LK CORPS ENSEIGNANT
Celui qui veut professer et qui a pour lui le talent, la confiance ., n*a pas besoin de meudier la protection d'uue soubrette de la maîtresse d'un chambellan qui peut parler nu roi , et faire obtenir lu préférence. Ni le roi, ni les femmes de chambre ne donneront ces sortes de places. Fotjbibh.
Quelles belles et nobles fonctions que celles du Corps enseignant en Harmonie ! Le corps enseignant, dans les Phalanges, est une continuation, un développement supérieur de la maternité et de la paternité. Les pères et les mères ont donné la vie matérielle; le corps enseignant donne la vie de l'esprit, le développement de l'intelligence et des facultés qui constituent l'homme dans sa dignité , qui posent sur son front la couronne
royale, le signe glorieux de sa domination sur }e monde et de sa parenté avec Dieu, l'auréole de la Science. — Les Institutrices et les Instituteurs sont les mères et les pères spirituels des générations humaines.
" Comment se fait-il donc que les instituteurs tiennent le dernier rang dans la civilisation perfectibilisc'e ; qu'un agioteur , un être malfaisant, ait des revenus de prince, et que le rôle d'instituteur soit partout un métier de forçat, de mercenaire subalterne? Dans nos grandes villes comme Lyon , Bordeaux , les professeurs ont à peine de quoi frayer avec les vendeurs d'allumettes. Qu'il est plaisant de les entendre vanter leur civilisation perfectible , nier que l'on puisse découvrir d'autre société' que celle qui re'duit les savansa la besace. » T. do VA., t. 2, p. 336.
Rien n'est maigre et piteux, en eflet, comme le sort de nos régens, professeurs et autres officiers de l'université. A part ce qui concerne un petit nombre d'entre eux, privilégiés quelquefois par des talens très-remarquables , le plus souvent par la faveur et l'intrigue, qui exercent à Paris ou dans les premiers postes des provinces, c'est quelque chose de révoltant que l'exiguité du traitement de ces malheureux régens. Il y a là bien des hommes honorables, laborieux et méritans ; car ce ne sont pas eux, après tout, qui font l'absurde et l'odieux de nos systèmes d'éducation, ni qui en sont les causes responsables ; ils en pâlissent les premiers : leur tâche
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est des plus dures, des plus monotones et des plus pénibles. (On ne peut pas être impunément l'instrument de l'oppression, des douleurs et de l'abâtardissement des générations naissantes. )
Ces pauvres gens sont d'ailleurs le plus souvent chargés de famille ; et comme leur métier est si ingrat qu'il n'est couru que par des nécessiteux, on voit, dans toutes les villes de second et de troisième ordre, en France, ces malheureux prêtres de la littérature et de la science, réduits à des émolumens fort inférieurs à ceux des rats de cave de l'endroit, condamnés à vivoter dans la plus étroite lésine, à se tout refuser, à regarder beaucoup pour dépenser une pièce de six liards. La grande majorité du corps universitaire en France joint à peine les deux bouts de l'an, et reste accrochée, la vie durant, à la queue du diable. Ils vantent à leurs élèves Yaurea mediocritasj (un peu, il est vrai, comme le bouc faisait fi ! des raisins trop verts ;) mais encore, Yaurea mediocritas du poëte épicurien de Tibur, n'est-elle pas cette misère qui sort si piteusement par les coudes percés des infortunés qui traduisent ses vers et les commentent à nos enfans dans les collèges.
Ajoutez à cela qu'ils n'ont aucune garantie.
qu'ils sont livrés sans merci à tous les caprices du ministère , à toutes les intrigues des bureaux. Il n'y a pas de loi dans l'université , ou plutôt il y en a mille dont le chaos permet aux bureaux de mener tout le personnel comme de la valetaille. Le département de l'instruction publique est, sans contredit, celui de tous les départemens ministériels où l'arbitraire est le plus complet; c'est bien autre chose que dans l'armée; et il serait peut-être impossible qu'il en fût autrement. Joignez à cela qu'il n'y a pas d'esprit de corps dans le personnel universitaire , pas de dignité et de résistance corporative. Chacun de ces malheureux professeurs et régens est , individuellement, soumis aux intrigues, aux dénonciations calomnieuses , à mille petites haines extérieures et intérieures. Tout collège est un misérable théâtre de jalousies, de délations, de viles adulations et de tripotages perpétuels. Un recteur d'académie , un proviseur, le principal d'un collège communal lui-même, sont autant de pachas au petit pied , soumis à la verge ministérielle, et s'en vengeant bien sur leurs inférieurs! Qui a vu clair dans ces régions universitaires, sait fort bien que c'est un vrai cloaque de sottise, de pédanterie, d'intrigues et de bassesses , oii les gens honorables sont presque toujours abreuvés de fiel et de vinaigre.
