‹ Destinée sociale (volume 3)Chapitre 107 sur 116 · CHAPITRE SEPT1EME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPT1EME

Qrtiucation Ijarmoniqu?. — ^roisthncs frroflapp cm ens.

EDUCATION ACTIVE. APPLICATION ; PLEINE ENTREE DE L'ENFANT DANS LA VIE SOCIALE-INDUSTRIELLE.

L'enfant une fois initio a dix brandies d'industrie , le sera bientot a cent , et connaitra a l'age de 15 ans presque toutes les cultures , fabriques , sciences et arts dont s'occupent la Phalange et les Phalanges voisines. Cn. Fourier.

Fascbeuse suHisance qu'une suffisance pure livresque !.. Je voudrois que le Paluel ou Pompee , ces beau: danseurs de mon temps, appriosent des caprioles ; les voir seulcment faire , sans nous bouger de no! places, comme ceuxcy veulent instruire nostre cnten dement, sans I'esbranler ; ou qu'on nous appriut a manier un cbeval ou une pique, ou un lutb , ou la voix, sans nous y exercer. Montaigne.

Ce u'est pas as3ez de lui roidir lame , il luy faut auss roidir les muscles : elle est trop pressee si pile n'est 6econdee : et a trop a faire . de scule fournir a deux offices. Montaigne.

TRAVAIL SERIAIRE DE REGNE ANIMAL , OU EDUCATION HARMONIQUE DES ANIMAUX.

Il sera demontre tout a l'heure que 1'opera, modele de toutes les actions mesurees convergentes, Serie type en unite materielle, exerce la plus haute et la plus heureuse influence dans l'education harmonienne. Ce resultat, quelque

bizarre que des Civilises purs le puissent Irouver a lenonce, doit etre concu par des lecteurs inlelligens, initios fort avant deja dans les choses de l'Harmonie. Admettons-le provisoirement , afin de pouvoir lire un chapitre posterieur a celui ou Fourier l'a demon tre dans son Traite.

" Les travaux de regne animal confie's aux Series d'enfans e'tant tres-nombreux , je ne ni'arrete pas a les de'crire en detail ; \\ est clair que l'enfant de 6 ans s'occupera plutut des pigeons et des volieres que des chevaux et des boeufs. Bornons-nous a examiner quelqu'un des emplois oil l'enfance liarmonienne ope'rera des prodiges qu'on n'oserait pas menie exiger des peres civilises. Je choisis l'e'diication mesnre'edes aniraaux.

» C'est un travail que 1' Association fait ge'rer en giande parlie par les enfans dc 5 a 9 ans, qui, anjourd'hui, ne savent qu'effaroucher et vicier les animaux. II regue dans cette branche d'industrie une telle impe'ritie, que la Civilisation ne sait pas meme clever le cbien , qui doit etre le conducteur des quadnipedes et volatiles. Comment saurait-elle faire leur e'ducation , quand elle a manque celle de leur cbef ?

» Une ve'rite bien inconnue jusqu'a present, c'est que les animaux domcstiquessont des etres possibles d'Harmonie mesure'e, et que leur e'ducation ne peutdevenir profitable a l'liomrae qu'autant qu'ils seront eleve's selon cette me'thode. C'est ici un probleme d'enricbissement colossal ; il est bien digne de fixer l'attention d'un siecle qui , plus que jamais , jugc tout au poids de Tor.

» II s'agitde prouver que les animaux eleve's en Harmonic mesure'e, nous rendront le double de ce qu'ils nous rendent anjourd'hui , a e'galite de nombre , et que cette e'ducation ne peut etre faite que par des peuples eleve's eux-memcs a cette unite' mesure'e dont il faudra inoculer le gout aux animaux. Pre'alablemcnt il faut former a ce talent 1'homme qui doit les diriger. Or, ce n'est

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qu'a l'ope'ra qu'on pent former a la mesure ce penple , ces enfans qui doivent en cornmuniquer le gout aux quadrupedes et volatiles.

» Toute Phalange oil le penple ne serait pas e'leve a la justesse raesure'e qu'on n'acquiert qu'a l'ope'ra, e'prouverait, inde'pcndamment des autres dommages , une perte d'environ moitie' sur le be'ne'fice que doivent donner lcs animaux domestiques dans cet e'tat societaire oli leur nombre s'e'levera souvent au decuple de ce qu'il est parmi nous.

