C'est là certainement une des raisons princi
pour lesquelles nos prédicateurs se plaisent tant
exte. Q y a de si formidables antithèses, de si beaux
dramatiques, dans cette matière! Mais outre que
ïets sont bien rebattus, qu'ils sentent fort l'ampli-
)n de collège et appartiennent de droit à la littéra-
ADez écouter on sermon contre le [monde et le loxe , dans ) de Notre-Dame de Lorette, et essayez d'accorder les idées catbolieisme vous y donne par les yeux avec celles qu'il vobs oe par les oreilles ! Pourquoi le clergé qui vient de décorer SgUse comme une salle de bal, et qui même y monte de fort Dncerts tout en y sermonnant comme nous disons, ne prend-il costume (ashionable et ne court-il pas les bals pour y prêcher His du monde aux dames pendant la valse et la contredanse? rais là une eonOMia nonvdle, mais non pas uoA logiq^is dlffé- (Ifoiê dclat*' édiUon.)
M ^ niTIlMtDI.
tore facile , à Téloqaence de pacotille y des conreiiumi de rhétorique ne devraient en aucun cas, surtout dans h chaire religieuse, faire manquer aux couTenances de k raison et du bon sens. Or, il n y a pas de raison à prêcher, sans relâche, à une société, des commaodemnli qu'on la sait fort décidée à ne mettre pas en pratique, H auxquels on est bien décidé soinnéme à ne pas obéir. El il n'y a pas de bon sens à associer la religion que l'oa est chargé de défendre, à une idée fausse et funeste que l'on sait parfaitement perdue et perdue sans retour.
De bonne foi, nos prédicateurs et nos écrivains puritains, catholiques ou protestants, croient-ils qu'ils pan vent être pris au sérieux? qu'à leur voix la sodélé vt abandonner l'Industrie pour s'absorber dans de fiJnéaih tes contemplations, et cesser de travailler pour s'admî* nistrer la discipline? De bonne foi même, ces messiems désirent-ils qu'on les prenne au sérieux, qu'on obéisK à leurs théories? souhaiteraient-ils que leur éloquence amen&t chacun à se détacher du monde, à abandonner le travail , la production , les arts et tout ce qui est nécessaire à la vie, à la force, à la richesse et au progtèi de la société? Quelle société serait possible, si, ooiné* quemment au dogme absurde du mépris du monde et de ses biens, l'homme cessait toute association de son acti* vite et de son intelligence avec cette Terre à laqudk Dieu a donné la bienfaisante fécondité qui nous fidt vivre?
Chose étrange ! les prescriptions et les dogmes de ces messieurs, exécutés à la lettre, dissoudraient, ruineraient la société ! Si nous étions tous parfaits à leur manière, notre génération s'éteindrait dans les jeûnes, dans kl macérations et dans la misère ; et, non contente de son douloureux, de son lent et pieux suicide, elle se garderait de procréer une génération qui la remplaçât, car la continence absolue, au dire des mômes doctrines, est plus agréable à Dieu que les unions même légitimées par le sacrement I
DOCTiniB M LA BtSMPTIOlf. 67
-^ Ministres de Dieu, les lois de Dieu sur l'homme sont écrites dans la nature de l'homme , dans les attraits normaux de son âme et dans les organes de son corps. Si Dieu voulait que nous accomplissions des lois oppo-^ sées aux lois de notre Être dont il est l'auteur^ en Tue desquelles il nous a créé des organes et des attraits natu* vtiSy s'il nous faisait vouloir et nous donnait des
OSeANES POUR ACCOMPLIR, ET SI, EN MÊME TËMPS^ IL NE VOULAIT PAS L'AGCOBIPUSSE3i£NT DE CE QU'lL
NOUS PAIT VOULOIR ET NOUS EN PUNISSAIT, il Serait le plus inepte des Êtres ou le plus odieux des tyrans... Avir sez donc, si vous voulez que vos frères respectent vos enseignements, si vous voulez reprendre sur eux une lé* gitime influence, à ne pas faire tomber Dieu dans des contradictions méprisables ; car à ces contradictions nous ne vous reconnaîtrons pas pour les vrais interprètes de la Raison divine. 8i vous restez inférieurs même à la Raison du siècle, vous qui devriez Tédairer et k guider, la Raison du siècle passera à côté devons avec le sourire d'un juste dédain ; et votre puissance, qui pourrait encore ressusciter, glorieuse et grande, à la condition d'être intelligente et propice au Monde, achèvera de périr... Ne voyez-vous pas qu'en préchant le suicide à la Fille de Dieu sur la Terre, à l'Humanité qui a grandi et qui aent sa vie et ses forces, vous vous suicidez vous-mêmes? U faut le dire à l'autorité religieuse comme à l'autorité politique : Vous ne pouvez ni dompter ni réduire le monde, vous pouvez seulement le gouverner. Mais vous ne le gouvernerez qu'à la condition de reconnaître et de comprendre sa vie réelle, la vie réelle et actuelle de la société, et d'agir conformément aux convenances de son développement matériel et spirituel. Que si, par aveuglement on par obstination, vous vous renfermez dans les formes uaées, impoissuites et fausees d'un passé, passé sans retour, vos temples seront comme des tombeaujc vides au milieu d'une cité active et populeuse, et de nourleaux temples, qui seront les temples des vivants ^ s'élève-
68 INTBRMtDB.
ront à côté d«s tombeaux des morts : — car le sentimeil religieux, ce haut et impérieux besom de la belle nature humaine, ne peut périr dans les sociétés ; et les sociétés, en religion comme en politique, finissent par m faire satisfaction quand on refiise de leur donner watin faction.
