‹ Destinée sociale (volume 2)Chapitre 81 sur 91 · Gyinnasienncs · texte numérisé non relu

Gyinnasienncs

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Les Tribus plus jeunes apportent des recrues pour les emplois accessoires ; et les Tribus supérieures pour les autres fonctions religieuses de la

Représentez-vous donc cette fêle splendide , où les trente-deux Chœurs de la Phalange oflVent chacun son contingent à la milice sainte, où les Phalanges déploient tous leurs luxes de décoralions et de costumes, toutes leurs magnificences d ornemens et de bannières, toutes leurs puissances d'instrumentation et de voix harmonieusement mariées, toute leur science d'évolutions et de manœuvres! Représentez -vous la Fête- Dieu ainsi célébrée le même jour sur toute la terre, l'encens, les fleurs, les hymnes et les cantiques montant au ciel de tous les points du Globe ! le Globe entier, d'un pôle à l'autre, pavoisé de sa grande humanité, mariant toutes ses voix, ralliant ses peuples et ses races en un immense accord, en un seul hymne chanté dans la même langue, la langue d'amour et de bonheur, la langue de Dieu, la seule langue qu'il aime et qu'il entende. . . . Ah ! c'est à ravir l'âme au ciel , car si vous voyiez aujourd'hui dans un rêve apocalyptique les Phalanges et les Jérusalem de la Terre de l'avenir, vous croiriez que les Phalanges et les Jérusalem célestes sont descendues d'en-haut sur

celte Terre bénie et radieuse ! Terre radieuse et paradisiaque, qui communies maintenant dans l'harmonie mesurée des sphères; Terre radieuse, qui roules dans le ciel , comme un diamant élincelant sous les feux du soleil ! Terre, tu es dans le ciel ; qu'as-tu maintenant à envier au ciel î

Mais j'ai dépassé mon but en parlant de ces hautes harmonies, car mon but était seulement de montrer que nos enfans, si rétifs à des exercices mornes et solitaires de lecture et d'écriture, sont parfaitement dociles et passionnément subordonnés dans les exercices et les évolutions mesurées des processions de nos villes et de nos villages. La puissance du mode mesuré est telle sur eux, qu'un mois encore après le jour de la fête, vous les voyez jouer aux petits abbés, faire de petites chapelles, de petits reposoirs.

Faites une remarque. Yous avez compris la puissance du mode mesuré : demandez-vous à quoi la Civilisation a su en faire un emploi régulier? à deux choses seulement : à ses armées, qui sont la destruction organisée, et à son théâtre, qu'il faut bien se garder de confondre avec le théâtre harmonien. — Il en devait être ainsi, puisque la Civilisation n'est que le jeu subversif des choses. Comment la Civilisation, avec son

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morcellement iiuliistriel , pourrait -elle adapter le mode mesuré h l'industrie générale?

En Harmonie, l'emploi du mode mesuré est un fait qui dérive de l'essence même des conditions industrielles. Indépendamment des grands travaux extérieurs des armées industrielles de tout degré, la plupart des travaux intérieurs un peu considérables, comme les vendanges, les moissons, les fauches, les labours, les constructions, la direction des grands troupeaux, et cent autres opérations, s'exécutent journellement, dans le sein de la Phalange, par mouvemens de masses manœuvrant en mode mesuré. Le mode mesuré est le mode puissant, le mode industriel par excellence. 11 est donc du plus haut intérêt d'habituer les Harmoniensdès l'enfance à ce mode d'action, pour lequel l'homme a d'ailleurs un si grand attrait. L'Opéra, qui réunit, comme nous l'avons vu, tous les genres d'actions mesurées, est donc l'école naturelle et attrayante où l'enfant se façonnera de bonne heure à tous les exercices matériels du mode mesuré; c'est dans les Chœurs de l'Opéra qu'il acquerra la justesse de la voix et de l'oreille, la précision des mouvemens, l'obéissance passionnée dans les manœuvres d'ensemble, et par-dessus tout l'amour de l'Unité, dont l'Opéra harmonien lui présentera toujours l'image:

