‹ Destinée sociale (volume 3)Chapitre 25 sur 116 · RIVALITES INDUSTRIELLES · texte numérisé non relu

RIVALITES INDUSTRIELLES

qu'il n'y avail qu'une pensee, qu'une volonte, qu'une ame , et que tous etaient mordus par la meme passion ! — Les deux equipages eurent les honneurs de la journee : le cote gagnant repandit sur eux une rosee assez abondante de pieces de cent sous, et vainqueurs et vaincus se portrrent cordialement des santes reciproques.

Chacun a pu observer des essors analogues de Rivalite. Qu'on me permette de citer tin autre exemple qui m'a servi , dans le temps, de demonstration experimentale pour ce que je dois t'lablir theoriquement ici.

C'etait a IMelz. — Mais d'abord il faut savoir que les regimens du genie sont exerces chaque annee, pendant la belle saison , a tous les travaux relalifs a 1'attaque et a la defense des places. — Nous en etions alors a la confection des materiaux de siege.

Une semaine , j'avais des fascines a faire preparer a ma Compagnie. Pendant les trois premiers jours, je laissai le travail alter com me d'habitude, tout le monde formant un seul atelier, et portant au tas commun; — la besogne se faisait comme d'habitude, lentement, sans zele, parce qu'il fallait la faire, — besogne forcee , sans init. 5

teret; seulement la gaite du Groupe, meme sous la griffe de la discipline militairc.

Le quatrieme jour, je divisai la masse ; je fis disposer dix ateliers en deux camps, cinq de front sur deux lignes, et face a face. J'ordonnai que chaque atelier empilerait derriere lui ses fascines a mesure de confection, avertissant qu'a la fin de la seance, — apres comparaison des dix tas, — on empilerait ensemble encore les fascines des cinq ateliers reunis de chaque camp, et que Ton verrait...

He bien! a peine les hommes furent-ils a l'ceuvre, que vous eussiez apprecie l'influence de la disposition. — De chaque cote d'abord Rivalite tres-prononcee, entre eux, des Groupes qui se touchaient; grande Rivalite face-a-face de chaque atelier avec son vis-a-vis de l'autre camp ; et enfin Rivalite en masse des cinq ateliers d'un camp, contre les cinq ateliers de l'autre. — Dans chaque atelier on s'excitait vivement; on se critiquait, on se portait des defis d'un Groupe a l'autre ; et les Rivalites interieures des cinq ateliers d'un parti, n'empechaient pourtant pas qu'ils ne se stimulassent entre eux contre l'autre. — On en fit, des fascines, ce jour-la.

€ela se passait sur les glacis nus. au grand

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soleil de juillet, un vrai soleil africain , tombant d'aplomb sur les tetes. — Le reste de la Compagnie fabriquait des harts — a l'ombre : — mil des fascines ne demanda a passer anx harts. — La fouguc dura deux heures, — la Rivalite les soutenait encore pendant la troisieme, mais le travail baissait sensiblement. lis etaient ruisselans.

Le lendemain, meme resultat. — Pendant ces deux jours de Rivalite, on fit deux fois plus que pendant les trois jours de calme ; les raonceaux de fascines etaient la en temoignage. Mes camarades du regiment constaterent le fait.

Je pourrais remplir un volume des observations que j'ai eu occasion de faire, au travail, avec nos Compagnies. La seule analyse detaillee des effets produits pendant la semaine , dont je viens de dire un mot, scrait deja fort longue et haulement confirmative des calculs de la theorie des Series, (s) (0

J'ai cite des exemples de Pvivalite en essors harmoniques. Tout combat de terre ou de mer

(t) Voir a la fin de cc livrc la uoie (g). Le leclcur doit, avant d'aller plus avant, prendre connaissance des fails qui y sont cout.cnus.

presente des exemples de la meme passion en essors subversifsj appliques a la destruction ; mais. pour subversifs qu'ils soient, ils n'en prouvent pas moins la vigueur et l'energie du ressort.

(Test aux huniains , dont la race f*t di*in« ,

A discerner l'eneur, a voir la rente.

La nature les sert

La passion generatrice des Rivalites, et avee elle l'Ambition, que la Civilisation a aussi la propriety de faire eclore neuf fois sur dix en subversif, ont eu la plus grande part a la colere des moralistes, ennemis-nes de toutes les passions, mais amis de la societe qui entrave, fausse leur jeu, et n'en tire que des monstruosites et des horreurs, au lieu des brillantes modulations pour lesquelles elles sont reservees.

