DU FOND ET DE LA FORME
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responsable.
Quant au petit nombre de caractères raides et par trop sévères qui resteraient rebelles à nos légitimes excuses, et que notre acte d'attrition ne disposerait pas à l'indulgence, nous leur dirons de conserver tout ce qu'il leur en plairait de colère contre nos formes ; mais nous les avertirons que, après tout, il y a, dans les nécessités qui nous ont amené à cette discussion de forme, beaucoup de puérilité et fort peu de raison ; car, enfin, ce qui est ici en litige, ce qui importe, ce qui est grave, ce qui doit être jugé, ce à côté de quoi tout le reste tombe et s'efface, c'est le fond et non la forme, c'est la question sociale, non le style.
Qu'importe, par exemple, à la vérité et à l'acceptation de la découverte du Calcul différentiel Tâpreté des discussions qui s'établirent à ce sujet entre Newton et Leibnitz? Et si Newton eût promulgué dans un langage acerbe le théorème de VÀUraction proportionnelle atixnuuses et inversement proportionnelle au carré des distances, serait-on reçu à refuser cette loi comme régissant les relations de la lune, de la terre et des planètes entre elles et avec le soleil, par la raison que l'on aurait des reproches à faire au style dudit Newton? Ehl qu'est-ce, bon Dieu, que le Calcul différentiel et l^Àttraction sidérale, à côté du problème du Bonheur, de la Destinée humaine et des Destinées universelles? Ces deux belles découvertes partielles peuvent-elles entrer en ligne avec la solution de ce dernier problème? En lisant le TYaiti de VÂssociation de Fourieb, ou la présente Exposition ê/ementaire de sa découverte, ou tout autre écrit un peu rude de l'École, ce n'est donc pas le ton et le caractère du Mattre ou de son disciple qu'il importe de bien ou de mal juger. Ce ne sont pas des hommes qui sont en cause, mais une doctrine capitale.
Si ces hommes ont mérité des reproches tellement graves que vous ne puissiez leur pardonner eu égard aux positions y aux choses, aux nécessités de la légitime défense d'une grande et sainte cause ; si vous ne vous sentez pas indulgence pour
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eux en faveur de leurs bons sentiments, de leurs travaux persévérants, tenaces, de leur dévouement fort au bien de tous, blàmez-Ies, condamnez-les, prenez, comme on dit, laor tête... mais, au nom de Dieu, au nom de la raison, au nom de tous les malheureux qui souffrent, n'impliquez pas la doctrine dans votre exécution ! La doctrine est indépendante des méfaits de ceux qui la proclament.
C'est une chose qu'il faut dire haut : Toute doctrine, tonte opinion, toute scienco peut être mal défendue, mal propagée, mal servie. Toutes les causes ont de mauvais soldats, beaucoup plus de mauvais soldats que de bons. Mais les bonunee de raison et de sens doivent distinguer entre une cause, |a vérité, son importance, sa valeur propre, et les erreurs de ses partisans. La Théorie sociétaire mérite sans doute, par rimportance de son objet et par sa valeur propre, que Ton fasse en sa faveur c^tte distinction toujours légitime, qu'on ne la rende pas solidaire des travers d'esprit ou de OGBur, des sottises, des extravagances de ceux qui la présentent au monde.
Pour mon propre compte, je m'explique là-dessus nettement. Je désire sans doute, malgré mes passages massacrants , me concilier la bienveillance du lecteur, et c'est pour cela que j'ai eu à cœur do lui présenter les faits et les raisons que cet Intermède expose. Je ne l'en prie pas moins de faire bonne justice en me laissant, pour compte, tout œ qu'il rencontrera de vicieux dans mes écrits, et en reportant tout ce qu'il y trouvera de bon, de beau, de grand et de fécond au Génie de Fodrieb et à la Vérité éternelle par lai découverte.