" L'Opéra harmonien, » dit Foiirier, « est une école de juoralc en image : c'est-la quon élève la jeunesse a Thorreur de tout ce qui blesse la vérité, la Justesse et l'unité. Aucune faveur ne peut excuser , a l'Opéra, celui qui est faux de la voix ou de la mesure , du geste ou du pas. L'enfant d'un prince , dans les figures et les choeurs , est obligé de souffrir la vérité, et les critiques motivées de la masse. C'est a l'Opéra qu'il apprend à se subordonner en tout mouvement aux convenances unitaires, aux accords généraux. L'Opéra est donc l'école matérielle d'unité, justice et vérité : il est, sous ces rapports, l'image de l'esprit divin, le vrai sentier de la morale.

» C'est non-seulement en tableaux , mais aussi en relations sociales que l'Opéra est sentier d'unité. Par exemple, en fait de langage, quelle honte pour les Civilisés, qu'avec leurs jactances de perfectibilité ils ne puissent pas se comprendre de voisins à voisins , ni régulariser le langage , pas même de province à province d'un même empire, vivant depuis mille ans sous les mêmes lois !

» C'est à l'habitude générale de la scène que les Harmonicns devront en grande partie l'unité de langage et même de prononciation réglée en congrès universel. Tout est lié dans le système des unités; le langage est le premier anneau de cette vaste chaîne : sa duplicité actuelle est le sceau de réprobation pour la sagesse philosophique. Ou donc prétend -elle établir l'unité , si elle ne peut pas même l'introduire dans la première des relations sociales, celle du langage , qui entraînerait toutes les autres unités matérielles , et par suite les spirituelles ?

» Nous reviendrons sur l'excellence de l'Opéra comme levier d'éducation et voie de lien amical entre tous les inégaux d'un canton. Avant d'insister sur ce sujet, il faut faire connaître plus amplement les Séries industrielles dont on relrouve l'emblème dans les Séries musicales et chorégraphiques. Aussi l'Opéra serat-il chéri des Harmonicns , à titre d'image du régime social qui fera leur bonheur. Chez nous , il n'est qu'un tableau sans intérêt, sans analogie : notre système social n'établissant que le règne de

toutes les duplicités politiques et morales, quel cliarrac peut nous offrir une image matérielle de toutes les unités , dont aucune , pas même celle de langage , ne nous est connue? »

Nous croirions faire injure au lecteur en nous considérant comme tenu de lui expliquer que l'Opéra harmonien est tout autre chose que l'Opéra civilisé. L'Opéra est la Série la plus générale , la plus complète du domaine des beauxarts; c'est une Série si large, que tous les individus de la Phalange y interviennent à quelques titres et pour quelques emplois, car les autres Séries artistiques viennent chacune aboutir à celle-ci , qui les met toutes en réquisition et en action composée-convergente : peintres, musiciens, chanteurs, chorégraphes, mécaniciens, architectes, poètes y agissent de concert. Aussi l'Opéra, tant par la vive attraction qu'il exerce sur la jeunesse, que par la réunion active de tous les beaux-arts qui s'y concentrent, devient-il VÉcole souveraine d'éclosion de tous les nobles instincts artistiques que Dieu a déposés avec profusion dans l'âme humaine.

D'ailleurs, et ceci ne doit pas être oublié, les spectacles de l'Opéra harmonien se combinent en tout point avec l'ensemble de la vie harmonienne ; car le théâtre des Phalanges n'est autre chose que la représentation des manifestations de la II. 35

grande activité humaine, concentrées dans leur essence la plus haute et la plus poétique.

Ces spectacles offrant l'expression brillante et mesurée du mouvement social, entraînent toutes les individualités dans l'œuvre de l'ensemble par la puissance des séductions qu'ils exercent sur la masse, et se coordonnent ainsi au îirand concert des actes industriels , au Ton unitaire dont ils donnent le diapason général en mode matériel (0. Voilà donc, employée au bien , régularisée pour le bien , cette puissance des grands spectacles sur les masses, puissance dont on ne peut nier l'énergie, et qui, dans noire société, n'est pas réprouvée sans bonnes raisons par la classe religieuse et par la classe des moralistes sévères, puisqu'elle n'entraîne guère aujourd'hui qu'aux dissipations, aux folles dépenses et souvent à la démoralisation. — D'ailleurs, c'est toujours ici le procédé harmonien, qui consiste, non pas à détruire les forces en haine des mauvais effets qu'on en a tirés jusqu'ici, mais bien à les diriger avec intelligence à de bons , à de beaux, à de nobles effets.

