‹ Destinée sociale (volume 4)Chapitre 128 sur 134 · LE CORPS ENSEIGNANT · texte numérisé non relu

LE CORPS ENSEIGNANT

Celui qui «eut profuacr et qui a pour lui le tslent, la confiance , n*a pas beioîn de mendier la protectioa dHiue MMibrctte de la mattreete d'un ebamlieUau qui peut parler au roi , et fkire obtenir la préfércnee. Ni le roi , ni lei femmet de ebambre ne donneront oea ■ortae de place*. Fovusa.

Quelles belles et nobles fonctions que celles du Corps enseignant en Harmonie ! Le corps enseignant, dans les Phalanges, est une continuation, un développement supérieur de la maternité et de la paternité. Les pères et les mères ont donné la vie matérielle; le corps enseignant donne la vie de l'esprit, le développement de l'intelligence et des facultés qui constituent l'homme dans sa dignité, qui posent sur son front la couronne

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royale , le signe glorieux de sa domiaatioD sur te monde et de sa parenté avec Dieu , l'auréole de la Science. — Les Institutrices et les Instituteurs sont tes mères et les pères spirituels des générations humaines.

«Gomment se £ût-iidoQC que les insôtutears tiennent le dernier rang dans la civilisation perfectibilis^; qu'un agioteur , un être maUbisant, ait des reyenus de prince, et que le rôle d'instituteur soit partout un métier de forçat, de mercenaire subalterne? Dans Bos grandes villes comme Lyon , Bordeaux , les professeurs ont k peine de quoi frayer avec les vendeurs d'allumettes. Qu'il est fraisant de les entendre vanter leur civilisation perfectible , nier que l'on puisse découvrir d'autre société que celle qui réduit les savans \ la besace. » T. de l'A.^ '• ^ , p. 336.

Rien n'est maigre et piteux, en effet, comme le sort de nos régens, professeurs et autres officiers de Tuniversité. A part ce qui concerne un petit nombre d'entre eux , privilégiés quelquefois par des talens très-remarquables , le plus souvent par la faveur et Tintrigue, qui exercent à Paris ou dans les premiers postes des provinces, c'est quelque chose de révolt.iQt que l'exiguité du traitement de ces malheureux régens. Il y a là bien des hommes honorables, laborieux et méritans ; car ce ne sont pas eux, après tout, qui font l'absurde et l'odieux de nos systèmes d'éducation, ni qui en sont les causes responsables; ils en pâtissent les premiers : leur tâche

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est des plus dures, des plus monotones et des plus pénibles. (On ne peut pas être impunément Vinstrument de l'oppression , des douleurs et de l'abâtardissement des générations naissantes. )

Ces pauvres gens sont d'ailleurs le plus souvent chargés de famille ; et comme leur métier est si ingrat qu'il n'est couru que par des nécessiteux » on voit, dans toutes les villes de second et de troisième ordre , en France , ces malheureux prêtres de la littérature et de la science, réduits à des émolumens fort inférieurs à ceux des rais de cave de l'endroit, condamnés à vivoter dans la plus étroite lésine, à se tout refuser, à regarder beaucoup pour dépenser une pièce de six liards. La grande majorité du corps universitaire en France joint à peine les deux bouts de l'an, et reste accrochée, la vie durant, à la queue du diable. Ils vantent à leurs élèves Vaurea mediocritaSj (un peu, il est vrai, comme le bouc faisait G ! des raisins trop verts ;) mais encore, Vaurea mediocritas du poëte épicurien de Tibur, n'est-elle pas cette misère qui sort si piteusement par les coudes percés des infortunés qui traduisent ses vers et les commentent à nos enfans dans les collèges..

Ajoutez à cela qu'ils n'ont aucune garantie y

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qu'ils sont livrés sans merci à tous les caprices du ministère » à toutes les intrigues des bureaux. Il n'y a pas de lot dans l'université , ou plutôt il y en a mille dont le chaos permet aux bureaux de mener tout le personnel comme de ia valetaille. Le département de i'Insiruclion publique estysans contredit, celui de tous les départemens ministériels où l'arbitraire est le plus complet; c'est bien autre chose que dans l'armée; et il serait peut-être impossible qu'il en fut autrement. Joignez à cela qu'il n'y a pas d'esprit de corps dans le personnel universitaire , pas de dignité et de résistance corporative. Chacun de ces malheureux professeurs et régens est y individuellement, soumis aux intrigues, aux dénonciations^ calomnieuses, à mille petites haines extérieures et intérieures. Tout collège est un misérable théâtre de jalousies, de délations, de viles adulations et de tripotages perpétuels. Un recteur d'académie, un proviseur, le principal d'un collège communal lui-même , sont autant de pachas au petit pied, soumis à la verge ministérielle, et s'en vengeant bien sur leurs inférieurs! Qui a vu clair dans ces régions universitaires, sait fort bien que c'est un vrai cloaque de sottise, de pédanterie, d'intrigues et de bassesses , où les gens honorables sont près-* que toujours abreuvés de fiel et de vinaigre.