» S'il fallait les conduire selon la methode confuse des civilises, on ne parviendrait jamais ales dinger ; ils se detruiraient euxmemes par le nombre ; et l'homme oblige' d'y donner quatre fois plus de temps, de soins et de gardes que n'en exige l'ordre mesure, se ruinerait par l'e'ducation mcme de ces nombreux serviteurs qui doivent etre sa principale ricbesse.

» Je dis principale , et c'est une ve'rite bien reconnuc de tons les agronomes, qui s'accordent a dire : « si le fermier n'avaitque » ses cultures de grains , s'il ne faisait pas des Sieves ou animaux » destines a la vente , il n'aurait jamais de benefice , et pourrait » a peine payer le prix de sa ferme. II ne se sauve que sur les » Sieves , soil en quadrupedes , soit en volatiles. Une entreprise » d'abeilles ou de vers a soie enricbira plus un metayer que tons » ses gue'rets vante's par les po'etes . »

» S'il est une erreur pardonnable , c'est d'avoir ignore pendant 5000 ans quenos animaux domestiques sont fails pour l'harmonie mesure'e , et ne peuvent prospe'rer sans son intervention . Quand on n'a pas su de'couvrir cctte destination cbez les hommes ou Ton en voit lantd' indices, faut-il s'etonner qu'on ait commis pareille be'vue a l'egard des betes , qui ofFrent bien pen d'indices d'aptitude a l'harmonie ; car on ne voit guere que le cbeval qui soit susceptible d'accord mesure : cet accord le cbarme dans la manoeuvre en escadron ; le plus mauvais cbeval devient un Buce'phale pour suivre la masse escadronne'e ; il marchera jusqu'a la mort, et se crevera plutot que de quitter l'escadron

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Quatre quadrupedes seulement nous paraissent inities a qnelques facultes d'harmonie mesuree, Je cheval , 1'elephant, le singe et le castor.

« D'autres , conime le bceuf et le zebre , en sont tres-susceptibles , mais dans un e'tat de choses irapraticables panni nous , et qui n'auront lieu qu'en r-e'gime socie'taire. Le chien, notre premier serviteur, est tres-apte a diverses manoeuvres harrnoniques dont nous n'avons jamais eu l'ide'e. Nous savons l'e'lever a des tours de force , des danses de treteaux , etc. ; nous ne savons lui enseigner aucun proce'de d'harmonie profitable a rindustrie. Si le cheval est fait pour l'harmonie des alignemens et des evolutions, le chien est destine a d'autres , dont la principale est cellc des gamines de direction , que l'ordre civilise ne peut pas meltre en usage , parce qu'il n1a ni grands troupeaux , ni rnoyens de les e'lever.

» En Association, le troupeau le plus subalterne, comme celui des oies , forme des masses immenses qu'on ne parviendrait pas a dinger, si Ton proce'dait selon la rae'thodc confuse des Civilises , et surtout a la maniere barbare des Francais , qui ne savent diriger les betes qu'en les de'ehirant a coups de fouet , et disant : pourquoi sont-ils chevaux, pourquol sont-ils moutons ?

» Tout animal domestique, en Harmonie, est e'leve musicalement comme les bceufs du Poitou , qui marchent ou s'arretent selon le chant du conducteur. Mais ceci est exces, abus de l'influence musicale ; on ne doit pas l'cmployer a fatiguer les hommes ; il suffira d'en user pour indiquer a l'animal ce qu'on exige de lui, selon la continue des bergers, qui appellent an son du cornet.

» Dans ce genre de service , les chiens peuvent intcrvenir tresutilement. Ceux de THarmonie sont dresses a conduire des masses de be'tail , rallie'es sur un son de clochette ou grelot. Les animaux sont habitues , des l'enfance , a suivre tel grelot dont le

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son leur est connu par lc signal des rcpas. Certaines especes, bceuf, mouton , cheval, portent des l'enfance et a lVpoque de leur education, la sonnette ou le grelot qu'ils devront suivre toute leur vie, et qui suffira seul a les distribuer en pelotons et colonnes.

» Par exeraple : pour classer et faire cheminer en bon ordre un troupeau de 24,000 moutons , trois ou quatre bergers a cheval sont ranges aux extre'mite's et au centre , avec quelques chiens de police et huit chiens de gamine , qui , au signal donne', agitent alternativement leurs colliers de sonnettes, et rallient autour d'eux les moutons e'leve's sur leur note. On range les sonnettes par tierce , afin que chacune s'accorde avec la suivante et la pre'ce'dente.

