‹ Destinée sociale (volume 2)Chapitre 79 sur 91 · Il renverse les mets , souille tous ses vêtemens · texte numérisé non relu

Il renverse les mets , souille tous ses vêtemens

5. Il se brûle ; il ne sait pas manier le feu ; on est forcé à lui en interdire même les approches.

4. On n'a , dans une cuisine civilisée , ni gardiens, ni instructeurs, ni moyens pour le façonner au travail.

3. L'enfance serait dans nos cuisines en trop petit nombre pour y opérer par Séries de groupes, distribution hors de la- (juelle tout enfant est transformé en vandale,

6. Les menus ti'avau.x , comme plu.Tiage , épluchage , pelage , etc. , ne fournissent pas chez nous des masses d'ouvrage auxquelles on puisse affecter des groupes régulièrement équilibrés.

7. Nos cuisines manquent de la branche de confection enfantine ; elles ne préparent pas les trois sortes de chère : Majeure pour hommes, mineure pour femmes, neutre pour enfans, et pivotale ou commande.

» X Enfin , la cuisine serait pour l'enfant une école de dépravation , par les sottes complaisances des domestiques , et les accidens fâcheux qui souvent en seraient la suite.

» Ainsi la première école de l'enfant, la cuisine, lui est interdite en Civilisation. Je la place au premier rang, parce (|ue le stimulant y est plus fort que partout ailleurs. La cuisine exerce en lui l'esprit et les sens ; car, au charme du mobilier miniature qu'il trouve la comme dans d'autres ateliers , se joint riiifluence de la gourmandise, passion très-généralement dominante chez les enfans de deux premières phases, 0 a 9 ans,

» Sans doute ils ne sont pas friands de viandes ni de ragoîits ; mais sous le nom de cuisi.nes sériaiiîES, je comprends tous les ateliers de comestibles , entr'autres ceux de confiserie , fruiterie , II. 34

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laiterie, (jiii sont les lieux les plus altrayans pour reniant -, b boutique du confiseur est pour lui le paradis terrestre ; et c'est au Séristère de confiserie , annexe des cuisines , qu'est la première école des poupons et bambins. Le jardin, éminemment utile a l'éducation de l'enfant , est en chômage une partie de l'année ; la cuisine est constamment en activité.

» Parvenu a l'âge de raisonnement, aux chœurs des se'raphins, 6 1/2 à 9 ans , il apprendra aux cuisines mieux que partout ailleurs , la progression nuancée ou échelle des fantaisies dont se composent les trois corps d'une Série ; il y prendra parti après option raisonnée , et il en épousera quelques rivalités.

» Comme les intrigues de bonne chère sont les plus puissantes sur l'enfant tout dévoué au sens du goût, on s'efforcera de rendre la cuisine attrayante pour le Jeune âge , l'enrichir d'un mobilier bien adapté aux travaux de l'enfance , et toujours distribué en triple échelle, grande, moyenne et petite, avec nuances dans les trois divisions pour satisfaire tous les goûts.

» Ce n'est pas un appât pour un enfant actuel , que de voir un rôti a la broche; mais c'est une amorce pour les enfans d'Harmonie, que de voir les broches nombreuses, disposées autour de trois feux saillans qui alimentent sept ou neuf genres de broches. Au grand feu, les grandes broches et fortes pièces ; au moyen feu , les pièces moyennes ; au petit feu , le menu rôt, les brochettes.

» Cet assortiment fournit des fonctions pour tous les âges. Les chérubins soignent les broches sous-minimes d'alouettes , becfigues et oisillons, placées en étage sur l'un des côtés du petit feu, ou les séraphins soignent les broches sur-minimes, contenant cailles , grives et pigeons.

» Les lycéens et gymnasiens surveillent , au moyen feu , les deux ou trois espèces de broches à volailles et pièces de moyenne force.

» Enfin , les fonctionnaires adolescens surveillent , au grand feu , les broches de grandes pièces.

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>> Cette distribution échelonnée (i) amorce Tcnlant; elle ne lui plaît qu'autant qu'elle est graduée par nuances, et qu'il peut y jouer en petit le rôle de singe ou imitateur de ses aines.

» Je n'étends pas la comparaison aux ateliers de confiserie et fruiterie : leur aitinite' avec les goûts de l'enfance est si connue , qu'il convient de s'attacher, dans la théorie , aux branches les moins attrayantes, comme le four et la broche, que j'ai dû prcfcrer par cette raison.

