‹ Destinée sociale (volume 3)Chapitre 93 sur 116 · La Cupide ; 4. L? Evasive · texte numérisé non relu

La Cupide ; 4. L? Evasive

La Mondaine ou Absorbante.

1*. b La Dogmatique, donne'e ostensiblement par les precepteurs et professenrs, qui recoramandent le me'pris des richesses perfides, et autres sornettes comme les vertus des deux Brutus, Tun iinmolant ses fils, l'autre immolant son pere ; ou bien les vertus des jeunes republicans de Sparte, qui, en tuant des Uotes a la chasse, volant leur subsistance, exergant la pede'rastie collective, pre'ludaient aux vertus patriotiques de l'age mur.

» L'institution , a la vdrite, mele a ces balivernes libe'rales , quelques pre'ceptes excellens, mais qui ne font qu'effleurer et glisser. II arrive de cette bigarrure, que l'enfant goiite et admet ce qu'il y a de plus dangereux , et repousse le peu qu'il y a de bon. La cause en est dans le contlit des trois impulsions suivantes.

2°. » La Cupide ou insociale, donne'e secretement par les ■peres , qui enseignent a Tenfant que 1' argent est le nerf de la guerre, et qu'il faut avant tout songer a gagner du quibus , per fas et nefas. Les peres n'osent pas donner en toutes lettres cet odieux pre'cepte ; mais ils le prennent pour canevas de leur doctrine , et disposent l'enfant a etre fort accommodant sur toute chance de be'ne'fice, a savoii- faconner la morale aux convenances de l'inte'ret.

» N'est-ce pas la le theme des lecons paternelles, saufl'exception , qui confirme la regie ? D'ailleurs, sur ce vice radical de l'education familiale , si quelques hommes probes font exception, leur nombre s'eleve-t-il au 8e. ? Pas meme au 16". Rari nantes in gurgite vasto.

3°. » L'Insuhgenxe , donne'e cabalistiquement par les camarades qui , dans leur ligue turbulente contre les pe'dans et les

CONDITIONS DE L EDUCATION. qo5

peres, out pour regie de faire tout le contrairc de ce qu'on leur ordonne; railler la morale et les moralistes; briscr, quereller, piller des qu'ils ont un instant de liberte'; se venger de la soumission force'e par la rebellion secrete et la dissimulation concerte'e; e'riger l'esprit de revoke en point d'honneur, par de'dain et se'vices envers ceux qui favorisent Tautorite re'gentale.

4°. » L'Evasive, donne'e furtivement par les valets, qui aident l'enfant a e'cbapper au joug, le flagornent, le regalent en secret de friandises vole'es, pour se faire proner aupres des peres. lis le soutiennent et le conseillent dans toutes les mene'es tendant a l'affranchir des entraves morales : aussi l'enfant riche regarde-l-il les valets comme autant d'affide's secrets, et ceux-ci n'ont pas tort dans ce role; car les peres et meres sont deraisonnables au point de renvoyer sans autre motif, un valet qui deplairait a leurs enfans ou seulernent au favori.

» Tels sont les champions qui se disputent l'arene , jusqu'a. Tage de 15 ans, oil un cinquieme athlete plus vigoureux vient prendre la part du lion , tout envahir. Inter quatuor litigantes, quintus gaudet. Ce vainqueur est,

>< » L'education MONDAINE ou ahsorhante : il faut la placer en pivot, puisqu'elle broche sur les quatre autres, et en e'limine ou mochfie tout ce qui n'est pas a sa guise.

» L'enfant, a 16 ans, lors de son entree dans le monde, recoit une e'ducation toute nouvelle; on lui enseigne a se moquer des dogmes qui intimident et contiennent les e'coliers; a se conformer aux moeurs de la classe galante , se rire comme elle des doctrines morales ennemies du plaisir, et se moquer bientot apres des visions de probite, lorsqu'il passera des amourettes aux affaires d'ambition ; enfin s'engager dans les folles de'penses, les emprunts usuraires, et communiquer sa de'pravation a toutes les fillettes qu'il peut frequenter.

w Voila un quadrille d'e'ducations bien distinctes, dont quatre sont en concurrence jusqu'a lage nubile, ou la pivotale vient e'clipser et absorber toutes les autres. Avant cet age, la lre. .

'|(»j HATULONIE, I.IV. ITI. CM. III.

relic des savans, n'a qu'une influence apparente : c'est entte Irs trois autres que la pomme est clispute'e; elles envahissent le coeur, I'esprit et les sens de l'eleve; et lorsqu'il atteint 15 ans, a peine lui reste-t-il de l'e'ducation dogmaliqtie un le'ger fonds de pre'ceptes verlucux , la plnpart dangereux s'ils sont suivis a la lettre, raais qui n'ont d'empire qu'autant qu'ils se concilient avec les impulsions mondaines. »

Un conflit bien remnrquable encore , est celui qui provient du choc de leducation religieusc avec les precedentes. Jusqu'a dix ou douze ans, les enfans sont abandonnes aux pretres (par des parens, la plupart du temps incredules, philosophes, athees, qui detestent les pretres); ils sont amenes par les pretres, aux environs de la premiere communion, a une aveugle et stupide creance a tout ce qu'il plait a ceux-la de leur dire; ils portent des scapulaires et des chapelets, des reliques, du bois de la vraie croix; on les enfonce dans loutes les pratiques de sacristie; on abuse d'eux, faibles qu'ils sont; on leur meuble la tete avec des recits de miracles, des lectures absurdes, des contes snr l'enfer et le purgatoire; etpour enfaire, quoi? — des voltairiens ou des athees, quand leur education sera finie, (car, au sortir du college, qui croit au Christ, et combien croient a Dieu ou sen soucient?) et des vieillards hebetes et stupides, s'ils vont jusqu'a la vieillesse cacochyme des Civilises, qui les fait

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