Ne Taudrait-il pas mieux pourtant qu'une transefoniMh tion nécessaire, inévitable, forcée par le déyeloppement de la vie sociale et boxne, se développât par Tantorilé > ancienne, que contrairement à cette autorité, ou à oMé d'elle et sans son concours? Et comment cela poumit-îi ôtre, si vous vous obstinez à poursuivre vous^nâmei l'amoindrissement de votre influence en continuant à ftnir aux hommes de notre temps un langage qui n'eri plus de notre temps, un langage qui n'a aucun rapport avec la réalité des choses, avec la vie de la sodéléy m qui ne s'y rapporte que pour la foudroyer par des anathèmes, grotesques à force d'être solennellement in^uiisants? La société d'aujourd'hui n'est pas un monasliva du XII® siècle : Paris n'est pas un cloître et ne se di^oie guère à le devenir; et cependant vous nous parla comme si cela était ou pouvait être! Aussi, pendant qie vous demeurez dans ce monde qui n'existe pas, dans ee monde conventionnel, le monde réel marche, vit, agit, bien ou mal, mais sans vous, sans votre concours, sam votre influence, sans seulement écouter vos sermons; ou, si par hasard, par caprice, par mode ou par pattetemps, il en écoute un, il dit : a Ce prédicateur a un bd » organe, ce prédicateur n'improvise pas bien, ce prédi-
» caleur a beaucoup de talent ; » et sur des élogesos
des critiques de ce genre, il retourne à la vie réelle e( à ses afiaires Ce n'est certes pas là l'efTet que je voudrais de la parole du prêtre. Mieux vaudrait Tabseiioe de culte que ce simulacre sans vie et sans influence.
DoQha
NB BB LA RADBHniOR. 69
Mais, dites-vous, le mal vient de ce que le Siècle est sans religion.
Holà ! ces paroles par lesquelles vous portez accusation contre le Siècle sont précisément votre condamnation ; car elles soulèvent un pourquoi formidable qui retombe ^ sur vous de tout son poids et vous écrase... Pourquoi k Siècle est-il sans religion? — ^Direz-vous que Thomme ne nadt plus avec le besoin religieux, avec la capacité du sentiment religieux, avec la faculté religieuse? Non; car Tenfant qui vient au monde aujourd'hui n'est pas différent de celui qui venait au monde il y a cinq cents ans, il y a mille ans, il y a vingt siècles. Non encore, car le besoin d'une satisfaction religieuse est tel, qu'aujourd'hui même il conduit dans vos temples des hommes qui n'ont pas foi en vous, mais qui, à défaut de la réalité dont le besoin les tourmente, vont y chercher des ombres en pâture...
Pourquoi donc le Siècle est-il sans religion? — Parue que VOUS^ dont la fonction était de maintenir, de cultiver, de développer la Religion dans la société y vous avez manqué à vos fonctions et fait défaut à votre tâche I
Chose étrange entre toutes, que ce soit vous qui accudez en disant : le Siècle est sans religion/
Le Feu Sacré est éteint! — Et voici que le Collège des Vestales, à la garde duquel il était confié, et qui l'a éteint ou laissé éteindre entre ses mains, parait devant le Peuple Romain... Vous croyez que le Collège des Vestales se présente de l'air morne et contrit des accusés, des coupables et des supplians? Non point, en vérité. C'est la tête haute et d'un ton accusateur, qu'il s'adresse à la foule et prétend la condamner en la frappant de cette parole : le Feu sacré est éteint/
Ëglise catholique! oui, la société est sans religion
70 IWTCMtOB.
Et c'est pourquoi la société vous demande compte ; car c'est vous qui vous étiez chargée d'alimenter le sentiment religieux dans son sein ! Qu'avez-vous fait du Feu sacré confie à votre gardée et pourquoi aujourd'hui le Feu estil éteint ? La société vous avait-elle rien refusé de ce qui était nécessaire à l'accomplissement de votre ministère, elle qui s'était li\Tée sans réser\'e à votre toute-puissance !
Vous rejetez la faute sur l'esprit de révolte, sur l'incrédulité et la perversité des temps modernes Eh!
comment ne voyez-vous pas que vous répondez par le fait même qui vous accuse et qui vous condamne? Car d'où est-il sorti, cet esprit d'incrédulité et de perversité dont vous parlez? N'cst-il pas le fils de vos œuvres? Vous avez possédé la société tout entière, vous l'avez tenue tout entière entre vos fortes mains pendant des siècles. Vous preniez les générations dès le jour de la naissance ; vous marquiez de votre signe les enfants des hommes avant qu'ils eussent pressé la mamelle de leur mère, et
vous exerciez autorité sur eux jusqu'au tombeau Que
dis-je? Votre autorité s'étendait, mystérieuse, terrible, omnipotente, au-delà de la tombe elle-même et réglait les comptes de l'Éternité ! Aucun acte de la vie, aucun homme ne vous échappait, ni dans c^ monde, ni dans l'autre. Vous façonniez à votre convenance l'esprit de% enfants du Pâtre et l'esprit des enfants du Roi. Le réseau de votre domination enlaçait les palais et les chaumières et couvrait la terre ! Église catholique ! vous seule avez eu la plus formidable puissance qui fut jamais ; car vous seule avez réalisé, pour votre principe, un système cT enseignement un et universel; et aujourd'hui encore, quand l'Université, qui d'ailleurs accepte votre enseignement, donne à quelques centaines de mille créatures hur maines, en France, son instruction spéciale, vous donnez la vôtre, dans vos chaires, à trente-deux millions d'enfants!
