‹ Destinée sociale (volume 3)Chapitre 4 sur 116 · X IN TERMED · texte numérisé non relu

X IN TERMED

a pour caractere d'ofl'rir satisfaction a tout inl6ret donne, a toute facult6, a toute passion constitutive de I'hurnanite. N'ayant, en fait et dans sa r6alisation, rien de vraiment humain a rejeter, a condamner ou a opprimer, sa lutte intellectuelle contre les autres doctrines n'est pas du tout une lutte contre les interets speciaux ( materiels ou

Yon ne confonde point une re'alile avec des apparenccs. Le St.-Simonisme, par exemple, avait pris pour principe on plutot pour drapeau le mot association universelle; raais ce mot e'tait si peu compris, si pea serieux, et la doctrine sipeu capable du principe contenu dans ce mot, que le St.-Simonisme comraencait, meme doctrinalement et explicitement, par nier les interets les plus capitaux et les e'le'mens humains les plus importans, la propriete, I'heredite, la liherte, la famille, etc. Loin d'etre une doctrine d' association universelle, le St.- Simonisme, pour qui sait voir le fond des choses, a e'lc', sans que la plupart de ses apotres en eussent seulement la conscience, la plus grande manifestation rcvolutionnaire des temps modernes. Qn'cst-il resle' du St.-Sirnonisme dans le monde ? 11 en est reste, dans une partie de la presse rc'publicaine, l'ide'c absurde de la suppression de toute he're'dite', et, logiquement, de la proprie'le' individuelle ; et il en est reste dans les masses un levain re'volutionnaire qui couve, qui se de'veloppe sourdement, et qui ferait trembler les classes supe'rieures et nos gouvernans, s'ils n'ignoraient entierement ce que e'est que le pcuple, ce qui sc passe en lui, et s'ils n'avaient regu, a un degre eminent, le don de legerete', d'impre'voyance et d'aveuglement. Oui, il se fait a riieure qu'il est un travail terrible dans les tetes du peuple ; et si vous voulez en savoir quelque chose, allez dans les ateliers ou le peuple travaille aujourd'hui pour vos plaisirs et vos jouissances, heureux du monde ! La vous verrez des bras nerveux, des poitrines velucs, et vous entendrez des voix fortes el fieres chanter en cboeur, au bruit des marteaux et des enclumes, et sur des airs males etbelliqueux, des refrains dont vous coraprendrez peut-etre le sens, des refrains tels que celui-ci :

a Seme le cbamp, Prole'taire — » G'est l'Oisif qui re'coltera ! »

Si les liberaux, aujourd'hui au pouvoir, comprenaient la menace qui gronde au fond de ces paroles, vous verriez qu'ils les feraient de'fendre par la police, et que sur cette grande mesurc ils dormiraient tranquilles jjj 0 pre'voyance, ft ge'nie de nos hommes d'Etat j j

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moraux ) qui sont la base de ces doctrines speciales. Celte lutte n'est dirigee que contre l'exclusivisme du principe de ces doctrines etroites, et contre l'impuissance, la malfaisance, le vague, l'absurdite ou la nullite de leurs moyens. Notre lutte contre les autres doctrines est purement intellectuelle, et ne saurait jamais se resoudre logiquement en guerre dans le domaine des faits. Entre les secteset les partis, il y a des inter6ts opposes, des faits fondamentaux opposes, et qui, dans 1'etat social qu'ils acceptent les uns et les autres, se nient reellement. Les negations reciproques et la guerre de leurs idees les poussent a realiser l'oppression et la guerre dans les faits. Kos adversaires sont, patemrnent ou latemment, mais necessairement desennemis les uns pour les autres. De nous a eux, au contraire, il n'y a aucune hostilite essentielle, puisque nous afflrmons, dans une conception omnimode et superieure , toutes leurs affirmations particulieres, et que nous ne repoussons que les negations, qu'ils regardent, par grande erreur et par suite d'une inferiorite de point de vue , comme necessaires a la satisfaction de leurs interets respectifs. lis se combattent pour se detruire, pour aneantir reciproquement les elemens humains qu'ils represented ; nous les combattons pour les eclairer , pour leur prouver qu'il existe un moyen de developper harmoniquement tous ces elemens divers, de les satisfaire simullanement et completement. En un mot, chacun d'eux a interet a ce que tous les autres aient tort dans leurs doctrines ; tous, au contraire, par rapport a nous, ont inte're't a avoir tort dans leurs doctrines, et a ce que nous ayons raison dans la n6tre.