» Ainsi le chien a collier de grelots UT passe le premier avec sa troupe de moutons , dont quelques-uns portent comme lui une sonnette en ut. Viennent ensuite la bande MI , la bande SOL et autres , dans Fordre ut, mi , sol , sr , re , fa , la , ut ; chaque peloton comprenant environ 3000 moutons.

» Le diapason d'orchestre e'tant le meme par tout le globe , un chien e'leve' dansun canton quelconque, peut servirpour tousles troupeaux du globe , et un animal connait partout le grelot qu'il doit suivre. Cette me'thode e'pargne une peine infinie dans la conduite des grands troupeaux, qu'on ne peut aujourd'hui mouvoir qu'en masses confuses , avec des fatigues e'normes , a force de coups , de morsures et de brutalite's, bien dignes de la Civilisation perfectibilisee.

» En Harmonie, on conduit plus aise'ment 50,000 moutons qiraujourd'hui 500. Occupent-ils la route, des chiens sans collier courent sur les bords et empechcnt qu'aucun ne s'e'carte : ils sont d'ailleurs retenus par le son des grelots. Faut-il entrer dans un champ ou un pre , pour faire place a une caravane ? on peut y faire entrer en deux minutes les 50,000 moutons. A cet efFet, les bergers place's en tete , queue et centre, font signe aux chiens a collier de sortir des rangs : ils vont se ranger en ligne dans le pre , a cinquante pas de la route , et agitent successivement leurs

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grclots. Les moutons en huit pelotons (i) vont se grouper autour des chiens , et la route est evacuee en un instant. Les Civilises pour cette operation eraploieraient uue derai-heure , mille coups de fouet et dix mille morsures de chien.

» Je me borne a cette particularity , enlre mille autrcs a citer sur re'ducation des troupeaux d'Harmonie. Les clievaux seronl exerces au point de marcher sur quatre de front , sans autres guides qu'un petit nombre de cavaliers sonnant un appel different pour chaque peloton.

» Moyennant cette me'thodemusicale, combine'e avec Tamorce des repas , les convenances de terrain et la douceur ge'ue'rale des maitres , on verra les zebrcs et meme les castors aussi prive's que les clievaux , saiif la difle'rence de traitement.

» Hors de le'lat socie'taire et des Series pass. , il n'est pas meme possible dc tenter ccs prodiges de regie animale ; on s'engagerait dans une depense quadruple du be'ne'fice, enessayant la mc'tliode harmonienne ; on trouverait partout des Civilises grossiers et

(1) Un iroupeau , ne fut-il que d'oies, marche dans cetordre, par colonncs ut , mi, sol, si, que guident les chiens a sonneltes. Si les oies et autres animaux en prennent Thabilude, e'est que des Tenfance on les y faconnc. Plusicurs varie'les d*oies , objets de rivalite entre plusieurs groupes, sont elevees selon divcrses me'thodes et dans des charabre'es distinctes. Ces oiseaux contractcnt facilernent Thabitude de ne pas se rne'langer, et suivre la sonnelte de leur chambre'e. Pour les exercer a la bien connaitre , on a soin de leur teudre des pieges sur de fausses notes; et e'est un travail qui fait parlie de Te'ducation des enfans.

Par exemple , trois groupes vont, a la meme hcure, porter a manger a trois chambre'es d'oies. Le groupe des oies ut ira fairc une feinle aux oies des chambre'es mi, sol; il agitera la sonnette du dine en dt, et ne leur donnera rien. Apres quelques instans dMmpaliencc, elles entendront l'appel en mi ou en sol , qui leur apportera reellement le repas. Des qu'elles y auront e'te trompe'es une dizaine de fois , elles sauront fort bien distinguer leur note : les animaux ont un discernement exquis pour tout ce qui tient a

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malfaisans, qui la contrarieraient; puis des animaux voisins, qui, n'etant pas formes a cette me'thoclc, gateraient par Icur frequentation ceux harmoniqucment e'duques. De la vient que les agronomes civilises n'ont pas rnemepu imaginer eette e'ducation naturelle attrayante, et se sont Lome's ge'ne'ralement a la me'thode violente'e, infiniment plus longue et plus dispendieuse. Aussi l'Harmonie emploiera-t-elle a e'duquer, re'gir et perfectionner ses immenses troupeaux, a peine le quart des individus qu'emploierait proportionne'ment la Civilisation , pour les hebeter, les abrutir el abatardir les races.