(i) Dans un autre ouvrage, qui sera consacre à l'étude el à ia descriplioD des hautes harmonies sociales et cosmogoniques, nous verrons que le cdlte donnera le diapason ge'néral du Ton unitaire en mode religieux et sfjiritueU

L'Opéra est la Série pivotale en ordre matériel, ou la réunion harmonique de tous les mouvemens mesurés de cet ordre. Nous avons dit en commençant ce chapitre, que l'Opéra harmonien, c'est-à-dire la grande école du mode mesuré, devait être une haute institution d'éducation ; ce paradoxe est déjà démontré : nous avons dit encore que l'opinion n'était peut-être pas fort éloignée aujourd'hui d'admettre ce que nous avions alors à démontrer; c'est ce qu'il nous reste à faire comprendre.

Ne sait-on pas, en effet, déjà, que c*est par l'emploi du mode mesuréj, que nous sommes parvenus à mouvoir nos armées régulières, des armées de deux cent et quatre cent mille hommes? Comparez nos pauvres conscrits, ces jeunes paysans gauches, lourds et sans tenue, qui arrivent au régiment en sabots, avec les soldats qui ont une ou deux années seulement d'uniforme, c'est-à-dire avec ces mêmes conscrits après les premiers temps de leur éducation militaire. Certes la différence est grande pour le maintien , la prestesse, le dégagement et l'habileté. Eh bien ! comment cette éducation aurait-elle pu être conduite sans l'emploi du mode mesuré? N'est-ce pas en mode mesuré qu'ils apprennent à manier le sabre , le fusil , le canon , à manœuvrer à pied

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OU à cheval? IN'est-ce pas aux sous mesurés des tambours, des clairons et des marches de la musique militaire placée en tele de chaque régiment, que les évolutions s'exécutent, que les pelotons et les bataillons accommodent leurs pas et leurs mouvemens ? Et les commandemens partis du colonel, transmis hiérarchiquement aux chefs-de-balaillon , aux capitaines, et simultanément exécutés sur toute la ligne, n'est-ce pas là aussi du mode mesuré mis en action ? Ainsi , l'on admet bien que l'emploi du mode mesuré^, pour l'éducation des troupes et pour la direction des mouvemens militaires, est la condition même de l'existence de nos grandes armées.

Voici maintenant un autre exemple qui rentre mieux dans la spécialité du sujet que nous traitons. C'est l'exemple des salles d'asyle. Les salles d'asyle sont déjà nombreuses à Paris, au la première a été fondée en 1828. Allez visiter une salle d'asyle, si vous ne connaissez pas encore ces bons et pieux établissemens; aucun spectacle à Paris ne vous donnera de meilleure et de plus douce émotion. Le but de la salle d'asyle est de recevoir pour la journée les enfans, en bas âge, du quartier environnant. L'établissement se compose d'une cour plantée d'arbres, munie d'un auvent spacieux. Quand il fait beau , les enfans

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jouent dans la cour au soleil ; ils se réunissent sous l'auvent quand il pleut. Dès sept heures du matin les mères ou les grandes sœurs amènent les petits enfans à l'Asyle, où ils restent jusqu'à sept heures du soir; on les reçoit depuis l'âge de vingt-deux mois jusqu'à six ans.