Cette these, que nous laissons ici dans son expression generale, peut 6tre amenee au dernier degre d'evidence par un examen philosophique de la nature de chaque opinion, de chaque secte, de chaque doctrine, en descendant a l'interet ou a I'idee dont chacune d'elles est la representation partielle. La demonstration generale de cette these de haute pacification ressort implicitement

XII INTERMEDE.

de I' essence meme de la conception de Fourier, el les demonstrations explicites en sont abondamment r6pandues dans tous les ouvrages de 1'EcoIe societaire : pour mon propre compte, j'ai tellement a cueur, malgre l'apparence de certaines formes, le desir de cette pacification superieure, que j'ai beaucoup multiplie les demonstrations et les applications de cet argument pacificateur (0. Je n'ai jamais cesse de comprendre la Ve'rite, comme je la comprenais quand j'ai prononce les paroles suivantes, qu'on me permettra de rappeler ici pour ma justification : « La Verite n'etait pas dans ce lourd bagage de » guerres et de bainespoliliques et religieuses que l'es- » prit humain tralne peniblement h sa suite depuis plu- » sieurs mille ans ; elle n'est pas dans tous ees miserable^ » haillons pbilosopbiques et dogmaliques qu'on jette sur » les epaules des peuples qui meurent & la peine. La » Yerit6 ne s'embarrasse pas de toutes ces nippes. Elle » se presente toujours aux hommes nue, parce qu'elle » est chaste et belle comme la Venus antique : et quand » elle s'est montree aux hommes, vous le savez, apres » les premiers eblouissemens produits par la gloire qui » 6mane d'elle, sur les yeux habitues aux longues obseu- » rites, apr6s les premieres clameurs des faux prelres » qui avaient usurpe chez les peuples le service de ses » autels, vous le savez, les peuples l'encensent et I'a- > dorent! C'est le bonheur qu'elle apporte au monde, — » non la guerre et les fanatismes intolerans des scc-

» taires Elle n'est pas intolerante, parce qu'elle est

» lumiere, et qu'elle sait que, rintclligence etant Iumiere, J lhomme viendra a elle par l'intelligence; elle n'est pas » intol6rante encore, parce qu'elle est amour et bon- » heur, et qu'elle sait que, lhomme n'etant pas ne pour » souffrir, il faudra bien que tantdt il se rende aux se- » ductions vives, aux attractions irresisliblcs de sa piris- • sance- » (TroisDise.,p. 74.)

(1) Dans la Debacle de la politique, T/ois Diseours, et la Phalange.

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Et mnarquez, je vous prie, lecteur, que ccs paroles, qui ne sont point dans notre bouche 1'expression d'une tolerance indifferenle ou d'un ecleclisine benin, ne sont pas davantage Ies paroles d'une vaine ostentation. D'autres doctrines, des partis politiques, des sectes religicuses, peuvent bien tenir un pareil langage ; rnais ce langage est dementi par leurs tendances et par lews actes. Dans noire doctrine seule, ce langage est conforme aux tendances reelles, aux manifestations effectives. En effet, a quoi visent, malgre leurs protestations de tolerance, les partisans des autres doctrines, les bommes des autres partis? Ou vont leurs efforts et leurs actes?

lis vont droit au pouvoir, a la force Us veulent le

gouvernement, ils veulent faire la hi! Us veulent tous arriver a dominer la societe, a lui imposer par la hi leurs idees, a faire triompher par la puissance legislative et administrative l'element qu'ils represented : ils veulent etre maitres des choses, et regler par I'autorite'les choses, comme il leur paralt convenir aux inte'rets speciaux dont ils sont preoccupes, que les choses soient reglees ! Ils ne voient pas d'autre moyen que la loi, c'est-a-dire l'obligation imposee par la force.

Nous, au contraire, que demandons-nous ? Demandons-nous la puissance, l'aulorit6, la force? Demandonsnous le pouvoir social pour agir sur la societe a notre convenance? Demandons-nous X empire, ou, si vous voulez, le minislere, comme tous les autres partis le demandent pour cux, pour leurs idees, pour leurs hommes? Non. Nous ne demandons point que la societe cntiere soit remise en nos mains pour lui appliquer nos theories par acte d" auto-rite" : nous demandons une experience sur un coin de terre; nous demandons une epreuve du mecanisme societaire, realisee sur quelques centaines d'hectares, par quelques capitaux conquis a nos convictions; nous ne voulons pas gouverner la societe" par la puissance, nous voulons Ve'difier par une experience, lui prouver, par un fait qui ne compromette aucun interet existant, que notre combinaison sociale est capable de

XIV INTERMEDE.

satisfaire tous les interets sociaux, tous les besoins, et ccla sans imposer aucun joug !