(i) Par exemple, un grand lourde pâtissier, bien noir, bien malpropre, et garni <le grillons siillans , ne saurait plaire ni aux enfans , ni aux hommes. Si nous supposons, au lieu de ce sale atelier, trois fours inégaux, ornés alentour de marbre noir, pour éviter le noircissement causé par la fumée \ si chacun des trois fours est adapté aux pâtisseries de diverses grandeurs, les groupes d'enfaus seront charmés de faire cuire au troisième four les petits pâtés, petits gâteaux, mirlitons et menus objets qu'ils auront préparés. Leur intervention offrira triple avantage :

Exempter les hommes faits d'un ouvrage auquel sullisenl les plus faibles enfans ;

Former ces enfans au travail , à Técole d^hommes exercés ;

Ménager à ces mêmes hommes une rivalité piquante, en ce qu'elle sera exercée par les enfans, leurs inférieurs.

Ainsi le régime sériaire ou industrie progressive crée pour les enfans une foule d'appâts dont le travail morcelé n'offre aucun germe. Nos travaux ne sont jamais assez étendus ni assez gradues pour comporter l'échelle d'ateliers en degré septénaire ou novennaire. Tout Sérislère offre celte variété nuancée, au moyen de trois laboratoires de genre , subdivisés en deux ou trois laboratoires d'espèce.

Une telle échelle ne peut se former régulièremeut que dans une association très-nombreuse, comme une Phalange de grande Harmonie à i5 ou 1600 sociétaires. On ne pourrait pas établir cette graduation dans une Phalange d'ordre simple, de 4 à 5oo personnes; encore moins dans une petite réunion de ao ou 3o ménages, qui ne sauraient fournir les assortimcns de passions nécessaires.

» Rallions a un principe général tous ces aperçus.

» Dans l'Harmonie, ou il conviendra d'aKirer l'enfant aux cuisines, on devra lui ménager sur ce point nne attraction bicomposée et non pas simple. Il y aurait appât simple, s'il ne se fondait que sur le luxe des ateliers. L'appât sera composé, si on y ajoute les rivalités d'émulation enfantine. 11 sera sttrcomposè par les intrigues indirectes qui se lient à la culture ou a la fabrication. Enfin, il sera hi-composé ou quadruple, par le lustre des chefs et des fonctions.

» Un cuisinier civilisé est un fonctionnaire de peu de relief hors de la coterie des gastrolâtres : il n'en est pas ainsi d'un cuisinier d'Harmonie , qui souvent peut être un monarque , toute industrie étant compatible, en Association, avec le rang suprême. D'ailleurs , cette fonction se trouve liée avec les Séries de culture, de conserve , de chimie , de médecine hygiénique , d'économie sanitaire ; et le cuisinier harmonien devient , par suite , un savant de premier ordre.

» Aucune des quatre amorces précitées ne peut se rencontrer dans les cuisines civilisées , pas même dans la confiserie ni la fruiterie, qui pourtant exercent encore de l'attraction sur l'enfant. Quelle sera donc leur influence dans Tordre naturel ou sériaire , hors duquel aucun atelier ne saurait fixer l'enfant a l'industrie ! »

LIEN d'attraction ENTRE LES ÉCOLES ET l'iNDUSTRIE.

Définissons-le par un exemple :

" Les études ne doivent , avons-nous vu , figurer qu'en second oi'dre; elles doivent naître d'une curiosité éveillée par les fonctions matérielles. Il faut que le travail de l'école soit lié à celui

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des aielicrs et ciiltmes, ci provotiiiti par les impressions reçues à ces ateliers.

•) Par exemple, Nisiis à six ans est passionne pour le soin des faisans et des œillets; il figure activement clans les intrigues des groupes qui soignent la faisanderie et l'œilieteric.

» Pour introduire Nisus aux écoles, on se gardera bien de mettre en jeu l'autorité patecnelle et la crainte des férules, pas même l'espoir de récompense. On vent, au contraire, amener Nisus et ses pareils a demander l'instruction : comment s'y prendre ? Il faut amorcer les sens, qui sont les guides naturels de l'enfant.

» Le Vénérable Tbéopbraste, qui, à la faisanderie, préside les chérubins et les aide de ses conseils , apportera à la séance un gros livre contenant les gravures des différentes espèces de faisans, de celles que possède le canton , et de celles (ju'il ne possède pas. ( C'est un volume de l'Encyclopédie naturalogique enluminée. )

» Ces gravures font le cbai'me des enfans de cinq ans; ils en parcourent avidement la collection. Au-dessous de ces belles images est une courte définition. L'on en explique deux ou trois aux enfans. Us voudraient entendre lire toutes les autres; mais le Vénérable de station ou le sérapbin de ronde n'ont pas le temps de s'arrêter à ces explications.