Or, vous verriez dans la cour trois cents petits enfans, pleins de gaieté et de gentillesse, jouant, sautant, dansant à la corde et se roulant sur le sable au soleil , — et pour ces trois cents enfans un seul surveillant ! J'ai vu dans la cour de la salle d'asyle de la rue St.-Hypolite, un petit jardinet tout éblouissant de fleurs, et au milieu des fleurs un cerisier nain, pas plus haut que les enfans de trois ou quatre ans, qui jouaient à côté; ce cerisier était couvert de belles cerises rouges, que chacun des enfans aurait pu cueillir en avançant la main. Eh bien ! aucune de ces jolies cerises n'était cueillie, aucune de ces jolies fleurs n'était touchée , toutes ces jolies tentations étaient respectées ! et notez , s'il vous plaît , que ces petits enfans sont bien libres, car souvent le directeur est à côté et reste des demi-heures entières sans paraître. — Mieux que cela! quand de nouveaux enfans arrivent à l'Asyle, sitôt qu'ils s'approchent du petit jardin, ce sont les autres qui leur apprennent qu'on ?i'y touche paSj et aucun

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n'y louche. Il n'y a jamais eu une gronderie a faire, une punition à infliger: pourtant la séduction est grande. C'est l'influence du Ton qui règne là, l'influence du Ton unitaire.

Mais voici ce qui est joli. Quand tous ces petits enfans sont às'amuser dans leur cour, où ils s'amusent tant, que la moitié au moins ^ nous disait le bon directeur, oublieraient de manger et laisseraient, sans y toucher, leurs petits paniers pleins de nourriture , si l'on n'y prenait garde; quand ils s'amusent tant, disais-je, voici que le maître

donne un coup de sifflet à ce coup de sifflet,

petites filles et petits garçons quittent subitement le jeu et viennent se mettre en file, chacun à son rang: trois cents enfans, et des poupons de vingtdeux mois ! et tout fait silence ! — " Attention , mes enfans! » dit te maître; et au second coup de sifflet tous croisent les mains derrière le dos. Au troisième coup de sifflet, le maître battant la mesure avec un livre en bois, les deux régimens de petites filles et de petits garçons se mettent à marcher en marquant le pas et en chantant sur l'air de Malborough :

Nous nous mettons en marche , Mironton , ton , ton , rairontaine ; Nous nous mettons en marche Pour aller travailler ; Car il faut s'occuper Pour ne pas s'ennuyer, Pour ne pas s'ennuyer.

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Et les voilà marchant en mesure sur deux files, toujours chantant en mesure, et chantant, sur un air d'abord, puis sur un second, puis sur un troisième, tous les mouvemens qu'ils font, toutes les évolutions qu'ils exécutent pour aller, en bon ordre , prendre les places accoutumées sur les bancs de la salle. — Le maître donne-t-il un coup de sifflet , tout s'arrête , marche et chant. C'est un silence parfait , vous entendriez une mouche voler. — Quand la mesure reprend, la marche et le chant reprennent. C'est merveilleux.

Je ne décrirai pas la série des petits exercices de lecture, de numération, de mouvemens, qu'on leur fait exécuter pendant deux heures que dure la séance , et qu'ils exécutent tantôt en chantant, tantôt sans chanter, mais toujours régulièrement,, toujours simultanément, toujours en mesure. Cela serait trop long à dire; allez voir la salle d'asyle de la rue St. -Hypolite ; c'est la plus intéressante, parce que c'est la plus nombreuse. Allez la voir, et vous ne regretterez pas votre course, et vous comprendrez ce que l'on peut, sur des masses aussi jeunes, avec le chant, avec le pas régulier, avec le mouvement cadencé, avec un emploi , encore si faible et si confus cependant du mode mesuré !

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A côte de la cour et de la salle des tout petits, il y a la cour et les salles d'école mutuelle pour les grands. Trois cents garçons dans l'école mutuelle des garçons, trois cents filles dans l'école mutuelle des filles, apprennent à lire, à écrire, à dessiner, font de l'arithmétique, de la géométrie et du solfège, sous la direction d'un seul maître et d'une seule maîtresse ! ! Voilà donc , grâce à l'imitation, grâce au mutualisme, grâce à l'entraînement progressif ascendant, et grâce surtout à un emploi encore fort restreint du mode mesuré, six cents enfans et plus, tenus, gouvernés, instruits sous la direction seulement de trois grandes personnes !

