‹ Destinée sociale (volume 4)Chapitre 114 sur 134 · LES CUISINES, OU EMPLOI MIXTE DES RÈGNES · texte numérisé non relu

LES CUISINES, OU EMPLOI MIXTE DES RÈGNES

Le lecteur ne doit pas oublier^ en commeoçant ce chapitre, la remarque que nous avons déjà faite ; à savoir : — que la Cuisine est la plus considérable et la plus importante de toutes les manufactures. Elle absorbe aujourd'hui presque tout le travail féminin , et l'homme même la déjà envahie dans les grands hôtels, les hôtelleries et les reslaurans. Réduite aux mesquines proportions du ménage actuel, il n est pas étonnant que cette industrie soit déconsidérée comme fonction ; mais dans la Phalange, les choses changent bien d'aspect A la vue des immenses ateliers de la fabrication culinaire (0, on comprendra de suite la haute importance de cette branche, qui se rallie à toutes les sciences naturelles. La Cuisine, je l'ai déjà dit, est la plus belle , la plus utile et la plus importante branche de la chimie ; et comme la plupart des produits du règne animal et du règne végétal arrivent à cette industrie, c'est dans ses ateliers que les enfans prendront les

( 1 ) Pour en juj^er par avance , il faut aller visiter les magnifiques ateliers de M. de Bolherel , rue de Navarin,

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premières coDDaissances des sciences naturelles, botanique 9 zoologie, anatomie, physique et chimie ; c'est là qu'ils recevront les premières leçons de ces sciences, répandues généralement dans toutes les séries et nécessaires aux séries gastro^ sophiques.

La nature a donné à l'enfant une violente Attraction pour les manipulations culinaires, parce que la Cuisine, organisée en mode vrai ou sociétaire, est ainsi l'atelier d'éclosion des instincts scientifiques; parce que encore elle se lie à l'ensemble du travail agricole, puisque c'est là que les produits agricoles sont employés et jugés; et enfin parce qu'elle est la grande école de la dextérité. C'est dans ses ateliers que les enfans acquerront de bonne heure l'habileté pratique, l'adresse qui leur sera si nécessaire dans les laboratoires, dans les manufactures, et dans tous les actes de leur vie individuelle. J'ai vu un sujet fort distingué, sorti le premier de VEcole polytechnique^ et qui, à VEcole des mines^ où il y a de nombreuses manipulations chimiques à faire, a échoué faute de cette dextérité qu'il aurait si bien acquise , enfant, dans les Cuisines sociétaires. Aussi appréciait-il la haute importance des choses que l'on va lire , et que des personnes irréfléchies pourraient seules regarder comme futiles. Lisons donc

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avec intelligence y et rappelons-nous bien que la nature ne se trompe pas dans les impulsions collectives quelle distribue, soit aux enfans, soit aux hommes faits.

Influence des Cuisines en Éducation.

« Etrange paradoxe ! Il s^agit de démontrer futilité de la gourmandise chez les enfans; c'est peut-être le sujet le plus propre à confondre les antagonistes de TAttraction , et mettre en ëvidence la sagesse du Gre'ateur des passions.

M Si la nature est sage dans ses impulsions générales, elle doit être sage dans la plus puissante passion quMle ait donoëe à Teniànt ; c*est la gourmandise.

» Pour constater la justesse distributive de Dieu dans cette impulsion dominante des enfans , il faut prouver que la gourmandise tendra , dans Vétat sociétaire , )k les conduire aux trois foyers d* Attraction : à la richesse, aux groupes, ans Séries industrielles. Il n'y a de juste et louable en mécanique sociale, que les ressorts qui nous dirigent a ces trois buts, et par suite à Tunité sociale.

» Signalons ici Terreur de mots , et par suite Terreur de jugement ; yice condamné si souvent par nos sages , qui pourtant y tombent sans cesse.