Et c'est après avoir ainsi tenu, dominé, possédé, élevé, gouverné la société tout entière pendant des siècles, que
fù
DOCTEIWÉ ra^'lA lÉDBMPTION. T4
VOUS venez vous plaindre de« actuels résultats d'irréligion et récriminer de ce que le monde vous échappe! Eh ! si la Société vous échappe, mal^é la domination absolue que vous aviez étendue sur elle, c'est donc que votre action, qui devait lui être propice, heureuse et maternelle, était devenue singulièrement lourde, oppressive, hostile. Si vous aviez favorisé la vie et le développement de l'Humanité, sur laquelle vous aviez toute influence, tonte autorité, et dont vous iéleviez les empants, pourquoi et comment l'Humanité se serait^lle dressée contre vous? Si vous aviez toujours été ce qu'il y avait à chaque époque de plus vrai, de plus utile, de plus intelligent, pourquoi et comment auriez-vous perdu votre influence ? Car vous étiez omnipotente, et l'esprit de ré-volte, d'insubordination et d orgueil individuel, dont les générations modernes sont maintenant pénétrées jusqu'aux oSy n'était pas né.
Église, Église! pourquoi vos flls se sont-ils tournés contre vonsî Les philosophes et leurs pères ont été vos fils et vos élèves.
ÉgUse \ vous n'avez pas voulu marcher avec THuma^nité qui a marché ; vous n'avez pas voulu enlever vousmême, en modifiant vos dogmes barbares, ou en les hissant tomber dans l'oubli et passant outre avec l'intelligence moderne, vous n'avez pas voulu enlever les obstacles que vos dogmes faisaient sur notre chemin ; vous n'avez pas voulu tenir aux Peuples grandis en force, en raison, en intelligence, à l'Europe policée, industrieuse el lavante, un autre langage que celui avec lequel vou^ floomettiez, dans les premiers siècles , les grossières 1^ gîons des Goths, dos Huns et des Vandales; vous ne voulez dire ni plus, ni moins, ni autrement aux Français d'aujourd'hui, que vous ne disiez aux Franks de Clovia ou de Méfovée...
A cela vous répondez que c'est ce qui fait votre gloire, ear la vérité est identique à elle-même dans tous les temps et dans tons les lieux, et ne saprait faïkv su gré
7S INTStJitDB,
des circonstances. — Le principe est juste, mais ne démontre point la justesse de l'application que vons en faites. La vérité ne change pas : les vérités mathématiques découvertes par Pythagore, Platon, Euclide et ArcÛmède, sont certainement tout aussi vraies aujomd*hiii qu'au temps où ces géomètres les découvrirent. U en est manifestement de même de la loi morale proclamée par Jésus. Mais si l'invariabilité est un des caractères de la vérité, cela ne prouve nullement qu'une erreur devient une vérité par l'obstination qu'une corporation peot é mettre à la soutenir invariablement.
L'homme étant fait pour connaître et aimer la véniéy il arrive que lorsqu'une vérité lui est révélée et qu'il l'a comprise et acceptée, il la conserve sans modificatûm et sans altération dans le trésor de sa connaissance. L'endence de cette vérité conquise ne diminue pas pour loi au fur et à mesure que son intelligence se développe. An contraire, cette évidence n'en est que plus profondément et plus généralement sentie dans l'Humanité. Ainsi, quand une chose est vraie, l'Humanité ne peut cesser de h comprendre vraie en s'éclairant davantage. Voilà pourquoi les vérités géométriques dont nous parlons et la vérité morale du principe de Jésus-Christ, brillent aujourd'hui, dans la liberté de la conscience humaine, d'un jour aussi pur, plus pur même ou au moins plus complet qu'à l'époque où cette conscience en a pris possession pour la première fois.
Quant au dogme de la sainteté du mépris des choiei de la terre et du renoncement au monde, vous avez tHen pu y croire à une certaine époque et le faire accepter comme un acte de foi, par la prodigieuse et légitime influence de votre supériorité sur des populations incoltes et ignorantes, et parce que des nuages épais obscurcis-
DOCniNB BB tk mÊDUFTipil. 73
8aient totalement encore à cette époqae la Destinée humaine. Mais votre obstination à demeurer aujourd'hui dans une erreur que Tesprit humain abandonne, et que vous croyez devoir à vos prétentions d'infaillibilité de prêcher comme vous la prêchiez il y a dix et quinze siècles, prouve certainement la fixité de ces prétentions, mais non pas la fixité du dogme dans la conscience libre de l'homme. Or, c'est cette fixité de l'assentiment de la conscience libre à l'idée qui serait une manifestation de vérité en sa faveur.
Voyez la différence du vrai et du faux. Au pr&icipe de Jésus vous avez mêlé des dogmes étrangers et hérétiques. Pour un temps vous avez fait accepter le tout ensemble aux hommes. Mais 2|u fur et à mesure que l'intelligence humaine, cette nol[)le fille de Dieu, a grandi et s'est débarrassée de ses langes, elle a compris avec plus d'évidence, elle s'est assimilé avec plus de force le principe de Jésus, parce que ce principe, en tant que vérité, était adéquat de cette intelligence dont la vérité est l'aliment essentiel et en quelque sorte la substance intégrante. Et cependant que le principe de Jésus s'élevait, brillant d'un éclat de plus en plus vif, les dogmes faux auxquels il avait été associé et qui bénéficiaient du reflet de sa pure lumière , ces dogmes allaient pâlissant, se ternissant, s'obscurcissant. Et voici que le principe de la paix et de l'amour, qui s'est victorieusement dégagé, dans la conscience humaine, des idées tumultueuses, guerrières, mystiques et barbares du moyen âge, rejette aujourd'hui cet alliage impur des religions antérieures, ce cortège hétérogène des métaphysiques platoniciennes, des cosmogonies et des théogonies égyptiennes et orientales dont étaient imbus les sophistes et les docteurs qui, lors de leur conversion au Christianisme, les introduisirent à flots écumenx dans la doctrine de Jésus.