Je dis six cents et plus, car il y a eu quelquefois Jusqu'à onze cents enfans présens dans l'établissement de la rue St.-Hypolite. En vérité , il n'est pas permis de fermer les yeux à de pareilles révélations. Représentez-vous seulement ces onze cents enfans passant, isolément chacun, la journée dans leurs familles, et calculez ce qu'ils feront de sottises; que d'ennuis et de désolations ils coûteront à leurs pareus; ce qu'ils pousseront de cris, ce qu'ils verseront de larmes ! Aussi le maître de la salle d'asyle vous le dira-t-il , comme il me l'a dit et comme je le savais d'avance :

« Il EST BIEN PLUS FACILE d'eN TENIR ET d'eN ÉLEVER

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» TROIS OU QUATRE CENTS, QUE DEN TENIR ET DEN » ÉLEVER TROIS OU QUATRE. »

Et qu'est-ce encore, bon Dieu ! que la puissance des moyens de nos pauvres salles d'asyle, à côté de la puissance immense , de la richesse exubérante, de la fécondité inouïe des moyens d'éducation delà moindre Phalange? Voilà que cependant, déjà, pour les petits enfans des riches, on commence à fonder des salles à l'imitation de celles qui n'ont été fondées qu'en 1828 pour les enfans des pauvres ! — Allez visiter une salle d'asyle, et si vous avez seulement jeté les yeux sur la théorie de l'éducation phalanstérienne, vous en reviendrez Phalanstérien.

Nous ne pouvons plus craindre d'être arrêtés par aucun homme intelligent et sensé, en prenant nos conclusions et en résumant ainsi ce que nous avons établi sur l'Opéra des Phalanges.

L'Opéra est l'Ecole des harmonies du mode mesuré j c'est-à-dire du mode dont l'emploi est le plus fécond, le plus puissant, le plus magnifique dans le domaine de la grande Industrie phalanstérienne.

L'Opéra est l'Ecole d'éclosion des vocations artistiques et la cause incessante du perfectionne-

ment des beaux-arts, qui viennent y concentrer leurs rayons.

L'Opéra est l'Ecole des mœurs actives d' Harmonie, par l'influence qu'exercent sur les masses de spectateurs ou d'acteurs, la magie de ses grands spectacles, qui représentent ces mœurs dans leur essence la plus haute et la plus poétique, et qui gloriGent les grands hommes et les corporations dans leurs œuvres les plus utiles au service de l'humanité.

L'Opéra est l'Ecole de la subordination passionnée de l'enfance et de la jeunesse, dans le chant, les évolutions, les manœuvres, et dans tous les mouvemens mesurés de la vie sociale industrielle, par le charme que possède l'action des accords d'ensemble de la masse, toute-puissante sur l'individu qui en fait partie. A l'Opéra, l'enfant et l'adolescent se façonnent donc à intervenir harmoniquement dans tous les grands accords.

Enfin, l'Opéra est le Diapason qui, depuis les Phalanges et les villes de différens degrés, jusqu'à la Capitale du Globe, donne sur toute la terre, dans les beaux arts, et par suite dans toutes les branches de l'activité humaine, le Ton d' Utiitc .. le Ton d'Harmonie.

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A tous ces titres, on voit bien que le Théâtre, et spécialement l'Opéra harmonien , n'est pas une institution propre seulement à répandre le plaisir sur le monde et à distribuer largement, à tous, les jouissances des beaux-arts, dont les masses misérables et incultes sont aujourd'hui totalement privées; il est propre encore à policer ces masses, à créer les artistes, à féconder les germes des plus belles et des plus nobles facultés humaines, à diriger ces facultés sur les plus grandes choses, à en combiner les puissances en les portant à leur plus haute, à leur plus brillante énergie : l'Opéra harmonien est donc I'Ecole pivotale de l'Unité en mode matériel.

Mais toi, Seigneur, par qui tout s'enchaîne et ee classe; Qui dus marquer à tout son lot , sa fin , sa place ; L'ordre est ta gloire, à toi, comme tous dons parfaits; Qui donc impunément dérangea ton ouvrage ?

Quel pouvoir malfaisant t'outrage

En paralysant tes bienfaits ?

Madame Ahiblb Tistc.

