‹ Destinée sociale (volume 4)Chapitre 10 sur 134 · DOCTRINE DE LA RÉDEMPTION · texte numérisé non relu

DOCTRINE DE LA RÉDEMPTION

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JiBv»-Cautv.

Que le lecteur se mette à notre point de vue. Nous croyons qu'une grande découverte a été faite^ la plus grande des découvertes dont Fintelligence puisse prendre possession^ la découverte de la Loi des Destinées^ des Harmonies Universelles et du Bonheur réalisable dès cette terre....

Nous croyons que du moment où, sur un point du globe, on sera entré dans les voies ouvertes par le Génie qui a brisé les sceaux de cette Loi sublime; que du moment où un seul élément social harmonique aura été constitué, aussitôt l'harmonie et le bonheur se répandront comme un embrasement sur le monde.

S6 IlfTERMÈDÈ.

Voilà notre croyance.

Elle est nette et tranchée ; c'est une certitude mathématique, c'est une vue lucide et calme de rarrangement des choses , suivant l'ordi'e (jue leurs rapports naturels invoquent, que Icui's convenances appellent. Nous avons sous les yeux la société de l'avenir, nous contemplons le splendido cortège de ses harmonies; et nous voyons comment une expérience (qui n'exige pas des moyens gigantesques) [>eut, dès demain , inaugurer sur le globe cet avenir de libellé, d'ordre, de vertu, de gloire et de magnificence. ,

Eh bien! quoique le désir de ce bonheur soit le désir suprême de l'homme et la vie de son Ame; quoique Tinvincible gravitation de l'être intérieur vers les sphères de ces harmonies prouve invinciblement que ce bonheur (et ces harmonies sont la voie de notre vraie Destinée , que l'homme a été créé pour ces sphères heureuses; le passé, le passé douloureux et terrible, et les misères de la réahté présente ont si complètement étoufle l'espérance et paral>jsé la foi dans les cœurs, que, sur toute la terre aujourd'hui, le bonheur universel est

considéré comme la chimère par excellence Chose

étrange ! on vous permettra plutôt de chercher la quadrature du cercle, que d'étudier ce grand problème du bonheur!... du bonheur que tout être désire, auquel toute âme aspire î

A cette réclamation universelle de la même fin, à cette tendance nécessaire, absolue, de tous les Êtres vers le même but, le iminiifx'r, on refuse de reconnaître la preuve que ce but est dans la Destinée des Êtres et que les Êtres doivent l'atteindre ! On aime mieux croire que ce but est un mirage vain, et que Dieu n'aurait ainsi frappe tout ce qui a vie du désir permanent et fatal d'un

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but impossible, que pour se donner Todieux , l'infernal plaisir de torturer tous les êtres vivants, en proportion même de la supériorité des facultés et des désire dont il les aurait pourvus !

Et pourquoi l'esprit de Thomme s'est-il enfoncé aussi profondément dans cette erreur impie? Gomment s'est obscurcie cette vérité lumineuse qui montre la réalisabilité du bonheur comme la conséquence naturelle du désir que le Dieu grand et bon a déposé dans nos cœurs, non pour nous égarer et nous tourmenter, mais pour nous mener à l'Harmonie, à ses joies surabondantes? Ah ! ce n'est pas seulement parce que, chez les masses, cette belle et pieuse croyance au bonheur s'est affaissée sous l'énorme pression des douleurs accumulées dans les mauvais jours; c'est encore, c'est surtout parce que rintelligénce et le Sentiment religieux, ces deux grandes Puissances de l'homme, ont été, dès les temps anciens, fanssés dans leurs voies par ceux qui imprimaient le mouvement aux idées et aux peuples. La Raison, qui devait servir de phare dans les ténèbres oii les peuples étaient plongés; la Foi qui, pareille à la colonne de feu d'Israël, devait conduire à la Terre-promise l'humanité engagée dans le désert; subissant Tune et l'autre le joug du Mal qui dominait les masses, se sont faites ses complices. L'une et l'autre ont conspiré contre la croyance à la Terre-promise , à la Destinée Heureuse ; l'une et l'autre ont arrêté l'humanité au milieu du désert....