L'Esprit moderne, en conservant la conception de Jésus, l'excellence du principe de la paix, de l'amour, de l'union des hommes entre eux et avec Ûeu; en repous-
76 INTElMtDB
Arrivons, en nous résumant, au fait que nous voulons signaler pour finir.
L'intelligence humaine, avons-nous établi, après avoir accepté des dogmes faux, absurdes, funestes, sur Dieu, le Monde, THomme et la Destinée, s'est révoltée contre ces dogmes et contre l'autorité qui les avait imposés et qui les maintenait. Tant qu'elle eut un combat sérieox à soutenir, le combat suffit à son activité. Mais après la victoire, comme Eve après sa première révolte et sa première conquête, l'âme humaine se vit nue ! elle se trouva sans dogme , sans religion, sans idée supérieure et directrice, sans foi. Alors le besoin du plus noble, du plus sublime de ses aliments s'est de nouveau révélé en elle. Dévastée , dévorée par un scepticisme aride, Eve a pouaé des gémissements lamentai)les, elle a compris qu'une croyance religieuse était aussi nécessaire à l'honume social que le pain au corps de l'homme individuel.
La manifestation de ce besoin a réjoui les soldats arriérés des vieux dogmes, car Us n'en ont pas compris le sens : ils ont cru qu'elle indiquait un retour à l'esprit du passé. Quelques caractères faibles ou légers, des hommes fatigués, des littérateurs inconséquents, romancierSi feuilletonnistes, avides de parler reUgion et philosophie pour orner leur futilité; des jeunes gens irréfléchis, frappés des beautés de l'art chrétien dont notre siècle a retrouvé Tintelligence, visitant le passé avec leur imagination, amoureux des belles madones et des naïves légendes, ont cru aussi que la société allait débonnairement reprendre la foi du moyen âge. — Ce sont là des jugements insensés ou plutôt puérils; car il est bien fadle de reconnaître que, loin de la ramener au passé, le travail qui s'opère dans la société l'en éloigne davantage. En effet, l'esprit humain qui avait secoué les dogmes anciens
Docnms mit ul itoEimioH. 77
et qui s'était arrêté dùis de simples négations^ reconnaissant aujourd'hui la nécessité d'une croyance et cherchant une affirmation qui ne sera certainement pas celle des moines du xip siècle, continue évidemment son cours vers Tidée de l'avenir, bien loin de retourner aux dogmatiques du passé. L'homme ayant préludé à la prise de possession de la Terre par un développement décisif de sa force, de son intelligence, de son industrie, ne peut plus reprendre la croyance insensée et ignorante qui avilissait la Terre. Il doute encore, mais il lui faudra bientôt la croyance intelligente et lumineuse qui fera de la Terre l'une des oasis du Ciel.
L'idée claire et brillante de la Destinée de l'homme, telle que nous la faisons connaître, n'a donc pas encore illuminé et ne possède pas tous les esprits; mais l'avenir lui appartient incontestablement. Déjà, en effet, à part quelques obstinations étroites, les esprits sérieux se tournent du côté de la question sociale, et pressentent le règne de la liberté, de l'harmonie, du bonheur sur la Terre. Qu'il y ait eucore dans les intelligences beaucoup de timidité, de nombreux préjugés, du trouble et de la contradiction, nous ne le nions pas. Il n'en est pas moins évident que l'on marche du côté de la lumière : et la grande preuve que nous avons à en donner, c'est que jusque dans le sein des égUses protestantes et de l'église catholique elle-même, on commence à reconnaître que la doctrine du Christ a été faussée dans ses applications; que, loin d'avoir exclusivement pour objet le salut ex^ ceptumnel de F individu dans l'autre monde, son objet principal est le salut social de F Humanité dans cette vie aussi bien que dans les autres vies : on reconnaît enfin qu'on ne peut restituer au Christianisme sa légitime grandeur et sa puissance qu'à la condition d'accepter cette interprétation qui montre dans l'Evangile la souacB
PBIMinVE DE TOCTE YVE ràCONDE SUR l'AMÉLIORA- TION DE JLà WSKSiStk.
Que de pareilles tendances infèllectnelles se manifestent dans la société laïque, qui, sans vouloir se départir des conquêtes de la philosophie, veut conquérir une idée religieuse d'accord avec la raison et avec ses pressentimentSi vagues encore, sur l'avenir de l'Humanité, rien n'est plus naturel. Mais ce qui est remarquable, c'est que ce mouvement intellectuel agite aujourd'hui les rangs du clergé où l'esprit nouveau pénètre. Et en vérité, n'étaitil pas impossible qu'un corps aussi nombreux , renfer<mant tant démembres pleins de lumières, de hautes vertus et de bons désirs, restât absolument en arrière et ne suivit pas la marche de la société ambiante? Aussi cette idée germe et se développe dans son sein, que, pour remettre l'Évangile à la place où il doit être dans l'esprit des peuples, il faut le leur présenter non comme répudiant et damnant le monde, mais comme annonçant et promettant au monde le règne des lois de Dieu et les miits de justice, de liberté, de paix et de bonheur dont seules ces lois peuvent le couvrir.