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^ Voilà pour nos instituteurs officiels, brevetés et pi^éspar TEtat. Il faut encore colloquer ici l'immense catégorie des pauvres curés d« campagne » «qui travaillent plus ou moins à former des élèves» les catéchiser en religion , les initier aux élémens des scienc'ôâ , »'et qui sont de beaucoup trop rognés, et mal nantis pour représenter convenablement sur la terre le Dieu splendide qui règne au sein de la magnificence et de l'harmonie des mondes. — Viennent enfin les ma-' gisters^ dont chacun est bien le savant du village, mais qui n'en est pas moins souvent le plus misérable, le plus écourté, le plus piteux habitant.

Voilà au complet notre corps enseignant civil et religieux! ôtez-en le ministre de l'instruction publique, les dignitaires qui l'avoisinent, les évêques et quelques officiers universitaires des grandes villes, recteurs ou autres, et voyez ce qui reste.... la misère enrégimentée.

Dans ces tristes conditions, la dignité humaine ne peut pas tenir. Aussi , à côté de quelques caractères nobles et forts , qui savent résister et porter leur sort avec une fierté stoîque et sévère, est-il dans cette cohue de régens, de maîtres d'école , de maîtres de pension et

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d'infttitateurs civilisés, uoe quantité de TaleUilIe aussi souple quand elle devrait être indépendante et digne , qu'elle est dure et despote là où elle devrait être bienveHiante et souple.... avec les enfans. La flexibilité de l'épine dorsale, la sotte et gauche obséquiosité du pédagogue, et sa platitude infinie, sont en eflfet proverbiales partout où vit cette espèce minable, qui devient servile en tyrannisant la faiblesse, et qui fait d'indignes passe-droits en faveur des enfans riches, pour être quelquefois admise , moyennant force mensonges adulateurs sur la gentillesse et les aptitudes des rejetons, à piquer l'assiette chez les parens, au bas bout de la table.

Ah ! certes, cette position subalterne » ce sort misérable et ces mœurs sans dignité ne sont pas la position, le sort et les moeurs du corps enseignant en Harmonie ! Tout cela s'enrichit, se relève et s'anoblit ! En Harmonie , le corps enseignant, industriel, scientifique, littéraire, artistique, civil ou sacerdotal, est amplement doté; on s'accorde à l'environner de la considération et des honneurs que ses importantes et nobles fonctions méritent; d'autant mieux que chacun peut s'y affilier pour telle ou telle branche de sa compétence spéciale où il a conquis une juste réputation, c Chacun^ t dit Fourier, t exerçant dans

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une quarantaine de Séries, parvient avec le temps à la perfection théorique ou pratique dans quelqu'une ; dès-lors il est fonctionnaire enseignant, sans avoir besoin de commission ministérielle ni de protection en cour. Il suffit qu'un individu, homme ou femme , soit jugé apte à donner l'instruction^ pour qu'elle lui soit demandée. Le professorat théorique ou pratique n'est jamais concédé que par l'opinion ; les dividendes affectés à l'instruction sont rétribués par degrés à ceux qui ont notoirement donné le plus de soin et de lustre aux leçons et à l'instruction des élèves. ... ft L'instruction est organisée comme chez les Grecs, où tout sophiste était libre d'ouvrir une école, et n'avait d'élèves que ceux que la confiance lui amenait. » Il est sans doute inutile de remarquer que cette liberté ne comporte pas le moindre danger au milieu des contre-poids de toutes sortes et au sein de l'ordre parfait du régime harmonien.

Donc chacun pouvant parvenir au corps enseignant, chacun comprenant la hatite importance de ses fonctions pour la société entière et pour les siens, chacun se trouve porté à donner le plus grand lustre à ce corps; c'est à l'unanimité qu'il est élevé aux honneurs suprêmes. Au reste, l'enseignement libre de l'Harmonie est

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