LES ÉLÈVES
Pour revenir à mon propos, il n'y a rien tel que d'allécher Tappélit et rafleclion , autrement on ne fait que des asnes chargez de iWres : on leur donne à coups de fouet en garde leur pochette pleine de science. Inquelle pour bien faire., il ne faut pas seulement loger chez soy, il la faut espouser. Montaigne.
Ce système de corporîsation a pour effet de développer dan? l'âme de Tenfant une émulation sous l'empire de laquelle le travail et l'étude ne sont plus qu'un jouet pour lui. A, Paget.
Pour que l'enseignement soit harmonique par rapport aux Enseignés, il faut d'abord que ceuxci y prennent plaisir, l'acceptent avec joie, s'y donnent avec passion. Or, ce beau résultat exige deux conditions : i°. que V instruction soit sollicitée par l'élève, et non imposée à l'élève; 2°. que le maître soit c/^ert de l'élève, et non repoussé par lui.
Il est incontestable, d'après ce que nous avons vu , que ces conditions sont pleinement satisfaites dans le régime harmonien. Dans les Groupes dont ils suivent les drapeaux, les enfans et
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les jeunes gens acquièrent des notions scientifiques déjà fort avancées, par les conversations instructives et animées de ceux quiles y précèdent, par la fréquentation continuelle et très-variée d'amis, de collègues, de supérieurs compétens, et par l'action, par la pratique elle-même, qui est le meilleur professeur et surtout le meilleur initiateur du monde.
Plus ils apprennent dans les choses qui vont à leurs vocations, plus ils veulent apprendre et savoir. Ces désirs de connaissances, éveillés dans les travaux intelligens et passionnés des Groupes, excités par l'exemple, par l'émulation, par les conversations de chaque jour et de chaque heure ; surexcités par les ardentes rivalités des Séries, par la magique puissance de l'entraînement progressif ascendant, n'accordent ni trêve ni repos à ces jeunes ambitions. Les trophées de iîos Miltiade ne laissent pas dormir nos Thémistocle. Il faut apprendre ce qu'ont appris déjà les camarades ! il faut savoir ce que savent les rivaux, les autres Groupes, les Cohortes de la Phalange et des Phalanges voisines ! il faut conquérir ces connaissances qui font tant de supériorité à ceux qui les possèdent ! Ce ne sont plus des théories abstraites, creuses, répugnantes, dont l'enfant ne comprend pas l'utilité, pour lesquelles il ne II. 56
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sent pas en soi de désir, qui ne vont ni à ses goûts, ni à son intelligence, qui ne se rattachent à rien de ce qu'il fait et de ce qu'il aime ! Les théories, maintenant, se présentent à l'élève, familiarisé avec les choses dont elles s'occupent, fortement intrigué sur leurs différens objets, commedesleviersdont il vase servir pour augmenter ses moyens et ses forces; comme des secours puissans dont la bienfaisance est par lui comprise ; qui agrandiront la sphère de son activité, et mettront, en étendant encore leur cercle et leur portée, de l'ordre dans ses idées acquises. Il veut perfectionner ce qu'il sait, il veut connaître mieux, il veut apprendre mieux, mieux savoir, apprendre et savoir encore ! L'instruction est donc vivement désirée, avidement demandée par tous les élèves, sollicitée avec passion dans tous les rangs.
Leurs maîtres, d'ailleurs, ne sont plus de pauvres cuistres qui se sont faits régens par nécessité dure, sans goût, sans vocation, sans amour pour la science et pour l'enseignement,
sans affection pour les enfans Ce ne sont plus
des pédans chagrins et moroses, au front sévère, à la mine refrognée, au nez bourré de tabac, armés de férules et de pensums; tenant classe pour en vivre maigrement et faire végéter leur
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pauvre famille; toujours grondant, toujours commandant, toujours punissant, enseignant le plus souvent ce qu'ils ne savent pas; embourbés dans d'inintelligentes routines et y embourbant avec eux les malheureux soumis à leur domination despotique et obtuse ! 0 le vilain monde que nous avons (en général) , dans le bas enseignement surtout, pour allécher nos enfans aux études ! les aimables et gracieux initiateurs pour nos enfans ! — Et c'est à ces pauvres malheureux enfans que l'on s'en prend dos invincibles répugnances qui leur viennent là, tout ensemble, et des absurdes systèmes d'instruction par lesquels on les torture, et de ce délesté personnel de magisters ignares, stupides et brutaux? de maîtresses d'école radoteuses, rechignées et acariâtres? de vieux cuistres colériques, mâles et femelles, que la joie irrite et qui punissent le sourire? enfin de toute cette kyrielle rogue des pédagogues en us et enogue, qui les désolent et les martyrisent sous prétexte d'instruction! —
Dieu merci ! mes beaux enfans, la baguette d'or de la Fée d'Harmonie vient de faire disparaître cette triste cohue pédagogique, ces créatures intra ou eaj^ra-universitaires. Vous voilà délivrés
de ces figures et maintenant que vous sentez
le besoin de l'instruction, que vous sollicitez les
leçons de la science, que vous brûlez de savoir; maintenant, beaux enfans misérablement opprimés jusqu'ici, pauvres jeunes ESCLAVES à qui n'ont jamais songé les grands pourfendeurs politiques du despotisme, les burlesques et farouches champions de la liberté et des droits de l'homme; jeunes générations émancipées, voici, pour vous aussi, l'ère de la liberté! Les DROITS DE L'ENFAINT sont reconnus et sacramentelle-
ment respectés dans les Phalanges Enfans,
suivez vos vocations, allez à vos affections saintes et CHOISISSEZ vos guides, choisissez librement vos professeurs et vos maîtres.
Vos maîtres, ce seront maintenant d'abord vos jeunes amis et vos jeunes amies des Groupes, dont vous reconnaissez passionnément la supériorité d'habileté et de connaissances : ce seront ensuite les personnes de tout âge auxquelles vous êtes affectionnés; de gracieuses dames, aussi bonnes que savantes, et pleines pour vous de sollicitude et de tendresse: ce seront encore les Patriarches de la Phalange, qui voient renaître en vous leur jeunesse d'autrefois, leurs goûts industriels et scientifiques, et qui vous lèguent sur leurs vieux jours les trésors des connaissances amassées dans de longues vies remplies de grands travaux et de fécondes études. Tous les âges supérieurs ten-
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dont la main à l'enfance et à la jeunesse , et aident à l'envi les générations qui arrivent, à monter les degrés du savoir humain, à entrer dans la noble carrière des sciences, des arts, du développement intégral de l'intelligence. Enfans et jeunes gens! choisissez donc les études cjui vous sourient dans l'ensemble des connaissances humaines! et, dans ces intelligentes et habiles cohortes qui vous aiment, choisissez aussi vos instituteurs et vos maîtres ; — car maintenant vous êtes LIBRES !
§• II