Le compelle intrare est au fond de toutes ces doctrines qui se disputcnt le gouvernement, le droit de faire la lot, c'est-a-dire la force. La liberie et I'harmonie sont au fond de la ndlrc, qui ne demande qu'une experience, un essai reduit a un espace infmiment petit, pour eclairer les hommes sur leurs vrais interets; qui ne veut envahir la societe que par le bienfait m6me de sa realite prouve a tous les yeux, sans rien imposer prealablement a personne.

Nous sommes done les serviteurs, les vrais serviteurs de I'humanite; les representans de tous ses interSts et <le toutes ses aspirations. Nous combattons, il est vrai; mais nous ne combattons que des erreurs fatales : nous ne combattons pas des intends, des elemens vivans et reels; nous ne combattons que les idees fausses, qui empechent nos adversaires de comprendre comment notre doctrine sert, beaucoup mieux que leurs propres theories, leurs propres interets : nous sommes au fond les amis et les serviteurs de nos adversaires. Comment lintolerance et la haine seraient-elles au fond de nos cceurs, a nous, dont la main est tendue a tous, et dont les armes ne frappent que les routines et les erreurs qui empechent les hommes de s'entendre, et les intenHs de toutes les classes d'entrer dans la combinaison bienfaisante qui les unira, qui fera regner la paix, qui ouvrira les sources abondantes de toutes les prosperit6s, realisera tous les accords et tous les bonheurs !...' Ah! de gr<ice, comprenez, comprenez bien le sens de nos luttes, le but de nos combats! Sans doute, et nous l'avons souvent dit, et e'est une triste necessite de ces temps d'anarchie et de temp6te, sans doute dans celte melee terrible des opinions contradictoires, des erreurs anciennes et recentes; dans cette mfelee ou tous frappent a tort et a travers a grands coups d'epees, de sabres et de massues, nous ne pouvons pas entrernus et desarmes; nous ne pouvons parer avec des eventails les coups que Ton

INTERMKDE. XV

nous porte; mais nous ne combattons que pour que Ton nous entende, pour que Ton fasse une treve, pour que Ton mette bas Ies armes, et que Ton raisonne, que Ton examine, que Ton juge, que Ton decide sur les choses par

l'intelligence et par l'experience Vous n'ecoutez pas,

vous ecrasez qui n'est pas arme ! C'est vous qui nous forcez de frapper, puisque vous ne voulez faire compte que de qui frappe fort.... Et l'experience est la, qui prouve que Ton ne nous a ecoutes qu'en proportion de ceque nous avons frappe

Influence act uellc de la Science passion nel le.

11 ne faut done pas nous rendre comptables de necessites que nous avons subies a notre grand deplaisir; ce qui est venu des conditions imposees par le milieu actuel, il ne faut pas l'attribuer a des dispositions qui ne s'ont pas dans nos cosurs et qui ne sauraient y tenir. De la haine dans nos coeurs; de la haine pour des hommes! bon Dieu, mais ce sentiment inferieur ne pourrait pas, fut-il m6me appele par la volonte, subsister chez ceux qui ont compris avec profondeur la science dont nous sommes Ies apdtres. Tout esprit quelque peu eleve, quand il est imbu de cette science, devient impermeable a la haine; et, loin de porter ce sentiment dans la discussion des idees, dans le domaine intellectuel, il ne peut pas mfime l'eprouver dans le domaine des faits, des actes, des relations sociales et morales. Dans le premier de ces domaines, il peut 6tre emporte sans doute par une energique reaction contre les prejuges funestes, les erreurs pernicieuses qui entretiennent le mal sur la terre; dans le second, il peut eprouver eloignement, pitie, degout ou mepris pour ces natures que les circonstances ont faussees et degradees, dans lesquelles la lachete, la perfidie, la bassesse et le vice se sont fortement enraci-

XVI INTEUMEDE.

nes; inais comme il voit et juge Ics causes des erreurs et des degradations* il demeure au-dessus de la haine, sentiment etroit et aveugle qui dans aucun cas ne saurait lui imposer sdnjoug humiliant.