Nous avons vu que, la nature humaine apportant toutes les facultés sociales en germe et en puissance , le problème consistait à créer le milieu favorable à la pleine éclosion, au développement harmonique et libre de ces facultés natives qui émanent de Dieu même, foyer de tout

attrait, de toute activité. Les études que nous venons de faire sur l'ordonnance de certaines branches spéciales de l'activité humaine dans la Phalange, nous ont suffisamment avancés dans la connaissance de ce milieu convenant à la nature de l'homme^ pour que le lecteur, s'en représentant la réalisation, se puisse avec facilité rendre compte du développement heureux, du jeu souple, multiple et spontané de ces facultés, et des efifets merveilleux de leur expansion convergente.

A la clarté de ce Génie divin qui s'est levé sur les vieilles ténèbres de la subversion; qui, du haut de notre époque dont il est sorti, et planant au-dessus de nos têtes, comme le Soleil au zénith, verse à flots abondants la lumière sur l'avenir et sur le passé, nous avons reconnu notre Royaume de la Terre : la nature de notre âme nous apparaît dans sa splendeur originelle, et nous retrouvons le sens perdu de sa parenté primitive avec Dieu. Hélas ! combien notre intelligence avait outragé notre Ame et calomnié Dieu ! que l'esprit de vertige et d'erreur s'était longtemps emparé de notre raison pendant qu'elle contemplait VAme humaine dans les déformations passagères subies au milieu des hontes et des douleurs de la subversion sociale ! Cette intelligence aveuglée, passant étourdiment, sans l'aper-

cevoir, à côté de l'un des deux termes du rapport, demandait compte à la nature humaine du mal qu'engendrait seule la fatalité des choses ambiantes, l'organisation sociale délétère qui altérait et corrompait jusque dans ses sources vives, cette nature noble et divine ! C était à l'essence même de l'organisme que notre intelligence faussée rapportait le mal, au lieu de le rapporter au milieu qui vicie et qui pervertit cet organisme admirable ! C'était contre cet organisme, chefd'œuvre delà divinité, que l'intelligence en aberration faisait effort par la contrainte physique, morale, religieuse , par toute répression et toute compression, depuis le pinsum et la férule, jusqu'à la damnation et à la guillotine, pour accommoder la nature humaine à une forme sociale qui la blesse, qui la meurtrit, qui la torture, pour l'acclimater dans une atmosphère qui l'empoisonne ou l'abâtardit

En enlevant un coin du voile qui nous a caché si longtemps notre DESTINÉE SOCIALE, en déployant aux yeux de l'intelligence quelques tableaux de ce monde de magnificence, de bonheur et de gloire , au sein duquel l'Homme , Roi de la Terre , est appelé à communier en Dieu dans l'harmonie des Mondes et des Univers, nous avons réhabilité la nature humaine longtemps

méconnue ; nous avons coupé par la racine cet arbre du désespoir et de l'impiété, qui étendait depuis si longtemps ses tristes rameaux dépouillés sur notre Terre, qui secouait sur cette Terre désolée ses fruits remplis de cendres amères, et nourrissait de tristesses, de douleurs et de déceptions les Peuples abusés. Nous avons montré comment un homme, un Génie qui sera à jamais sur notre planète la pins puissante et la plus féconde incarnation du génie de l'humanité, comment FOURIER a fait la découverte de l'Ame humaine et du Monde social, comment il a entrepris de venger Dieu , en dissipant les erreurs et les impiétés accumulées jusqu'à nous, d'âge en âge, en instituant enfin sur la terre le glorieux Sacrement de la Liberté et le Saint Sacrement du Bonheur.

C'est un premier degré d'initiation que nous avons voulu donner ici aux hommes d'intelligence et de bonne volonté. Encore quelques pages, et cette première tâche sera terminée ; et ceux qui nous auront suivis avec bonne foi, ceux dont nous aurons eu puissance d'ouvrir les yeux à la belle lumière , ceux que nous aurons conduits au parvis du temple élevé par Fourier, pourront entrer plus avant et pénétrer avec facilité, d'euxmêmes, dans le sanctuaire.

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