» C'est une ruse convenue dans les Séristères de basse-enfance : chacun est d'accord à dire au chérubin , qu'on n'a pas le temps de lui expliquer ce qu'il veut savoir ; on lui refuse adroitement les instructions qu'il demande ; on lui observe (pic s'il veut connaître tant de choses, il n'a qu"a apprendre à lire, comme tel et tel qui ne sont pas plus âgés que lui , et qui sachant lire , sont déjà admis a la bibliothèque mineure.

» L'a-dessus , le séraphin emporte le livre des belles images dont on a besoin aux salles d'étude. Pareil tour est joué aux enfans qui cultivent les œillets; on a excité leur curiosité sans la satisfaire en plein.

» Nisus, piqué de celte double privation, qu'il a essuyée aux

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groupes de faisanderie et d'œilleterie , veut apprendre a lire pour s'introduire à la bibliothèque , et y voir les gros livres qui contiennent tant de belles images. Nisus fait part de ce projet a son ami Euryale , et tous deux forment le noble complot d'apprendre à lire. Une fois l'intention e'veille'e et manifestée, ils trouveront assez les secours de l'enseignement : mais Tetat sociétaire veut les amener a demander l'instruction; leurs progrès seront trois fois plus rapides , quand l'étude sera travail d'attraction, enseignement sollicité.

» Ici j'ai mis en jeu l'un des goûts favoris de l'enfance, le goût des gravures enluminées , représentant les objets auxquels l'enfant s'intéresse activement par connexion avec ses travaux.

» Ce ressort paraît suffisant pour éveiller l'idée d'apprendre

i lire : analysons mieux l'amorce, et distinguons- y un mobile

bi-composé , double en matériel (M) et double en spirituel (S).

» M. 1°. L'impatience de connaître l'explication de tant de

belles images.

» M. 2°. Le rapport de ces gravures avec les animaux ou végétaux qu'il soigne de préférence.

» S. 5°. L'envie de s'élever du sous-chœur des mi-chérubins au sous-chœurs des hauts chérubins , qui ne le recevront pas s'il ne sait pas lire.

» S. 4°. Les ironies de plusieurs des hauts chérubins qui , sachant déjà lire, se moqueront du retardataire.

» Mettez en jeu ces véhicules d'attraction bi-coraposée , et le succès sera aussi prompt qu'il serait lent et douteux si on recourait aux mobiles civilisés, a l'ordre du père et du pédant, aux pénitences et châtimens , aux faibles appâts de quelques méthodes actuelles, dont la plus vantée, le mutualisme, n'atteint pas même au véhicule composé , encore moins au bi-composé.

» Pareille méthode régnera dans les diverses branches d'étude ; écriture, grammaire, etc. On y entremettra toujours l'amorce bi-composée, les refus concertés et ruses innocentes pour éveiller l'émulation. Elle ne peut naître que sur les branches d'études analogues aux travaux que l'enfant exerce passionnément.

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C'est donc en tout sens pai- le nialeïiel d'ini.lusliie fine doit commencer son éducation; et rien n'est plus mal entendu (jue la nie'thode simpliste des Civilises , qui veulent faire de l'enfant un ge'omètre, un cliirnislc, avant de l'avoir amoicc aux fonctions propres à éveiller en lui le désir de connaître les iDatlie'mali(iucs et la cliimie , et de combiner ces théories avec la prali(|ue par ou il a débute.

» C'est donc aux jardins et basses-cours, aux cuisines et à rOpe'ra que doit commencer l'éducation de l'enfant; il ne doit passer a l'école que pour y e'tendre les notions dont il a dcja pris une teinture confuse en exercice industriel. >>

OPERA iiarmo.^ier: ,

ou SÉRIE PIVOTALE EN liNITÉ MATÉniELLE.

Yoici un paradoxe bien autrement étrange encore que tout ce qui précède , aux yeux des Civilisés : — l'Opéra, institution et haute institution d'éducation !! — Voyons pourtant la question de près, et regardons-y avec notre intelligence. Il serait singulier que ce que nous avons à dire sous ce titre, fût déjà chose admise aujourd'hui; nous espérons le démon Irer. — Procédons par ordre.

Nous avons vu que l'enfant, " aux cuisines de sa Phalange, distribuées en mode progressif, acquiert la dextérité, l'intelligence en menus travaux sur les produits des deux règnes qu'on y met en œuvre, » et qu'il y rencontre les élé-

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mens d'initiation aux sciences naturelles. iNous allons voir qu'il trouve à l'Opéra les élémens de l'initiation à tous les beaux-arts, et qu'il y acquiert «l'esprit d'unité matérielle qui doit être type et voie de l'unité passionnelle, d

a L'Opéra est l'assemblage de tous les accords MATÉRIELS MESURES. Il cst aisé d'y en compter une gamme complète.

K. Inten'ention mesurée de tous les dges et sexes. I. Chant, ou Voix humaine mesurée.

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