Les doctrines morales les plus pures, les preceptes evangeliques eux-memes onl prohibe, en the'orie, la haine de l'liornme pour 1'homme; mais en fait, ces doctrines et ces preceptes n'ont pas empSche que des caracteres meme fort eleves qui les professaient fussenl sujels de la haine. He bien! le fait que je signale ici, c'est que notre doctrine, qui ne se reduit pasaune collection de preceptes moraux, mais qui est l'expression de la veritable science de l'hommc etde la societe, a le propre d'expulser la haine du coeur de ceux qui comprennent cetle science, s'ils sont dignesdelacomprendre;desorte que tel (je dis tel, je ne dis pas quiconque), de sorte que tel qui , nourri des preceptes moraux les plus purs, ne se flit jamais senti au-dessus de ce sentiment subversif , sen trouve affrancbi quand il s'est assimile la science que nous enseignons.

Ainsi, quoique le but direct de cette doctrine ne soit pas de moraliser les individus vivant dans la societe actuelle ; quoique son but direct soit de promulguer les conditions d'une societe nouvelle dans laquelle tous les homines praliqueront la vertu et s'aimeronl entre eux, parce que l'amour et la vertu auront sur eux, dans ces nouvelles conditions sociales, un charme tout-puissant ; l'effet actuel et indirect de cette doctrine est cependant plus 6nergiquement moralisateuret pacificateur que tous les efforts directement exerces par toutes les doctrines morales et religieuses anterieures. 11 est entendu que je parle toujours de cette doctrine bien comprise , comprise telle qu'elle est, comprise dans son essence et sa purete , et non comme la comprennent ceax qui croient y trouver la justification de leurs extravagances, de leurs desordres ou de leurs vices, sous pretexte que ce sont des essors passionnels.

Cette doctrine excite done a l'horreur du mal sous

INTERMEDE. XVII

ies trois formes erreur, laideur et vice , qu'il revet en se produisant dans ledomaine intellecluel, dans le domaine materiel, et dans le domaine moral : mais en meme temps, rapporlant le mal a ses causes, qui resident dans la faussete des combinaisons sociales, elle developpe l'amour de lHumanite, elle dispose a la tolerance, et donne a ce sentiment toute l'extension qu'il puisse, sans deraison et au sein des conditions actuelles, atteindre dans le cceur humain.

Or, sans aucun doule, loin d'etre contradictoires, ces deux sentimens sont fort compatibles. Une violente reaction contre le mal el contre les erreurs qui le propagentou 1'entretiennent, se concilie tres-bien avec l'amour de l'Humanite, et en est meme une manifestation d'.autant plus certaine quelle est plus puissante et plus sincere. Seulement il faut comprendre les choses, il faut se garderde laisser aller son jugement sur une fausse apparence, et de voir, par exemple, dans les formes energiques de cette reaction contre des erreurs funestes, un signe de haine ou de mauvais vouloir envers ceux qui de bonne foi professent ces erreurs.

Da Prejuge aucien, que les llomnies sosit condamnes an Hal stir la Terre.

Mettez-vous un moment a noire point de vue. Nous croyons qu'une grande decouverte a ete faite, la plus grande des decouvertes dont l'intelligence puisse prendre possession, la decouverte de la Loi des Destinees, des Harmonies Universelles et du Bonheur realisable sur cette terre.

Nous croyons que du moment oii, sur un point du globe, on sera entre dans les voies ouvertes par le Genie qui a reconnu cette loi sublime; que du moment ori un seul element social barmonique aura etc constifue; aus-

ii. ij

XVIII INTERMEDE.

sildt l'harmonie et le bonlieur se repandronl comme un cmbrasement sur le monde. Yoila noire croyance; elle est nette et tranchee : c'est une certitude mathematique , c'est une vue lucide et calme de l'arrangement des choses, suivant l'ordre que leurs rapports naturels invoquent, que leurs convenances appellent. Nous avons sous les yeux la societe de l'avenir, nous contentions le splendide cortege de ses harmonies; et nous voyons comment une experience (quin'exige pas des moyens gigantesques) peut, des demain, inaugurer sur le globe cet avenir de liberie, d'ordre, de vertu, de splendeur et de magnificence.