Beaucoup de prêtres catholiques et protestants, surtout en France et en Allemagne (et déjà même en Angleterre et aux États-Unis), comprennent donc que le caractère essentiel de toute religion^ et à plus forte raison celui de la religion de Jésus, doit être de rallier ou de relier les hommes; que, loin par conséquent de se reléguer en dehors du monde et de la société, la religion doit féconder le monde et attendre son propiie développement du développement de la sociabilité humaine avec laquelle elle se confond, et dont elle n'est et ne peut être que le fait synthétique et suprême (1).
Malheureusement les dépositaires de l'autorité sont précisément, dans le corps ecclésiastique, les honunes qui comprennent le moins la portée des tendances de l'esprit
(1) l'écrlTals ces lignes en 1S35. L'heureux mouvement de transformation qu'elles signalent a fait de nottfeaax €i grand» progrès depuis cette époque. (Éd. de 1848.)
DOCTRINB 91 Iià liDXMPTlOK. 79
moderne ; leurs répugnances à l'endroit des transformations sociales que les temps commandent et que le Génie de THumanité va bientôt accomplir, sont si fortes que, sans aucun doute, YEgUse (ofiicielle) laissera au Mcfnde l'initiative de ce mouvement d'organisation pacifique qui réalisera la pensée de Jésus, et dont l'accomplissement était sa propre tâche à elle-même I
xxn.
Au reste, il ne faut pas accuser trop fort. L'Eglise a été inintelligente, elle a cessé de marcher à la tête des peu* pies, elle s'est réfugiée et renfermée dans le passé, elle a laissé l'esprit nouveau se former en dehors d'elle sans y prendre part; elle a voulu le statu quo et prononcé un anathème général contre toute transformation : cela est vrai. Mais cet esprit nouveau à son tour a été long-temps tracassier et révolutionnaire; la philosophie n'a longtemps fait que des monceaux de ruines, et les nations sont encore tout imprégnées des dissolvants terribles avec lesquels elle a miné et renversé les trônes et les autels.
Ainsi, malgré des tendances et des désirs incontestablement progressifs, la philosophie, faute d'avoir conçu clairement et distinctement la Destinée de l'homme et d'en avoir reconnu les voies pacifiques et régulières, n'a •Q inaugurer que le génie révolutionnaire. Et elle a si bien soudé l'idée de révolution à l'idée à' innovation y qu'elle a persuadé aux Pouvoirs et aux Peuples que le principe révolutionnaire et le principe du progrès social ne sont qu'une seule et même chose ; de telle sorte que les Peuples se sont passionnés pour les révolutions, et que les Pouvoirs effarouchés sont disposés à se cabrer contre tout ce qui se présente avec un caractère d'innovation et de progrès....
Quoique ce malheureux esprit de révolution ait, dans €01 deniieni temps, perdu bcîiucoup de sa pnissaiod au
80 miBBtoB
fur et à mesure que les idées d'organisation, les principes de la véritable Science sociale ont gagné du terrain | il est encore assez fort néanmoins pour entretenir des hainei aveugles et déplorables dans le champ de la poUtîqiie subversive. De plus, et c'est ce qu'il importe sartont de signaler à l'opinion^ -pour la mettre en garde, aiqourd'hiB que la Science sociale commence à se répandre dans le monde, il cherche à s'emparer à son profit de la force que recèlent les flancs de cette science, à en dénaturerk caractère essentiellement. pacifique, à s'appuyer enfin sur des principes qui concluent à l'harmonie sociale , pour conclure à la discorde et à la guerre. — Et malhemeosement il faut dire que la conduite du gouvernement et des classes officielles rend [de jour en jour vigueur à ce principe de révolution en le faisant devenir quaû-nécessaire.
Nous voyons donc des écrivains, d'une part aveogiés par les préjugés révolutionnaires et les haines politiqoei que nous ont légués nos pères, mais que nous devrions avoir en ce temps-ci la sagesse de répudier; d'antre part, forcés de reconnaître la puissance du grand prînc^ d'AssoaATiON formulé par Fourier , cherdier (ce qui ôt contradictoire à ce principe même) à en faire un ferment révolutionnaire. Ils prétendent activer la lutte descbmet et des intérêts qui se combattent, au nom même de l'idée qui apporte enfin le moyen de les rallier et de les unir!
Mais cette logique doit-elle étonner dans un siëde o& l'Évangile, dont on ne contestera pas sans doute que b pensée fondamentale est l'exaltation du principe de la paix, de la charité, de l'union des hommes entre eux et avec Dieu, où l'Evangile de Jésus, disons-nous,est explmté chaque jour comme un arsenal de révolution ; où un prêtre même, puissant par la parole, mais d'une intelligence vacillante, égarée et fiévreuse, a jeté dans le monde étonné le nom de celui qui a été la' plus parfaite expression, la plus pure émanation de l'amour, comme un signal torrible de renversement, de vengeance et d'extermination!