» Les chefs de la Se'rie d'e'ducation des chiens et des troupeaux auronl le rang de Sibyls et Sibylles (titre des directeurs de Institution). Un instituteur de chiens on d'oies est en Harmonie un personnage de haute importance, car il doit former a ce talent des groupes de seraphins et se'raphines operant sous sa direction .

» L'on ne pourra discipliner ces immenses troupeaux , qu'autant que chacun connaitra leur langage de convention , qui une

la gueule; on ne les voit jamais se tromper sur l'heure des repas ; on croirait qu'ils connaissent l'horloge. Un cheval a-t-il stationne une seule fois dans une e'eurie de telle route, s'il repasse deux ou trois ans apres, il reconnait l'e'curie et s'arrete a la porte.

Les Harmoniens mettront a profit cet instinct des animaux, toujours intelligens quand leur appetit s'y trouve inte'resse'. On est fort habile en Civilisation a leur donner une e'ducation improductive; on enseigne a des chiens safaris rnille grimaces et gambades, qui ne sont d'aucune utilite et qui consument en vain le temps de Tinstituteur. On enseigne a des puces a trainer un petit chariot. On voit jusqu'a des anes savans et des cochons savans. J'ai vu meme un phoque obeissant , et bien style a faire des singeries. Ces tours de force inutiles de'notent quel parti Phomme pourra tirer des animaux, quand il saura faire de leur education un systeme unitaire et productifj travail auquel seront principalement employes les enfans , qui ont beaucoup de penchant a ce genre de fonction, et qui aujourd'hui ne savent qu'hebeter et maltraiter les animaux.

f'ois arrete en congres d'unite spheriquc , sera le meme par unite la terre. Si cbacun etourdissait comrae aujourd'bui les animaux , tie cris divers et arbitraireinent choisis , leur faible intelligence n'arriverait jamais a une discipline collective et unitaire.

» Onexigera d'un enfant d' Harmonic, qu'il sacbc avanttout, vivre unitairement avec les animaux ; qu'il connaisse leur vocabulaire d'appels et de commandcmcns principaux , afin dc ne pas contrarier le systeme adople pour les re'gir. L'cnfant qui a 4 ans i/2 manquerait de ces notions pratiques, serait refuse' an cbceur des cbe'rubins : le jury cbe'rubique lui re'pondrait, qu'on ne peut admettre an rang des Harmoniens un etre qui n'est pas encore l'egal des animaux , puisqu'il ne sait ni leur langage , ni leurs convenances.

» N'cst-ce pas etre au-dessous des animaux que de meconnaiti c la deference qu'on doit a leurs instincts? ils ne sont profitables pour nous qu'autant que nous assurons leur bien-etrc. Dcla vient iju'en France, oti cbacun se bate de crevcr les cbevaux a force de coups, de fatigues et de voleries sur la nourriture, on ne peut pas remonter localement la cavalerie, et on tire de ce quadruple beaucoup moins de service qu'en Allemagne oti il est menage. Le cbeval de bataille du grand Frederic e'tait encore vivant a Tage de 36 ans ; ce meme animal , entrc les mains des Francais, n'auraitpas passe 15 ans; les palcfreniers lui auraient vole moitie'deson avoine , et les maltres Tauraient tuede coups, en disant, pourquoi est-il cheval?

» Les animaux sont heureux dans THarmonie , par la douceur et l'unite des me'tbodes employees a les dinger, par le cboix et la varie'te des subsistances , par les soins dc sectaires passionne's , observant toutesles precautions propresa embellir l'espece : aucun de ccs soins ne peut avoir beu dans la brutalc Civilisation , qui ne sait pas meme disposer commode'ment les e'tables. On peut assurer sans exage'ration , que les anes , dans THarmonie , seront bien mieux loge's et mieux tenus que les paysans de la belle France.

» Le fruit de leur discipline et de leur bien-etrc equiyaudra a

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k difference d'une troupe regle'e a une masse de barbares sans tactique. Vingt mille Europe'ens battent aise'nient cent mille. barbares et merae plus , car les Russes n'e'taient que sept mille contre la grande arme'e chinoise de plus de 100,000 homines.

» C'est done benefice du sextuple sur la discipline : il sera de ineme sans bornes sur la gestion des animaux d'Harmonie, ameliore's par le mode compose', qui exige :

Discipline mesuree attrayante ; Procede seriaire en perfectionnement ; Soins passionnes en amelioration de race ; ^ Regime unit aire.