« Les enfans, disent-ils, sont de petits gourmands; il faut les » corriger, modérer leurs passions. » Rien n'est plus faux : les enfans ne sont point gourmands, mais seulement gloutons, goinfres , goulus. Le mot gourmand est ^ peu près synonyme de gastronome ; il se prend en bonne part , puisqu'on dit un FIN GOURMA.ND ; on ne dira pas, fin glouton, fin goinfre, fin goulu; tous trob sont de genre triyial.

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» Les Apicius sont gens de bonne compagnie , raisonnant savamment de leur art , dont ib sont trop préoccupés. Or , quel rapport entre un Âpicius et des enfans qui mangent avec avidité des pommes vertes, des prunes a cocbon! S*ils étaient gourmands , connaisseurs délicats , ils renverraient ces alimens aux pourceaux. Ils sont donc goinfres , gloutons, goulus; et pour les en corriger, il faut les ramener ^ la gourmandise ou gastronomie. Analysons les effets industriels a obtenir de cette métamorphose.

» On observe partout que la classe la plus réservée )k table , est celle des cuisiniers ; ils sont en général gastronomes , juges sévères , dissertant bien sur les mets , sans en faire aucun excès. Ils sont proporlionnément la plus sobre des classes qui ont la bonne chère 'k discrétion.

u Le meilleur préservatif de la gloutonnerie serait donc , pour les enfans , un ordre de choses où ils deviendraient tous cuisiniers et gourmands raffinés, autrement dit gastronomes,

» La thèse étant des plus neuves , j'ai dû Tétayer de distinctions exactes sur le sens des mots , et sur les indices que fournit IVtat des choses en Civilisation.

I» Sur ce , on va reproduire Tobjection déj^ faite , au sujet de rOpéra. « Vous voulez donc, dira-t-on , élever tous les enfans \ » l'état de cuisinier ! » Ce n'est pas moi qui veux ; c'est l'Attraction qui en ordonne ainsi ; et Von va se convaincre qu'elle veut passionner pour la cuisine tous les enÊms.

u TOUS , en style de mouvement, signifie les 7/8^, puisqu'il est connu que l'exception de 1/8*. confirme la règle,

» Or, quand les 7/8*** des enfans seront passionnés pour jouer l'Opéra et faire la cuisine, en vaudront-ib moins pour cela? c'est ce que nous allons examiner.

9 Observons d'abord que c'est le but indirect de la morale civilisée : elle exprime sans cesse et implicitement le vœn de voir les enfans se faire cubiniers, car elle veut qu'ib s'adonnent au soin des animaux et des végétaux.

o Comment pourront-ils juger des méthodes préférables dans le soin des animaux et v^étaox , s'ils ne connaissent pas les rap-

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ports de manutenlion agricole avec les ressources de manutention culinaire ? Tagriculteur qui ignore cet art, travaflle sans principes et sans but, qnant aux emplois.

» Ainsi font nos yiHageois , qui élèvent un animal ou cultirent un légume pour tacher de tromper celui qui TacKetera ; mais si, selon le vœu de la morale, on spécule sur un état d^unicé et d^accord intentionnel ; si le cultivateur veut favoriser le consommateur, il doit connaître Templôi mixte ou art de la cuisine , et se guider dans ses cultures selon les convenances de cet art.

u De El résulte déj^ que la cuisine est portion intégrante des études agricoles , et que , pour faire de Teniant un par£dt agro nome en gestion animale et v^étale, il faut de très-bonne heure rinitier aux rafRnemcns de cette cuisine , de cette gastronomie proscrite par les £iroucbes amis des raves et des droits de lliomme.

» Nos soi-disant gastronomes, tant écrivains que praticiens, ne sont point du tout ^ la hauteur du sujet ; ils le ravalent en le traitant sur le ton plaisant. Il est vrai qu'en Gvilisation , la gastronomie ne peut jouer qu'un rôle très-subalterne , et plos voisin de la débauche que de la sagesse , mais en Harmonie elle sera révérée conmie ressort principal d'équilibre des passions.

» Le sens du goût est un char à 4 roues qui sont :

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