Ahl certes, ces inconcevables, ces monstrueuses al-
BOCTRINB DE LA ElftBBaFTION. 81
liances des principes sacrés de runion et du bonheur des hommes avec les doctrines sanglantes du génie des révolutions, cette transformation insensée de l'Ange du progrès social en Démon des ruines, ne sont faites ni pour éclairer les hommes, ni pour calmer des passions désordonnées, ni pour convertir les Pouvoirs sociaux à la cause du progrès et du bonheur de l'Humanité, qui est pourtant leur cause aussi, à moins qu'ils ne veuillent pas se compter dans l'Humanité ! Et vous, qui au sortir des austérités du cloître vous êtes laissé subitement enivrer par une liqueur à laquelle il n'est déjà plus donné dans ce temps-ci de troubler le cerveau des hommes mûrs, quelle n'eût pas été votre gloire si vous fussiez monté à la hauteur de la belle mission qui vous était offerte, si vous eussiez su sacrifier le bruit, très^grand, mais vain etpassager^ d'une révolte stérile, au développement et à la fécondation de l'esprit qui germait dans les rangs de l'Église ! si, au lieu de vouloir atteler Jésus au char des révolutions^ vous eussiez démontré à cette Éghse sur laquelle vous aviez alors tant de puissance, que l'Évangile de Jésus appelait l'Humanité aux voies pacifiques des grandes améliorations sociales et promettait à l'avenir la justice, la liberté et le bonheur ! Prêtre du Christ et Apôtre de l'humanité, il fallait combattre et vaincre cette erreur qui vous a vaincu, cette idée ignorante et barbare qui arme d'un glaive et d'une torche ardente le Génie du Progrès. Il fallait présenter ce Génie bienfaisant, aux Peuples, à l'Eglise, aux Rois, tenant à la main la branche d'olivier et le rameau de vigne, invoquant l'accomplissement de la loi du Christ et répétant ses anathèmes contre la violence, la destruction et la guerrej! Vous étiez en position de faire entendre et formellement accepter à l'Église que les voies rétrogrades sont des voies fausses comme les voies révolutionnaires ; que le bénéfice de la Promesse n'est pas borné à l'autre viej que cette Terre appartient à Dieu, est apte à recevoir ses lois, et que, conune k Ciel, elle relève de sa Bonté et de sa Providence!
8S llfTfiRHÈDB
Et quand encore TËglisc se fût montrée lente à une acceptation formelle, votre parole, recueillie dans le monde, y eût porté de bous fruits. Mais, pour cela, il eût fallu comprendre....
Si nous insistons sur ce fait spécial, c'est parce qu'il est rincamation et le type le plus éclatant de cette asMH dation, aussi fausse, aussi inconséquente que funeste, du principe du progrès social et du principe révolalionnaire; c'est ensuite, parce qu'il a reçu une impo^ tance malheureuse dans la production des tendances intellectuelles modernes que ce fragment a pour but de signaler. Cette révolte bmyaute, eu effet, cette union étrange de l'Évangile et des doctrines les plus violentes et les plus subversives ^ ce dithyrambe apocalyptique oii les lieux communs les plus pauvres et les [dus usés de la presse révolutionnaire se sont trouvés rajeunis par un style qui tantôt s'élevait aux formes de la poésie la plus pure, tantôt descendait aux plus vulgaires déelamations du mélodrame ; cette œuvre de bruit et de parles, de philosophie et de mysticisme , d'amour et de haine, a retardé et compromis le mouvement heureux qui s'opérait dans le sein de l'Église, et préparait le rapprochement des deux grandes manifestations, encore hostiles aujourd'hui, de l'intelligence humaine, la Raison et la Foi. Nombre de ces membres du clei'gé, dont la pensée se préoccupait avec amour du Salut social de l'Hmnanité ; qui commençaient à compi'endre que la richesse, la liberté, le bonheur des peuples, le progrès réel , enûn , avec toutes ses puissances et toutes ses gloires terrestres, loin d'être condamnés par la Parole du Christ, en formaient, au contraire, le vrai développement; nombre de ces hommes, que res[>rit de l'Avenir torchait et échauffait, et dont l'iniluence aurait pu nouar réguUèrement l'Avenir au Passé, se sont repliés avec effroi sur le Passé, à l'aspect de cette manifestation furibonde et sanglante. Il leur a semblé que si le Lévite, converti au progrès, était entraîné lui-même à sacrifier
D0CTEI9B DB LÀ EfiDBVPTION. 88
au Dieu violent des révolutions et à loi consacrer TÉvangile, il fallait bien que ce mot de progrès ne fût qu'une tentation funeste, et qu'il ne recelât que la révohe, !• vertige et la destruction.
C'est ainsi que celui qui aurait pu être le négoaateor de paixy le médiateur entre le Pasâé et l'Avenir, et pré« parer l'alliance dans laquelle sont appelées à se réunir, en se complétant, sous l'invocatiou de Dieu et de l'Ho* manité, les doctrines encore hostiles du Catholicisme, do Protestantisme et delà Philosophie, n'a été pour l'Éghae qu'un sujet de scandale et d'effroi, qu'un sujet de réaction rétrograde pour les Pouvoirs constitués, de trouble pour la société, et de pitié pour la Philosophie ^le-méme, — car les [représentants avancés de la Philosophie (qui répudient aujourd'hui l'esprit de dissolution et comprennent que le temps est venu de réorganiser et d'édifier) avaient accueiUi avec joie les premières manifestations dn prêtre chrétien en faveur du progrès social et de l'avenir, mais ils l'ont repoussé avec dédain quand ils l'ont vu essayer, dans son égarement, de rallumer avec l'Évangile le feu qui s'éteint sous les débris du passé.
xxni.
Au reste, pour n'avoir pas été comprise avec grandeur, pour avoir, au contraire, été méconnue et compromise, la préparation de cette haute alliance des deux manifestations supérieures de l'âme humaine n'en constitue pas moins, à l'époque actuelle du développement intellectuel, la tâche capitale des esprits qui se livrent aux spéculations générales de la philosophie et de la religion.