Par son poids, par sa durée, par son inertie, le Mal agissant passivement sur le sentiment des générations tendait à comprimer en elles l'espoir de la grande conquête. Les théories philosophiques et les dogmes ont travaillé activement à seconder cet effet funeste» C'est directement, c'est en face, que les dogmes ont attaqué l'espoir du Bonheur, pour le détruire dans ses racines. Ils ont, de toute leur autorité sur l'esprit des peuples, sanctionné la négation de l'Harmonie sur la TeiTe, Ils ont tant fait enfin, en combinant avec l'intluence pas

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âve du Mal leur influence propre et active, qu'ils sont parvenus à inculquer à Thomme cette triste croyance que ce Mal (temporaire) est étemel, fatal et voulu ; que sa source est dans notre nature même, nature mauvaise, vicieuse et corrompue; que les privations, les douleurs et les larmes composent notre lot ici-bas ; et qu'à jamais ici-bas la perfection de la sagesse et de la science hu* maine sera de comprimer les désirs que Dieu a mis en nous, d'enchaîner les aspirations de Tâme et de vivre en se régnant •

Cette erreur colossale sur l'Homme et la Destinée a porté tous ses fruits de mort. Elle a fondé et universalisé l'iNCRÉouLrrÉ et I'égoïsme.

En effet, si les doctrines religieuses et philosophiques (qui toutes jusqu'à notre âge, et malgré leurs formes diverses, se sont, au fond, constituées sur cette commune erreur), si ces doctrines n'ont pas eu de peine à enlever entièrement à l'individu l'espoir du Bonheur de I'espègb, comme elles étaient absolument impuissantes à tuer dans son cœur le désir et V amour de son prophe bonheur^ elles ont eu pour résultat de jeter chaque homme dans la recherche isolée et égoïste de son bonheur personnel.

Le bonheur de l'espèce, le bonheur de tous, le bonheur solidaire, l'Harmonie sociale.... chimères! y croire c'était impiété ou folie. Mais en même temps l'individu restait Homme et voulait jouir (en ce monde ou en l'autre, peu importe). — De là, que pouvait-il sortir ? — Eh ! grajdd Dieu! ce qui en est sorti : l'égoïsme, et rien que l'égoïsme ; c'est-à-dire, un espoir tout indivt^ duel, une règle de conduite faisant consister la sagesse réelle, pratique, véritable, à chercher pour soi, et tout au plus pour les siens, son bien dans ce monde ; à savoir se caser soi et les siens dans ce monde ; ou, ce qui est

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encore et toujours l'égàîsme, à préparer son ioluiy c'està-dire, son bonheur inditidvbl dans Tautre monde !

Quant au bonheur de Y Humanité EsmÈmm dans ce monde^oujau salut de l'Humanité entièeb dans Vautre y c'était folie d'y songer suivant les théories philosophiques, c'était impiété d'y croire suivant les dogmes. Les philosophes et les prêtres se rencontraient dans une négation conmiune : ceux-là parlant au nom de la raison humaine, ceux-ci au nom de Dieu et de la foi

Oui! le lien suprême et harmonique de tous les Êtres du monde en Dieu, le Bonheur possible de l'espèce, la belle Destinée qui doit établir sur la terre l'abondance, Tamour, l'unité, la félicité universelle, investir l'homme de sa royauté sur la création, et le conduire par le bonheur terrestre aux bonheurs et aux gloires des développements futurs, des vies éternelles ultérieures : tout était faux et condamné I Ces saints désirs de l'âme qui veut le bonheur pour toutes les âmes, cette religieuse espérance du Règne de Dieu sur la terre, ces lumineuses émanations de l'éternelle Lumière du monde, ces aspirations divines c'étaient des pièges de Satan ! Car la

croyance au règne de Dieu siir la' Terre était une hérésie l'expression de cette croyance un blasphème

et la recherche des moyens d'établir le règne de Dieu icibas, une orgueilleuse révolte de Titan contre Dieu I

Voyez-vous la conséquence à laquelle conduisait invinciblement le dogme? — Travailler à établir dans la société les lois de Dieu, c'était se révolter contre Dieu ! car le Règne de Dieu dans la société ferait le bonheur des hommes sur la Terre, et Dieu, affirmait le dogme, n'entend pas que le bonheur règne sur une Terre qu'il a dévouée aux larmes et aux douleurs. — Se peut-il rien de plus monstrueusement contradictoire, rien d'aussi absurde ?