» Mais quel sera le nouvel Orpbe'e qui rendra les enfans et les animaux si dociles a toutes les impulsions de discipline unitaire ? (juel talisman mettre en jcu ? Pas d'autre que cet Opera, traite de frivolite par nos moralistes et agronomes , tons d'accord a due , « qui bien chante et bien danse , peu avance. »

L'adagepeut etre vrai en Civilisation ; mais il sera des plus faux en Harmonie , ou cette discipline passionne'e des enfans et des animaux , cette source d'e'norme richesse , de'coulera principalement des habitudes contracte'es des le bas age a l'Ope'ra , e'eole de toutes les unite's mate'rielles mesure'es. ]Nos pre'tendus sages, en meprisant Te'cole des harmonies mesure'es , ne sont-ils pas le pendant de ces botanistes arabes qui , pendant 5,000 ans , de'daignerent le cafe; ou de ces enfans qui, ne jugeant que les apparences , pre'ferent une lourde piece de cuivre au louis d'or dont ils ignorent la valeur.

» Tel est le vice ou tombent nos moralistes, en de'daignant le spectacle, qui doit former Tenfance a la pratique des unites mate'rielles , et par suite aux unite's sociales.

» Remarquons, au sujet de TOpe'ra, comme des autres divertissemens, que dans l'e'tat socie'taire ils sont en liaison intime avec le travail productif et cooperent a ses progres ; effet qui n'a point lieu en Civilisation, ou Tindustrie ne tire aucun secoius, ni des jeux de cartes du citadin , ni des jeux de quilles du pavsan.

ii. 33

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Loin dc la, les jeux ct divertissemens civilises provoquent en tout sens Toisivcte , 1'abandon du travail , et meme le crime , lc vol, le suicide, fruits ordinaires des jcux de hasard, surtout dc la loterie. II sera curieux de voir comment les divertissemens, entre autres les amours, qui aujourd'hui n'ont aucun rapport avec I'industrie productive, en devicnnent les appuis dans l'e'tat societaire.

m line remarque plus importantc encore , et qui nait de ce chapitre, c'est que l'animal qui donnc double benefice par le perfectionnement attache a I'e'ducation liarmoniijue , donne un benefice decuple et douzuple par la facultc de quintupler et sextuplcr la masse qu'en e'leveraient, sur pareil terrain, les Civilises, qui ne connaissent ni l'art de discipliner an dehors des masses d'animaux , ni Tart de les harmoniser et distribuer dans d'irnmenses etables , comme celles de 10,000 poules pondantcs par Phalange.

» Ce travail sera en grande partie confie aux soins des enfans, aide's de quelques Ve'ne'rables. Quelle mine de benefices, quelle source de reflexions pour un siecle qui ne revc qu'aux moyens de gAgner de l'argent, ct qui va trouver unc mine d'or dans chaque branche de travail, pourvu qu'clle soit exerce'e ct distribue'e par Series passionnelles ! »

Apres cet admirable chapitre , le lecteur me permettra-t-il une parole? me permettra-t-il de le prier de reflechir sur tout ce qu'il y a de puissant, de sublime dans ce don magnifique du bonheur et de l'harmonie, octroye par l'Homme au monde inferieur, aux vies subordonnees a la sienne dans l'ordre de la creation ! Adam , l'Homme reliability , recompose les premieres harmonies genesiaques ! l'harmonie humaine gouverne les har-

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monies inferieures ! la nature est sous la main tie 1'Homme ! I'Homme est plus que le Roi de sa creation, j'ai presque dit qu'il en est le Dieu

Ne disons pas ici ce que I'Homme PEUT sur les choses et sur les vies. Cette question n'est pas mure ici. Elle viendra en son lieu. — - Et nous vivons dans un siecle dont 1'esprit est tel , que Fourier s'adressant a cet esprit, a du terminer son chapitre par une consideration de lucre !

TRAVAIL SERIAIRE DE REGNE VEGETAL, OU CULTURES ENFANTINES DE l'hARMONIE.

« En opposant aux de'sordrcs civilises la perspective du bonheur socie'taire , n'oixtetlons jamais de donncr des demonstrations en mode compose', on positif et ne'gatif, par preuve et contrepreuve. Ainsi , au tableau des prodiges industriels qu'ope'reront les enfans barmoniens, il faut opposer celui du vandalisme et de 1'oisivete des enfans civilises.