Cette alliance, nous le disons sans crainte de nous tromper, ne se ratifiera pleine et entière que POSThÉ- BiErmEHEirT à la grande transformation qui inaugurera l'accord de l'ordre et de la liberté sur la terre, qui réafisera THarmonie dans l'ensemble des faits de ta vi« ho-
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numitaire. C'est seulement de V Harmonie vivante que l'alliance de la Raison et de la Foi émergera, radiaise et intelligible à tous les esprits et à tous les cœurs (I). Néanmoins, tout effort de rapprochement entre ces deux puissances, tout travail ayant pour but de faire reoon» naître que le principe du développement social, loin d'être opposé à la pensée vraiment fondamentale du Christianisme, en est, au contraire, la conséquence toqlue; que le caractère du progrès réel, loin d'être révolutionnaire, est essentiellement organisateur et pacificateur; que c'est par la science, par \ expérience et par TAmuiTy et non par le tumulte et la violence, que la société doit entrer dans la carrière splendide de ses Destinées heureuses : tout travail conçu dans ces vues de raison, de sagesse et de ralliement intellectuel, doit déblayer la route qui mène à la réalisation de rHarmonie sociale, route trop embarrassée encore et par les préjugés andens et par les préjugés nouveaux.
Tel a été notre but en écrivant ces lignes sur la Doctrine religieuse de la Rédemption et sur le caractère émî» nemment favorable au développement de la Destinée humaine, qui distingue la pensée fondamentale de la Révélation de Jésus. Ce n'est qu'en restituant à cette pensée son sens pur et primitif, en se rendant compte de son influence effective sur l'esprit moderne, en y rattachant l'idée de progrès, de liberté et de développement, sur laquelle s'est élevée la philosophie de notre temps, que Ton apercevra la chaîne qui lie le Présent au Fasse , revenir à l'ancienne Promesse.
J'ai cru utile de mettre en tête de l'exposition du Mi^
( j) L'Haemonie et lb Bonheur àthut la fin dbs Êtres,
la conception de THarmonie peut seule donner la solution des pnn blêmes philosophiques et religieux, qui, Jusque-là, n'ont étéqoe des énigmes absolument Indéchiilirables. La participation à cette Harmonie réalisée, pourra seule Incarner universeUemeotle seotimeDt de ces solatioos.
DOCTIINB DB LA ifiBBVPTlOlf. 85
canismeikf Harmonie sociak^ dont la connaissance initie, par une induction facile, à la Foi de Tavenir, cette ap* préciation générale des conceptions religieuses et philosophiques du passé et du pr^nt, qui sont les prolégomènes de ce li^re de la Destinée humaine dont les sceaux ont été brisés par le génie de Fourier. Si Ton Teut, de part et d'autre, abandonner des erreurs que Ton ne peut plus songer sérieusement à défendre, on reconnaîtra que la Religion chrétienne fondée sur une tradition et sur une promesse, et que la Philosophie fondée sur une perception, encore obscure et plus instinctive que scientifique, du développement de l'Humanité, se réunissent et s'accordent dans le commandement de la justice et dans un grand désib, celui de l'union et du bonheur de l'Humanité. Or, la C!onception de Fourier apporte le moyen d'assurer, par l'ATTSAirméme, l'exécution du commandement, et de réaUser enfin le grand désir. Si donc on nous demandait comment cette Conception se lie an passé de l'Humanité, nous répondrions qu'elle s'y Ue comme l'Accomplissement d'un fait capital se lie au Désir qui l'a invoqué, à la Promesse qui en a été transmise.
xxrv.
Les hommes de bonne foi verront bien maintenant que, loin de condamner injustement tout dans le passé, nous avons à coeur, au contraire, de montrer comment la Conception qui le couronne et qui l'éclairé en ouvrant l'Ère radieuse des époques harmoniques, permet de rendre justice aux bons efibrts, et prouve que les vérités mêlées d'erreurs et cultivées dans des camps ennemis, grandissant et s'épanouissant au soleil de l'Harmonie, s'associeront entre elles et marieront dans un berceau splendide leurs rameaux, leurs fleurs et leurs fruits par^ fiimés. Le Catholicisme trouvera satisfaction pleine et entière pour le principe de l'Ordre ou de l'Unité qu'il a
M iHTftnftin
courageusement défendu sur la terre. Le Protestanliraie trouvera satisfaction pleine et entière pour le principe du libre Examen et la Philosophie pour celui de k Liberté et du développement de THumanité, qui ont été les mobiles de leurs combats. Et tous trois, un jour qui n'est pas éloigné, salueront, dans la loi des HABMOiaBB, découverte par Fourier , la réalisation du but indiqué par Jésus, la solution de la question posée an Génie JMinmiîn par cet Évangile où il est écrit : Cherchez dtabord k
BOYACMK DE DkC ET SA JUSTICE, et tOUS ks bieM ffOM
viendront ensuite par mrcroît : cherchez et vous trouve^ rez ; frappez A la porte et elle vous sera ouverte.