Tel est pourtant le dogme qui, depuis les temps les plus reculés, subjuguant VinteUigence et obscurdssaat le Verbe naturel de la Destinée, cette lumière qui éclaire

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tout homme venant an monde, a empêché le Génie humain de découvrir cette belle Destinée, en lui interdisant d'en rechercher les voies ; bien plus ! en loi ordonnant de croire que l'idée d'une Destinée heoreose étast une chimère (i).

Ce dogme abominable du Mal perpétuellement imposé à la Terre par la volonté de Dieu, de la souffiranoe érigée en loi de Dieu pour la terre, en moyen impératif de la purification et du salut ; ce dogme était en contradiction flagrante avec l'esprit du Christ et de sa doctrine. Le Christ voulait que les hommes formassent une société de frères, qu'ils s'unissent entre eux et en Dieu par l'amour. L'idéal social, dont la réalisation était le bot de ses prédications, de son saint dévouement et de sa mort, serait une soci^é heureuse ; car il est impossible de comprendre la Paix universelle, la Justice universeUeet l'Amour universel sans le Bonheur universel. Il est évident que dans un pionde où la vertu est générale, ci tous les hommes s'aiment, s'entendent, et travaillent i l'envi au bonheur les uns des autres, dans le monde que voulait Jésus, il n'y a plus de place pour le mal social! La pensée la plus élevée du Christ, comme toute transcendante pensée d'humanité, était donc directement contradictoire à ce dogme du mal. Ce dogme eût péri déjà

(i) Un lecteur Judicieux ne manquera pas de iàire ici une remtrque importante : c'est que, s'il est impie et absurde de nier à priori la poâsii)ilité du bonheur universel sur la terre, en soutenant qna Dieu veut absolument que le mal s'y perpétue , !1 est encore (brt déraisonnable de faire contre cette possibilité l'objection à poate^ . riori que l'on reproduit chaque jour. On dit : s'il y avait une destinée possible de bonheur pour J homme, il y a longtemps qu'on l'aurait trouvée.— Eh î comment l'aurait-on trouvée, puisque, Jusqu'à notre âge, on ne l'a Jamais cherchée, et qu'on n'a méOM tamals eni qu'elle fCkt possible?

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si le désir du Christ se fût déjà incamé dans la société humaine. Il succombera sans retour le jour où ce grand désir pour lequel le Fils de rilorame est mort il y a dixhuit cents ans, sera réalisé par le moyen dont la révélation a été réservée à Fourier, et pour lequel, lui aussi, il a souffert et il est mort, passus et niortuus est.

Si la douleur, si les souffrances, si toutes les misères nous sont imposées par la volonté de Dieu ; s'il lui plaît que nous subissions le joug du mal ; si nous ne pouvons mériter auprès de lui, rentrer en grâce et gagner notre salut éternel que par ces douleurs, par ces soutDrances, et par notre résignation à les supporter ; si Dieu considère comme une révolte contre sa volonté le bonheur goûté sur la terre, la charité alors est une ridicule inconséquence Porter secours à votre frère qui souffre, c'est

tendre un piège à sa faiblesse, c'est lui enlever des mérités, des occasions, des moyens de salut. Si vous diminuez le mal sur la Terre, si vous y faites régner l'abondance, le bien-être, si vous y rem[(lacez les privations et les sacrifices par les satisfactions... vous êtes le plus perfide des tentateurs, vous êtes la plus grande plaie de Thiunanité ! car vous avez séduit les hommes et vous leur avez enlevé les moyens de leur salut. Ce bienêtre qye vous avez répandu sur vos frères, ces joies, ces satisfactions que votre charité ardente a versées sur eux, ce bonheur goûté sur la terre aura irrité Dieu et escompté pour l'éternité le bonheur de vos frères. Vous serez ,^

d'autant plus malfaisant que vous ferez plus de bien icibas. Plus près la charité approchera de son but, plus elle se fera ingénieuse et puissante à rendre heureux les humains, plus elle aura préparc de victimes à l'enfer (et l'enfer de ce dogme terrible est éternel !). Voilà les coaséquences où le dogme mène ! Quiconque accepte le principe doit subir ces conséquences détestables. Et c'est pourtant là ce que l'ignorance, la domination et l'orgueil ont fait de la doctrine du Christ !...

