AITERNANCE ET VAR1ETE
Si voire sociele fausse vous enlace si bien dans ses en! raves quelle vous empeche d'obeir a ces puissances dc votre elre, qui vous attirent vers la loi dc plaisir ct de charnie, cessez done de dire que Uieu , en destinant I'homme au travail , lui a fait unc Destiuee de larmcs et de miseres, puis- ([iio vous n'obeissez pas aux volontes de Dieu , revelees par les Attractions qu'i! a mises en vous. lilies vous indiquenl incessamment ses volontes, < lies vous apprennent clairenient sa Loi. Pourquoi regimbez-vous contre l'aiguillon ?
L'homme a etc* tellement predispose au travail, qu'on le voit lauguir, trainer sa vie, ronge , devore d'ennui quand il est inoccupe. Oh ! un bom me entierement et parfaitement desoeuvre!.. Ou'y a-t-il au mondc de plus triste, de plus faligant, de plus lourd et insupportable a soi et aux antics, qu'un bommc parfaitement desoeuvre? L'hommc converge au travail. — Les enfans, les lemmes, les riches, les rois eux-memes se crecnt a plaisir des etudes, des travaux, des occupations. Louis XY1 ctail un habile serrurier; Louis XV cuisinait a Trianon des journees entieres, et cc nest pas cc qu'il v a fait de plus mal. Chaqqe jour vous voyez des hommes fort independans par leur fortune , prendre plaisir a lourncr. menuiser, spigqer leurs jardins, tailler. greffer, sar-
cler; des femmes passionnees pour des fleurs, les cultiver assidument elles-memes. — Mille faits accidentels prouvent, je le repete, que s'occuper est un besoin pour 1'homme, et que travail peut devenir plaisir, — travail des mains aussi bien que travail de 1 'imagination et de l'esprit.
— « Oui, oui, des faits accidentels, mais purement accidentels; car... »
— « Eh! sur Dieu ! est-ce nous qui soutenons que 1 Industrie civilisee est bien organisee, et ne la condamnons-nous pas, nous autres, precisement pour ce quelle ne presente qu' except ionnellement des exemples de travail attrayant! »
— « Bien, c'est fort bien. Vous prouvez sans doute que dans certaines circonstances le travail peut eveiller le plaisir et s'executer en joie. Mais tout cela est bon pour un jour, une heure. lmposez done a vos amateurs un travail continu, imperieux, un travail de tout le jour pendant toutes les journees du mois, et de tous les mois de l'annee pendant toutes les annees de la vie, une fonction... »
— « Ah !!!.. Vous reconnaissez done qu'un travail long, imperieux, continu, un travail comme
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vous dites, de toutes les heures de la vie, duranl toute la vie, vous reconnaissez qu'un pareil travail est une chaine au cou , un boulet au pied , un plomb sur la poitrine, un supplice!... Vous reconnaissez que le plaisir ne peut durer qu'un temps sur une occupation... He bien! tout simplement, tout bonnement alors... allons ! c'est vous qui le dites... tout simplement, il ne faut pas clouer, qui pour la vie a son bureau, qui pour la vie sur son champ , qui pour la vie sur son etabli, qui pour la vie a son comptoir, l'homme a la chose comme aujourd'hui...
Etrangete ! un beau drame, — je demande pardon de ceci a M. Hugo , — un beau drame qui dure quatre heures fatigue les spectateurs; — s'il durait six heures, ils seraient ecrases ; si on fermait les portes du theatre , et qu'on voulut leur imposer ce plaisir pendant huit heures, dix heures... oh! ce serait une fureur, un combat, une tempete dans la salle (0... Et quand il est ainsi reconnu qu'tm plaisir qui dure trop longtemps devient insupportable, odieux 3 on ne veul pas comprendre que ce joug de plomb de la continuite sous lequel on courbe la tete du travailleur,
(i) Voyez dans le 2C. volume de la Reformc industrielle , la dissertation de Fourier sur l'ope'ra dc quarante-liuit heures.
ORGANISATION. LIV. lit. Gil. III.
doit roul.rc necessairement son travail repugnant i etqu'ilfaut le briser, ce joug, pour que l'hoinine se releve ! Ah ! c'est trop fori ! — Ce n'est pas le travail en lui-meme qui est repugnant, c'est cetle continuite mortelle a laquelle votre absurde organisation elu travail a marie le travail , c'est ce manage de Ja mobilite et de la vie a I'immobilile, a la mort ; — done permeltez le divorce.
Si vous alliez aux Barrieres, par un soir de diinanche , vous verriez beaucoup danser dans les guinguettes : examinez et choisissez le plus acharne danseur; puis, s'il est fort de la halle on du port, gagnant trois francs par jour a porter sur son dos des sacs de trois cents livres, proposez-lui trois francs de sa journee pour venir danser chez vous, seul dans votre chambre, douze heures du jour, six avant midi , six apres , jc fais le pari qu'il preferera son train du port ou de la halle. — En tout cas, s'il accepte un jour, il ne recommencera pas le lendemain.
Si les seances solitaires, longues, continues, sont insipides et mortelles en industrie et en ton les choses, ecoutez la voix de la nature, et concluez avee elle que le travail utile ne pent devenir plaisir qua la condition d'etre execute en reunions nombreuses, en seances courles el varices.
ALTERNANCE ET VAIUETK. O0>
C'est aiasi que marchent les choses dans les Phalanges. Quand les Groupes ont termine leurs seances, longues de deux heures au plus, en cas ordinaire, lenrs mcmbres se divisent, seseparent et vont dans d'autres Groupes, auxquels ils sont allilies, fournir avec des visages nouveaux une nouvclle carriere de courte duree aussi comine la precedente. Ainsi se succedent les travaux en contraste, et se servant les uns les autres de delassemens mutuels. — R.icn de plus agreable , apres une seance de science, apres avoir ecoute un professeur une heure et demie durant, ou professe soi-meme, que d'aller se meler a ses amis du verger, aux travailleuses des jardins , emonder, sarcler, tailler , arroser ou greffer avec eux et avec elles. . ..
11 n'y a done plus, en Harmonic, le jardinier qui tout le jour jardine , force de savoir et d'executer les mille details de son metier, ni 1'agriculteur qui, toujours aussi, remue la terre des champs ; ni le menuisier ayant du matin au soir son rabot attache dans la main, comme le cordonnier son alene , comme le marchand son aunc, et l'employe d'une administration sa plume et son grattoir.
Non, toutes les industries, lous les travaux
ont fourni des divisions et des subdivisions, des Series et des Groupes, et chacun suivant ses gouts, ses vocations, ses desirs, ses talens et ses facultes, s'est enrole dans les Groupes et les Series qui ont exerce Attraction et seduction sur lui, et dont le roulement et l'engrenage offrent mille themes varies a l'emploi de son activite , mille modulations differentes a l'essor de ses affections et de ses passions.
Comparez done ce sort de l'Harmonien avec celui des legions ouvrieres, que la misere et la Civilisation, deux bonnes sceurs! enferment pour la vie dans nos bagnes industriels, ou qu'elles jettent sur le pave des villes et sur les routes royales, sans pouvoir meme leur donner ce travail civilise, que la faim les reduit a mendier par le monde.
Le travail societaire opere done en Groupes, et les Groupes exercent en seances courtes et variees. — Ainsi nous avons mis en lumiere, dans ce chapitre , la seconde des conditions d'Attraction industrielle introduite dans notre formule, la faculte d'alterner les travaux, occupations, plaisirs.