« J'ai de'peint les enfans corame vandales positifs, destructeurs par instinct et par esprit de corps. Envisageons-les maintenant comme vandales ne'gatifs , rcfusant tons les travaux que la nature leur assigne dans le regne vegetal.

» II faut qu'en cette branche d'industrie , la nature aitcompte beaucoup sur le service des enfans , car elle a cre'e en grande alfluence les petits ve'ge'taux et arbustes qui doivent occuper le bras de Tenfant et non celui du pere. Les deux tiers du parterre,

du potager et du bosquet , se composcnt de ccs menues planks adapte'es a Tenfance.

» Les fleurs , a pari un ties-petit nombre , sont prescjue toutes le lot tlu travail enfantin et fe'minin ; aussi la nature donne-t-elle aux femmes el aux enfans beaucoiip de penchant pour les arbustes et fleurs , dont pourtanl ces deux sexes n'exercent point la culture dans Te'tat actuel.

i) Un bambin qui veut grader et raonter aux cherubins , doit , dans ses trois e'preuves, cboisir an moins un vegetal, corame pense'e on cerfeuil , et justifier qiTil a e'te admis au groupe qui cultive cette plante ; admission qu'il ne pent obtenir que par un service utile et une dexte'rite e'prouve'e. Un cbe'rubin postulant pour l'entre'e aux se'raphins , doit justifier, sur trois ve'ge'taux au moins , d'un service distingue et constate par le suffrage des groupes compe'tens. Ces cultures lui donnent pen a pen des notions sur les diverses branches des sciences, car l'agricullure se lie a toutes.

» L'enfant harmonien prend parti tres-activement dans les rivalite's de canton a canton. Un groupe d'enfans cultivant les oreilles d'ours a la Phalange de Meudon , est pique' de voir que celles de la Phalange de Marly ont eu la palme pour le veloute ou autre qualite. Les vaincus veulent connaltre la cause de cet insucces qui tient peut-etre aux differences de terres. La-dessus, le Venerable qui dirige ce groupe, leur fait une lecon sur les varie'te's de terres; et cette e'tude, re'pe'te'e dans d'autres groupes, leur donne pen a pen des notions e'le'mentaires sur le regne mineral. C'est de'ja pour eux un appat a s'introduire dans les e'coles, y demander quelque livre e'le'mentaire sur telle branche de la mine'ralogie , comme le classement des terres.

» Ainsi THarmonie ne donne jamais a l'enfant aucun enseignement simple. Elle ne 1'initie a une science que par combinaison avec des notions pratiques de'ja acquises sur telle autre science, et notamment sur ragriculture , la maconnerie, la charpente, la cuisine.

» Les intrigues de rivalite's agricoles habituent de bonne heure

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les cnfans a Tesprit speculatif. 11 est tics-nc'cessaire dans la culture des fleurs : quoi de plus diflicile a clever a la perfection que la jonquille, le narcisse, la renoncule, la lulipe, les varie'le's de roses et d'ceillets ? Si la nature exige tant de connaissances dans le soin de ces fleurs , e'est qu'elle veut former de bonne heure a Tesprit de calcul les enfans qui se passionneront pour les ctiltiver.

» Kile leur a menage aussi quelques lots dans la grande culture ; le hie noir , la vesce , la lentille , etc. : line troupe d'enfans qui s'adonnent passionne'ment au soin de ces ve'ge'taux , est obligee d'e'tudier les qualite's de terre et d'engrais, raisonner sur rinfluence des tempe'ratures pour connaltre les causes qui ont valu du succes a tel ou tel canton. L'enfant adonne par rivalite passionnee a ces occupations , deviendra insensiblement chimiste et physicien , tout en croyant ne s'occuper que des luttes e'mulatives de ses groupes, de son canton.

» DVu vient que re'ducalion actuelle n'a sur l'enfant aucune de ces sortes d'influence , et qu'en aucun sens elle ne rentralnc aux etudes ? C'est que les travaux auxquels on astreint l'enfant , raanquent des trois ressorts qui le conduiraient a l'e'tude, ce sont :

»> 1°. La passion. L'on ne sait pas le slimuler par des Hyalite's de canton a canton et de groupe a groupe , telles qu'elles existent dans une Sc'rie passionnelle.

» 2°. L'emploimixte. Cet enfant netravaille pas aux cuisines 011 il jugerait pratiquement des perfections ou de'fauts de l'objet qu'il a cultive'.