Si la Charité, qui est une expansion du cœur et que

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prescrivait le Ghristy s'est développée malgré le dogme qui s'est constitaé par une erreur de l'esprit, ce dogme n'en a pas moins eu puissance de la renfermer dans le cercle le plus étroit, de la limiter à une action misérable, essentiellement individuelle et fragmentaire. En efiet, il a réduit la Charité à avoir pour expression l'aumAne, la dégradante aumône I L'aumône qui caractérise la barbarie d'une société dans laquelle les malheureux et les fidbles sont abandonnés aux hasards et aux humiliatioiis de cette charité individuelle, avilissante et corruptrice ! Cette charité-là, tout excellente qu'elle soit comme s^itiment et dans son principe, a bien plus nui à la société qu'elle ne lui a été utile. En jetant sur l'incendie des gouttes d'eau elle n'a finalement servi qu'à l'accroître. L'aumône et la charité publique (qui, elle aussi, a toujours été réduite à l'action individuelle, parce qu'elle n'a jamais eu pour objet que le soulagement transitoire de l'individu souffrant), l'aumône et la charité publique, ont nourri, loin de les réduire, la corruption et la misère.

La charité, qu'un dogme vrai, qu'une philosophie vraie eussent développée, et que les dogmes et les philosophies du passé ont étoufiée, c'est la charité supérieure, intelligente et large, la charité socialej qui n'exclut pas l'exercice éclairé de la charité individuelle tant que celleci est nécessaire; mais qui montre au cœur et au génie de l'homme, pour but à atteindre, l'amélioration générale de la société, la destruction de la misère, du vice, de la soufirance, dans leurs racines mêmes : l'annihilation du mal enfin dans ses causes 1 Voilà la charité qui sortait brûlante des enseignements du Christ, et qui, excitant et sollicitant le génie de l'Humanité à la recherche du bonheur social, en eût dès long-temps ouvert les voies, si la foi au bien, la confiance en Dieu et l'espérance eussent prévalu contre ce dogme du désespoir et du mal —-qui damnait le monde et le livrait à Satan.

Lorsque la poésie lugubre, qui avait enveloppé ce dogme des plus effrayants mystères, régnait sur les peu-

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pies, elle pouvait du moins servir à sanctionner des prescriptions de vertus et de sacrifices. Aujourd'hui ce règne est détruit. L'enfer et ses terreurs tiennent peu de place dans les préoccupations réelles des plus fougueux défenseurs du dogme eux-mêmes ^ et l'individu, précipité dans le tourbUlon d'un égoîsme effréné, se dévoue tout entier, convenez-en, à son intérêt, à sa fortune, an travail de son bien-être, sans trop se soucier de ce que ce. bien-être pourralui faire perdre dans l'éternité... L'indî>* vidu s'est donc complètement afiranchi du dogme, quant à ce qui concerne son individualité. Mais quant à ce qui regarde la société, il s'y attache fortement au contraire, et se range dévotement ou philosophiquement au principe du dogme qui caresse et légitime son ^oîsme. — Qu'est-ce que I'égoistb, en effet ? — Cest thoame qui fait au dogme du malheur aussi bon marché du bonrheur de «es frères , du bonheur de la société , qu'il met de fureur à lui disputer son bien propre j son bonheur isolé y son intérêt personnel....

Oui, ce sont les hommes le plus âprement dévoués à l'édification de leur fcurtune individuelle, les hommes qui n'ont qu'une seule pensée, qu'un seul but : celui de s'abriter contre le mal général, eux et leur famille, et d'accumuler dans le nid qu'ils ont construit à leur égoîsme toutes les commodités, toutes les jouissances de la vie... ce sont ceux-là précisément qui se montrent les apôtres furieux de la nécessité du mal social sur la terre ! — Us vous disent avec un aplomb incroyable, les uns, qu'il est impossible, les autres, qu'il est impie de vouloir réaliser pour tous les hommes, quoi? —ce qu'ils travaillent si ardemment à réaliser pour eux-mêmes! Et ces égoïstes vils répondront à vos principes d'universilisation du bonheur, en arguant oontre vous de la

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