EFFETS DU JEU DES RESSORTS D ECLOSION
L'auiorile d'allraclion , ce pouvoir magique et lres-inconnu , qui doit charmer l'erjfanl rebelle , n'est autre que sa prevention , son engouement pour les cbceurs et sous-chceurs un peu superieurs en age, scs aines de 6 naois , d'un au , a peine 2 ans. lis sont fobjet do ron admiration , la classe a qui il ambitionne de s'allier et dor.t il suit passionnement , bumblement , toutes les impulsions. Voila quel est son maitre adoptif; voila cet inslituttur naturel ou attrayant, a la recherche duquel se sont vainement epuiscs les cerveaux philosophiques. Cu. Fourier.
AUons dans les jardins ; suis tes compagnes blondes, Enfant!.... Anais Segalas.
Ignorant d'un vain joug la science profonde , Tu ne te courbes pas devant les lois du monde , Le bonheur est ta seule loi.
Anais SiGALAS.
Je desirerois que de belle arrivee, selon la portee de Tame qu'il a en main, il eommeuoast a la niettre sur la montre , luy faisant gouster les choses , les choisir et discerner d'ellemesme. Quelquefois luy ouurant le chemin , quelquefois le luy laissant ouurir.
MoNTAIGXE.
Le celebre Vaucanson etait d'abord un petit garcon qui dechirait son rudiment et ne faisait pas grand'-chose avec sa grammaire. On raconte qu'un jour sa mere le mena avec elle chez son directeur de conscience, et qu'ayant, il faut le croire , quelques peches a dire et quelque instruction devote a recevoir , elle laissa, trois
heures durant , l'enfant attendee seul dans 1'antichambre. Vaucanson s'ennuyait. II y avait la une horloge. L'enfant regarda quelque temps le balancier qui battait les secondes. Puis, comme la mere ne venait pas, et qu'il s'ennuyait toujours, le mecanisme de l'horloge I'intrigua : il examina de plus pres ; et bientot, — les enfans sont si sots ! — il arreta le pendule, le remit en mouvement, puis le decrocha. Un quart-d'heure apres, il avait devisse et revisse avec son couteau deux autres pieces. Bref, quand la mere, bien confessed , el M. le cure , arriverent, on trouva mon Vaucanson en train de remonter l'horloge qu'il avait demontee de toutes pieces. La mere, pour s'excuser aupres du bon cure, qui ne trouvait pas le mal si grand , monta une morale a son fils, comme bien on pense. Mais Vaucanson avait pris gout aux horloges , et malgre la morale, notre demon trouva moyen , a peu de jours de la , d'en inspecter une autre. Finalement, il en fit une; et comme le succes legitime lout dans le monde, meme les sottises des enfans , on cessa de le gronder pour s'emerveiller de son adresse et de son intelligence. G'est comme cela qu'on le laissa devenir le premier mecanicien du monde.
Si Vaucanson n'eut perdu patience a attendre sa mere dans une piece ou une horloge battait les
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secondes ; s'il edt suivi, comme tout le monde , la carriere que le hasard des circonstances sociales et ses parens lui auraient faite , il eut ete sans doute un tout aussi pauvre sujet que beaucoup d'autres.
L'exemple de Vaucanson est eclatant , parce que Vaucanson est celebre ; mais la vie commune en fournit chaque jour d'analogues ; ab uno disce omnes. — Nous tirons de la ce principe, que pour eveiller les vocations, il faut mettre l'enfant en presence de leur objet, Yaucanson face a face avec son horloge.
Fourier se plait a citer un exemple fort remarquable aussi d'eclosion de vocation. Tous les journaux de la capitale l'ont cite il y a quelques annees, bien entendu sans en tirer aucune consequence. Yoici le fait en deux mots. — Un pauvre garcon charretier de 19 ans, qui gagnait 20 sous par jour a conduire sa charrette , est appele a l'usine de MM. Manby et Wilson, a Charenton , pour transporter des scories. La vue de ces beaux ateliers l'emeut el le passionne. II demande a etre attache a l'usine; et , a quelques mois de la, le voila tellement habile, qu'il remplace un excellent fondeur paye 20 francs par jour. Cethonnne valait a peine 20 sous a la tete de sa charrette ;
par suite du developpement de sa vocation , il arrive a valoir 20 francs.
Ainsi , a n'envisager meme que le cote de 1'interet, on le voit , il est de la plus haute importance pour l'Association phalansterienne de developper les vocations, c'est-a-dire la valeur productive de tous ses enfans. La Phalange fera done, ne fut-ce que par esprit de speculation, toutes les dispositions favorables a Yeclosion des vocations. Ce ne sera plus par 1'effet d'un hasard que Yaucanson et le charretier seront mis en face, l'un a dix ou douze ans, l'autre a dix-neuf , des circonstances industrielles capablesd'eveiller leurs facultcs particulieres. Des le has age, les enfans de la Phalange sont promenes au milieu des travaux, des ateliers de toute nature; ils sont places journellement face a face, ct plutot mille fois qu'une , avec les choses homologues a leurs predispositions naturelles ; et, loin detouffer les vocations dans leur germe , toutes les circonstances varices de 1'activite ambiante, les sollicitent continuellement, les excitent et les appellent sans cesse.
Le Furetage conduit les enfans vers les differens objets de 1'activite generale, dans les jardins, dans les ateliers, vers les Groupes de leurs com-
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pagnons plus ages, qui deja sont ardens a leurs petits travaux. Le Fracas industriel les egaie et les passionne ; Paspect des pelits oulils adroitemcnt manies par leurs camarades , tout fiers de lenr jeune habilete, les stimule et les charme ; Pentrain joyeuxetbruyantdecesateliersenfantins les transporte. Les voila tout en oauvre pour faire ce qu'ils voient faire aux autres, tout desireux d'etre admis dans ces Groupes ou Pon a le privilege de tenir ces petits sarcloirs, ces legers marteaux de bois, d'alteler et conduire ces pelits chariots, de manier ces mille jolis instrumens, de culliver ces fleurettes, de jouir enfin de Pattirail progressif de Yihdustrie miniature, si charinant aux yeux de Penfance ! Les jardins, les volieres, les basses-cours, les petites etables, les cuisines, les ateliers sans nombre et les Groupes joyeux les appellent a Penvi. Mais pour etre adniis dans les rangs, il faut prouver son savoirfaire, il faut se mettre en etat d'etre agree par les Groupes et les Choeurs ou Pon ambitionne d'entrer, et qui, jaloux de leur reputation corporative, ne recoivent que des sujets capables de la soutenir. On sait que les enfants sont bons juges et juges rigoureux des degres de merite de chacun d'entre eux, en toute branche a laquelle ilss'adonnent: aussi verriez-vous les jeunescandidats ardents a solliciter et a suivre les conseils et