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Voilà pour nos instituteurs ofliciols, brevetés et payés par l'Etat. Il faut encore coîloquer ici l'immense catégorie des pauvres curés de campagne, « qui travaillent plus ou moins à former des élèves, les catéchiser en religion, les initier aux élémens des sciences, » et qui sont de beaucoup trop rognés, et mal nantis pour représenter convenablement sur la terre le Dieu splendide qui règne au sein de la magnificence et de l'harmonie des mondes. — Viennent enfin les magisterSj dont chacun est bien le savant du village, mais qui n'en est pas moins souvent le plus misérable, le plus écourté, le plus piteux habitant.
Voilà au complet notre cojys enseignant civil et religieux! ôtez-en le ministre de l'instruction publique, les dignitaires qui l'avoisinent, les évêques et quelques officiers universitaires des grandes villes, recteurs ou autres, et voyez ce qui reste.... la misère enrégimentée.
Dans ces tristes conditions, la dignité humaine ne peut pas tenir. Aussi , à côté de quelques caractères nobles et forts, qui savent résister et porter leur sort avec une fierté stoïque et sévère , est-il dans cette cohue de régens, de maîtres d'école , de maîtres de pension et
d'instituteurs civilisés, une quantité de valetaille aussi souple quand elle devrait être indépendante et digne, qu'elle est dure et despote là où elle devrait être bienveillante et souple.... avec les enfans. La flexibilité de l'épine dorsale, la sotte et gauche obséquiosité du pédagogue , et sa platitude infinie, sont en effet proverbiales partout où vit cette espèce minable, qui devient servile en tyrannisant la faiblesse, et qui fait d'indignes passe-droits en faveur des enfans riches, pour être quelquefois admise, moyennant force mensonges adulateurs sur la gentillesse et les aptitudes des rejetons, à piquer l'assiette chez les parens, au bas bout de la table.
Ah ! certes, cette position subalterne, ce sort misérable et ces mœurs sans dignité ne sont pas la position, le sort et les mœurs du corps enseignant en Harmonie ! Tout cela s'enrichit, se relève et s'anoblit! En Harmonie, le corps enseignant, industriel, scientifique, littéraire, artistique, civil ou sacerdotal, est amplement doté ; on s'accorde à l'environner de la considération et des honneurs que ses importantes et nobles fonctions méritent; d'autant mieux que chacun peut s'y affilier pour telle ou telle branche de sa compétence spéciale où il a conquis une juste réputation. «Chacun, » ditFourier, «exerçant dans
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une quarantaine de Séries, parvient avec le temps à la perfection Ihéoriquc ou pratique dans quelqu'une; dès-lors il est fonctionnaire enseignant, sans avoir besoin de commission ministérielle ni de protection en cour. 11 suffit qu'un individu, homme ou femme, soit jugé apte à donner l'instruction, pour qu'elle lui soit demandée. Le professorat théorique ou pratique n'est jamais concédé que par l'opinion ; les dividendes affectés à l'instruction sont rétribués par degrés à ceux qui ont notoirement donné le plus de soin et de lustre aux leçons et à l'instruction des élèves.... « L'instruction est organisée comme chez les Grecs, où tout sophiste était libre d'ouvrir une école, et n'avait d'élèves que ceux que la confiance lui amenait. » Il est sans doute inutile de remarquer que cette liberté ne comporte pas le moindre danger au milieu des contre-poids de toutes sortes et au sein de l'ordre parfait du régime harmonien.
Donc chacun pouvant parvenir au corps enseignant, chacun comprenant la haute importance de ses fonctions pour la société entière et pour les siens, chacun se trouve porté à donner le plus grand lustre à ce corps; c'est à l'unanimité qu'il est élevé aux honneurs suprêmes. Au reste, l'enseignement libre de l'Harmonie est
orsanisé et hiérarchisé comme tous les autres services, comme toutes les autres grandes Séries. « Ainsi, l'instituteur aujourd'hui destitué de ses ingrates fonctions, soit par défaut de protection, soit par contre-coup des querelles de parti , obligé d'être, en Civilisation, le plus rampant et le plus misérable des hommes, prendra place parmi les dignitaires les plus honorés et les plus indépendans : il en sera de même des curés et vicaires. Un curé, dit Fourier, jouira des honneurs et avantages de Magnat dans la Phalange; un simple vicaire pourra mener le train d'un évêque d'aujourd'hui.
L'enseignement jouissant de tous les avantages généraux du procédé sériaire, les maîtres ne sont pas imposés aux élèves, ni les élèves aux maîtres. Les Groupes se forment, ici comme ailleurs, par concours d'afifections et de convenances mutuelles, par affinités scientifiques et par sympathies caractérielles.
On ne doit pas avoir de peine à comprendre, après cet aperçu , que le concert affectueux des maîtres et des élèves se réalise pleinement en Harmonie; — tandis qu'écoliers et professeurs ne réalisent d'autre concert, en Civilisation, qu'un concert de punitions, d'insolences, de mépris,, de colères, de révoltes et de haines —
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§. ni.