D'autres critiques ont été faites à nos ouvrages ; je veiix parler de critiques purement littéraires, portant les unes sur le néologisme, les autres sur la correction du style. Les premières sont ridicules et no méritent pas de réponse. Il n'est pas de Science qui n'ait ses mots et sa langue, et qui n'y soit obligée pour éviter d'interminables périphrases. Qu'on n'ait pas besoin de mots nouveaux lorsque Ton brasse des lieux communs politiques ou moraux, lorsque l'on écrit des contes pour amuser les oisifs, etc., à la bonne heure. Mais quand on
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apporte des idées neuves, ce serait bien merveille que Ton trouvât tout faits , dans le Dictionnaire de VÀcadèmief les mots techniques nécessaires à l'expression de ces idées auxquelles la docto Assemblée est naturellement fort étrangère. Les mots no peuvent pas précéder les idées; et, quand des idées viennent au monde, elles veulent des noms et un baptême. Si l'on n'avait jamais créé des mots, il n'y aurait pas de langue. Au reste, le Supplhneni au Nouveau Dictionnaire de l'Académie^ de Didot, contient les principaux termes techniques de la Théorie sociétaire^ et lo Journal de la langue française, dans un article de M. Bonvalot, professeur au collège Charlemagne, ne craint pas de s'exprimer ainsi en parlant des socialistes de notre époque, et nommément de nous : « Ces hpmmes-là, comme on l'a vu, ne s'occupent pas à ra- » tisser des syllabes; ils vont au fond des choses, et, de la, » surgit une langue nouvelle, un dictionnaire nouveau : c*est » un fait immense que j'expose. »
Quant aux critiques relatives à la correction du style, je ne saurais en décliner la justesse, et les accepte volontiers à condition qu'on ne leur donnera pas trop d'importance. Sans doute Je fond ne perdrait rien à être enveloppé des formes les plus pures et les plus attrayantes. Mais si le style est tout dans les œuvres purement littéraires , si l'incorrection et la précipitation ne sont ni justifiables ni tolérables dans les objets d'art pur et simple, il n'en est point de même pour les objets de la Science , surtout de la Science sociale. Nous sommes des mineurs dont la tâche est d'extraire l'or du filon : nous ne sommes point des ciseleurs et des orfèvres. Que la critique littéraire se montre sévère, s'il y a lieu, pour un poème de M. de Lamartine, pour un roman de M. V. Hugo, pour un dithyrambe en prose de M. de Lamennais, à la bonne heure. Ce sont là des œuvres d'art, d'imagination, des productions littéraires qui n'offrent pas à la société des moyens d'organisation, des voies nouvelles. Elles doivent être jugées dans leur ordre et dans leur essence. Mais tout ce que l'on est en droit d'exiger de nous, qui allons au fond des choses, qui discutons les institutions, qui indiquons à la société des sources de prospérité, de vie et de puissance, et (jui ne nous érigeons pas en littérateurs, c'est que nous soyons clairs et logiques, et nos solutions heureuses et fécondes.
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Un puriste sévère, un écrivain qui s'est fait le croquemitaine de la littiraiure facile, M. Nisard enfin, a pris soin lui-même de nous absoudre dans une de ses philippiques contre cette littérature de pacotille qui abonde aujourd'hui sur le marché' littéraire : a Si vous connaissez, a- » t-il dit, quelque remède qui fasse cesser le hideux spec- » tacle d'une société manquant à l'homme qui lui offre ses » bras, son intelligence et son travail ; qui élargisse le cercle » où nous nous foulons les uns les autres, où il y a cent can- » didats pour une place, cent bouches pour un morceau de > pain; improvisez, le temps presse; brûlez le papier, lâches 9 la bride à votre plume; si vous savez quelque plan en » finances qui augmente le revenu public sans augmenter » l'impôt, qui donne au pauvre le pain et le sel ; improvisez.» On dirait que M. Nisard nous avait particulièrement en vue lorsqu'il signait ce laissez-p€u$er d'exception, car il invoque précisément ce que seuls nous offrons : Un procédé social défini dans ses moyens, et capable des résultats demandés.
Nous solliciterons donc tous, avec l'appui de la raison et sous l'autorité de M. Nisard, l'indulgence pour les fautes de syntaxe et les incorrections de style qui se rencontrent dans les écrits de VÈcole sociélaircy — indulgence dont le présent ouvrage a besoin plus que tout autre ; car ses différentes parties, interrompues et reprises à de longs intervalles, ont été composées dans des conditions peu favorables à une pureté et à un fini littéraire, que l'auteur est loin de dédaigner, mais dont il ne prétend pas avoir fait preuve.
ou SENS VRAI
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