Eh bien! quoique le desir de ce bonheur possible soil le desir supreme de 1'homme et la vie de son Sme; quoique l'invincible gravitation de I'&tre interieur vers les spheres de ces harmonies prouve invinciblement que ce bonheur etces harmonies sontla voie de noire vraie Destinee, et que 1'homme a ete cree pour ces spheres heureuses; le passe, le passe douloureux, terrible, et les miseres de la realile presenle ont sicomplelemcnt etouffe 1'esperance et paralyse la foi dans les cceurs, que sur toute la terre, aujourd'hui, le bonheur universel est

considere comme la chimere par excellence Chose

etrange! on vous permetlraplutot de chercher la pierre philosophale ou la quadrature du cercle, que d'etudier

ce grand probleme du bonheur; du bonheur! que

toute ame desire, auquel toute ame aspire !

Celte reclamation universelle de la mfime fin, cette tendance necessaire , absolue , de tous les Etres vers le meme but, le bonheur, on refuse d'y voir la preuve que ce but est dans la Destinee des Etres et que les Etres doivent 1'alteindre! On aime mieux croire que ce but est une chimere, et que Dieu n'aurait ainsi frappe tout ce qui a vie du desir permanent et fatal d'un but impossible, que pour se donner l'odieux, l'infernal plaisir de torlurcr tous les etres vivans, en proportion m6me de lasuperioritedesfacult6setdes desirs dont illesauraitpourvus...!

Et pourquoi l'esprit de 1'homme s'est-il enfonce aussi

INTERCEDE. XIX

profondement dans 1'erreur et I' impiete? Comment s'est obscurcie cette verite lumineuse qui montre la realisable lite du bonheur comme la consequence naturelle de ce desir de bonheur que Ie Dieu grand et bon a depose dans nos cceurs, non pour nous egarer et nous tourmenter, mais pour nous mener k l'Harmonie et a ses joies surabondantes? Ah ! ce n'est pas seulement parce que, chez les masses, cette belle et pieuse croyance au bonheur s'est affaissee sous l'enorme pression des douleurs accumulees dans les mauvais jours ; c'est encore, c'est surlout parce que l'lntelligence et Ie Sentiment religieux, ces deux grandes puissances de l'homme, ont ete, des les temps anciens, fausses dansleurs voies parceuxqui imprimaient le mouvement aux idees et aux peuples. La Raison, qui devait servir de phare dans les tenebres ou les peuples etaient plonges; la Foi qui, pareille a la colonne de feu d'Israel, devait conduire a la Terre Promise I'Humanite engagee dans le desert, subissant Tune et 1'autre le joug du Mai qui dominait les masses, sc sont faites ses complices. L'une et 1'autre ont conspire contre la croyance de la Terre Promise, de la Destinee Heureuse ; l'une et 1'autre ont long-temps maintenu I'Humanite au milieu du

desert

• Par son poids, par sa duree, par son inertie, Ie Mai ogissait passivement sur le sentiment des generations et tendait a comprimer en elles l'espoir de la grande conquete. Les theories philosophiques et les dogmes ont travaille activement a seconder cet effet funeste; c'est directement, c'est en face, qu'ils ontattaque l'espoir du bonheur, pour le detruire dans ses racines; ils ont, de toute leur puissance sur I'esprit des peuples, sanctionne la negation de l'Harmonie sur la Terre; ils ont tant fait enfin, en combinant avec l'influence passive du Mai leur influence propre et active, qu'ils sont parvenus a inculquer a l'homme cette triste croyance que ce Mai (temporaire) est eternel, fatal et voulu; que sa source est dans notre nature meme, nature mauvaise, vicieuseet corrompue; que les privations, les douleurs et les larmes for-

XX 1NTERMEDE.

ment notre lot ici-bas; et qu'ici-bas la perfection <le la sagesse et dc la science humaines sera a jamais de savoir coraprimer Ies desirs que Dieu a mis en nous, enchainer les aspirations de l'&me et vivre en se resignant

Cette erreur fondamentale sur l'Homme etla Destinee apofte tous les fruits qu'une aussi grande erreur pouvait et devait produire : elle a fondc et universalis^ 1' incredulity et 1'egoisme.

En effet, si les doctrines religieuses et philosophiques (qui toutes jusqu'a notre Age, et malgre leurs formes diverses, se sont, au fond, constitutes sur cette commune erreur), si ces doctrines n'ont pas eu de peine a enlever entierement a l'individu l'espoir du bonheur de /'espece, comme elles etaient absolument impuissantes d tuer dans son cceur le dc'sir et V amour de son propre bonheur, elles ont eu pour resultat de jeter chaque homme dans la recherche isole'e et ego'iste de son bonheur

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