» 5°. Le rafjinement gastronomu/ue. 11 serait dangcreux aiijourd'bui d'y babituer l'enfant, et cela deyicnt indispensable dans rHarmonie, ou il doit savoir distinguer vingt nuances dc saveur sur le moindre vegetal, cerfeuil ou persil , qu'il aura cultive; sans ce rafiinement, il ne saurait pas juger pourtpioi son groupe a e'eboue ou triomphe dans ladite culture ; pourquoi tel canton a le ler. rang, tel autre le 2C., 3e. dans Topinion , rclativement a ce vegetal.

»> Gette combinaison de leyicrs n'existant pas dans Petal civi-

Use, faut-il s'e'tonner que l'enfant ne veuille s'adonner ni a la culture , ni aux sciences exactes , dont les rivalile's de Se'rie lui feraient de bonne heme sentir Ie bcsoin et demander l'enseignement , sans qu'on lui en sugge'rat l'ide'e !

» Re'sumons sur cet apercu : d'unc part, vandalisme et oisivete' ; d 'autre part , occupation productive et etudes passionne'es ; voila le parallele dcs deux educations harmonienne et civilise'e : celle-ci, je l'ai de'ja dit, ne produit que de petits vandales qui bientot deviendront de grands vandales.

» Tout est fausse' dans le systeme agricole, par celte defection des enfans et des femmes , a qui la nature assigne tant de ve'ge'taux a soigner. Tons les arbustes en fleurs ou en fruits, et presque tout le potager et le parterre, doivent etre envabis par les femmes et les enfans. Loin de la , un enfant civilise' n'entre an jardin que pour y manger les fraises et groseilles qu'il n'a point cultive'es , y friper les fleurs et legumes : aussi , ce qu'il y a de plus a de'sirer dans un jardin , e'est que les enfans n'y mettent pas les pieds.

» Les bolanistes nous peignent leur science comme la plus inte'ressante , la plus rapprocbe'e de la nature : d'oli vient done qu'elle nc pent passionner 1' enfant qui est l'etre le plus voisin de la nature , et que loin de se prendre de belle passion pour la botanique, il ne fait que ravager les jardins et vergers, refuser tout travail agricole ?

» On nous dit que les paysans tirent parti de leurs enfans des l'age de 7 ans : sans doute , a force de coups de baton ; mais quel service en obtiennent-ils ? lis emploieront (rente enfans a transporter en fardeau cc que conduiraient trois enfans harmoniens sur trois chars attele's de trois anons.

» Une preuve incontestable que les Civilises ne savent tirer en agriculture aucun parti ni des femmes , ni des enfans , e'est que 1'homme est oblige d'abandonner les travaux qui lui sont specialement attribue's par la nature, et qui sont principalement les forets et l'irrigation ; deux cboses dont le cultivateur civilise' ne peut pas s'occuper, parce qu'il est absorbe par les travaux feminins et enfAntins , tels que les petites etables et volailleries ,

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le potager e! aulrcs fonclions, dont lea feinraes et cnfans devraient le de'gager.

» Singulier re'sultat de la tyrannic masculine ! Lhomme croit avoir asservi les femmes; qu'en re'sulte-t-il? que c'est lui-meme <jui est esclavc; qu'au lieu d'avoir subordonne les femraes , il a degoiite de I'industrie femmes et enfans. II se trouve re'duit a exercer les travaux dont ces deux sexes devraient se charger ; il est, de plus, oblige de pre'lever sur le produitde son travail, les frais d'entreticn et dotation des feinmes et enfans : c'est Teffet de toute tyrannic ; elle se prend dans ses propres fdets.

» Analysons mieux le trebuchet oil est tombe le sexe masculin : sa veritable destination est de vaquer aux grands travaux qui exigent la force des bras : tels sont les trois eraplois de

Culture des forets; Ouvrages tV irrigation ; Soin des graminees.

La troisieme fonction absorbe tout ; 1'agriculteur ne pent vaipier , ni a la culture des forets, ni a Tirrigation ct aux ouvrages qifelle exige : an contraire, le cultivateur ne s'altache qua dc'truire les forets; il de'truit par contre-coup les sources et moyens d'ii ligation.

» Voila done deux des trois brandies de grande culture ge're'cs a contre-sens de la raison. Quanta la troisieme, celle des graminees, comment est-elle traitee? j'y distingue trois vices des plus choquans.

