aux hommes faits.
Influence des Cuisines en Éducation.
" Etrange paradoxe ! 11 s'agit de démontrer l'utilité de la gourmandise chez les enfans; c'est peut-être le sujet le plus propre à confondre les antagonistes de l'Attraction , et mettre en évidence la sagesse du Créateur des passions.
» Si la nature est sage dans ses impulsions ge'nérales, elle doit être sage dans la plus puissante passion qu'elle ait donne'e à l'enfant; c'est la gourmandise.
» Pour constater la justesse distribu tive de Dieu dans cette impulsion dominante des enfans , il faut prouver que la gourmandise tendra, dans l'état sociétaire, a les conduire aux trois foyers d'Attraction : à la richesse, aux groupes, aux Séries industrielles. 11 n'y a de Juste et louable en mécanique sociale, que les ressorts qui nous dirigent a ces trois buts, et par suite a I'unité sociale.
» Signalons ici l'erreur de mots, et par suite l'erreur de jugement; vice condamné si souvent par nos sages, qui pourtant y tombent sans cesse.
« Les enfans, disent-ils, sont de petits gourmands; il faut les » corriger, modérer leurs passions. » Rien n'est plus faux : les enfans ne sont point gourmands, mais seulement gloutons, goinfres , goulus. Le mot gourmand est à peu près synonyme de gastronome ; il se prend en bonne part, puisqu'on dit un FIN GOURMAND ; on ne dira pas, fin glouton, fin goinfre , fin gotthi; tous trois sont de genre trivial.
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» Les Apiciiis sont gens de bonne compagnie , raisonnant savamment de leur art , dont ils sont trop préoccnpes. Or , rjuel rapport entre un Apiciiis et des enfans qui mangent avec avidité des pommes vertes, des primes a cochon! S'ils étaient gourmands, connaisseurs délicats, ils renverraient ces alimcns aux pourceaux. Ils sont donc goinfres , gloutons, goulus; et pour les en corriger, il faut les ramener à la gourmandise ou gastronomie. Analysons les effets industriels à obtenir de cette métamorphose.
» On observe partout (juc la classe la plus réservée à table , est celle des cuisiniers; ils sont en ge'ne'ral gastronomes, juges se'vcres, dissertant bien sur les mets, sans en faire aucun excès. Ils sont proporlionnément la plus sobre des classes qui ont la bonne chère a discre'tion.
» Le meilleur pre'scrvalif de la gloutonnerie serait donc , pour les enfans, un ordre de choses ou ils deviendraient tous cuisiniers et gourmands raffines, autrement dit gastronomes.
» La thèse e'tant des plus neuves , j'ai dû l'elayer de distinctions exactes sur le sens des mots , et sur les indices que fournit l'état des choses en Civilisation.
» Sur ce, on va reproduire l'objection déjà faite, au sujet de rOpe'ra. « \ ous voulez donc, dira-t-on , élever tous les enfans à » rétat de cuisinier ! » Ce n'est pas moi qui veux -^ c'est l'Attraction qui en ordonne ainsi; et l'on va se convaincre qu'elle veut passionner pour la cuisine tous les enfans.
» TOUS , en style de mouvement, signifie les 7/8'^'-, puisqu'il est connu que l'exception de i/8=. confirme la règle.
» Or, quand les V/S"^- des enfans seront passionnés pour jouer l'Opéra et faire la cuisine, en vaudront-ils moins pour cela? c'est ce que nous allons examiner.
» Observons d'abord que c'est le but indirect de la morale civilisée : elle exprime sans cesse et implicitement le vœu de voir les enfans se faire cuisiniers, car elle veut qu'ils s'adonnent au soin des animaux et des végétaux.
» Comment pourront-ils juger des méthodes préférables dans le soin des animaux et végétaux , s'ils ne connaissent pas les rap-
ports de maniitenlion agricole avec les ressources de manutention culinaire? l'agriculteur qui ignore cet art, travaille sans principes et sans but, quant aux emplois.
» Ainsi font nos villageois, qui élèvent un animal ou cultivent un le'gume pour tâcher de tromper celui qui l'achètera ; mais si , selon le vœu de la morale, on spécule sur un e'tat d'unité' et d'accord intentionnel ; si le cultivateur veut favoriser le consommateur, il doit connaître l'emploi mixte ou art de la cuisine, et se guider dans ses cultures selon les convenances de cet art.
» De là re'sulte déjà que la cuisine est portion intégrante des études agricoles , et que , pour faire de l'enfant un parfait agro nome en gestion animale et végétale, il faut de très -bonne heure l'initier aux raffinemens de cette cuisine , de cette gastronomie proscrite par les farouches amis des raves et des droits de l'homme.
» Nos soi-disant gastronomes, tant écrivains que praticiens, ne sont point du tout à la hauteur du sujet ; ils le ravalent en le traitant sur le ton plaisant. 11 est vrai qu'en Civilisation , la gastronomie ne peut jouer qu'un rôle très-subalterne, et plus voisin de la débauche que de la sagesse , mais en Harmonie elle sera révérée comme ressort principal d'équilil^re des passions.
» Le sens du goût est un char à 4 roues qui sont :