Au reste, comme nous l'avons dit, cette Foi pleine, intégrale, intelligente et complète, qui donnera satisbetion à tous les besoins de Tftme humaine, dont les diverses doctrines philosophiques et religieuses n'ont été jusqu'ici que des expressions fragmentaires et pins on moins exclusives; cette Foi qui sera la grande vmx de reconnaissance et d'amour de l'Humanité constituée dans son Unité, la haute et vivante synthèse de son Harmonie sociale, s'introduira d'elle-même après l'installation de cette glorieuse Harmonie sur la Terre. Jusque-là toute la question dogmatique doit être strictement r.enfermée dans le domaine de l'esprit et de la science. Pratiquement , les discussions qui s'y rapportent n'ont aujourd'hui d'importance que pour préparer les intelligences élevées h la connaissance et à l'acceptation de la nouvelle Économie Sociale qu'U faut avant tout orga* niser. Fourier et ses disciples orthodoxes et intefligenls n'ont jamais songé et ne songeront jamais à prédier à la société actuelle rien qui ressemble à une religion, à y fonder rien qui ressemble à une secte. Le but de leurs travaux de propagation est d'obtenir une décisive expérience de Tordre sériaire appliqué à une oma- HiSATiON prRKMENT i^rDiTSTRiELLE , et qui restfim eutlèrement soumise à la loi civile, à la loi moraU) à la LOI pouTiQUE et à la LOI reugievse do pays an
DOCTBINB DS LA HtDBVPTIOH. 87
sein duquel elle sera exécutée : que ce pays soit la France, la Russie, T Angleterre ou la Turquie ; que la religion y soit le catholicisme romain, le christiaiiisiiie grec, le protestantisme ou le mahométisme. La réforme des conditions de Tindustrie et du travail, nous le répétons, voilà notre but, notre seul but actuel. Que rHumanité, après celte réforme, qui sera la solide base de ses immenses progros futurs, de ses glorieux développements ultérieurs, modifie et transforme les lois civiles, les lois politiques, les lois religieuses qui conviennent à son état actuel, ou qui en sont des expressions el des né* ccssités plus ou moins heureuses ; que les mœurs de l'Avenir n'aient, dans tous les ordres de relations, que des rapports de ressemblance fort éloignés avecles mosurs du Passé ou du Présent, nous ne le mettons pas en doute, et nous croyons même qu'il faudrait être fou pour le contester un seul instant. Mais ces transformations ultérieures des mœurs, des lois, des croyances publiques, qui peuvent être prévues et prédites, sont Taffaire ée l'intelligence et de la volonté ultérieures de THumaiytê. Aujourd'hui elles appartiennent au domaine de la spéculation, du sentiment, de la pensée pure, et n'en dotvent pas sortir.
Nous espérons que ces explications suffiront pour qu'aucun homme de bonne foi ne se méprenne sur le caractère de la doctrine que nous propageons et sur la nature de sa critique. La doctrine accepte la société telle qu'elle est, avec ses mœurs, ses croyances, ses pr^'i^és mêmes : elle veut seulement conquérir le crédit dont elle a besoin pour déterminer l'application expérimentale de son principe organisateur à Vordormance des trûvauùc (Fune Commune agricole et industrieUcy établie dm» des conditions données. Et quand elle critique la société et la loi actuelles, ce n'est pas pour provoquer au renvertement brutal de l'une et de l'autre ; car elle [professe, «t il ressort de ses principes mêmes que le caractère du PROGRÈS RÉEL est de procéder par la voie des trêlàifo^
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mations attrayantes, et non par ceUe des renvenemmti. Elle est comme l'homme sage qui signale les vices de la loi mauvaise, qui peut même la critiquer âprement, mais qui se soumet à cette loi tant qu'elle n'est pas remplacée par une autre, tant qu'elle est la règus de la société dans laquelle il vit.
n ne manque pas de gens dans le monde qui n*a\ant pas compris la Conception de Fourier, et restant éblouis devant la thèse si neuve de F Attraction passiobînblle, aux développements de laquelle ce grand homme a dA surtout s'attacher dans ses livres, ont cru qu'il s'était laissé emporter hors des voies du vrai, en abaiiidonnant trop exclusivement sa pensée au principe de la Libtrté. C'est une erreur immense. Le principe qui domiiie la Conception de Fourier, ce n'est pas le principe de la Liberté^ c'est le principe de I'Ordre. Il faut être aveugle pour ne pas le voir. Comment Fourier légitime-t-il, à priori, le principe de la Liberté de l'âme humaine ? C'est en s'appuyant sur l'idée la plus élevée de l'Ordre, qui exige que Dieu n'ait pas mis au cœur de la créature intelligente, chargée de le représenter sur la Terre, des passions intimement et essentiellement mauvaises. Et comment ^égitime-t-il, à posteriori, le principe de cette Liberté ? C'est en présentant un Mécanisme social dans lequel toute l'énergie des passions tourne spontanément au Bien et engendre un Ordre admirable. Est-ce attenter au principe de l'Ordre , que de prouver que l'Ordre le plus parfait, que l'Unité, que l'Harmonie enfin a pour moyen la Liberté elle-même développée dans ses conditions normales, — tandis que la compression qui excite les résistances et les réactions, n'est , après tout, que l'attestation du désordre?
Qu'il soit donc bien entendu que cette Théorie qui, suivant les propres expressions de Fourier, doit porter
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le nom de Théorie de l'Unité unitebselle, est, ayant tout, et bien qu'annonçant à rHumanité le développement plein et entier de sa Liberté, une doctrine d'ÛRDRE; qu'aux yeux de Fourier et de ceux qui savent le comprendre, c'est la considération môme de TOrdre ou de I'Ubtité qui fait la légitimité transcendante de la Liberté 3 et qu'en tout état régulier de société, à leurs yeux, les besoins de la Liberté, toujours légitimes dans leur source, doivent rester néanmoins subordonnés pratiquement aux nécessités de l'Ordre.
Ce qui fait la beauté suprême de la Cionception de Fourier, ce qui lui donne le caractère absolu de la Science, c'est que précisément, en organisant les relations et les choses d'après le principe de Tordre naturel, elle obtient dans la société VOrdreleffsctif kplus parfait par la liberté la plus entière.
FIN DB L'iNTBRRilDB.