» 1°. Le defaut d'engrais et de qualite. On en a si pen , qu'il fa ut ensemencer des champs en quantite enorme, ct a pen pies double de ce qu'emploiera l'Harmonic pour obtenir e'gale quantite de grain. Quant aux qualite's d'engrais, c'est une distinction que ne fait ni ne pent faire le paysan civilise'.

» 2°. Les jacheres. Des terrcs qui se rcposent une anne'e ! le soleil se repose-t-il? manque-t-il a venir tons les ans murir les moissons ? aurait-on besoin de jacheres si on n'employait aux ccrc'ales que les terres convcnables ct soutenues des masses ct qualite's d'engrais nccessaircs ?

» 5°. Les vices de detail. On voit dans divers champs aulant de pavots que d'e'pis. On y voit cent autres negligences qui ne seraient pas meme connues dans l'e'tat socie'taire, ou des groupes d'enfans parcourent les champs pour les e'monder.

»> D'ou viennent tous ces de'sordres? De ce que le sexe masculin est surcharge de la tache des deux autres, qui ne font qu'un simulacre de travail.

» Mais quelle carriere va s'ouvrir pour l'industrie masculine, du moment ou les deux autres sexes rentreront en disponibilite' par le regime socie'taire ! on verra tout a coup les 5/6e". des femmes en vacance industrielie, par la suppression des travaux complique's et parasites qui naissent du morcellement des manages, du soin pe'nible des enfans, de la mauvaise qualite des c'toffes et des confections; enfin, des sots caprices de la mode, qui absorbent tant de femmes en ouvrage de couture interminables et en minuties superflues.

» Apres la cessation de ces de'sordres , on s'apercevra que les 5/6es. des femmes sont disponibles : a quoi les occuper? A l'agriculture ; elles envahiront done majeure partie des menus travaux qui occupent aujourd'hui les hommes.

» D'autres seront envahis par les enfans , qui seront amorce's a la culture par le regime des Se'ries contrastees, rivalisees, engrenees.

» Des-lors il ne restera aux hommes dans la force de Tage , que les fonctions de vigueur , comme les trois cite'es plus haut ; puis celles de manufacture pe'nible , charpente , maconnerie , forge, etc. lis interviendront accessoirement dans toutes les menues cultures , parterre et potager , mais sans en supporter le soin permanent : ce sera le lot des femmes et enfans.

<> Cette repartition naturelle est ane'antie par la defection des enfans et la complication qui absorbe les femmes. Toute la masse du travail retombe sur l'homme seul , qui , surcharge de la sorte , doit ne'gliger les branches les plus importantes , comme le soin des forets et ^irrigation. II effleure la tache de son sexe , potu vaqucr a celle de tous trois.

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» Jugeons-en par un seul vegetal , par les Raves , sentier des vertus re'publicaines. Si la re'publique ne doit vivre que de raves, an moins faut-il , pour le bon ordre, qu'on re'partisse aux trois sexes le travail de culture ; savoir :

Aux enfans les petites raves ;

Aux femmes les raves moyennes on navets ;

Aux peres les gros ravognons.

» Telle serait la se'rie naturelle de distribution ; elle est impraticable dans l'ordre civilise : vous y verrez le fier re'publicain oblige dc cultiver lui-meme les raves de toutes les dimensions , et de faire en plein Touvrage des deux autres sexes. De'sordre inevitable hors des Series, qui appliqueraient cbaque sexe aux fonctions que la nature lui destine. C'est une des conditions ne'eessaircs a faire naitre 1' Attraction industrielle , qui, raeme en Se'ries , ne pourrait pas se developper si on maintenait dans les travaux la confusion d'emplois (jni y regne aujourd'bui ; si on voulait , comme dans la Civilisation perfectibilise'e , atteler une femme et un ane a la meme charrue ( coutume des provinces - nord de l'Espagne.) Les femmes ne sont guere moins maltraite'es dans la belle France.

» On a vu par ce qui pre'eede , combien les enfans sont eloigne's de leur destination en travaux de regne animal et ve'ge'tal, et combien il est e'vident que le regime civilise ne les pousse qu'a l'oisivele et a tons les vices anti-industriels. Les moralistes ont bonne grace , apres cela , de nous vanter les tendres enfans, si dignes de leurs vertueux peres, petits vandales, bien dignes de grands vandales ! Voila la vraie devise des enfans et des peres civilises. »

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