Or, pour faire application au stimulant passionnel que nous etudions, je vous le demande, et je le demanderais a un enfant, Dieu l'aurait-il cree, ce stimulant, en aurait-il garni et double toutes les ames humaines, s'il ne lui avait menage un emploi proportionnel a sa puissance ? Et cette puissance si generale, si reconnue, cette vigueur

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de Rivalite a laquellc vous trouvez apte Tenfant, l'homme, la femme, le vieillard lui-meme , cette force qui surgit de noire organisme en tout contact social, est-ce un raoteur que Dieu aurait cr^e pour n'en rien faire? — Que dis-je? il ne ] 'aurait cree que pour le mal ! — Cela est insense a dire ; et si vous reconnaissez que cette force de Rivalite, quand elle vient a parler haut dans Taction et la manoeuvre, suscite chez les travailleurs la fougue reflechie , 1'acharnement du joueur, l'ardeur du combattant, que ne songezvous alors a lui menager des emplois utiles, harmoniques, humauilaires? Puisque l'homme est destine au travail, et que vous trouvez en lui de puissantes causes d'excitation , comment ne comprenez-vous pas que ces causes d'excitation lui ont ele donnees pour le but final du travail? Si Dieu destinait l'liomme a aglr sur son globe et a regir la creation , ne fallait-il pas qu'il mit en l'homme les ressorts et les moyens necessaires a Taction? Des-lors , qui peut meconnaitre Temploi final et providenliel de la Rivalite?

Cette passion si generale et si vive est appelee a jouer un grand role dans le rnecanisme des Series. C'est a elle que Ton devra le perfectionnement et le raffinement indeGni dans lous les travaux d'induslrie , d'art et de science; les classili-

no ORGANISATION. L1V. III. (.II. IV.

cations distinctes, nettcs, tranehees en toutes choses; la perseverance acharnee des Groupes a leurs operations, l'activite des critiques, la surexcitation industriclle des travailleurs, et hien d'autres effets inouis d'harmonie que nous aurons a indiquer plus tard.

Aussi la nature a-t-elle voulu qu'elle se deve- Joppat d'elle-meme et vivement dans les Series. — Yoyez vous-meme :

Dans une Serie quelconque d'emploi, mais regulierement formee , deux Groupes contigus dans l'eclielle donnent des produits fort rapproches, peu dissemblables, quelquefois meme identiques entre eux. Comment voudriez-vous que ces Groupes fussent en Accord , et qu'une chaude jalousie industrielle ne se mit pas entre eux? Ce resultat est force.

On est entre deux fcux, dans chnque Groupe ; on a l'ennemi de droite , on a l'ennemi de gauche. Ce sont deux parties jouees simultanement , et ce jeu en mode compose se reproduit tout le long de l'Echelle. II faut se tenir ferme.

Ainsi , dans la Serie ou Eckelle naturelle dc classement des travaitXj chaque terme discorde

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avec ses deux voisins, commc dans la Gamme oil Echelle nature lie des sons musicaux* chaque son discorde avec ses deux contigus, et comme aussi deux nuances consecutives, prises dans le prisme ou Echelle naturelle des couleurs, discordent entre elles. — Observez que je dis nuances.

Une Serie est done une gamme; et, comme la gamme mnsicale, elle doit avoir la faculte de former des Accords, des Discords, et toutes les Modulations variees que comporte l'harmonie.

La Serie etant la base de l'harmonie sociale, comme la Gamme est la base de l'harmonie des sons, comme le spectre solaire est la base de l'harmonie des couleurs , il est tout-a-fait necessaire que nous fassions une dissection speciale de ce mecanisme. — Le lecteur qui me saurait quelque gre, pour ce que je m'eflorce d'elaguer les ronces qu'on rencontre en toute science et dans lous les traites du monde, fe le prierai de s'en reconnaitre , en donnant une attention soutenue aux chapitres qui terminentce livre. C'est le seul point qui exige un peu d'etude, et d'ailleurs la question est fondamentale ; qui comprend' bien la Serie, sait tout.

— «'Qui comprend bien la Serie suit tout:

~j2 ORGANISATION. LIV. III. CII. IV.

Voila done a quoi se reduit la grande decouverte de Fourier? la Seme ! mais cela est bien simple, bien facile, bien nature]... »

Oh! oui, en verite, cela est nature!, bien na-

turel aimeriez-vous mieux que cela ne le fut

pas? El eroyez-vous bien regrettable que la verite sociale et univcrsellc ne soit pas alambiquee, obscure et inintelligible comme la metaphysique de ces messieurs? — Du reste, sur cette question, ecoutez deux mots de Fourier :

* Je dois pre'venir ime objection quon ne manquera pas de m'adresser an sujet da nouvel ordre domestique que je nomine Se'rie dc Groupes. On dira que ^invention d'un tel ordre e'tait un calcul d'enfant et que ses dispositions semblent des arausettes : peuimporte, pourvu qu'elles atteignent le but, qui estde produire Attraction industrielle , et de nous entrainer par l'appat du plaisir au travail agricole, qui est aujourd'hui un supplice pour 1'homme bien ne. Ses functions, telles que labourage, nous inspirent avec raison un de'gout voisin de 1'borreur, et l'homnje d'e'ducation est re'duit au suicide , quand il n'a que la charrue pour ressource. Ce de'gout sera coinple'tement surmonte par la violente Attraction industrielle que produisent les Series dont je vais parler.

» Si les dispositions dc cet ordre ne reposent que sur des calcuis d'enfans , e'est un bienfait signale de la Providence , qui a voulu que la science la plus importante a notre bonheur, fut la plus facile a acque'rir. Des-lors, en reprocbant a la the'orie des Series son extreme simplicite, on commettra deux inconsequences , qui seront de critiquer la Providence sur les facilite's qu'elle a attache'es au calcul de nos destinees , et critiquer les Civilises sur

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1 e'tourderie qui leur a fait manquei lc plus simple ft le plus utile descalculs. Si cest une etude d'enfans, nossavans sont done audessous des enfans , pour n'avoir pas invenle ce gui exigeait de si fail ties luuiiercs; et tel est le de'faut coinmun au\ Civilises, qui, tout boursouffle's de pretentions scientifiques, s'e'lanccnt dix fois au-dela de leur hut, et devienuent par exces de science, incapables de saisir les proce'de's simples et faciles de la nature.

u On n'en vit jamais de preuvc plus frappante que celle de 1'e'trier, invention si simple que tout enfant la pouvail faire ; cependantil a fallu 5000 ans avant que Te'trier nc fut invente', Les cavaliers, dansTantiquile, fatiguaienl prodigieusement; ilse'taient sujelsa de graves maladies, faute dun etrier; et le long des routes on placait des bornes pour aider a monter a cbeval. A ce re'eit, cliacun s'e'babit sur re'tourderie des anciens , e'tourderie qui a pourtant dure' cinquante siecles, quoique le moindre enfant eut pu la pre'venir. On verra bienlot que le genre hurnain a commis, au sujet des Series , la meme e'tourderie , et qu'il aurail sulli du moindre savant pour de'couvrir ce petit calcul. Puisqueenfm le voila saisi , toute critique sur sa simplicite', sera, je le re'pete, un ridicule que les plaisans jetteront sur eux-memes et sur vingtcinq siecles savans qui Tont manque'. »

Theorie des qualre Mowemens , |>agf l^oj.

Ajoutons que s'il etait simple d'arriver a l'idee tie la Serie, soit par deductions rationnelles , soit par concession a la nature et a l'instinct, il n'en a pas moins fallu une fiere force de genie createur pour calculer d'avancc les combinaisons et les rapports des Series et de leurs terraes, et en determiner a priori les Lois. — L'idee fondamenlalc de toute science est toujours une verite claire et limpide. Quoi de plus clair que

hf\ ORGANISATION. MY. III. CII. IV.

Yid&e &' attraction surlaquelle l'aslronomie pivote aujourd'hui tout entiere?

L'objet de ce livrc n'etant pas de creuser la science et de s'enfoncer dans ses ramifications , mais bien dexposer la decouverte de Fourier, de la faire comprendre et accepter, nous nous contenterons de donner sur les rapports et les lois des Series seulement quelques generalites necessaires a l'intelligence du mecanisme societaire. C'est de quoi nous allons nous occuper au chapitre suivant; constatons seulement en achevant celui-ci que nous avons introduit le developpement des Rivalitcs dans notre organisation industrielle, — ce qui constitue la troisieme condition speciale d'Altraction.

CHAP1T11E CINQU1EME.

LOI SERIAIRE ,

fmmuit generate I>r6 relations ljavmoniques.

Une loi gouveiue. le mondc des intelligences, et cettc loi existe des le commencement des chose* . comme celle qui gouverne le monde physique.

BAL4HCHE,

De toutes les impieles, la pire est cet impertinent prejuge qui suspecte Dieu d'avoir cree les honimes, les passious et les nialeriaui de 1'iudustrie , san. aToir arrete aucun plan sur leur organisation.

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